Albanie

Chiffres clés


Recensement de 2011

Superficie :
28 748 km2

Population:
2 820 000

Musulmans :
Sunnites : 56,7 %
Bektashis : 2,1 %

Chrétiens :
Catholiques : 10 %
Orthodoxes : 6,8 %
Protestants : 0,2 %

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Dans sa Constitution actuelle, adoptée en octobre 1998, la République d’Albanie se déclare comme un État laïc qui « observe la liberté des croyances religieuses et crée des conditions pour l’exercer ».[1] L’article 24 confirme que tout le monde est libre de choisir ou de changer de religion ou de conviction, et de les exprimer individuellement ou collectivement, en public ou dans la vie privée au moyen de l’éducation religieuse, de la pratique ou de l’observance. L’article 18 interdit la discrimination pour des motifs religieux. La destruction ou l’endommagement des objets religieux, et les entraves aux cérémonies religieuses sont considérés comme des infractions et sont passibles de condamnation.

Le gouvernement n’exige pas l’inscription ou l’enregistrement de permis pour les groupes religieux. Le Comité d’État sur les cultes, fondé en septembre 1999 à la suite d’une décision du Conseil des ministres, vise à réglementer les relations entre l’État et les communautés religieuses. Le Comité conserve des registres et des statistiques à propos des organisations religieuses étrangères qui entrent en contact avec lui pour des demandes d’aide. Par ailleurs, les mouvements religieux peuvent acquérir le statut officiel d’une personne morale en s’inscrivant auprès de la Cour de district de Tirana conformément à la Loi sur les organisations à but non lucratif, qui reconnaît le statut d’une association sans but lucratif indépendamment du fait que l’organisation soit de nature culturelle, religieuse ou humanitaire.

Le Comité d’État sur les cultes répertorie un total de 245 groupes religieux, notamment des organisations et des fondations qui englobent les quatre religions traditionnelles de la nation – deux musulmanes (sunnite et bektashi) et deux chrétiennes (catholique romaine et l’Église orthodoxe autocéphale d’Albanie). D’autres groupes présents en Albanie comprennent diverses dénominations protestantes, ainsi que les bahaïs, les Témoins de Jéhovah, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (les Mormons), et une petite communauté juive. Le gouvernement a ratifié des accords bilatéraux distincts avec l’Église catholique romaine, la communauté islamique albanaise, l’Église orthodoxe albanaise, la bektashi mondiale et la Fraternité évangélique de l’Albanie (FÉDA), une organisation fédératrice protestante.

La loi interdit l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Selon les chiffres officiels, les groupes religieux gèrent 103 établissements d’enseignement par le biais des associations et des fondations affiliées. Ces écoles doivent être agréées par le Ministère de l’Éducation et du Sport. Les groupes catholiques et musulmans gèrent de nombreuses écoles agréées par l’État. L’Église orthodoxe exploite, sous licence d’autorisation, les écoles religieuses et une université.

De nombreuses demandes des groupes religieux se rapportent au retour ou à la restitution des biens saisis pendant la première période communiste, un enjeu encore non résolu. Grâce au processus de restitution, l’Agence nationale pour la restitution et l’indemnisation des biens a assuré le retour de quatre propriétés à l’Église orthodoxe. L’Église orthodoxe a indiqué qu’elle avait formulé des demandes pour la restitution de 890 bâtiments et propriétés, demandes toujours en attente, dont plus de 50 propriétés de l’Église transformées en installations militaires[2]. Le gouvernement a également restitué une propriété à l’Église catholique, et il a dédommagé la communauté musulmane de Shkodër par une propriété.

L’Albanie est le seul pays européen à avoir une majorité musulmane. Diverses instances plus strictes de l’islam considèrent l’Albanie, de même que le reste des Balkans, comme territoire missionnaire et beaucoup d’argent en provenance de l’Arabie saoudite a été dépensé pour la construction de mosquées partout dans le pays. Les musulmans en Albanie sont divisés en deux communautés : ceux qui adhèrent à une forme modérée de l’islam sunnite, et ceux qui adhèrent à l’école bektashie (une forme particulièrement libérale du soufisme chiite). Les bektashis soufis, avec 2 millions d’adeptes en Albanie, sont les seuls musulmans chiites indigènes en Europe (à l’exception de certains chiites turcs dans la petite partie de la Turquie). Les bektashis ne voilent pas les femmes, permettent aux femmes d’entrer dans les khabes (l’équivalent de l’église ou de la mosquée) et ne prient pas en arabe. Le siège du bektachisme mondial est établi en Albanie.

Le christianisme en Albanie a été introduit aux temps apostoliques. On peut trouver à travers le pays les vestiges de nombreuses églises paléochrétiennes qui remontent aux premiers siècles. Au moment de l’invasion turque à la fin du 15e siècle, le nord de l’Albanie était majoritairement catholique, tandis que le milieu et le sud de l’Albanie étaient principalement orthodoxes. Les presque 500 ans de domination ottomane ont laissé des empreintes profondes sur le paysage culturel et religieux du peuple albanais.

