Bosnie Herzégovine

Chiffres clés


Les résultats du premier recensement d’après-guerre, organisé en octobre 2013, ne sont pas disponibles au moment de la rédaction du présent rapport. Les membres des trois organismes statistiques ont été incapables de se mettre d’accord sur la méthodologie pour élaborer les résultats. Le délai légal de publication est le 1er juillet 2016.

Superficie:
51 197 km2

Population:
3 790 000

Contexte

L’Accord de paix de Dayton, ratifié en 1995, a mis fin à la guerre de 1992-1995, mais il a cimenté les conséquences du « nettoyage ethnique » qui, par le déplacement et la migration, a divisé la population en zones ethno-religieuses séparées. Deux entités distinctes ont été établies efficacement en fonction des limites ethno-religieuses : la Fédération croato-bosniaque de Bosnie-Herzégovine, occupant les zones occidentales et centrales et la Republika Srpska, située dans le nord et l’est. Ces deux entités ont leur propre président, leur gouvernement, leur parlement et leur service de police. Comme encadrement primordial à ces entités, il y a un gouvernement fédéral et une présidence rotative de trois membres. En outre, le district de Brcko est une unité administrative autonome. L’Annexe 4 de l’Accord de paix de Dayton contient la Constitution de la Bosnie-Herzégovine.

Au sein de la Bosnie-Herzégovine (BiH) de l’après-guerre, la présence amplifiée de la religion dans la vie publique est évidente. Certains ont accueilli le renouveau religieux comme une affirmation saine de l’identité après la laïcisation de plusieurs décennies pendant la période communiste, tandis que d’autres le voient comme une menace grandissante pour l’État politiquement fragile. Le pays est toujours en train de panser ses nombreuses blessures, et les tensions religieuses et culturelles sont toujours sous-jacentes.

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

En vertu des dispositions de la loi, la Bosnie-Herzégovine est un État laïc sans religion officielle. La « Loi sur la liberté de religion et le statut juridique des Eglises et communautés en Bosnie-Herzégovine » a été adoptée en 2004. Cette loi prévoit la liberté de religion, assure le statut juridique des Églises et communautés religieuses, et interdit toute forme de discrimination contre toute communauté religieuse. La loi prévoit également les fondements pour l’établissement des relations entre l’État et les communautés religieuses.

La loi susmentionnée a également stipulé qu’un registre pour tous les groupes religieux soit conservé au Ministère de la Justice, tandis que le Ministère des Droits de l’homme et des Réfugiés est chargé de documenter les violations relatives à la liberté religieuse. La loi reconnaît quatre communautés religieuses traditionnelles et Églises : la Communauté islamique, l’Église orthodoxe serbe, l’Église catholique et la Communauté juive. Conformément à la loi mentionnée ci-dessus, tout groupe de 300 citoyens adultes peut soumettre une demande pour former une nouvelle Église ou communauté religieuse en adressant une demande écrite au Ministère de la Justice. Celui-ci rendra une décision dans les 30 jours suivant la demande, et un appel peut être présenté au Conseil des ministres. La loi permet aux organisations religieuses minoritaires de s’enregistrer légalement et de fonctionner sans restriction. La loi réaffirme le droit de chaque citoyen à l’éducation religieuse. Elle préconise qu’un représentant officiel des différentes Églises ou communautés religieuses soit responsable de l’enseignement des études religieuses dans toutes les écoles publiques et privées au niveau maternel, primaire et universitaire. L’« Accord fondamental entre le Saint-Siège et la Bosnie-Herzégovine » a été signé le 19 avril 2006. En avril 2010, un accord a été signé au sujet de la pastorale des membres catholiques des forces armées de Bosnie-Herzégovine. L’Accord fondamental entre la Bosnie-Herzégovine et l’Église orthodoxe serbe a été signé le 3 décembre 2007. Le 6 janvier 2010, la Communauté islamique a présenté son projet de proposition à la présidence de Bosnie-Herzégovine pour son accord avec l’État. Le contenu était encore en cours de négociation au moment de la rédaction du présent rapport. Les Bosniaques musulmans ont traditionnellement une vision laïque et européenne. Au cours de la période d’avant-guerre, la plupart du temps, c’étaient les personnes âgées dans les zones rurales qui fréquentaient les mosquées. Toutefois, la période d’après-guerre a été caractérisée par une augmentation du nombre de jeunes citadins bosniaques, musulmans, instruits fréquentant régulièrement les mosquées. Une telle proportion accrue de la fréquentation des mosquées est surtout visible durant les prières hebdomadaires du vendredi (jumu’a) et pendant les prières annuelles du Bayram (‘Eid).

