Bahreïn

Chiffres clés

Superficie :
717 km2

Population :
1 300 000

Contexte

Le Bahreïn, un royaume situé dans le Golfe Persique, est gouverné par la dynastie sunnite des Al Khalifa. On estime que jusqu’à deux tiers de la population est chiite. Les autres – entre 30 % et 35 % – sont sunnites. Il y a un petit nombre de chrétiens, de juifs, de bahaïs et d’hindous. Le Bahreïn est donc l’un des rares pays du Golfe avec des citoyens non-musulmans. Les chrétiens détenteurs de la citoyenneté bahreïnie sont environ un millier. La majorité de ces chrétiens sont arrivés au Bahreïn entre 1930 et 1950. On a fini par leur accorder la nationalité bahreïnie. La plupart étaient des chrétiens arabes du Moyen-Orient avec un petit nombre originaire de l’Inde. À peu près 50 % des 1,30 million sont des travailleurs étrangers ; la plupart d’entre eux proviennent principalement des pays d’Asie du Sud. Près de la moitié des travailleurs expatriés sont des non-musulmans (entre 250 000 et 300 000). Les chrétiens représentent environ 9 % de la population totale. Environ 80 000 catholiques vivent au Bahreïn.[1] En 2014, le roi Cheikh Hamad bin Issa Al Khalifa a autorisé la construction de la première église catholique du pays, mais sa construction a été retardée.

 

Situation juridique

Selon l’article 2 de la Constitution de 2002, « l’islam est la religion de l’État. La charia islamique est une source principale de la législation. » L’article 6 stipule que « l’État protège le patrimoine arabe et islamique. » Cependant, l’article 18 affirme qu’« il n’y a pas de discrimination entre eux [les citoyens] fondée sur le sexe, l’origine, la langue, la religion ou les convictions. » L’article 22 énonce que « la liberté de conscience est absolue. L’État garantit l’inviolabilité du culte ainsi que la liberté de célébrer les rites religieux et d’organiser des défilés religieux et des réunions conformément aux coutumes observées dans le pays. »[2]

Se convertir de l’islam à une autre religion n’est pas formellement interdit par la loi, mais selon des sources locales, un tel geste a des conséquences sociales et juridiques majeures. Un converti de l’islam perd tous ses droits de succession et est chassé de la famille.

Les activités missionnaires par des non-musulmans parmi les musulmans ne sont pas autorisées. Pour un missionnaire, cela aurait de graves conséquences.

Le Code pénal du Bahreïn impose « une peine d’emprisonnement pour une période ne dépassant pas un an ou une amende ne dépassant pas BHD 100 (environ 265 US$) » à « toute personne qui perturbe délibérément ou entrave les cérémonies, les rencontres ou les rites d’une religion reconnue ou qui empêche la tenue d’événements par la force ou par des menaces », ainsi qu’à « toute personne qui détruit, endommage ou profane un lieu de culte, un symbole ou autre chose qui sont religieusement inviolables. »[3]

Un projet de loi a été l’objet de discussions dans le but de criminaliser le mépris de la religion, tel qu’insulter la divinité et diffamer les livres sacrés ou les prophètes, ou de pénaliser toute expression haineuse et discours sectaire qui porte atteinte à l’unité nationale et qui discrimine en fonction des croyances ou de secte.[4]

Afin de réaliser leurs activités dans le pays, les groupes religieux non-musulmans doivent s’inscrire auprès du ministère du Développement social. Au total, 19 groupes religieux non-musulmans sont inscrits, y compris des Églises chrétiennes et un temple hindou.[5]

 

Événements récents

Le roi du Bahreïn Cheikh Hamad bin Issa Al Khalifa s’est dit prêt à aider 200 familles chrétiennes de Mossoul en leur donnant asile au Bahreïn. Dans une interview, Mgr Camillo Ballin, MCCI, vicaire apostolique pour l’Arabie du Nord, a déclaré : « Cela montre sa générosité envers les chrétiens. »[6]

En 2014, de hauts dignitaires religieux chiites bahreïnis ont critiqué l’enlèvement des bannières pour l’Achoura marquant l’anniversaire de la mort du petit-fils du prophète Mahomet. Selon eux, une telle mesure empiétait sur une tradition pluriséculaire. La plainte met en exergue les préoccupations[7] de l’importante communauté chiite du Bahreïn au sujet de la liberté religieuse dans l’État arabe du Golfe, où on tente de surmonter les tensions provoquées par des manifestations de masse, en 2011, en faveur de réformes. En deux mois, au moins 30 sites religieux chiites ont été détruits, des dizaines de personnes ont été tuées et des milliers de manifestants antigouvernementaux – en majorité chiites – ont été emprisonnés ou renvoyés, dans le cas des fonctionnaires. Des troupes saoudiennes ont été dépêchées pour réprimer le soulèvement qui a été rapidement étouffé. Des manifestations sporadiques se sont poursuivies au cours des quatre dernières années. Les manifestants réclament plus de droits et la fin de la discrimination par la famille royale sunnite contre la majorité chiite. Le Bahreïn nie les accusations des chiites d’être victimes de discrimination en matière d’embauche et de la part des services gouvernementaux. Les Forces de sécurité ont tenté de protéger les cérémonies et en même temps de s’assurer que les bannières étaient placées dans des espaces prévus. La police a pris des « mesures juridiques contre un certain nombre d’infractions dans des secteurs des gouvernorats du nord » et a affronté des groupes qui avaient attaqué la police avec des bombes incendiaires.[8] Au cours de l’Achoura en octobre 2015, on signale la suppression de bannières marquant l’Achoura.[9]

