Afghanistan

Chiffres clés


Estimation de juillet 2015

Superficie :
652 230 km2

Population :
32 564 342

Musulmans :
Sunnites : 85 - 90 %
Chittes : 10 - 15 %

Contexte

Il n’existe pas de données fiables sur la distribution des groupes ethniques en Afghanistan. La Constitution du pays de 2004 reconnaît officiellement 14 ethnies (pachtounes, tadjiks, hazaras, ouzbeks, baloutches, turkmènes, nouristanis, pamir, arabes, gujari, brahouis, qizilbashi, aïmak et pashayi)[1]. Les pachtounes, concentrés principalement dans le sud et le sud-est, sont l’ethnie majoritaire (environ 42 % de la population), suivis par les tadjiks (environ 27 %) qui vivent dans le nord et le nord-est du pays[2].

Après la défaite du régime des Talibans (1996-2001), un nouveau gouvernement a été formé sous le président Hamid Karzaï, qui a mis en place des structures démocratiques. À la suite de l’élection présidentielle de 2014, Ashraf Ghani est devenu président. La guerre des États-Unis en Afghanistan a officiellement pris fin en décembre 2014, mais les forces de l’OTAN sont restées dans le pays pour former les forces gouvernementales. Les Talibans se considèrent toujours comme le pouvoir légitime et restent présents dans une bonne partie du pays[3].

Au cours de 2015, les pertes civiles dues au conflit ont touché leur niveau le plus élevé. La Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) rapporte 11 002 victimes civiles (3 545 morts et 7 457 blessés) pour cette année[4]. En avril 2016, MANUA et UNICEF ont souligné que les enfants afghans ont de plus en plus de problèmes à avoir accès aux soins de santé et à l’éducation en raison de la violence et de l’intimidation de la part des parties impliquées dans le conflit[5]. Les organisations des droits de l’homme et les organismes d’aide ont indiqué à plusieurs reprises que leurs collaborateurs locaux sont de plus en plus menacés et attaqués.

Les musulmans sunnites constituent la vaste majorité de la population afghane, jusqu’à 85 % selon les estimations de source américaine. Les musulmans chiites, estimés à 15 %, sont surtout des Hazaras. Le 1 % restant de la population inclut environ 600 sikhs et 3 000 hindous. Aucune estimation fiable n’existe des adeptes d’autres religions (chrétiens, bahaïs, etc.) parce qu’ils ne pratiquent pas ouvertement leur religion. La petite communauté juive du pays a émigré en Israël et aux États-Unis vers la fin du 20e siècle. Il ne resterait en tout qu’un juif dans tout le pays[6].

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

 

La Constitution de 2004 définit l’Afghanistan comme une République islamique et elle exige que le président et le vice-président du pays soient des musulmans. L’article 2 reconnaît aux adeptes d’autres religions la liberté, dans les limites de la loi, de pratiquer leur foi. L’article 3 stipule qu’« aucune loi en Afghanistan ne peut contrevenir aux principes et aux dispositions de la sainte religion islamique. » Ainsi, sans la nommer, la charia est de fait la principale source du droit. Par conséquent, un certain nombre de pratiques gouvernementales et de lois limitent la liberté de religion. Les tribunaux du pays interprètent la loi islamique de façon à ce que les musulmans qui se convertissent à d’autres religions soient punissables. Suivant une autre interprétation, la foi bahaïe est considérée comme un blasphème, et ses partisans comme des infidèles. Le blasphème, qui peut inclure des textes ou des discours anti-islamiques, est un crime passible de la peine de mort selon les interprétations de la loi islamique par les tribunaux, si le blasphémateur ne se rétracte pas en trois jours. Selon le Rapport sur la liberté religieuse du Département d’État américain, les attaques et les meurtres de membres de minorités religieuses effectués par les Talibans ne sont pas signalés[7].

L’éducation religieuse islamique est obligatoire dans les écoles publiques, ainsi que dans les instituts d’enseignement privé. D’autres types d’éducation religieuse ne sont pas possibles. Il n’y a pas de restrictions explicites sur les groupes religieux minoritaires à établir des lieux de culte ou de former leur clergé. Il y a quelques lieux de culte pour les sikhs, les hindous et les juifs. Il n’y a pas d’églises chrétiennes publiques. Les installations militaires de la coalition et les ambassades offrent des lieux de culte pour les non-Afghans[8].

Le christianisme est perçu comme une religion occidentale et étrangère à l’Afghanistan. Une décennie de contrôle militaire par les forces internationales a contribué à la méfiance générale envers les chrétiens. L’opinion publique est ouvertement hostile au prosélytisme chrétien envers les musulmans[9]. Beaucoup d’Afghans chrétiens se sont convertis lors de leur séjour dans d’autres pays. Ils prient seuls ou en petites communautés dans des maisons privées. Selon des organisations missionnaires chrétiennes, on retrouve de petites églises domestiques clandestines à travers le pays, chacune avec moins de 10 membres. En dépit d’une promesse constitutionnelle de tolérance religieuse, ceux qui sont ouvertement chrétiens ou qui se convertissent de l’islam au christianisme restent vulnérables[10].

