Corée du Nord

Chiffres clés

Superficie :
120 540 km2

Population :
24 500 000

Contexte

La République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) est considérée comme la nation la plus fermée du monde, gouvernée par la dictature la plus répressive, avec l’un des pires dossiers des droits de l’homme. Le système, basé sur le despotisme de la dynastie des Kim et sur l’idéologie connue sous le nom de « Juche » (autonomie), exige une loyauté absolue de tous les citoyens. Tout Nord-coréen suspecté d’avoir d’autres croyances, qu’elles soient religieuses ou politiques, ou qui n’affiche pas une dévotion totale à la famille régnante, risque des conséquences très graves. Ceux qui se livrent à des activités religieuses risquent l’arrestation, l’emprisonnement, la torture et parfois l’exécution.

Le régime pratique aussi une politique de « culpabilité par association », et punit les familles pour les « crimes » présumés de leurs membres selon un système héréditaire de castes connu sous le terme de « Songbun », qui catégorise les gens en fonction de leur loyauté envers le régime. Le « Songbun » d’une personne détermine ses besoins et ses possibilités au quotidien, y compris son accès à la nourriture, à l’éducation et aux soins de santé. On retrouve grosso modo trois catégories – le « noyau » de loyaux, la classe « vacillante » des neutres et la classe des « hostiles » – avec 51 sous-catégories. Le statut de « Songbun » est déterminé par les antécédents familiaux. Les chrétiens, ou ceux qui avaient des ancêtres chrétiens, sont généralement classés dans la classe des « hostiles ».

La Corée du Nord dispose d’un système bien connu de camps de prisonniers avec, selon certaines estimations, entre 100 000 et 200 000 prisonniers. Un nombre imprécis de ces prisonniers sont des chrétiens incarcérés parce qu’ils possédaient une Bible, avaient tenu des réunions de prière chez eux, ou se livraient à d’autres activités religieuses.

En 2014, la Commission d’enquête des Nations Unies sur la Corée du Nord, mise en place l’année précédente par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, a publié un rapport qui conclut que la Corée du Nord a commis des crimes contre l’humanité[1]. L’enquête onusienne constate que « la gravité, l’échelle et la nature » des violations des droits de l’homme en Corée du Nord « révèlent un État unique en son genre dans le monde contemporain. » Cette liste de crimes contre l’humanité, y compris « extermination, meurtre, réduction en esclavage, torture, détention, viol, avortements forcés », ainsi que les graves persécutions religieuses, disparitions forcées et famine, devraient mener, recommande la Commission, à un renvoi à la Cour pénale internationale (CPI).

Le rapport de 400 pages de l’ONU conclut que ces violations systématiques et généralisées, décrites comme des « atrocités indescriptibles », continuent « du fait de la persistance des politiques, des institutions et de l’impunité qui sont au cœur de ces actes. » Selon l’enquête, ces crimes « répondent aux critères stricts exigés par le droit international » et « méritent par conséquent de donner lieu à une enquête judiciaire ».

La Commission d’enquête « y voit un déni quasi absolu du droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, ainsi que des droits à la liberté d’opinion, d’expression, d’information et d’association. » Le régime, selon la Commission, « considère l’expansion du christianisme comme une menace particulièrement grave » et, par conséquent, « les chrétiens ne sont pas autorisés à pratiquer leur religion et font l’objet de persécution ». Les personnes sont sévèrement sanctionnées si « on découvre qu’elles pratiquent cette religion »[2].

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution de la République populaire démocratique de Corée reconnaît la liberté de religion, principe qui a été modifié à plusieurs reprises. Dans l’article 14 de la Constitution originale de 1948, on affirmait simplement que « les citoyens ont la liberté de religion et de culte ». De nombreuses modifications ont été apportées, notamment en 1972, 1992, 1998, 2009, 2010 et 2012, et la version la plus récente, dans l’article 68, stipule que « le citoyen jouit de la liberté de religion. Ce droit est assuré par la permission d’établir des édifices religieux et d’y tenir des cérémonies. Il est interdit de se servir de la religion pour introduire des forces étrangères ou perturber l’ordre étatique et social.[3] »

En octobre 2014, la Corée du Nord a publié son propre « Rapport 2014 de l’Association pour l’étude des droits de l’homme de République populaire démocratique de Corée », qui affirme que « la liberté de religion existe et elle est permise par la loi dans les limites nécessaires pour protéger l’ordre social, la santé, la sécurité, la morale et les autres droits de l’homme. En particulier, le gouvernement veille à ce que la religion ne soit pas utilisée pour attirer des forces étrangères ou pour nuire à l’État et à l’ordre social »[4].

