Chine et Hong Kong

Chiffres clés

Population :
1 milliard 364 millions

Superficie :
9 597 000 km²

Contexte

Les données officielles sur les religions en Chine datent d’il y a 15 à 20 ans, mais elles ne sont pas fiables. Par exemple, le gouvernement a toujours déclaré que, dans le pays, il y a seulement 100 millions de croyants, toutes confessions confondues. Mais en 2006, certaines universités chinoises ont établi qu’il y a au moins 300 millions de croyants. En outre, pour certaines religions (comme le taoïsme ou les religions traditionnelles), l’État n’a jamais donné de chiffres ou d’estimations. Les chiffres cités sont vraisemblablement des estimations fondées sur les études et publications suivante : Livre bleu sur les religions (2011), Académie chinoise des Sciences sociales; Katharina Wenzel-Teuber, « République populaire de Chine : survol statistique 2011 sur les religions et églises », Religions et Christianisme en Chine contemporaine (2012).

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Bien que la Constitution chinoise stipule que les citoyens ont la « liberté de croyance religieuse », seules les « activités religieuses normales » sont autorisées, c’est-à-dire celles qui sont contrôlées par l’Administration d’État des Affaires Religieuses et par les Associations Patriotiques (AP), et les citoyens doivent suivre les réglementations nationales. Cela signifie prier dans les lieux enregistrés avec le personnel enregistré et accepter le contrôle des AP. Ceux qui prient en dehors de ce cadre sont considérés comme des « criminels » et sont traités comme tels. Toutefois, même les communautés officiellement enregistrées sont soumise au contrôle, à des restrictions et des interdictions, si elles sont perçues comme une menace pour l’État, le Parti communiste chinois ou la stabilité sociale. Seules cinq communautés religieuses sont « officiellement » reconnues : les bouddhistes, les taoïstes, les musulmans, les catholiques et les protestants.

 

Loi sur la sécurité nationale

Depuis le 1er juillet 2015, la situation a empiré, après l’entrée en vigueur de la « Loi sur la sécurité nationale ». L’objectif de cette loi est de protéger la souveraineté nationale et les intérêts chinois, mais aussi la stabilité politique et sociale, couvrant un large éventail de domaines : la défense, les finances, la science et la technologie, la culture et les religions. Selon des hauts fonctionnaires, cette loi est essentielle pour défendre le pays contre « une double menace »  – des facteurs venant  de l’extérieur et l’intérieur[i].   Au cours de l’année 2015, le Front Uni de l’Administration d’État pour les Affaires Religieuses (AEAR), un front populaire composé des partis politiques légalement admis dans le pays et du président Xi Jinping lui-même, a publié des directives pour les religions : 1) La sinisation : processus par lequel les religions doivent s’assimiler de plus en plus à la culture chinoise et extirper les « influences extérieures »;2) L’indépendance des influences étrangères, y compris la nomination ou la ratification des nominations religieuses (par exemple, en vertu de ces lignes directrices, la nomination des évêques catholiques ne nécessite pas l’approbation du Pape parce ce dernier est le leader d’une puissance étrangère);3) La soumission au Parti Communiste Chinois qui doit guider « efficacement » et « fermement » toutes les religions[ii].

 

Athéisme obligatoire pour les membres du Parti

Pendant la même période de l’année 2015, la Commission Centrale du Parti Communiste pour la Discipline et l’Inspection a publié dans son bulletin interne des règles qui ont conduit à une interdiction des membres du Parti affiliés à toutes communautés religieuses. Pendant la gouvernance des présidents chinois Jiang Zemin et Hu Jintao, les membres pouvaient pratiquer leur foi en privé, mais pas dans les cérémonies publiques. La directive émise sous l’actuel président, Xi Jinping, est plus radicale et ne permet aucune pratique quelle que soit la religion. Comme une circulaire du Département de l’Organisation du Parti l’a noté, cette directive est toujours en application, même quand un membre se retire du Parti[iii]. Le Parti a également émis de nouvelles règles internes pour punir les membres qui croient en des « superstitions féodales », comme le feng-shui, lesquelles superstitions tentent de faire des prédictions sur l’avenir (typiques dans le taoïsme et le bouddhisme). Ces règles sont entrées en vigueur le 1er janvier 2016 et elles s’appliquent à tous les 88 millions de membres du Parti. Si ces membres se font prendre dans « l’organisation » ou « la célébration » des activités religieuses, ils peuvent être expulsés du Parti[iv].

