Burundi

Chiffres clés

Superficie:
27 834 km2

Population:
8 865 300

Chrétiens :
Catholiques : 65,7 %
Protestants : 27,6 %



Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Les articles 31 et 32 de la Constitution de 2005[1] garantissent le droit à la liberté d’expression, de religion, de pensée, de conscience et d’opinion, ainsi que le droit à la liberté de réunion et d’association et le droit de fonder des organisations conformément à la loi.

Le cadre juridique en matière de liberté religieuse est régi par le même cadre législatif national qui définit les conditions nécessaires pour l’inscription et le fonctionnement des associations sans but lucratif. Ce cadre juridique précise que tous les groupes religieux sont dans l’obligation de s’inscrire auprès du ministère de l’Intérieur.

Le Burundi souscrit au principe de la laïcité de l’État et respecte ainsi toutes les confessions religieuses et les traite de manière égale, sans discrimination. Ses citoyens ont le droit de se convertir à la religion de leur choix, sans aucune restriction. Tous les groupes religieux ont le droit d’évangéliser, d’enseigner la catéchèse, d’offrir de la formation dans les écoles et les hôpitaux et par le biais de différents médias (radio, télévision et presse). L’État garantit également aux groupes religieux la liberté de bâtir des lieux de culte et de lever des fonds, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, sans ingérence de l’État.

 

Incidents

De 1993 à 2003, le Burundi a connu une décennie de guerre, alimentée par des tensions ethniques. 300 000 personnes ont trouvé la mort et plus d’un million ont dû s’exiler.[2] Pendant le conflit, plusieurs religieux ont été attaqués et ont perdu la vie. Après la signature d’un accord de paix, on n’a pas signalé d’incident contre la liberté de religion ou d’agression contre le personnel religieux. Toutefois, le 7 septembre 2014, le pays a été choqué par le meurtre brutal de trois sœurs missionnaires italiennes de l’ordre xavérien : Lucia Pulici, 75 ans, Olga Raschietti, 82 ans, et Bernadetta Boggian. Dans deux attaques distinctes, les religieuses ont été violées, battues et poignardées à mort à Kamenge, un quartier de la capitale Bujumbura.[3] Le même jour, la police a déclaré que Christian Butoyi Claude, 33 ans, un suspect en garde à vue, a avoué les meurtres, affirmant que le couvent avait été construit sur les terres de sa famille. Cependant, les responsables de l’ordre religieux ont contesté la version des événements fournie par la police. Le 19 janvier 2015, un animateur de radio populaire, Bob Rugurika (Radio Publique Africaine), a été accusé par les procureurs d’avoir dissimulé l’identité d’un invité. Lors d’une entrevue au début de janvier, l’invité avait affirmé qu’il était impliqué dans le meurtre des trois religieuses. Il a également identifié d’autres personnes soupçonnées d’avoir participé aux meurtres, dont des membres des services de renseignement et de la police, sans pour autant en apporter des preuves. M. Butoyi a été libéré sous caution un mois plus tard.

En 2015, le Burundi est plongé dans sa pire crise depuis la fin de la guerre civile en 2005, avec la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un nouveau mandat, son troisième. Une action inconstitutionnelle, selon l’opposition. À la suite d’une tentative de coup d’État à la mi-mai 2015, le gouvernement a bloqué les réseaux sociaux ainsi que les principales radios privées qui n’étaient plus autorisées à diffuser, y compris Radio Maria, qui appartient à l’Église catholique. Le gouvernement a accusé les stations de radio d’avoir encouragé l’insurrection. Mi-juin, les autorités ont déclaré que les stations de radio étaient libres de diffuser, bien que dans la pratique, les policiers ont empêché les professionnels des médias d’accéder aux locaux de leurs stations de radio.

Depuis le début de cette crise, dès mars 2015, l’Église catholique n’a pas soutenu la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat, estimant qu’il avait violé la Constitution. Elle a lancé un appel en faveur d’un dialogue politique ouvert à tous, affirmant qu’« aucun dirigeant qui aime Dieu ne pourrait être contre ceci », allusion probable au fait que le président Nkurunziza est pasteur dans une Église évangélique. L’archevêque de Gitega, Simon Ntamwana, s’est dit contre la candidature du président pour un nouveau mandat dans une homélie prononcée le 29 mars 2015, dans l’église paroissiale de Kiryama.[4] En même temps, la Conférence des Évêques catholiques du Burundi a lancé un appel aux dirigeants politiques en leur demandant « où ils conduisent la nation, car le pays semble se trouver à la croisée des chemins. » En réponse, le président du parti au pouvoir, le Congrès national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), a affirmé sur sa page Facebook que le comportement de l’Église catholique avait « déçu le peuple burundais », et que les évêques étaient en train de jouer « un rôle purement politique, et non spirituel. » Parallèlement, le ministre burundais de l’Intérieur, Pascal Barandagiye, a accusé les « responsables de certaines Églises » d’avoir proféré des « déclarations effroyables qui ont provoqué des divisions au sein de la population et soutenu les fauteurs de troubles et les terroristes ».[5]

Le 27 mai 2015, une semaine avant les élections législatives, la Conférence épiscopale a annoncé que l’Église catholique retirait tous les membres de son clergé employés par la Commission électorale du pays. Mgr Gervais Banshimiyubusa, président de la Conférence épiscopale, a justifié cette décision en disant que « L’Église a une mission de réconciliation. Nous ne pouvons donc pas cautionner un processus où l’absence de consensus est manifeste. Ses résultats ne pourront jamais être acceptés par tous. » Peu après, la paroisse catholique de Muramba, dans la province de Muyinga, a dû fermer ses portes, ses prêtres étant harcelés par plusieurs militants du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, qui les ont traités de « chiens ».[6]

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Depuis le début de sa dernière crise politique, le Burundi a progressivement sombré dans des troubles civils et la violence politique. L’opposition de l’Église catholique à la candidature du président Nkurunziza pour un troisième mandat et son soutien au dialogue politique se sont heurtés à l’hostilité des représentants du gouvernement et du parti au pouvoir. Dans ce contexte, on constate une détérioration de la liberté de religion au cours de la période couverte par ce rapport, tendance qui devrait continuer à court terme.

 


[1] https://www.constituteproject.org/constitution/Burundi_2005.pdf

[2] http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-13085064

[3]http://www.huffingtonpost.com/2014/09/13/italian-nuns-murdered-in-burundi-funeral_n_5813844.html

[4]http://www.jeuneafrique.com/227967/politique/burundi-l-glise-catholique-s-oppose-la-candidature-de-pierre-nkurunziza-la-pr-sidentielle/

[5]http://www.afriqueactualite.com/politique/afrique/5089-l-Église-catholique-burundaise-interpelle-bujumbura#.VwIy95yW74A

[6]http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Afrique/Au-Burundi-l-Église-catholique-desavoue-le-processus-electoral-2015-05-28-1317176

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