Cambodge

Chiffres clés

Surface:
181 040 km²

Population:
15 700 000

Chrétiens ;
Protestants : 0,2 % ;
Catholiques : 0,15 %
Autres : 0,15 %

Contexte

Le 10 décembre 2013, Journée internationale des droits de l’homme, 300 moines bouddhistes ont manifesté pacifiquement devant l’Assemblée nationale, à Phnom Penh, la capitale. Portant une pétition demandant la fin des violations des droits de l’homme au Cambodge, les moines – des jeunes hommes dans leur grande majorité – ont été acclamés par une foule de plusieurs milliers de personnes, avant de se disperser dans le calme, en présence d’un important dispositif de police à proximité[1].

Cela faisait dix jours que plusieurs petits groupes de moines s’étaient mis en marche vers la capitale, répondant à l’appel lancé par un moine, le vénérable But Buntenh, principal organisateur du Réseau indépendant des moines pour la justice sociale.

Les manifestations ont eu lieu dans un contexte de confusion à la suite des élections législatives de juillet 2013. Le parti du premier ministre, Hun Sen, au pouvoir depuis 1985, a affirmé les avoir remportées, mais son principal adversaire, Sam Rainsy, a déclaré qu’elles étaient entachées par une fraude massive. Dans cette situation d’incertitude politique, le vénérable But Buntenh a expliqué les raisons de la manifestation en disant : « puisque les élections ne peuvent produire la justice et que les deux partis politiques sont incapables de débloquer la situation, nous [les moines] devons intervenir. La religion est le seul pouvoir qui peut faire sortir le pays du problème dans lequel il s’enferme. »

Le Réseau indépendant des moines pour la justice sociale est très présent sur les réseaux sociaux. Il revendique 3 000 membres et rejette l’affirmation selon laquelle il est du côté du chef de l’opposition Sam Rainsy. « Nous travaillons pour la nation tout entière », a affirmé le vénérable But Buntenh, qui ajoute espérer qu’en « utilisant les principes bouddhiques », son mouvement pourra « transformer une situation mauvaise en une bonne situation ».

Devant l’Assemblée nationale, le vénérable Ngim Sao Samkhan a expliqué qu’à ses yeux, « le but de la marche est de propager la doctrine bouddhique en la reliant aux droits de l’homme ». Il a ajouté : « Nous voulons que les autorités et les gens comprennent la valeur des droits de l’homme, de la liberté et du droit d’exprimer son opinion. »

Ce faisant, les moines actifs au sein du Réseau étaient conscients qu’ils se plaçaient en rupture avec les traditions établies qui exigent des religieux bouddhistes qu’ils demeurent en marge des affaires de l’État et du gouvernement. Des moines importants ont d’ailleurs exprimé leur réserve vis-à-vis des manifestations ouvertement politiques. À Phnom Penh, le vénérable Khim Sorn, chef de la secte Mohanikay, principale branche du bouddhisme khmer, a déclaré « soutenir le principe d’une marche pour les droits, mais pas si elle poursuit de mauvais buts en visant à créer du désordre et à semer la confusion dans l’esprit des gens ». Entre-temps, les patriarches suprêmes du bouddhisme khmer, dont la proximité avec le parti au pouvoir est de notoriété publique, ont pour leur part menacé de défroquer les moines qui prendraient part à la marche. Le gouvernement, de son côté, a tenté d’empêcher que la marche des moines atteigne Phnom Penh, notamment en obligeant les responsables des pagodes à barrer leurs portes et d’interdire aux marcheurs l’accès à leur monastère pour la nuit.