 

Le christianisme comme religion occidentale

Pour lutter contre toute « pollution spirituelle » ou contre l’influence du christianisme, pendant la période allant de Noël 2014 à Noël 2015, les empressements « consuméristes » du Noël « occidental »  ont été interdits dans plusieurs villes. Les fêtes de Noël, les sapins, les cartes de vœux ont également été interdits dans les universités et les écoles. Presque comme pour confirmer ces « préoccupations », le 6 mai 2014, l’Université des Relations Internationales et l’Académie des Sciences Sociales a publié un « Livre bleu ». Ce livre identifie la religion comme l’un des quatre « défis graves » à la sécurité nationale, en faisant valoir que « les forces occidentales hostiles sont en train d’infiltrer les religions de la Chine.[v]» Le contrôle des « superstitions » religieuses et de la « pollution étrangère » et « occidentale » s’étend à Internet. Voilà pourquoi de nombreux sites chrétiens, catholiques et protestants, hébergés en Chine et à l’étranger, ont été bloqués[vi].

 

Nouvelles réglementations pour les édifices religieux et les croix

Au milieu de la campagne de démolition des croix et des églises – qui a commencé en 2013 dans la province du Zhejiang et qui s’est propagée dans les provinces du Henan et d’Anhui – les autorités du Zhejiang ont publié un projet de proposition pour les réglementations ciblant des édifices religieux. Les règlements de mai 2015 précisent la couleur, la taille et l’emplacement des croix, et la hauteur des bâtiments : un édifice religieux ne peut pas dépasser 24 mètres de hauteur; les croix sur les clochers ne sont plus autorisées, au lieu de cela, le symbole chrétien doit  être inséré dans les murs du bâtiment. Les couleurs de ces croix ne doivent pas se démarquer, et leurs longueurs ne doivent pas dépasser un dixième du bâtiment. Le gouvernement a encouragé ces actions en disant que toutes les croix et les bâtiments démolis pendant la campagne ont transgressé les codes du bâtiment. Les catholiques et les protestants soulignent que de nombreux édifices envers lesquels le gouvernement a émis un avis de démolition ont été construits avec toutes les autorisations requises et certains ont même reçu les éloges des responsables locaux. En mars 2016, plus de 2000 églises et croix ont été démolies. Cette campagne de démolition a été lancée en 2013 sous Xia Baolong, le secrétaire du Parti du Zhejiang qui, selon un rapport, a noté que la ligne d’horizon du paysage à Wenzhou, l’une des villes de la province, avait « trop de croix ». Il est important de se rappeler, qu’en 2013, on s’attendait à ce que Zhejiang devienne un pôle de développement économique en 2020. La campagne pour « embellir » la région en supprimant les structures illégales a peut-être été initiée dans le but de créer un espace pour un nouveau développement. Selon le gouvernement provincial, ces démolitions ont touché toutes les communautés et les citoyens sans distinction, mais les données démontrent que la campagne a ciblé les sites chrétiens. Que la démolition des églises fasse partie des sentiments anti-chrétiens les plus répandus dans la province a été révélée par le secrétaire du Zhejiang, Xia Baolong, qui, dans une interview à l’agence de nouvelles Xinhua le 17 février 2014, a annoncé que « les forces hostiles de l’Occident » avaient infiltré les communautés chrétiennes de la province. Auparavant, en juillet 2013, il a mis en garde le Parti du Wenzhou contre l’influence de la communauté chrétienne clandestine. Dans la province du Wenzhou, les chrétiens, qui représentent 15 % de la population, appartiennent principalement aux communautés non officielles[vii].

 

Les minorités ethniques

Les minorités en Chine sont souvent considérées comme une source d’instabilité. Selon le président Xi Jinping, dans le traitement des minorités, il y a « trois fléaux » qui doivent être combattus : le séparatisme, l’extrémisme et le terrorisme. Pour la Chine, les minorités les plus dangereuses sont les Ouïghours dans le Xinjiang et les Tibétains au Tibet[viii]. Dans ce contexte, la Chine a tenté d’obtenir l’aide des Nations Unies et de la communauté internationale pour lutter contre les Ouïgours à prédominance musulmane, les accusant de liens avec Al-Qaïda et d’avoir combattu en Syrie pour Daech (Etat islamique). En novembre 2015, lors de la réunion du G20 en Turquie, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a demandé au monde de soutenir la Chine dans sa « propre guerre contre le terrorisme », reliant ce terrorisme aux attentats terroristes à Paris. Pour le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, « le rôle de premier plan de l’ONU devrait être concrétisé par le combat contre le terrorisme, et un front uni à cet égard devrait être formé. » À son avis : « la Chine est aussi une victime du terrorisme, et sévir contre le Mouvement islamique du Turkestan oriental (MITO) devrait devenir un élément important de la lutte internationale contre le terrorisme. » Il faut dire que dans la province du Xinjiang, il y a des groupes d’Ouïghours appartenant au Mouvement islamique du Turkestan oriental (MITO), qui luttent pour l’autonomie et qui commettent parfois de violentes attaques. Cependant, la majorité de la population est non-violente et elle demande seulement une autonomie réelle[ix].

