Bangladesh

Chiffres clés

Population:152,518,000
Superficie:147,600 km2
Réfugiés (immigrés)*:231,138
Réfugiés (émigrés)**:9,545
Déplacés internes:-
* Réfugiés étrangers vivant dans le pays.
** Citoyens du pays vivant maintenant à l’étranger.

Historique de la situation du gouvernement et de la population

Le Bangladesh (officiellement la « République populaire du Bangladesh ») est une République indépendante qui fait partie du Commonwealth britannique. Elle s’est séparée du Pakistan le 26 mars 1971. En 1975, l’armée a pris le pouvoir par un coup d’État et a conservé le contrôle du pays jusqu’en 1990. En 1991, les premières élections véritablement démocratiques ont eu lieu, marquant de facto le début de la République. Depuis cette époque, la nation a été déchirée par des tensions politiques entre les deux principaux partis politiques, la Ligue Awami (laïque et socialiste) et le Parti Nationaliste du Bangladesh (BNP – nationaliste, comme son nom l’indique, mais également allié à des partis islamistes). En 2007/2008, le Bangladesh a été au bord d’une guerre civile qui a été empêchée par l’instauration de l’état d’urgence[1]. Depuis lors, le pouvoir a été confié à un gouvernement intérimaire, soutenu par l’armée. Dans la pratique, cela fait près de deux ans que le pays est dans l’impasse.[2]Les droits civils ont de fait été suspendus.

Malgré sa superficie relativement petite, le Bangladesh est le neuvième pays le plus peuplé au monde. Si l’on met de côté certains pays comme Monaco et Taïwan, qui a été fondé à l’époque coloniale, le Bangladesh a la seconde plus forte densité de population au monde, à savoir 1.099 habitants par kilomètre carré. Dans le pays, les réfugiés sont d’origine birmane[3] : la plupart du temps, il s’agit de musulmans de la tribu des Rohingyas, expulsés à la suite de tensions avec la majorité bouddhiste de Birmanie. En ce qui concerne les réfugiés bangladais dans d’autres pays du monde, ils sont estimés à un peu plus de 10.000. Il n’est pas possible de déterminer le nombre de réfugiés internes (ou personnes déplacées internes) du fait de conflits armés ou de confiscations de terrains – car il n’y a pas eu de recensement selon cette catégorie[4]. La langue officielle est le bengali, suivi par l’anglais.

Démographie religieuse et statut constitutionnel

Le plus grand groupe ethnique est celui des Bengalis (97,7 %), suivi par les tribus autochtones et les musulmans non bengalis (2,3 %).[5]L’islam est la religion d’État, mais le gouvernement garantit l’égalité des droits et la pleine liberté de culte aux citoyens d’autres confessions religieuses. Cela est garanti par l’article 2a de la Constitution (amendement de 2011). Cette révision a partiellement rétabli l’esprit de la Constitution originelle de 1972 qui avait consacré la laïcité, le nationalisme, la démocratie et le socialisme comme ses quatre principes fondamentaux. Sans soutenir directement la Loi de la charia, le Premier Ministre Sheikh Hasina a néanmoins conservé certains amendements introduits par le gouvernement militaire entre 1979 et 1990. Ceux-ci comprennent, en plus du caractère ‘confessionnel’ du pays, l’intitulé Bismillahir Rahmanir Rahim (« au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux ») et la présence au Parlement de partis politiques à caractère religieux[6]. Bien que le Bangladesh soit l’un des pays musulmans les plus ouverts au monde, la prédominance culturelle et sociale de l’islam au Bangladesh a des conséquences majeures sur la société. Cela se voit en particulier dans le domaine des conversions religieuses qui, en théorie, sont libres, mais en pratique sont soumises à de puissantes pressions de la part de la communauté d’origine, lorsqu’il s’agit de la conversion de l’islam à une autre religion (en général au christianisme). La loi dispose que le converti présente à un notaire un document signé dans lequel il déclare qu’il a changé de religion pour des raisons personnelles, qu’il n’a pas subi de pressions pour le faire, et qu’il l’a fait librement. Lorsqu’il s’agit d’un chrétien, d’un bouddhiste ou d’un hindou qui se convertissent à une autre religion et présentent ce document, la procédure est presque une formalité. En revanche, pour un musulman, il n’est pas du tout inhabituel qu’il rencontre de la résistance de la part du notaire, qui refusera même parfois (tout à fait illégalement) d’enregistrer le document[7].