 

Cadre juridique de la liberté religieuse

Étant donné que la vaste majorité des Cambodgiens suit le bouddhisme theravada, personne ne devrait s’étonner si la religion occupe une place centrale et prééminente dans la vie de la nation. L’article 43 (chapitre 3) de la Constitution du 21 septembre 1993 stipule que « le bouddhisme est la religion d’État.[2] »

Le cadre juridique du pays affirme clairement que les Cambodgiens ont droit à une grande liberté religieuse. L’article 43 de la Constitution stipule aussi que « les citoyens khmers des deux sexes ont la pleine liberté de croyance. La liberté de croyance et la pratique religieuse doivent être garanties par l’État à condition qu’elles ne portent pas atteinte aux autres croyances ou religions, à l’ordre et à la sécurité publics. »

Cependant, pour le régime, qui est souvent accusé d’agir de manière autoritaire, le droit des moines bouddhistes à manifester est clairement limité par ce qu’il perçoit comme une menace à « l’ordre et à la sécurité publics ». Lors des marches pour les droits de l’homme en 2014, souvent avec la participation de moines, les patriarches des deux ordres monastiques et le ministre de la Religion ont signé un communiqué conjoint, le 7 décembre 2014, interdisant aux moines de participer à des marches, à des manifestations, à des grèves et à des révoltes « afin de préserver la dignité du bouddhisme ». Le vénérable But Buntenh, un moine très actif, a répondu en disant qu’il n’était pas préoccupé par cet avertissement[3]. Sans tarder, le 17 décembre 2014, le vénérable Tep Vong, patriarche suprême de l’ordre Mohanikay, suivi par le vénérable Bou Kry, patriarche de l’ordre Thommayuth, ont interdit aux 50 000 moines de participer aux prochaines élections. « Si un moine est en faveur d’un camp, il perd sa neutralité », a-t-il déclaré[4].

Même s’il est bien connu que les pagodes sont en grande partie sous le contrôle du parti au pouvoir, le Parti du peuple cambodgien (PPC), il existe des mouvements plus libéraux au sein du bouddhisme. Le 18 décembre 2014, plus d’une centaine de moines ont manifesté devant les édifices de l’Assemblée nationale pour demander la libération de 18 membres du parti de l’opposition qui avaient été emprisonnés. À cette occasion, une quarantaine de moines ont tourné leurs bols d’aumône à l’envers, tout comme leurs homologues birmans l’avaient fait en 2007 – un geste symbolique très puissant indiquant le refus d’accepter l’aumône du ministre, ce qui signifie que celui qui offre l’aumône est indigne des mérites que ce dernier comporte[5].

Au-delà de ces tentatives d’instrumentaliser la religion à des fins politiques, les Cambodgiens jouissent généralement de beaucoup de liberté religieuse. En particulier, les minorités religieuses ne sont pas opprimées par l’écrasante majorité bouddhiste. L’article 31 de la Constitution[6] énonce le principe d’égalité devant la loi : « les citoyens khmers sont égaux devant la loi ; ils ont les mêmes droits, les mêmes libertés et les mêmes devoirs sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de croyances, d’opinions politiques, d’origine de naissance, de classe sociale, de fortune ou d’autres situations ».

 

Perspectives pour la liberté religieuse

On s’inquiète pour la liberté religieuse par le peu de respect envers les droits de l’homme de la part du parti au pouvoir, le PPC, et de son chef, Hun Sen. Pour illustrer cela, il suffit de penser à ce qui s’est produit après l’accord controversé que le Cambodge a signé avec l’Australie en septembre 2014 pour le retour des réfugiés et des migrants détenus par les autorités australiennes sur la petite île de Nauru[7]. Des militants des droits de l’homme ont protesté avec force dans les deux pays contre l’accord. Auparavant, en décembre 2009, et en dépit de la Convention des Nations Unies de 1951, le Cambodge a rapatrié de force 21 réfugiés musulmans ouïghours vers la Chine et renvoyé, successivement, des chrétiens montagnards vers le Vietnam, en octobre et novembre 2015[8]. Les Montagnards sont une minorité ethnique originaire des Montagnes centrales du Vietnam qui ont fui leur pays pour des raisons politiques et religieuses[9]. Jusqu’à présent, seuls cinq des demandeurs d’asile détenus sur l’île de Nauru ont accepté de retourner au Cambodge[10].

En revanche, il semble qu’une autre question qui traîne depuis des années, à savoir celle des Montagnards chrétiens qui se sont réfugiés au Cambodge, soit sur le point d’être résolue. Le 21 janvier 2016, le gouvernement cambodgien a annoncé, après des années de refus de sa part, que les demandes d’asile de 170 Montagnards seraient traitées bientôt[11]. Il semble que le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) cherchera un pays tiers pour les accueillir.