À cause de celaa religion est politisée, et le régime voit la religion comme une menace à sa sécurité. Au fil des années, des ex-agents de la sécurité, qui ont fui la Corée du Nord, ont raconté que les autorités nord-coréennes discriminent les différentes religions et croyances, traitant le bouddhisme et le chamanisme avec plus d’indulgence, car ces deux religions sont perçues comme des « superstitions », tandis que le christianisme est considéré comme un outil d’intervention étrangère et associé aux agences de renseignements sud-coréennes et américaines.

Un ancien agent de la sécurité a dit que le christianisme est si sévèrement persécuté « parce que … il est associé aux États-Unis … et est considéré comme de l’espionnage. Étant donné que les Américains ont amené le christianisme et ont tenté d’envahir notre pays, ceux qui sont chrétiens sont [traités comme] des espions. Et on exécute les espions.[5] »

La Corée du Nord a adhéré au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) en 1981. À l’article 18, ce dernier reconnaît que « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion », ce qui comporte « la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement. » Cependant, des enquêtes indiquent que la plupart des Nord-coréens ne sont pas conscients de l’existence de ces droits. Un rapport de l’Association du Barreau de Corée en 2014 révèle que sur une centaine de transfuges nord-coréens interrogés pour l’enquête, seulement 34 % ont répondu « oui » à la question s’ils savaient que la Corée du Nord avait « des lois et des politiques garantissant les droits de l’homme ». Les autres 66 % ont répondu « non » ou « Je ne sais pas »[6].

La vénération de la famille Kim – en particulier du « Grand Leader » Kim Il Sung, du « Cher Leader » Kim Jong-Il, et du chef actuel Kim Jong-un – est au centre de la propagande et des politiques du régime. En 1974, le régime a introduit « les dix principes pour l’établissement du système d’idéologie unique ». En 2013, lors de sa succession, Kim Jong-un les a révisés pour légitimer sa succession et consolider son pouvoir. Les dix principes sont enseignés à l’école maternelle et à l’école intermédiaire mettant l’accent sur la loyauté envers la famille régnante. Chaque maison et chaque bâtiment public doit religieusement afficher des portraits ou des photographies des trois Kim. Ces images sont nettoyées régulièrement et leur état est fréquemment contrôlé par les autorités.

Malgré l’hostilité par le régime envers la religion en général, et le christianisme en particulier, on retrouve quatre églises officielles dans la capitale, Pyongyang, soumises à de strictes contrôles en tant qu’organismes approuvés par l’État. Il s’agit de deux églises protestantes, Bongsu et Chilgol, une église catholique et une église orthodoxe russe. Il n’y a pas de prêtre catholique à l’église catholique, mais en décembre 2015 la Conférence épiscopale de Corée (du Sud) a annoncé que des prêtres sud-coréens se rendraient « de manière régulière » à Pyongyang pour y célébrer la messe. Si cela se concrétise, ce sera une importante percée. Cela dit, ces quatre églises de Pyongyang restent en grande partie des trompe-l’œil, créés pour donner aux visiteurs étrangers l’impression d’une certaine liberté religieuse.

Aux dires du gouvernement nord-coréen, il y aurait environ 500 « églises domestiques »[7] dans le pays, information qui n’a pas été vérifiée de façon indépendante. Selon le Centre de données sur les droits de l’homme en Corée du Nord (Database Center for North Korean Human Rights, NKDB), un organisme basé en Corée du Sud, il y a en tout, 121 établissements religieux dans le pays, dont 64 temples bouddhistes et 52 temples cheondoïstes, et une autre église protestante à Pyongyang, l’église de Jeil, en plus des deux déjà mentionnées[8].

Des statistiques sur le nombre de croyants en Corée du Nord sont impossibles à vérifier, mais en 2002, le régime a informé le Comité des droits de l’homme des Nations Unies qu’il y avait 12 000 protestants, 10 000 bouddhistes et 800 catholiques dans le pays. L’ONU estime qu’il y a entre 200 000 et 400 000 chrétiens[9].