Le renouveau du fondamentalisme

De manière générale, ces dernières années, on note un déclin des cas de violation de la liberté religieuse et de persécution des minorités. Les attaques contre les chrétiens, hindous et bouddhistes – ou leurs lieux de culte respectifs – ont pour la plupart été liées à des différends personnels, des questions de terrain ou autres sujets à l’égard desquels la foi religieuse n’est qu’un aspect « collatéral ». Les conflits ont habituellement lieu entre la majorité bengali – musulmane – et les communautés tribales ou autres groupes ethniques – qui appartiennent le plus souvent aussi aux minorités religieuses. La zone la plus « critique » pour les chrétiens est celle des Chittagong Hill Tracts (« région montagneuse de Chittagong »), dans le sud-est du Bangladesh.Dans cette région, il existe depuis un certain temps une campagne de lutte contre les conversions au christianisme, pilotée par les musulmans les plus radicaux – qui accusent les missionnaires de prosélytisme et de conversions forcées, soi-disant dans l’intention de créer une région à majorité chrétienne.

Néanmoins, il faut cependant souligner une tendance qui se manifeste depuis le début de 2013, à savoir la résurgence de l’intégrisme islamique, après un certain nombre d’années pendant lesquelles un état d’esprit plus laïc avait pris l’ascendant. Le complice « involontaire » de cette reprise a en fait été le gouvernement actuellement en fonction lui-même, dirigé par Sheikh Hasina et sa Ligue Awami, un parti laïc et socialiste. Pour tenir les promesses faites pendant sa campagne électorale, le Premier Ministre a créé le Tribunal pénal international (TPI). La tâche du tribunal était de poursuivre et de condamner les auteurs des crimes commis pendant la guerre ayant conduit à l’indépendance du Bangladesh (la guerre de libération en 1971). Dans la pratique, ces tribunaux ont traduit en justice tous les principaux dirigeants du Jamaat-e-Islami, le parti fondamentaliste islamique, et certains membres du Parti Nationaliste du Bangladesh (le BNP), principal parti de l’opposition actuelle. Les individus traduits en justice étaient en effet coupables de crimes de guerre.Néanmoins, le Jamaat a immédiatement dénoncé ces tribunaux comme étant « politisés », comme un instrument de l’Awami destiné à éliminer ses adversaires politiques, et a lancé la première d’une longue série de hartal (grèves) en signe de protestation. À chaque nouveau verdict des tribunaux, le parti islamiste a lancé des arrêts de travail dans tout le pays qui ont systématiquement dégénéré en violences de toute nature, causant plus de 250 morts au cours de l’année.

Ces hartal ont eu trois conséquences : tout d’abord, le Jamaat a gagné en force et en popularité ; deuxièmement, les minorités religieuses, en particulier les hindous et les bouddhistes, se sont une fois de plus retrouvées dans le collimateur des fondamentalistes islamiques ; et troisièmement, de nouveaux groupes radicaux ont émergé des nombreuses madrasas (écoles coraniques) dispersées dans tout le pays.

