Azerbaïdjan

Chiffres clés


Données religieuses tirées de l’Association of Religion Data Archives (ARDA).
Données générales tirées de la BBC.

Superficie:
86 600 km2

Population:
9 600 000

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’Azerbaïdjan a construit un complexe labyrinthe de restrictions « légales » en matière de liberté de religion et croyance.

En vertu de la Loi sur la religion de 2009, toute activité religieuse non enregistrée est interdite. Il en va de même pour l’enseignement de la religion, qui exige l’autorisation de l’État. La publication et la distribution d’ouvrages religieux sont soumises à la censure du gouvernement. Pour que les communautés religieuses musulmanes puissent gérer leurs affaires, elles doivent appartenir au Conseil des musulmans du Caucase. Le Conseil est une organisation chiite, soutenue par le gouvernement central et ses règlements stipulent que seuls des citoyens azéris ayant reçu leur formation religieuse en Azerbaïdjan peuvent le présider.

Le 5 décembre 2015, le président Ilham Aliyev a approuvé une série de lois visant à renforcer les restrictions sur la liberté de religion et de croyance[1]. Un amendement a également été ajouté au Code pénal au moyen de l’article 168.1, qui impose l’emprisonnement ou une amende à tout citoyen qui, après avoir reçu une formation religieuse à l’étranger, accomplit un rite islamique. Le paragraphe 2 impose des peines de prison allant d’un à deux ans pour « propagande religieuse par des étrangers et des apatrides ».

Au cours de ce même jour de décembre, une nouvelle loi sur l’extrémisme religieux a été adoptée. Elle est très élastique par rapport à l’usage arbitraire de la notion d’« activité extrémiste ». En plus, plusieurs amendements ont été apportés à l’article 18 de la Loi sur la citoyenneté afin de priver de leur citoyenneté ceux qui participent à des groupes religieux « extrémistes ».

 

Incidents

La communauté catholique, qui n’a que quelques centaines de membres, peut gérer ses affaires sans difficulté. À partir de 2011 – l’année où un accord entre le Vatican et le gouvernement azéri a été signé – la Mission catholique dans le pays est devenue une Préfecture apostolique, la première étape avant la création d’un diocèse. En mars 2015, le président Aliyev a été reçu en audience par le pape François. Au cours de la rencontre, on a noté avec satisfaction le développement des relations bilatérales[2]. Puis en septembre 2016, le pape a visité l’Azerbaïdjan.

En revanche, la vie quotidienne des autres groupes religieux est très difficile. Surtout, au fur et à mesure que l’État intensifie sa mainmise sur la société, il exerce une surveillance de plus en plus accrue sur ces groupes.

Depuis juin 2015, les deux seules paroisses de l’Église orthodoxe géorgienne légalement autorisées en Azerbaïdjan – l’église de St Georges à Gakh et l’église de Saint Nino à Alibeyli – sont sans prêtre. Les autorités azéries ont interdit le retour du père Demetre Tetruashvili, le prêtre qui a servi les sacrements dans les deux communautés au cours des quatre dernières années. À cause de cette situation, on a demandé qu’un nouveau prêtre, le père Petre Khumarashvili, soit autorisé à entrer dans le pays[3]. Pour le moment, la demande est restée lettre morte[4]. Selon des déclarations du Ministère des Affaires étrangères de Géorgie, les autorités azéries ont refusé l’autorisation parce qu’il est désormais impossible que des citoyens étrangers dirigent l’Église orthodoxe géorgienne[5].

Les différentes communautés de Témoins de Jéhovah du pays – dont aucune n’a pu s’inscrire auprès des autorités – subissent fréquemment des perquisitions de la police. Habituellement, pendant ces perquisitions, du matériel religieux est confisqué et les gens impliqués sont l’objet de menaces et d’insultes. S’en suivent aussi des interrogatoires aux postes de police locale et des procès. Les procédures judiciaires sont souvent instruites le même jour que la perquisition. Cela signifie que l’accusé n’a aucune chance d’obtenir des conseils juridiques ou de préparer une défense adéquate. Le 14 novembre 2015, la communauté des Témoins de Jéhovah de Gyanja a été attaquée et neuf de ses membres ont reçu une amende. Deux autres – Irada Huseynova et Rashad Niftaliyev – ont dû subir de courtes peines de prison pour ne pas avoir payé les amendes pour des infractions précédentes[6]. Cet incident a été la huitième rafle contre les Témoins de Jéhovah de Gyanja depuis 2010. Dans un cas précédent, en octobre 2014, trois personnes – dont Rashad Niftaliyev et le propriétaire de la maison, Saladdin Mammadov – ont reçu des amendes[7].