En dépit de son aversion envers la religion, le régime nord-coréen a mis en place des centres pour l’étude de la religion, y compris à l’Université Kim il-Sung. Cependant, on pense que ceux-ci n’existent que pour préparer les étudiants de l’élite à communiquer avec les organismes religieux étrangers. Des organismes religieux ont une fonction officielle, c’est le cas d’établissements d’enseignement religieux reconnus par l’État, comme le Séminaire de Pyongyang et l’Association catholique coréenne (ACC). Cette dernière, selon le Département d’État des États-Unis, offre des services liturgiques de base à l’église catholique de Pyongyang, mais n’a aucun lien avec le Vatican. En dépit d’une invitation, l’ACC a refusé d’envoyer des catholiques nord-coréens à la messe du pape François lors de sa visite en Corée du Sud en août 2014[10].

L’Université de la science et de la technologie de Pyongyang (USTP) a été créée en 2008 par un groupe de chrétiens étrangers, mais leurs activités religieuses sont strictement contrôlées. D’autres organisations chrétiennes étrangères existent en Corée du Nord, y compris Vision mondiale, les Amis chrétiens de la Corée (Christian Friends of Korea) et le Comité central mennonite.

 

Incidents

La nature fermée de la Corée du Nord signifie qu’il est difficile d’obtenir des informations précises sur des incidents spécifiques qui ont eu lieu à l’intérieur du pays contre des citoyens nord-coréens. Pendant la période considérée, on signale peu de cas, mais cela ne signifie pas que la situation se soit améliorée. C’est plutôt le reflet de l’isolement du pays. En revanche, plusieurs étrangers se sont retrouvés derrière les barreaux à cause de leur activité religieuse et humanitaire. Parmi ceux-ci, on retrouve le révérend Hyeon Soo Lim, 60 ans, un citoyen et pasteur canadien né en Corée du Sud. Le pasteur Lim a été condamné à la prison à vie et aux travaux forcés pour subversion et, entre autres, pour avoir utilisé la religion afin de renverser l’État et de nuire à la dignité des chefs suprêmes[11]. Selon les médias, il avait visité la Corée du Nord à plusieurs reprises, travaillant dans l’action humanitaire en appui à un orphelinat, une garderie et une maison de soins. « C’est cet immense amour pour le peuple de la Corée du Nord qui a motivé M. Lim à visiter (le pays) », a affirmé à CNN Lisa Pak, porte-parole de la famille. En janvier 2016, très exceptionnellement, M. Lim a pu donner une interview à CNN dans laquelle il a dit qu’on l’a forcé à travailler pendant huit heures par jour à creuser des trous. On craint pour sa santé, mais tout ce qu’il a demandé c’est une Bible et des lettres de sa famille. On signale que, jusqu’à présent, les fonctionnaires canadiens se sont vu refuser l’accès au prisonnier[12].

En mars 2015, les autorités nord-coréennes ont arrêté deux pasteurs sud-coréens, Kuk Kim Gi et Choe Gun Gil, accusés d’avoir utilisé des églises clandestines à des fins d’espionnage[13].

En avril 2016, un autre missionnaire chrétien, né en Corée du Sud, mais naturalisé américain, Kim Dong Chul, a été condamné à 10 ans de travaux forcés pour des actes « d’espionnage impardonnables »[14].

On signale des menaces et des attaques périodiques, apparemment par des agents nord-coréens, contre les missionnaires qui travaillent avec les réfugiés nord-coréens en Chine. L’exemple le plus récent a été le meurtre d’un pasteur sino-coréen, Han Choo-ryeol, qui a été retrouvé mort avec des blessures à l’arme blanche au cou. On dit qu’il était impliqué dans l’établissement d’églises clandestines en Corée du Nord et, selon certains médias, « des militants et des journalistes locaux soupçonnent des agents nord-coréens de l’avoir assassiné.[15] »

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Sans un véritable changement politique en Corée du Nord, avec une refonte complète de l’idéologie et du système politique du pays, il est très difficile de concevoir une amélioration de la situation de la liberté de religion. La négation presque totale de la liberté religieuse est une conséquence de l’obligation de loyauté absolue envers le régime et de son intolérance totale pour toute croyance dissidente.