 

Le Tibet

Dans le but de dominer la population du Tibet, depuis des décennies, la Chine a mis en œuvre une stratégie de colonisation et de militarisation de la région, transférant des centaines de milliers de Chinois Han pour travailler sur le plateau, lequel est défendu par des dizaines de milliers de soldats chinois. Depuis septembre 2011, Pékin a lancé une campagne afin de réaliser des « projets clefs » pour le développement de la région, allant du secteur ferroviaire aux barrages, en passant par l’exploitation du sous-sol et la promotion du tourisme. Le grand développement économique et touristique, combiné à l’exploitation des ressources minérales, est en train de changer le visage du Tibet et conduit à la marginalisation du peuple tibétain – qui est maintenant une minorité. Voilà pourquoi de nombreux experts disent que la Chine met en œuvre un génocide culturel et religieux du Tibet[x]. En avril 2015, le Bureau d’Information du Conseil d’État a publié un livre blanc sur le Tibet, dans lequel il a rejeté les appels du Dalaï-Lama pour le dialogue et a signalé son intention de poursuivre la politique officielle de l’État. Pékin ne permettra même pas au Dalaï Lama, l’autorité suprême du bouddhisme tibétain, de revenir au Tibet, même si ce dernier a renoncé à toutes ses fonctions politiques et ne revendique maintenant qu’un rôle religieux. Il y a eu des campagnes continuelles vilipendant le Dalaï Lama sur la question de sa succession. En mars 2015, le nouveau gouverneur du Tibet, Padma Choling, lui a lancé une attaque verbale, en disant qu’il « est en train de profaner le bouddhisme tibétain. Ses positions changent constamment, et maintenant il dit qu’il ne va pas renaître afin d’éviter toute ingérence politique. Mais cela est absurde et contraire à la religion. » Dans une interview en septembre 2014, le chef du bouddhisme tibétain a suggéré qu’il  « ne va pas se réincarner après sa mort, » étant donné que la figure du Dalaï Lama « a fait son temps.[xi]» Le 30 novembre 2015, Zhu Weiqun, un haut responsable du Parti Communiste Chinois et président de la Commission des Affaires ethniques et religieuses, a déclaré que la Chine ne renoncera jamais au droit de ratifier des réincarnations futures du Dalaï Lama et d’autres personnalités religieuses[xii]. En janvier 2016, le gouvernement chinois a mis en place une base de données en ligne pour « vérifier » tous les bouddhas tibétains vivants. Seuls ceux qui sont inscrits sur la liste officielle peuvent être considérés comme de véritables « bouddhas vivants » [xiii]. Cette situation s’est traduite par des actes de violence et d’arrestations contre ceux qui prient ou demandent le retour du Dalaï Lama au Tibet. Cette pression aiguë sur la population et la religion a déclenché une série d’auto-immolations, dans lesquelles des personnes se sont brûlées elles-mêmes afin de protester contre le régime communiste et militer pour le retour du Dalaï Lama au Tibet. Depuis 2009, lorsque ces protestations ont commencé, et jusqu’en mai 2016, il y a eu 145 suicides.

 

Hong Kong

 

Population : 7 324 000

Superficie : 1 104 000 km²

 

Bouddhistes : 21 %

Taoïstes : 14 %

Catholiques : 5,4 %

Protestants : 6,5 %

Athées : 3,5 %

 

Hindous : 0,5 %

Sikh : 0,1%

Religions traditionnelles : 49 %[xiv]