L’Église catholique est présente en Afghanistan sous la forme d’une « mission sui iuris » (ou mission indépendante) à l’intérieur de l’ambassade d’Italie à Kaboul. Son premier supérieur, un prêtre barnabite italien, le père Giuseppe Moretti, a pris sa retraite en novembre 2014. Son successeur, le père Giovanni Scalese, également prêtre barnabite italien, a été installé en janvier 2015[11]. Quant aux congrégations religieuses, on retrouve trois Petites sœurs de Jésus engagées dans le service de santé publique, cinq sœurs des Missionnaires de la Charité, l’ordre fondé par Mère Teresa, qui travaillent avec des orphelins et des enfants handicapés, et trois sœurs de la communauté intercongrégationnelle « Pro Bambini di Kabul » (pro-enfants de Kaboul) qui dispensent une éducation aux orphelins et aux enfants handicapés[12].

 

Incidents récents

 

Le 2 juin 2014, le père Alexis Prem Kumar s.j., directeur du Service jésuite des réfugiés (mieux connu sous son sigle anglais JRS, le Jesuit Refugee Service) en Afghanistan, a été enlevé par un groupe d’hommes armés non identifiés dans une école gérée par le JRS pour les réfugiés rapatriés à Sohadat, à 34 km de la ville de Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan. Il a été libéré en février 2015, après plus de huit mois de captivité[13].

Le 24 juillet 2014, deux Finlandaises chrétiennes ont été tuées par deux hommes à moto. Les deux femmes, membres de la Mission luthérienne finlandaise, travaillaient dans le pays pour le compte de l’organisation chrétienne Mission Internationale d’Assistance (International Assistance Mission, IAM). Elles étaient en poste en Afghanistan depuis plusieurs années et parlaient la langue locale, le dari. Le contexte de l’attaque n’a jamais été élucidé. Selon les médias finlandais, le ministre finlandais des Affaires étrangères, Erkki Tuomioja, a condamné les meurtres en les qualifiant de « tactiques de terreur » qui ciblent des étrangers.

Les communautés sikhe et hindoue rapportent des cas de discriminations et des conflits fonciers. Toutefois, selon le Département d’État américain, le gouvernement afghan a réagi aux plaintes en améliorant la situation. Entre autres, il a approuvé la fourniture d’électricité gratuite aux lieux de culte des deux communautés, chose qui se fait normalement pour les mosquées. Au cours de 2014, le gouvernement a aussi identifié un endroit pour la crémation dans la ville de Kaboul pour les communautés sikhe et hindoue et il a fourni une protection policière aux deux communautés quand elles célèbrent leurs rites.

La minorité chiite a été la cible des Talibans qui, en juillet 2014, ont abattu 14 Hazaras chiites dans l’ouest de l’Afghanistan.

Dans certaines parties du pays, les Talibans ont imposé un système judiciaire parallèle, sur la base d’une interprétation stricte de la charia, y compris des châtiments comme la peine de mort et la mutilation[14].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

 

Bien que théoriquement garantie par la Constitution, la liberté de religion est limitée dans la pratique. On constate une amélioration pendant la période en question pour certaines minorités religieuses. Cependant, l’interdiction de fait pour un musulman de se convertir à une autre religion et les peines sévères qui peuvent s’ensuivre sont une source d’inquiétude. La hausse constante de la violence est une autre préoccupation, avec des groupes militants qui ciblent des lieux de culte et des religieux dans le cadre plus étendu de la guerre civile[15]. On observe l’influence croissante des Talibans et d’autres extrémistes dans les zones qu’ils contrôlent dans les provinces du sud, de l’est et du nord, en particulier dans les régions reculées[16].

 


[1] https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/af.html

[2] http://minorityrights.org/country/afghanistan/

[3] https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/af.html

[4] https://unama.unmissions.org/civilian-casualties-hit-new-high-2015

[5] https://unama.unmissions.org/education-and-healthcare-risk-children-afghanistan

[6] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238488

[7] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238488

[8] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238488

[9] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238488

[10] https://www.presbyterianmission.org/ministries/global/afghanistan/

[11] http://www.nytimes.com/2014/06/22/world/asia/afghanistan-a-christian-convert-on-the-run.html?_r=0

[12] https://kofcknights.org/CouncilSite/roundtable.asp?CNO=11302

[13] https://en.jrs.net/news_detail?TN=NEWS-20150222084519

[14] http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/humanrightsreport/index.htm?year=2015&dlid=252957

[15] https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2015/afghanistan

[16] http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/humanrightsreport/index.htm?year=2015&dlid=252957


 

 

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