En ce qui concerne les chrétiens, le succès des communautés protestantes, évangéliques et pentecôtistes ne semble pas avoir causé de difficultés particulières. L’Église catholique continue tranquillement à se rebâtir après avoir été presque complètement anéantie par les persécutions des Khmers rouges et puis par l’occupation vietnamienne qui a duré jusqu’en 1990. En juin 2015, les chefs de l’Église catholique au Cambodge ont officiellement lancé le processus de béatification de 35 martyrs exécutés ou morts de faim et d’épuisement pendant la guerre civile 1970-1975 ou sous le régime de Pol Pot et des Khmers rouges, au pouvoir de 1975 à 1979[12]. Si le processus se réalise, ce sera une première pour le Cambodge, un pays qui, jusqu’à présent, ne possédait pas de bienheureux ou de saints officiellement reconnus par l’Église catholique.

 


[1] Églises d’Asie, « Des moines bouddhistes s’engagent pour la défense des droits de l’homme »,17 décembre 2013, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/cambodge/2013-12-17-des-moines-bouddhistes-s2019engagent-pour-la-defense-des-droits-de-l2019homme

[2] Digithèque MJP, Constitution du Cambodgehttp://mjp.univ-perp.fr/constit/kh2010.htm

[3] The Cambodia Daily, « Les patriarches bouddhistes interdisent les manifestations, mais les moines activistes poursuivent leur marche », 8 décembre 2014, https://www.cambodiadaily.com/archives/buddhist-patriarchs-ban-rallies-but-activist-monks-march-forth-73760/

[4] The Cambodia Daily, « Le clergé veut une loi pour interdire le vote des moines », 18 décembre 2014, https://www.cambodiadaily.com/archives/clergy-seeks-law-to-ban-monks-from-voting-74417/

[5] The Cambodia Daily, « Des moines tournent leurs bols d’aumône à l’envers pour protester contre l’incarcération d’activistes », 19 décembre 2014, https://www.cambodiadaily.com/archives/monks-turn-over-alms-bowls-to-protest-jailing-of-activists-74500/

[6] Digithèque MJP, Cambodge Constitution du 21 septembre 1993, http://mjp.univ-perp.fr/constit/kh1993.htm

[7] The Guardian, « L’Australie signe une entente controversée avec le Cambodge pour le transfert des réfugiés », 26 septembre 2014, http://www.theguardian.com/world/2014/sep/26/australia-signs-refugee-deal-cambodia

[8] Églises d’Asie, « Expulsion des Montagnards vietnamiens réfugiés au Cambodge », 15 septembre 2015, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2015-09-15-la-plupart-des-montagnards-vietnamiens-refugies-au-cambodge-sont-renvoyes-dans-leur-pays/

[9] Églises d’Asie, « Les Montagnards vietnamiens demandeurs d’asile sont victimes de la politique de bon voisinage entre le Vietnam, la Thaïlande et le Cambodge », 2 juillet 2015, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2015-07-02-les-montagnards-vietnamiens-demandeurs-d2019asile-sont-victimes-de-la-politique-de-bon-voisinage-entre-le-vietnam-la-thailande-et-le-cambodge/

[10] The Huffington Post Australia, « Des incitatifs aux réfugiés pour qu’ils quittent Nauru », 12 février 2016, http://www.huffingtonpost.com.au/2016/02/11/incentive-nauru-refugee_n_9215246.html

[11] Jesuit Refugee Service : « Cambodge : les réfugiés montagnards protégés et traités équitablement », 22 janvier 2016, http://en.jrs.net/news_detail?TN=NEWS-20160122082724

[12] Églises d’Asie, « L’Église du Cambodge ouvre le procès en béatification de 35 martyrs morts sous Pol Pot », 17 juin 2015, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/cambodge/2015-06-17-l2019Église-du-cambodge-ouvre-le-proces-en-beatification-de-35-martyrs-morts-sous-pol-pot

Rechercher un pays

Dernières actualités