Depuis 1997, Hong Kong a été rétrocédé à la Chine, mais ses droits et la liberté religieuse n’ont pas été définis. Il n’y a pas de persécution religieuse particulière sur le territoire. Toutefois, en raison du fort soutien apporté au mouvement démocratique par l’Église catholique, tout comme les Églises protestantes et anglicanes, il y a eu des signes de violence verbale et physique contre les membres de l’Eglise qui ont contribué au débat démocratique et pris part à des manifestations. En 2014 et 2015, l’un des événements les plus importants a été la campagne de désobéissance civile « Occupez le centre-ville avec l’amour et la paix », plus tard appelé « mouvement parapluie ». Les manifestants ont brandi des parapluies pour se protéger contre les gaz lacrymogènes, le gaz poivré, et des canons à eau utilisés par la police pour affaiblir leur mouvement d’occupation. À partir du 28 septembre 2014, le mouvement a occupé des zones stratégiques à Admiralty, Causeway Bay et Mong Kok, qui sont demeurées fermées à la circulation pendant plus de 70 jours. Ces manifestations ont pris fin le 14 décembre 2014, sans aucune concession politique du gouvernement, mais elles ont plutôt incité le chef de la direction CY Leung et des fonctionnaires à faire des propositions à propos de la primauté du droit et du patriotisme. Ces déclarations ont été suivies par une attaque sur les libertés académiques et civiles des militants.

 

Incident

 

Catholiques

Un prêtre tué

Le Père Pedro Wei Heping, un prêtre « clandestin » âgé de 41 ans, est décédé le 6 novembre 2015 dans des circonstances suspectes. Le corps du prêtre a été retrouvé flottant dans une rivière dans la ville de Taiyuan, province du Shanxi. Les autorités ont affirmé qu’il s’est suicidé. Cependant, les amis et ceux qui connaissaient le prêtre ont déclaré qu’il est très peu probable que le père Wei ait envisagé le suicide. La famille du Père Wei a demandé au gouvernement chinois d’enquêter en profondeur sur la cause de sa mort et de publier les résultats « rapidement et honnêtement ». Mais, au moment de la rédaction du présent rapport, rien n’a été fait par les autorités. Avant qu’il ne soit arrêté par les autorités, le prêtre administrait le site Internet catholique Tianzhujiao Zaixian, qui traduit les nouvelles du Vatican. Beaucoup soupçonnent qu’il a été tué à cause de son opposition à l’Association Patriotique Catholique Chinoise[xv].

Prêtres séquestrés par la police

Le 22 mars 2015, la police chinoise a séquestré deux prêtres dans la ville de Mutanjiang (Heilongjiang). Les deux membres du clergé – le Père Shaoyun Quan, 41 ans, et le Père Jianyou Cao, 43 ans – venaient de célébrer la messe. Après leur arrestation à 10 h 30, ils ont été emmenés dans un lieu inconnu. Le Père Quan, curé de paroisse, et le Père Cao, son vicaire, desservaient des communautés clandestines non reconnues par le gouvernement[xvi].

Prêtre arrêté

Selon une source catholique locale, le Père Liu Honggeng, vice-recteur du sanctuaire et de la paroisse de Notre-Dame de Chine à Baoding, dans la province centrale du Hebei, « a été arrêté par les autorités locales, qui l’ont emmené en garde à vue le 7 mai 2015, dans le but d’empêcher les pèlerinages à son église ». Le prêtre avait déjà passé huit ans en prison, après avoir été condamné sans procès pour avoir refusé de se joindre à l’Association Patriotique Catholique Chinoise en 2006. Il avait été libéré en août 2014[xvii].

Evêque présumé mort

La nouvelle de la mort de Mgr Cosma Shi Enxiang a été annoncée le 30 janvier 2015, mais les autorités ont désavoué cette nouvelle quelques semaines plus tard. La famille du prélat – qui a disparu pendant qu’il était en détention policière en avril 2001 – est toujours en attente de son corps ou au moins de ses cendres. Au fil des années, les membres de la famille ont régulièrement demandé aux autorités des nouvelles de leur parent, mais n’ont jamais obtenu de réponse. Le 30 janvier, un employé de la ville de Baoding, le chef du village de Shizhuang, a été interrogé par la famille et il a laissé entendre que l’évêque était mort. Comme il semblait y avoir un retard dans le retour du cadavre (ou des cendres) de l’évêque, les membres de la famille du défunt sont allés s’enquérir auprès du conseil de Baoding, qui a répondu qu’il ne savait rien à propos de la mort de Mgr Shi et que « le maire du village [qui a révélé les nouvelles de la mort] était ivre, ou qu’on l’avait mal entendu ou compris. » La dénégation des autorités au sujet de la mort de Mgr Shi a conduit les catholiques locaux à supposer que le gouvernement a peur de la réaction des fidèles à la suite de la mort d’un évêque, après autant d’années d’emprisonnement sans procès[xviii].