La plus violente de ces organisations extrémistes est le Hefajat-e-Islam (« protecteurs de l’islam »). Le 6 avril 2013, ses partisans ont organisé des défilés dans différentes villes du Bangladesh, présentant « 13 points » qu’ils décrivaient comme étant indispensables à un pays musulman.Parmi eux : une Constitution basée sur la charia ; une loi contre le blasphème – et la peine de mort pour toute personne insultant Allah, Mahomet ou l’islam ; l’introduction de la ségrégation entre les sexes à tous les niveaux de la société ; la déclaration officielle selon laquelle les Ahmadi[8]sont « non-musulmans » ; l’interdiction de toute « activité anti-islamique » des ONG dans le pays – y compris les « tentatives malignes » des missionnaires chrétiens de convertir la population.Au cours d’un entretien accordé à la société de radiodiffusion du Bangladesh, le Premier Ministre a – en partie – répliqué aux exigences du groupe, en affirmant que « le Bangladesh n’a pas besoin de lois contre le blasphème » et en insistant sur la nature de « démocratie laïque » du Bangladesh. Le 5 mai 2013, ces extrémistes ont une fois de plus défilé dans les rues de Dacca.Rassemblés dans le centre de la ville, et armés de machettes, de bâtons et de pierres, ils ont déclenché une véritable guérilla urbaine contre les forces de l’ordre. Ces affrontements ont fait partie des plus sanglants de l’année et ont causé plus de 50 morts dans la capitale.

La conversion d’un ancien imam et le boycott social qui en résulte

Les cas d’agression pure et simple contre les chrétiens et les catholiques ne sont pas très nombreux. Comme déjà souligné, de tels cas sont fréquemment liés à des expropriations forcées dont les victimes sont le plus souvent issues de minorités tribales ; dans ces situations, la discrimination ethnique et sociale s’ajoute à la discrimination religieuse. Dans d’autres cas, ce sont les conversions religieuses qui déclenchent les agressions de la part de la communauté (musulmane) d’origine, malgré le fait que la décision de changer de religion soit entièrement légale. Ce fut le cas d’un ancien imam dont l’histoire n’a été révélée – bien qu’anonymement – qu’en 2012. Cet homme est tout d’abord devenu chrétien presbytérien à l’étranger. Puis il a épousé une catholique et a décidé d’embrasser la foi catholique. Ils sont retournés ensemble au Bangladesh, où certains membres de sa communauté l’ont sauvagement frappé, le laissant presque pour mort.Après avoir quitté l’hôpital, lui et sa famille ont fait face à un intense ostracisme social.Il a perdu son emploi, et ils ont été obligés de changer de domicile à plusieurs reprises[9].

L’attaque du séminaire de Dinajpur

Le 6 juin 2013, une foule de 60 personnes a attaqué le séminaire de Jisu Niloy à Bolakipur (dans la paroisse de Marimpur, diocèse de Dinajpur). Les extrémistes musulmans ont tout d’abord attaqué le recteur, le Père Uzzal, en lui tendant un piège dans sa chambre et en le frappant.Puis ils ont également frappé certains des étudiants qui se trouvaient dans le séminaire à ce moment-là.Quelques semaines plus tôt, ces mêmes fanatiques avaient saccagé les villages tribaux voisins de Tivipara et Bagjia – tous deux principalement catholiques – et menacé leurs habitants[10].

Conversions forcées à l’islam

En septembre 2012, un scandale a éclaté à la découverte d’un trafic d’enfants chrétiens de l’ethnie Tripura, qui étaient enlevés pour être convertis à l’islam. L’escroquerie était effectuée par des intermédiaires de la même tribu, qui proposaient aux parents de s’occuper de leurs enfants en les accueillant dans des pseudo-foyers.Les trafiquants incitaient les parents à leur verser de l’argent pour de supposés frais d’embarquement, mais en réalité ils empochaient l’argent et faisaient rentrer les enfants dans diverses madrasas dispersées dans tout le pays. Selon des sources catholiques locales d’AsiaNews (anonymes, pour des raisons de sécurité), des centaines d’enfants chrétiens auraient été victimes de ce système[11].