Aujourd’hui, en Bosnie-Herzégovine, presque chaque groupe islamique est représenté : des adeptes de Said Nursi aux salafistes, des réformistes islamiques aux partisans d’Abou Hamza al-Masri, du moins sur Internet3. La Malaisie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Indonésie, etc., ont fait construire des mosquées à Sarajevo et dans d’autres villes. Le Qatar et les Émirats Arabes Unis ont aidé à la reconstruction des bâtiments de la Faculté d’études islamiques de l’Université de Sarajevo et de la Bibliothèque de Gazi Husrev Bey. La mosquée du Roi Fahd, construite par les Saoudiens en 2000, est le plus grand lieu saint musulman dans les Balkans.  L’influence de l’islam wahhabite provient des combattants étrangers qui sont arrivés pendant la guerre des années 1990 aux côtés des Bosniaques musulmans et qui, depuis leur arrivée, n’ont jamais quitté le pays. Ils sont financés par des fondations caritatives saoudiennes4. Husein Bosnic, le leader du mouvement wahhabite du pays, a été condamné à 7 ans de prison en novembre 2015, parce qu’il a recruté des combattants pour rejoindre Daech (État islamique) en Syrie et en Irak. Au moins 6 citoyens de Bosnie-Herzégovine, qui ont assisté à des conférences données par Bosnic au sein des bastions salafistes dans les régions de l’ouest et du nord du pays, ont été tués en Syrie5. La police estime à environ 200 le nombre de citoyens de Bosnie-Herzégovine, dont des femmes et des enfants, à avoir quitté le pays pour rejoindre les combattants dans la guerre en Syrie pendant les trois dernières années, dont plus de 50 sont revenus et environ 30 ont été tués. Au cours des 15 dernières années, il y a eu des affrontements entre la communauté locale modérée et des étrangers, plus radicaux sur l’islam et son rôle en Bosnie-Herzégovine. À plusieurs reprises, des extrémistes ont ciblé Selvedin Beganovic, un imam du petit village de Trnovi dans le nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, après que ce dernier a écrit une lettre ouverte affirmant son opposition au recrutement de jeunes hommes musulmans pour aller combattre en Syrie et en Irak. L’actuel chef de la communauté islamique en Bosnie-Herzégovine, Husein Kavazovic, a été placé sous protection policière après avoir reçu une menace de mort d’un membre de Daech. Mi-janvier 2016, le Riyasat, l’organisme principal représentant la Communauté islamique, a appelé à la dissolution des communautés musulmanes parallèles, établies illégalement dans le pays. Cet organisme a lancé un appel aux membres de ces communautés pour qu’ils s’intègrent dans les structures juridiques en conformité avec la législation bosniaque relative aux communautés religieuses. On estime que 64 communautés islamiques illégales sont actives en Bosnie-Herzégovine et elles sont considérées comme des foyers de radicalisme et d’extrémisme. Le Riyasat a pris ses distances avec ces communautés, indiquant qu’il n’a pas connaissance de leurs activités et qu’il ne peut être tenu responsable pour eux. En novembre 2015, un islamiste a tué deux soldats dans une banlieue de Sarajevo. Un officier de police serbe de Bosnie a été tué dans une attaque contre le poste de police de Zvornik en avril 2015 par Nerdin Ibric, un membre du mouvement wahhabite. Ce meurtre s’est produit après une autre attaque contre un poste de police à Bugojno en 2010, dans laquelle un agent de police avait été tué, et un incident de fusillade contre le bâtiment de l’ambassade américaine à Sarajevo, un an plus tard. En décembre 2015, les dirigeants des plus grands partis politiques bosniaques musulmans et la Communauté islamique se sont réunis à Sarajevo et ont adopté une déclaration condamnant la violence perpétrée au nom des musulmans et appelant les Bosniaques à s’opposer à de telles actions. Ils ont déclaré que la Bosnie-Herzégovine est gravement menacée par un radicalisme et un terrorisme islamique de plus en plus grandissant qui s’est ancré dans des communautés isolées dirigées par des soi-disant interprètes de la foi islamique. Ils ont explicitement mentionné les promoteurs de la tendance Takfir de l’islam, qui considèrent presque tous les pays peuplés aujourd’hui par des musulmans comme étant infidèles et qui prônent un retour à « l’islam originel. » Alors que des dizaines de mosquées ont été construites dans la capitale Sarajevo, aucun permis de construction n’a été accordé pour des églises chrétiennes. Les autorités ont jusqu’à présent refusé de restituer des centaines de bâtiments d’Eglise nationalisés, malgré une décision de la Cour européenne des droits de l’homme les enjoignant de le faire. Le diocèse de Banja Luka, en Republika Srpska, est composé de moins de 10 000 catholiques, dont la plupart sont des personnes âgées, contre 200 000 avant la guerre. Aujourd’hui, le manque d’emploi, l’inaction politique et la montée du radicalisme islamique ont déclenché un nouvel exode, en particulier chez les jeunes catholiques. Selon Mgr Franjo Komarica, le dirigeant de la Conférence des évêques catholiques de Bosnie-Herzégovine, pendant un certain nombre d’années, les Croates catholiques n’ont pas reçu l’appui des fonds fournis par la communauté internationale pour permettre aux anciens réfugiés de revenir. En février 2016, le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, a déclaré dans une lettre au patriarche Irinej de l’Église orthodoxe serbe, que les affirmations, selon lesquelles il a glorifié la création de la Republika Srpska, ont provoqué « l’incrédulité, le choc et la déception », notamment son affirmation selon laquelle la Republika Srpska a été fondée sur « la vérité et la justice de Dieu. 6» Cette lettre a rappelé au patriarche serbe que plus de 140 000 catholiques ont été chassés de leurs maisons sur le territoire qui constitue aujourd’hui la Republika Srpska. À cause de plus de 50 ans de communisme et d’une guerre dévastatrice qui a suscité des tensions interethniques et interreligieuses, la tolérance interreligieuse est aujourd’hui fragile et complexe. La religion a certes joué un rôle dans le conflit en Bosnie-Herzégovine, mais surtout indirectement, et sa dimension est souvent exagérée. Faible et marginalisée pendant le communisme, la religion a été manipulée par les communistes devenus nationalistes, qui cherchaient un nouveau motif de légitimité. Des centaines d’églises et des mosquées ont été intentionnellement détruites. Dans de nombreux endroits, les communautés religieuses ont été divisées par les séparations conflictuelles. Alors que les relations entre les orthodoxes, les catholiques et les communautés musulmanes existaient auparavant, après la guerre des années 1990, elles ont été lourdement endommagées. L’un des pionniers du dialogue interreligieux en Bosnie-Herzégovine est le prêtre franciscain Marko Orsolic, qui a fondé le Centre international pour la promotion du dialogue interreligieux à Sarajevo, avant la guerre. Ce centre comprend des prêtres, un imam, le président de la communauté juive et de nombreux athées. Les Franciscains travaillent dans la région depuis le 14e siècle et ils ont une longue tradition de promotion de la tolérance interreligieuse. La fondation ultérieure d’un Conseil interreligieux en 1997 a représenté un tournant décisif dans l’histoire de la religion en Bosnie-Herzégovine. Sa tâche est de fournir une base authentique pour l’estime mutuelle, la coopération et la coexistence pacifique en Bosnie-Herzégovine. Lors de sa visite, le 6 juin 2015, à Sarajevo, le pape François a souligné l’importance du dialogue lors d’une rencontre œcuménique et interreligieuse de représentants des différentes communautés religieuses. Le pape a encouragé tous les citoyens à travailler en solidarité avec tous les groupes ethniques et religieux du pays pour créer une paix durable. Il a suggéré que le dialogue interreligieux ne soit pas laissé aux seuls chefs religieux, mais qu’il s’élargisse «autant que possible à tous les croyants afin d’engager les différents secteurs de la société civile. 7»