Evêque en résidence surveillée

Pendant deux années consécutives  (le 27 avril 2015 et 2016), une messe commémorative pour le défunt évêque Aloysius Jin Luxian a été célébrée à la cathédrale de Saint-Ignace dans le district de Xujiahui, à Shanghai, mais Mgr Thaddeus Ma Daqin n’a pas présidé cette messe. Depuis 2012, l’évêque auxiliaire, maintenant le seul à desservir le diocèse, a été assigné à résidence au séminaire de Sheshan. Il a été destitué de sa fonction d’évêque de la ville et interdit d’exercer ses fonctions épiscopales en privé ou public parce que, au moment de son ordination – qui a eu lieu dans l’église de Saint-Ignace – il avait décidé de démissionner de l’Association Patriotique Catholique[xix].

Evêque obligé de célébrer avec des évêques ordonnés illicitement

Mgr Joseph Martin Wu Qinjing est publiquement devenu l’évêque de Zhouzhi, province du Shaanxi, le 10 juillet 2015. Une décennie plus tôt, il avait été ordonné évêque de Zhouzhi avec l’approbation du Saint-Siège, mais sans la permission du gouvernement. En septembre 2007, la police l’a placé en résidence surveillée à Xi’an. Alors qu’il peut travailler ouvertement, l’Association Patriotique Catholique lui a demandé de se joindre à une célébration eucharistique avec un évêque illicite ordonné sans mandat pontifical, ce qui est interdit par le droit canonique. L’an dernier, Mgr Wu aurait concélébré la messe avec Mgr Ma Yinglin, président de la Conférence des évêques reconnue par le gouvernement[xx].

 

Protestants

Femme enterrée vivante

Le 14 avril 2016, Ding Cuimei, l’épouse du pasteur protestant clandestin Li Jiangong, est morte étouffée après avoir été enterrée vivante tandis qu’elle essayait d’arrêter la démolition de son église. Son mari, qui a également été enterré vivant, a réussi à survivre. L’incident s’est produit à Zhumadian, province du Henan. La police a ouvert une enquête et elle a arrêté deux membres de l’équipe de démolition, affiliés à un homme d’affaires qui voulait posséder le terrain, pour un projet de développement. Le 25 avril, les autorités ont publié un rapport qui désigne le site comme un lieu à usage religieux et elles ont jugé que le terrain litigieux où l’incident s’est produit appartient à l’église Beitou et à son pasteur[xxi].

Pasteur arrêté

Le 2 août 2014, le pasteur Huang Yizi et certains de ses paroissiens ont été arrêtés après avoir essayé d’arrêter la police qui enlevait la croix de l’église du Salut à Wenzhou (comté de Pingyang, province de Zhejiang).  Le 24 mars 2015, il a été condamné à un an de prison par le tribunal de Wenzhou. Huang Yizi est la première personne à être condamnée pour s’être opposée à la campagne de démolition des croix[xxii].

Avocat arrêté

Le 25 août 2015, la police chinoise a arrêté un avocat chrétien, Zhang Kai, 37 ans, et son assistant stagiaire Liu Peng, impliqués dans une bataille juridique contre les autorités sur le retrait des croix des églises, dans la province du Zhejiang. Zhang Kai, de Pékin, était  l’avocat de Huang Yizi, le premier pasteur arrêté pour sa résistance à la démolition de la croix de l’église du Salut à Wenzhou. Il a quitté Pékin, en juillet, pour travailler à temps plein sur des cas d’enlèvement de croix à Wenzhou. En juillet dernier, il a établi un nouveau groupe de travail sur ce problème : Avocats pour la protection de la Croix. Depuis lors, plus de 100 églises ont réclamé les conseils juridiques pro bono (bénévoles) de Zhang dans le but de protéger leurs propres croix. En février 2016, le site Web de Wenzhou géré par l’État a accusé Zhang Kai d’être « le cerveau derrière une série de réunions religieuses illégales, » citant des informations provenant du Département de sécurité publique de la ville. Le texte, publié en ligne, a également accusé Zhang « d’accepter une formation à l’étranger, laquelle formation encourage les gens à défier le gouvernement, » et « à escroquer les gens pour de l’argent. » Le site Web décrit Zhang comme un « suspect ». L’avocat a été libéré le 23 mars 2016[xxiii], sept mois plus tard.

Fidèles arrêtés

Le 25 octobre 2015, la police a arrêté quatre membres de l’Église officieuse Shouwang à Pékin après que la congrégation s’est réunie pour prier en public et demander la restitution des biens ecclésiastiques. Les quatre personnes ont été condamnées à 10 jours de détention administrative pour « avoir troublé l’ordre public ». En 2005, l’Église avait demandé son enregistrement officiel, mais les autorités avaient refusé de l’accorder. Depuis le 10 avril 2011, les fidèles étaient forcés de se rassembler à l’extérieur pour les célébrations du dimanche[xxiv].