Si des acteurs religieux, culturels et politiques internationaux s’engageaient dans des actions en prenant en considération les droits de l’homme, ils pourraient avoir un impact positif et pourraient ouvrir un espace pour une certaine liberté religieuse. Cependant, cela impose une prudence extrême, de façon à ne pas légitimer, apaiser ou cautionner le régime et ses horribles violations de la liberté religieuse.

En 2007, Christian Solidarity Worldwide a publié l’un des premiers rapports détaillés sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord, y compris les violations de la liberté religieuse, intitulé Corée du Nord: des accusations à confronter, un appel à l’action[16], qui présente les conditions horribles des camps de prisonniers, en particulier pour les chrétiens, et illustre par l’entremise de nombreux témoignages de survivants les formes effroyables de torture utilisées. Neuf ans plus tard, rien n’indique que les choses ont changé. Les éléments de preuve détaillés dans le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU et les rapports du NKDB et d’autres indiquent que la Corée du Nord est un des pires pays pour ce qui est du respect de la liberté religieuse aujourd’hui.

 


[1] Rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée – section IV Crimes contre l’humanité (75), « la Commission estime que selon l’ensemble des témoignages et des informations dont elle dispose, des crimes contre l’humanité ont bel et bien été commis en République populaire démocratique de Corée, dans le cadre de politiques établies au plus haut niveau de l’État. » http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/CoIDPRK/Pages/ReportoftheCommissionofInquiryDPRK.aspx

[2] Op. cit., Violations de la liberté de pensée, d’expression et de religion, (31) http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/CoIDPRK/Pages/ReportoftheCommissionofInquiryDPRK.aspx

[3] Digithèque MJP, http://mjp.univ-perp.fr/constit/kp2009.htm

[4] US State Department, Annual International Religious Freedom Report 2014  http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper

[5] US Commission on International Religious Freedom, Une prison sans barreaux : réfugiés et transfuges témoignent des graves violations de la liberté de religion ou de conviction en Corée du Nord, p.39, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/resources/A_Prison_Without_Bars/prisonwithoutbars.pdf

[6] Korean Bar Association, Rapport sur les droits de l’homme en Corée du Nord), 2014, http://www.ibanet.org/HumanrightsNorthKoreareport.aspx

[7] UN Commission of Inquiry, Rapport 2014 de la Commission d’enquête sur les droits de l’homme en République démocratique populaire de Corée, http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/CoIDPRK/Pages/ReportoftheCommissionofInquiryDPRK.aspx

[8] NKDB, Livre blanc sur la liberté religieuse en Corée du Nord, 2015

[9] US State Department, Annual International Religious Freedom Report 2014 http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper

[10] Ibid.

[11] CNN, « La Corée du Nord condamne le pasteur canadien Hyeon Soo Lim à la prison à vie », 17 décembre 2015, http://edition.cnn.com/2015/12/16/world/hyeon-soo-lim-canadian-pastor-north-korea-sentence/

[12] CNN, «  Emprisonné en Corée du Nord, le Pasteur Hyeon Soo Lim espère rentrer chez lui au Canada », 11 janvier 2016, http://edition.cnn.com/2016/01/10/asia/hyeon-soo-lim-canadian-pastor-north-korea-interview/

[13] US Commission, Rapport 2016 sur la liberté religieuse dans le monde 2016, http://www.uscirf.gov/reports-briefs/annual-report-chapters-and-summaries/north-korea-chapter-2016-annual-report

[14] Ruth Gledhill, «  Un missionnaire chrétien condamné à 10 ans de travaux forcés en Corée du Nord), Christian Today, 2 mai 2016, http://www.christiantoday.com/article/christian.missionary.sentenced.to.10.years.hard.labour.in.north.korea/85194.htm

[15] NK News, «Un pasteur et activiste sino-coréen tué à la frontière nord-coréenne, 2 mai 2016, https://www.nknews.org/2016/05/korean-chinese-pastor-activist-killed-on-north-korean-border/

[16] Christian Solidarity Worldwide, « Corée du Nord : des accusations à confronter, un appel à l’action », 2007, http://www.csw.org.uk/2007/06/20/report/35/article.htm

 

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