 

Perspectives pour la liberté religieuse

La Bosnie-Herzégovine ne dispose pas d’un patrimoine historique commun, mais son peuple et ses dirigeants sont d’accord sur un point : l’État dans sa forme actuelle est insoutenable. Après des milliards de dollars d’aide étrangère et une administration internationale intrusive, la Bosnie-Herzégovine s’oriente, néanmoins, lentement vers la désintégration. Ni la survie du pays ni son intégration au sein de l’UE et de l’OTAN ne sont garanties. La Bosnie-Herzégovine pourrait se réformer suffisamment pour réaliser son adhésion à l’UE, mais elle pourrait se diviser pacifiquement. Elle pourrait atteindre l’homogénéité, mais stagner et ne jamais adhérer à l’UE. Pire, elle pourrait se diviser en plusieurs parties à cause des clivages ethno-religieux et, incapable de survivre individuellement, ces divisions pourraient ouvrir la porte à la corruption et aux conflits. Pour le moment, il n’y a pas un groupe musulman important en Bosnie-Herzégovine qui préconise la création d’un État islamique ou l’application de la charia. Pendant ce temps, le gouvernement turc voit également une ouverture pour influencer l’avenir de la Bosnie-Herzégovine. Libérée de la peur de la guerre, de la violence et de l’intimidation, la population de Bosnie-Herzégovine, de différentes traditions religieuses, doit vivre ensemble en paix au sein d’une société multi-ethnique et multi-religieuse. Mais les initiatives visant à promouvoir le dialogue interreligieux dans la Bosnie-Herzégovine de l’après-guerre demeurent éloignées de la vie des gens ordinaires. Ces initiatives ont principalement porté sur de petits cercles d’intellectuels et elles n’ont pas influencé de plus grandes parties de la société. On peut espérer que, puisque la religion a été un diviseur clef de l’identité en Bosnie-Herzégovine, le dialogue interreligieux pourrait contribuer à la tolérance multi-ethnique et multinationale. Les chefs religieux semblent être d’accord sur la nécessité de renouer le dialogue authentique, et de favoriser la réconciliation entre les organismes religieux et entre les trois communautés. Le Conseil interreligieux de Bosnie-Herzégovine, fondé par le cardinal catholique Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, a un important poids moral et une forte valeur symbolique. Le défi pour la Bosnie-Herzégovine sera de démontrer que la religion peut contrer le nationalisme extrême et qu’elle peut être une source de paix en raison de la relation étroite qui existe entre la culture et l’identité nationale.