Etudiants chrétiens expulsés de l’Université

Mi-décembre 2015, Shandong Yingcai College, un institut universitaire dans la province du Shandong, a expulsé cinq étudiants chrétiens « coupables » de se livrer à la prière dans une salle privée. Les cinq étudiants sont Li Binbin, Zhang Yaqi, Chen Huiyun, Ni Wangjie et Chen Ping. Un sixième étudiant qui était avec eux, Jia Rong, n’a pas été puni. Selon toute probabilité, un autre étudiant a dénoncé les étudiants « coupables » : la police locale est venue au collège après avoir reçu une photo du groupe en prière. Le nom du photographe est inconnu, mais selon certaines sources, un jeune homme de la Ligue de la Jeunesse Communiste est probablement le responsable. Dans une perspective juridique, les expulsions étaient fondées sur une ordonnance émise, quelques semaines auparavant, par le Ministère de l’Éducation provincial du Shandong. Ce dernier a informé les collèges et les universités que « des réunions religieuses impliquant trois personnes ou plus » sont considérées comme « illégales ». En conséquence, les responsables de l’université ont expulsé les étudiants à cause de leur « activité de nature religieuse ». Cette expulsion fait partie de la campagne plus générale du gouvernement contre la « pollution spirituelle » prétendument originaire de l’Occident[xxv].

 

Taoïstes

Campagne contre des feng-shui

En janvier 2015, les autorités de la province du Shanxi ont commencé une répression contre le féodalisme rural et la superstition, ciblant principalement les maîtres et les chamans feng-shui, des personnalités typiques dans les religions traditionnelles chinoises. Le gouvernement a ciblé des zones spécifiquement rurales où les équipes d’inspection auraient effectué des visites surprises, à la recherche de tous ceux qui transgressent les politiques de la religion en Chine[xxvi]. En décembre 2015, la Commission Centrale du Contrôle de la Discipline du Parti Communiste a annoncé que Bai Xueshan, vice-président de la région autonome du Ningxia Hui, avait « transgressé la discipline politique » et s’était engagé dans « l’organisation des activités superstitieuses ». Il a été expulsé du Parti. Bai, 54 ans, est tombé en disgrâce en raison de ses efforts pour étendre la ville de Wuzhong vers le nord, vers le fleuve Jaune, selon les principes taoïstes[xxvii].

 

Musulmans

Jeûne du Ramadan interdit

Les fonctionnaires, les étudiants et les enseignants dans la région du Xinjiang ont été interdits de jeûner pendant le Ramadan, qui a commencé le 18 juin 2015. Les autorités ont ordonné aux restaurants de rester ouverts. Dans certains comtés, des veillées religieuses et des activités associées au mois du Ramadan – comme l’Iftar : rupture du jeûne – ont été interdites[xxviii].

 

« Terroristes » tués

Le 14 novembre 2015, la police du Xinjiang a annoncé que les autorités avaient tué 17 « terroristes » issus de trois familles, y compris des femmes et des enfants. Selon les autorités, les 17 personnes du groupe ouïgour musulman ont été tuées lorsque l’armée a fait sauter la grotte où ils se cachaient. Les fugitifs étaient recherchés dans le cadre d’une attaque terroriste sur le site charbonnier de Sogan qui a tué 50 personnes. Pendant près de deux mois, la police et les militaires ont cherché les 17 suspects.  Ekber, le directeur de l’école primaire du canton de Terek, utilisé comme base des opérations pendant l’intervention militaire, a déclaré : « J’ai reçu un appel du chef du Département de l’éducation du canton de Kanchi Bay, qui m’a dit que la guerre avait pris fin avec une grande victoire – que tous les terroristes avaient été tués et que nous pourrions retourner à l’école. D’après la liste des noms figurant sur le mandat d’arrêt, nous avons découvert que les 17 suspects comprenaient quatre femmes et trois enfants, dont une – Munire âgée de 9 ans – était une de nos étudiantes en deuxième année ».