En février 2015, deux Témoins de Jéhovah, Irina Zakharchenko et Valide Jabrayilova, ont été arrêtées dans la ville de Pirallahi. En décembre, la police avait surpris les deux femmes faisant du porte-à-porte, parlant de leur foi et distribuant du matériel religieux. Pendant presque un an, elles sont restées en détention provisoire en attente de leur procès, qui a finalement eu lieu le 28 janvier 2016. Compte tenu de leur longue détention, le juge a décidé de ne pas leur imposer une amende et elles ont été libérées[8].

Entre décembre 2014 et janvier 2015, cinq autres Témoins de Jéhovah – deux dans la ville de Zakatala, Matanat Qurbanova et Saadat Muradhasilova, et trois dans la capitale, Bakou, Rahima Huseynova, Mahluqa Akhmadova et Ismayil Bagirov – ont chacun été condamnés à des amendes qui correspondent à environ trois mois de salaire moyen[9], pour avoir parlé de leur foi dans la rue avec d’autres personnes et pour avoir distribué du matériel religieux. Leurs recours contre leur condamnation ont été rejetés[10].

En avril 2014, Kamran Shikhaliyev, objecteur de conscience âgé de 20 ans, a été condamné à un an dans une unité militaire disciplinaire pour avoir refusé de servir dans les Forces armées. Il a été condamné à nouveau pour la même infraction, le 18 août 2015, par le tribunal militaire à Bakou[11].

Les musulmans qui prient sans l’autorisation du Conseil des musulmans du Caucase rencontrent fréquemment l’hostilité de l’État et ils sont les victimes d’arrestations et de punitions.

Les adeptes des enseignements du mullah turc Said Nursî sont persécutés. En octobre 2015, cinq frères, tous des musulmans – Ismayil et Zakariyya Mammadov, Shahin Hasanov, Eldeniz Hajiyev et Revan Sabzaliyev – ont été condamnés à des peines de prison allant d’un à cinq ans après que la police les a trouvés ensemble dans un appartement à Bakou en train d’étudier les écrits de Nursî. Bien que leurs peines ont été réduites en appel, l’avocat des cinq hommes a annoncé l’intention des frères de faire appel à la Cour suprême[12]. Dans un autre incident, Sabuhi Mammadov, un musulman de la région de Gadabay, a été condamné à une amende équivalant à trois fois le salaire mensuel moyen pour avoir accueilli chez lui une réunion d’étude des écrits de Nursî. Treize autres personnes présentes à la réunion ont été condamnées à des amendes inférieures[13]. Deux citoyens turcs, arrivés à Bakou le 19 septembre 2015, ont été condamnés à une amende et déportés. Cela est arrivé après que la police a perquisitionné un appartement et les a trouvés avec 85 autres croyants, en train d’étudier les œuvres de Nursî. Cinq autres personnes présentes ont reçu une amende[14].

Zohrab Shikhaliyev, un musulman sunnite, a purgé une peine de prison de six mois pour possession illégale d’armes. Cependant, selon des reportages, son véritable crime était d’avoir mis sa maison, dans la ville de Soumgaït, à la disposition de musulmans sunnites pour la prière[15].

Le 10 mars 2015, un chiite, Jeyhun Djafarov – animateur et présentateur radio bien connu, ainsi que traducteur de textes islamiques – a été arrêté et accusé de trahison[16].