Dans un jugement rendu le 29 janvier 2014, le Haut Tribunal administratif a ordonné la dissolution du Conseil islamique des oulémas (CIO), la principale assemblée de dignitaires religieux chiites du pays, ainsi que la liquidation de ses actifs, en déclarant que le Conseil n’avait pas d’autorisation et « utilisait la religion pour camoufler » ses activités politiques, tranchant ainsi en faveur du gouvernement qui avait intenté une poursuite en 2013. En juin 2014, le Haut Tribunal administratif d’appel a confirmé le jugement du 29 janvier et en juillet le ministère de la Justice et des Affaires islamiques a annoncé qu’il prendrait les dispositions pour dissoudre le Conseil, conformément à la décision du tribunal. Le 17 novembre 2014, la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire du pays, a rejeté la demande du Conseil pour une suspension de la décision de juin, faisant valoir que celle-ci avait déjà eu lieu.[10]

En mars 2015, le procureur du Bahreïn a inculpé un élève d’une école secondaire et deux enseignants pour avoir insulté l’islam dans une vidéo dans laquelle on voit l’étudiant réciter des versets du Coran accompagné par de la musique. La Bahrain News Agency (BNA), l’agence de presse officielle du Bahreïn, a rapporté la nouvelle. Selon la tradition islamique, le tajwîd, c’est-à-dire la récitation du livre saint de l’islam, suit des règles d’intonation qui varient selon des styles de lecture bien connus. Dans son enquête, le ministère de l’Éducation a constaté que l’école de l’élève s’était présentée dans un concours pour enfants ouvert à tout le monde musulman. Les deux enseignants et l’élève ont été interrogés par le procureur, qui les a « inculpés d’avoir enfreint la religion islamique et d’avoir insulté ses rites », a affirmé l’agence de presse. Le ministère « les a placés en détention à titre de protection. »[11]

En février 2016, la Haute Cour pénale (Cour d’appel) du Bahreïn a confirmé l’arrêté d’expulsion contre le Cheikh Mohammad Khojasteh, un religieux chiite bahreïni et membre du Conseil islamique des oulémas, à qui on avait révoqué la nationalité. Khojasteh est l’un des 72 Bahreïnis qui ont perdu leur citoyenneté au début de 2015.[12] En 2014, des amendements à la Loi sur la citoyenneté autorisaient le gouvernement à révoquer la citoyenneté de tout Bahreïni qui « porte préjudice aux intérêts du royaume », qui manque à son obligation de « loyauté », ou qui aide « un État hostile ». Ceux qui perdent leur citoyenneté sont contraints de rendre leurs passeports et leurs cartes d’identité et de demander un permis de résidence ou bien de quitter le pays. Quatre de ces personnes ont été révoquées depuis le début de février.[13]

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Récemment, un diplomate du Saint-Siège a défini « le royaume du Bahreïn, avec ses protections constitutionnelles pour la liberté de conscience, l’inviolabilité des lieux de culte, et la liberté de célébrer les rites religieux, de phare pour le pluralisme religieux et la tolérance dans une région où une telle ouverture n’est pas universellement acceptée. »[14]

Selon une commission américaine sur la liberté religieuse, le gouvernement du Bahreïn a réalisé des progrès tangibles dans la reconstruction des mosquées et des structures religieuses qu’il avait détruites lors des troubles au printemps 2011. Or, il reste encore beaucoup à faire pour mettre en œuvre les recommandations de la Commission d’enquête indépendante du Bahreïn (CEIB) pour réparer les injustices passées subies par les musulmans chiites et améliorer les conditions dans lesquelles la liberté religieuse s’exerce. Qui plus est, au cours de l’année, les autorités ont continué à arrêter et à emprisonner de façon arbitraire des musulmans chiites.[15] La liste de doléances de la communauté chiite du pays reste bien longue.  Étant donné que la religion et l’affiliation politique sont souvent étroitement liées, il est difficile de classer clairement de nombreux incidents comme étant uniquement de nature religieuse. En raison des tensions géopolitiques dans une région divisée entre camps chiite et sunnite, dominés respectivement par l’Iran et l’Arabie Saoudite, il n’est pas facile de traiter les enjeux susmentionnés.

 


[1] http://www.avona.org/vicariate/vicariate_about.htm#.VvY4hJ0weM8

[2] http://www.servat.unibe.ch/icl/ba00000_.html

[3] http://alwefaq.net/media/2015/01/Ashura_2014_EN.pdf

[4] http://www.bna.bh/portal/en/news/684059

[5] U.S. International Religious Freedom Report for 2014 (Rapport sur la liberté religieuse internationale des États-Unis pour 2014).

[6] http://www.lastampa.it/2014/08/30/vaticaninsider/eng/world-news/bahrain-is-willing-to-welcome-christian-families-from-mosul-vJDvv1J6XEIVSC5wB9xgFO/pagina.html

[7] http://alwefaq.net/media/2015/01/Ashura_2014_EN.pdf and http://shiapost.com/2015/12/06/violations-of-religious-freedom-increasing-in-bahrain/

[8] http://www.reuters.com/article/us-religion-ashura-bahrain-idUSKCN0SG1TP20151022

[9] https://globalvoices.org/2015/10/20/bahrain-government-renews-crackdown-on-religious-rituals/

[10]U.S. International Religious Freedom Report for 2014 (Rapport sur la liberté religieuse internationale des États-Unis pour 2014).

[11] http://www.reuters.com/article/us-bahrain-koran-idUSKBN0M71UL20150311

[12] http://en.abna24.com/service/bahrain/archive/2016/02/21/736039/story.html

[13] http://ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=17252&LangID=E

[14] http://www.holyseemission.org/contents%5C/statements/statements-56d8ae4351d563.55378827.php

[15] http://www.uscirf.gov/sites/default/files/Bahrain%202015.pdf

 

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