 

Bouddhistes

Génocide culturel et religieux

Lobsang Yeshi, 60 ans, père de huit enfants, est décédé le 19 juillet à l’hôpital de Lhassa, où il a été hospitalisé après que sa santé s’est détériorée à la prison Ngulchul, dans la préfecture de Chamdo (Changdu), au Tibet. Lobsang Yeshi était le chef du village Gewar, à proximité duquel une mine chinoise était en cours de construction. Lui et deux autres hommes du village ont été condamnés à deux ans de prison pour leur rôle dans des manifestations, un an plus tôt. Aucun des parents et amis de Lobsang Yeshi n’ont été autorisés à voir son cadavre[xxix].

Prison et torture

Tenzin Choewang et Yeshi Tenzin ont été secrètement libérés à la mi-mars 2015, mais quelques jours plus tard, ils sont morts de blessures et de tortures infligées pendant leur incarcération en prison. Les deux moines ont été simultanément arrêtés le 17 mars 2000 à Sog County avec trois autres moines, Ngawang Gyurmey, Khedup et Tsering Lhagon, ainsi qu’un laïc Thagru Yeshi. Ils distribuaient des brochures intitulées « Longue vie au Dalaï Lama», « Tibet indépendant » et « La Chine, quittez le Tibet. » Toutes ces brochures sont « illégales » en vertu du Code criminel en vigueur au Tibet, qui les considère comme des « actes séditieux ». Le groupe a été jugé par la Cour populaire locale : Ngawang Gyurmey et Tsergin Lhagon ont été condamnés à 15 ans de prison, Khedup a été condamné à l’emprisonnement à vie, Yeshi Tenzin à 10 ans de prison et Thagru Yeshi à sept ans d’incarcération. Ils ont été formellement accusés de « troubler la stabilité sociale[xxx] ».Dans la nuit du 12 juillet 2015, le moine tibétain Tenzin Delek Rinpoché est mort. Tenzin, qui était âgé de 65 ans, avait purgé 13 ans d’une peine de prison à vie à Mianyang, province du Sichuan. Le religieux, qui était considéré comme un symbole de la lutte pour la libération du Tibet, a longtemps souffert de problèmes cardiaques qui, selon des groupes de défense des droits de l’homme, n’ont jamais été traités correctement par ses geôliers. Deux de ses parents étaient à Chengdu, la capitale du Sichuan, pendant plus d’une semaine, dans l’espoir de visiter le moine malade à la prison de Mianyang, mais les autorités ne leur ont pas permis de le voir. Il a été condamné à mort en décembre 2002 avec le militant Lobsang Dhondup, âgé de 28 ans, pour une attaque à Chengdu qui s’est produite en avril de la même année. Les fonctionnaires chinois ont refusé de tenir un procès ouvert (qui viole les exigences légales) ou de délivrer le verdict ou les actes d’accusation. Lobsang Dhondup a été exécuté en janvier 2003, alors que la peine du moine a été plus tard commuée en emprisonnement à vie[xxxi]. Le 30 octobre 2015, le Tribunal Populaire Intermédiaire de la ville de Zhuhai, dans la province de Guangdong, a condamné le leader bouddhiste Wu Zeheng à cause des activités de son groupe religieux. Il a été reconnu coupable d’organiser ou d’utiliser un culte illégal pour ébranler la mise en œuvre de la loi (12 ans de prison), de viol (emprisonnement à vie), de fraude (14 ans de prison), et de production et vente de denrées alimentaires nuisibles (6 ans d’incarcération). Wu a également été condamné à une amende de 7,15 millions de yuans. Connu comme le Maître Zen Xingwu, Wu Zeheng a fondé le groupe Huazang Dharma, d’inspiration bouddhiste, au début des années 1990. Inspiré par les principes de justice et de liberté, le groupe a attiré des milliers de membres, que les autorités considèrent comme un groupe subversif[xxxii].

Auto-immolations

Sonam Tso, une mère de cinq enfants, s’est auto-immolée dans le canton de Dzoege pour protester contre la domination chinoise au Tibet et pour exiger le retour du Dalaï Lama. Sonam est morte le 23 mars 2016, mais la nouvelle n’a été connue que le 7 mai en raison des restrictions imposées par les autorités communistes sur les chaînes de communication relayant la région du plateau. Cette auto-immolation s’est produite près du monastère de Sera. Depuis 2009, année durant laquelle l’auto-immolation a commencé, et jusqu’en mai 2016, il y a eu 145 suicides commis par des moines, des jeunes novices et des laïcs[xxxiii].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Il y a un culte de la personnalité grandissant qui entoure le président Xi Jinping, comme on l’a vu dans le cas de Mao Zedong, et une lutte de plus en plus évidente entre les factions au sein du Parti Communiste Chinois. Ces factions sont reliées à des groupes au charisme puissant. Au cours des deux prochaines années au moins, il est raisonnable de prévoir une rhétorique croissante de la « sécurité » et « des ennemis extérieurs ». Dans cette optique, on s’attend à ce que les groupes religieux – en particulier les chrétiens – deviennent des boucs émissaires. Les preuves factuelles s’orientent vers un resserrement du contrôle sur les communautés religieuses et vers leur « sinisation » obligatoire, les isolant ainsi du reste du monde.