________________________________________

² La majorité des musulmans par nationalité se déclarent aujourd’hui bosniaques.

3 Ahmet Alibasic, « La mondialisation et son impact sur les pratiques musulmanes bosniaques », Université de Berkely, 22 avril 2005, http://www.bosanskialim.com/rubrike/tekstovi/000355R021.PDF

4 L’islam wahhabite est un développement de l’islam sunnite du 18e siècle pratiqué aujourd’hui principalement en Arabie Saoudite.

5 Amela Huskic, le président du Conseil de la cour, citant des témoignages le 5 novembre 2015.

6 La lettre au nom de tous les évêques de Bosnie en date du 8 février, écrite à la suite des déclarations d’Irinej à l’occasion de la Fête nationale de la Republika Srpska, célébrée le 9 janvier. La Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine a déclaré cette fête inconstitutionnelle parce qu’elle reflète la volonté d’une seule nation.


7
Radio Vatican, 6 juin 2016 http://en.radiovaticana.va/news/2015/06/06/pope_says_interfaith_dialogue_is_a_duty_for_all_in_bosnia/1149623

Rechercher un pays

Dernières actualités

  • Bosnie-Herzégovine : « Lutte ouverte contre l’Église catholique »
    « Le pays ressemble à une poudrière », déclare Mgr Franjo Komarica, évêque du diocèse de Banja Luka situé au nord. Connu pour son franc parler, il tire la sonnette d’alarme concernant la minorité catholique des Croates qui, de plus en plus, choisit l’exil. Explications données à l’AED fin avril. Mgr Komarica ... Lire la suite
    Publié le 11/05/2018
  • Bosnie-Herzégovine: Discriminés, les catholiques s’engagent pour la paix
     12 ans après la fin de la guerre qui a fait près de 100 000 morts, la Bosnie-Herzégovine porte encore les stigmates des affrontements qui ont opposé croates, bosniaques et serbes. Immeubles criblés d’impacts de tirs, quadrillage de la ville par origine ethnique, les habitants craignent que les tensions persistantes ... Lire la suite
    Publié le 07/12/2017
  • Bosnie-Herzégovine: « Nous sommes, et resterons, la Jérusalem de l’Ouest »
     Douze ans après la fin de la guerre qui a fait près de 100 000 morts, la Bosnie-Herzégovine porte encore les stigmates des affrontements qui ont opposé croates, bosniaques et serbes. Immeubles criblés d’impacts de tirs, quadrillage de la ville par origine ethnique, les habitants craignent que les tensions persistantes ... Lire la suite
    Publié le 07/12/2017
  • Bosnie-Herzegovine : le message interreligieux du pape François
    Au cours d’une rencontre interreligieuse à Sarajevo ce 6 juin, le pape a souligné combien le dialogue interreligieux est une condition indispensable à la paix et qu’il est par conséquent « un devoir pour tous les croyants ». Nous publions ci-dessous quelques extraits de son discours. Chers frères et ... Lire la suite
    Publié le 09/06/2015
  • Bosnie-Herzégovine : l’instabilité fait le jeu des extrémistes
    La Bosnie-Herzégovine souffre. Elle a besoin de réformes et du rapprochement avec l’Union européenne, a expliqué Mgr Franjo Komarica, évêque de Banja Luka, lors d’un entretien avec l’Aide à l’Église en détresse la semaine dernière. Le 12 octobre, des élections se dérouleront dans les deux entités fédérées de Bosnie-Herzégovine, dans ... Lire la suite
    Publié le 10/10/2014
1 2