La vente non autorisée de textes religieux cause des problèmes à beaucoup de musulmans. Par exemple, en décembre 2014, Kamran Abdiyev a été condamné à une amende et les 244 textes islamiques trouvés en sa possession ont été confisqués[17]. De même, cinq autres musulmans, y compris l’imam Qarayev Mubariz de la mosquée de Legzin, ont été arrêtés en février 2015 pour avoir vendu des textes sacrés sans autorisation de l’État[18]. Le mois de mai suivant, ils ont été condamnés à des peines de prison allant de 6 à 18 mois. Les cinq hommes étaient liés à la mosquée de Legzin, qui avait subi des pressions au cours de l’année précédente pour arrêter ses activités religieuses. Par exemple, en avril 2015, les autorités ont demandé à la mosquée de fermer ses portes avant les Jeux européens de Bakou[19]. La raison avancée pour cette demande était la nécessité de réaliser des travaux structurels. Cependant, on pense plutôt que la vraie raison est liée à la position centrale de la mosquée dans la vieille ville de Bakou et au grand nombre de croyants musulmans (souvent habillés en costume traditionnel et avec de longues barbes) qui s’y réunissent de façon régulière.

De nombreuses mosquées ont été fermées depuis 2008 sous divers prétextes. Dans certains cas, leurs dirigeants ont été remplacés de force par des gens plus acceptables et loyaux envers les autorités. C’est exactement ce qui s’est passé au printemps de 2014 à la mosquée de Mushfiqabad[20] et en 2015 à la mosquée de Gobustan, près de Bakou[21]. De même, l’imam de la mosquée de Djouma, Jeyhun Baliyev, a déclaré qu’il a été renvoyé parce que ses prédications du vendredi étaient devenues trop populaires[22]. En décembre 2015, Mubariz Gurbanli, le président de la Commission d’État pour les organisations religieuses, a annoncé des plans pour installer des caméras de sécurité dans toutes les mosquées du pays afin de surveiller les prêches[23].

En novembre 2015, la police a mené une intervention armée dans le village de Nardaran, un bastion de l’islam chiite. Deux policiers et cinq personnes du lieu ont été tués. Au moins 68 personnes ont été arrêtées et accusées de vouloir organiser « un changement violent au système constitutionnel de gouvernement » afin d’établir « un État religieux régi par la charia.[24] » Après l’opération, quatre mosquées de Nardaran ont été fermées. Beaucoup de ceux qui ont été arrêtés ont été libérés en janvier 2016, mais environ dix personnes sont restées en détention préventive. Il s’agit du chef du groupe, Taleh Bagirov, et du chef de la prière de la mosquée, Nuhbala Rahimov[25]. Quelques jours avant l’opération, en juillet 2015, Bagirov, qui venait de purger une deuxième peine de prison, a été victime de vexations et de torture de la part des forces de sécurité. Son adjoint, Elchin Qasimov, et d’autres croyants ont fermement condamné la violente attaque. En tout, une dizaine de personnes ont été détenues jusqu’à 30 jours[26].

La situation des musulmans est encore plus difficile au Nakhitchevan, un territoire autonome de l’Azerbaïdjan, enclavé entre l’Arménie, l’Iran et la Turquie.

 


[1] Forum 18 News Service, 16 décembre 2015.

[2] AsiaNews, 6 mars 2015.

[3] Forum 18 News Service, 10 juillet 2015.

[4] Ibid., 26 janvier 2016.

[5] Ibid., 13 juillet 2015.

[6] Ibid., 16 décembre 2015.

[7] Ibid., 1° octobre 2015.

[8] Ibid., 29 janvier 2016.

[9] Le salaire mensuel moyen en Azerbaïdjan est de 462 manats (environ 400 euros ou 440 dollars US)

[10] Ibid., 24 février 2015 et 5 août 2015.

[11] Ibid., 19 novembre 2015.

[12]Ibid., 27 avril 2016.

[13] Ibid., 13 juillet 2015.

[14] Ibid., 29 septembre 2015.

[15] Ibid., – 18 novembre 2014 et 23 février 2015.

[16]Ibid., 16 décembre 2015.

[17] Ibid., 5 août 2015.

[18] AsiaNews, 12 septembre 2015.

[19] Forum 18 News Service, 21 avril 2015.

[20] Ibid., 18 novembre 2014.

[21] Ibid., 24 février 2015.

[22] Ibid., 26 janvier 2016.

[23] Human Rights Without Frontiers, 4 avril 2016.

[24] Forum 18 News Service, 1° décembre 2015.

[25]Ibid., 27 janvier 2016.

[26]Ibid., 9 décembre 2015.

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