 


[i] AsiaNews.it 1er juillet 2015.

[ii] AsiaNews.it, 21 mai 2015; China Christian Net, 23 novembre 2015; People’s Daily, 24 avril 2016; AsiaNews.it, 28 avril 2016.

[iii] AsiaNews.it, 26 mai 2015; AsiaNews.it, 10 février 2016; consultez aussi Global Times, 14 novembre 2014.

[iv] AsiaNews.it, 4 janvier 2016.

[v] AsiaNews.it, 14 janvier 2016.

[vi] South China Morning Post, 7 avril 2015; BBC Chinese, 7 avril 2015; Xinhua, 4 mars 2015; China Youth Daily, 3 mars 2015.

[vii] AsiaNews.it, 20 mai 2014; AsiaNews.it, 24 juin 2015; AsiaNews.it, 24 juillet 2015; China Aid, 15 mars 2016.

[viii] James Leibold, “Politique ethnique de la Chine sous le régime de Xi Jinping » in China Brief, 15.20 (2015) <http://www.jamestown.org/programs/chinabrief/single/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=44496&tx_ttnews%5BbackPid%5D=789&no_cache=1#.V1gTiXJrjcs>; AsiaNews.it, 27 octobre 2015.

[ix] AsiaNews.it, 16 novembre 2015.

[x] See for example Jens Braarvig, “Iconoclasm – Three Modern Cases” in Iconoclasm from Antiquity to Modernity, ed. by Kristine Kolrud and Marina Prusac (Franham : Ashgate, 2014), 153-170, p. 161.

Consultez, par exemple, Jens Braarvig, « Iconoclasme : trois cas modernes » dans Iconoclasme : de l’antiquité à la modernité, publié par Kristine Kolrud and Marina Prusac (Franham : Ashgate, 2014), 153-170, p. 161.

[xi] AsiaNews.it, 10 mars 2015.

[xii] Global Times 30 novembre 2015; AsiaNews.it, 1er décembre 2015.

[xiii] AsiaNews.it, 16 avril 2015; AsiaNews.it, 20 janvier 2016.

[xiv] Sources: Département du recensement et des statistiques du Gouvernement de Hong Kong ; diocèse catholique de Hong Kong.

[xv] Cardinal Kung Foundation, 14 novembre 2015; AsiaNews.it, 16 novembre 2015.

[xvi] AsiaNews.it, 22 mars 2015.

[xvii] AsiaNews.it, 27 mai 2015.

[xviii] AsiaNews.it, 9  février 2015.

[xix] AsiaNews.it, 27 avril 2015; Eglises d’Asie, 3 mai 2016.

[xx] AsiaNews.it, 10 juillet 2015.

[xxi] AsiaNews.it, 19 avril 2016; AsiaNews.it, 3 mai 2016.

[xxii] AsiaNews.it, 25 mars 2015.

[xxiii] China Aid, 25  août  2015; AsiaNews.it, AsiaNews.it, 28 août 2015; 31 août 2015; AsiaNews.it, 26 février 2016; South China Morning Post, 26 février 2016.

[xxiv] Voice of America, 27 octobre 2015; AsiaNews.it, 28 octobre 2015; China Aid, 28 octobre 2015.

[xxv] China Aid, 18 décembre 2015; AsiaNews.it, 19 décembre 2015.

[xxvi] Shanghai Daily, 22 janvier 2015; AsiaNews.it, 22 janvier 2015; Ucanews, 22 janvier 2015.

[xxvii] AsiaNews.it, 29 décembre 2015.

[xxviii] AsiaNews.it, 19 juin 2015.

[xxix] AsiaNews.it, 24 juillet 2015; Radio Free Asia, 27 juillet 2015.

[xxx] Phayul, 21 mars 2015; AsiaNews.it, 24 mars 2015.

[xxxi] Radio Free Asia 13 juillet 2015; AsiaNews.it, 13 juillet 2015; AsiaNews.it, 15 juillet 2015.

[xxxii] Global Times, 1 novembre 2015; AsiaNews.it, 6 novembre 2015.

[xxxiii] AsiaNews.it, 9 mai 2016.

 

 

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