Violences contre les hindous

Les violences perpétrées par les groupes islamistes fondamentalistes se sont avérées très féroces contre la communauté hindoue. Il y a trois raisons à cela : tout d’abord, par tradition (à cause de la partition et de la guerre de libération)[12]; deuxièmement, parce que la minorité hindoue est la plus grande des minorités ; et troisièmement, parce que beaucoup de ceux qui ont témoigné devant les tribunaux chargés de punir les crimes de guerre étaient hindous[13]. Les pires actes d’agression explicitement dirigés contre la communauté hindoue en tant que telle ont eu lieu après les premiers verdicts de ces tribunaux chargés de punir les crimes de guerre, entre février et mars 2013.À Khulna, une ville située dans le sud-ouest du pays, de nombreux militants de la Jamaat-Shibir(l’aile jeune du parti islamiste) et du BNP ont attaqué le quartier de Dhopapara, un quartier très pauvre de la ville à majorité hindoue. Ils y ont mis le feu à huit maisons, saccagé 10 boutiques et attaqué des femmes et des filles. Dans le village d’Aditmari, dans le district de Lalmonirhat au nord du pays, un groupe de fondamentalistes islamiques a fait irruption dans le temple hindou Sree Sree Shoshan Kali Mandir, dédié à la déesse Kali. Ils y ont commis divers actes de vandalisme, détruisant les statues de la déesse.Des incidents similaires ont eu lieu dans les autres temples hindous des villages de Lakhirpar et de Satkania.

L’une des conséquences de ce climat tendu – bien que non directement imputable à la violence politique – a été le pogrom anti-hindou qui a eu lieu le 15 novembre 2013, dans le village de Charaicha. Une foule d’environ 1.000 musulmans y a attaqué le quartier hindou au milieu de la nuit, mettant le feu à plus de 16 maisons et frappant sauvagement quiconque tentait d’intervenir.Selon la police, l’événement ayant déclenché la fureur musulmane a été la mort d’un jeune musulman, Parvez Gazi, décédé dans des circonstances inexpliquées lors d’un match de badminton, deux jours plus tôt. Il était en train de jouer avec son frère et deux amis, quand il a eu une altercation avec deux jeunes hindous du même âge. L’échange d’insultes a dégénéré en violence physique, et Parvez a été poignardé à mort. Les trois autres ont été emmenés au Dhaka Medical College où ils ont relaté l’incident aux membres de leurs familles. Dès que la nouvelle a été communiquée, les habitants musulmans du village ont décidé de lancer un pogrom.

En conclusion, la situation de la liberté religieuse au Bangladesh, depuis le dernier rapport publié en octobre 2012, est mitigée. Elle s’est améliorée en ce qui concerne les cas individuels de violence et de persécution, mais s’est détériorée dans le sens d’un glissement général vers l’islam fondamentaliste.


[1] AsiaNews, 12 janvier 2007

[2] AsiaNews, 5 juin 2008

[3]The World Factbook of the Central Intelligence Agency

[4] Internal Displacement Monitoring Center of the Norwegian Refugee Council

[5]Calendario Atlante De Agostini

[6] AsiaNews, 8 juin 2011

[7] AsiaNews, 30 mars 2012

[8] Une minorité musulmane considérée comme hérétique par les musulmans sunnites (en majorité dans le pays), parce qu’ils ne considèrent pas Mahomet comme le dernier prophète.

[9] AsiaNews, 3 avril 2012

[10] AsiaNews, 7 juin 2013

[11] AsiaNews, 6 septembre 2012

[12] AsiaNews, 8 mars 2013

[13]Bien qu’il n’y ait pas de données précises, on estime que durant la guerre de libération de 1971, environ 1,5 million de civils ont été tués et environ 200.000 femmes ont été violées. La grande majorité de ces victimes appartenait à la communauté hindoue, alors que plus de 60 % des réfugiés du Bangladesh en Inde étaient également hindous.

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