La révolution communiste de 1945 a marqué le début de la persécution extrême pour tous les groupes religieux. En 1967, l’Albanie est devenue le premier pays officiellement athée dans le monde. Son chef, Enver Hoxha, a ordonné que tous les édifices religieux, dont 2 169 églises, des mosquées et des monastères soient démolis ou transformés en terrains de sport, en entrepôts ou en d’autres installations séculières. Les chefs religieux et intellectuels de la communauté catholique albanaise ont été anéantis. Parmi les sept évêques et 200 prêtres et sœurs en Albanie avant la prise du pouvoir communiste, un seul évêque et 30 prêtres et sœurs ont été retrouvés vivants lorsque le régime communiste a pris fin. Après la chute du communisme, l’Église catholique a dû redémarrer sa mission presque à partir de zéro. Un bon nombre de nouvelles églises ont été construites et des paroisses et des diocèses établis. Les séminaires ont été ouverts. Le pape Jean-Paul II a fait une visite d’une journée dans le pays en 1993, au cours de laquelle il a ordonné quatre évêques. Le premier cardinal albanais a été nommé en 1994. En avril 2016, le pape François a reconnu 38 martyrs albanais tués pendant la terreur communiste.

En 1992, l’Église orthodoxe autocéphale d’Albanie a été rétablie. Après la chute du communisme, 250 églises orthodoxes ont été construites ou ré-ouvertes et 100 prêtres locaux ont été ordonnés. La communauté évangélique compte près de 3 000 membres dans 160 églises de toutes confessions, y compris les baptistes, les frères, et les luthériens.

Les relations entre les musulmans et les chrétiens albanais ont généralement été bonnes car, en tant que membres d’une petite communauté culturellement isolée, les adeptes ont trouvé que l’unité nationale était plus importante que les différences religieuses. À Tirana, la capitale, les musulmans et les chrétiens partagent un cimetière commun. En septembre 2014, jusqu’à 300 000 chrétiens et musulmans ont assisté à une messe publique célébrée par le pape François qui a fait l’éloge de la tolérance religieuse du pays.

Après des décennies d’athéisme rigoureusement appliqué, la majorité des Albanais sont d’orientation laïque. Seules les personnes de plus de 60 ans, et certaines familles, ont gardé les traditions vivantes. Par conséquent, les jeunes sont maintenant ciblés par toutes les missions religieuses. Dans les villes, de nouvelles maisons de culte –  presque toutes construites grâce à l’argent des organisations en Arabie saoudite, au Koweït, en Iran, aux États-Unis, en Grèce, en Italie et beaucoup d’autres nations –  se construisent. La Libye, l’Égypte, la Malaisie et d’autres pays musulmans ont payé pour que des centaines d’Albanais puissent étudier la religion musulmane dans leur pays respectif et, ensuite, retourner en Albanie pour y enseigner.

Environ 200 des 727 mosquées en Albanie ne fonctionnent pas conformément aux normes juridiques et aux réglementations[3] de la communauté musulmane KMSH. Selon le mufti de Tirana, Ylli Gurra, jusqu’à 150 Albanais ont rejoint les djihadistes de Daech en Syrie[4]. Il blâme les bases salafistes des monarchies du Golfe qui ont déferlé sur la région dans les années 1990. En mars 2014, 13 personnes ont été arrêtées dans deux mosquées à la périphérie de Tirana, pour avoir recruté plus de 70 combattants étrangers pour se joindre à Daech[5].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Dans un pays qui, autrefois, interdisait officiellement le christianisme, la religion y est revenue d’une manière différente. Les trois différents groupes religieux qui représentaient les religions traditionnellement établies en Albanie ont tenté de faire revivre la religion et d’inverser l’impact de l’athéisme introduit de force. Simultanément, les nouvelles pratiques et croyances sont implantées par des missionnaires étrangers et des fonds étrangers, ce qui fait de ce petit pays un exemple de la mondialisation de la religion. Divers groupes de missionnaires protestants et imams musulmans sont arrivés en grand nombre pour attirer de nouveaux adeptes. Le point préoccupant est le financement en provenance de groupes extrémistes musulmans. Nombreux sont ceux qui craignent que l’influence étrangère introduise une pensée conservatrice ou radicale des autres religions, ce qui représente un fait en contradiction avec l’histoire de l’Albanie, une société multi-religieuse modérée. La publicité occidentale semble être plus forte, et elle a une plus grande influence sur les citoyens albanais contemporains. Ceux qui sont attirés par l’Occident sont surtout des jeunes citadins intellectuels. L’un des avantages dont jouissent les Églises chrétiennes est que de nombreux Albanais ont dû se rendre en Italie, en Allemagne et en Grèce pour y travailler ou étudier. Aujourd’hui, les Albanais, indépendamment de leur appartenance religieuse, se penchent la plupart du temps vers une pleine intégration de leur pays au sein de l’Union européenne.

 


[1] http://www.servat.unibe.ch/icl/al00000_.html

[2] Rapport 2014 sur la liberté religieuse internationale émis par le Département d’Etat américain.

[3] Ilir Dizdari, chef du Comité d’État sur les Cultes, lors d’une conférence sur le risque de terrorisme en Albanie, le 15 décembre 2015. Le KMSH est la seule organisation musulmane que l’État reconnaît.

[4] The Economist, 23 janvier 2016.

[5] Jamestown Foundation, Combattants étrangers d’origine ethnique albanaise et l’État islamique, le 15 mai 2015.

 

 

 

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