Érythrée

Chiffres clés

Superficie :
117 600 km2

Population :
6 536 000

Chrétiens ;
Orthodoxes : 30 %
Catholiques : 13 %
Autres : 4,9 %)

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

En 1997, cinq ans après l’indépendance de l’Érythrée, l’Assemblée nationale a approuvé la Constitution du pays. L’article 19 stipule que « Toute personne a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de croyance. » Cet article ajoute, en outre, que « Toute personne doit avoir la liberté de pratiquer toute religion et de manifester une telle pratique. »[1]  Toutefois, la Constitution en tant que telle n’a jamais été mise en œuvre et les autorités ont toujours gouverné par des décrets. Dans l’un de ces décrets, publié en 1995, le gouvernement a indiqué que seulement quatre communautés religieuses devaient être reconnues par l’État : l’Église orthodoxe érythréenne Tewahedo, l’Église évangélique luthérienne de l’Érythrée, l’Église catholique et l’islam.

Depuis quelques années, le gouvernement a placé les dirigeants de l’Église orthodoxe et de la communauté musulmane sous son propre contrôle, non seulement en payant les salaires de leurs autorités hiérarchiques et en leur fournissant des moyens de transport, mais aussi en contrôlant leurs activités et leurs ressources financières. Toutefois, l’Église catholique et l’Église luthérienne ont continué à maintenir leur autonomie.

Les quatre communautés religieuses autorisées ont toujours besoin du permis du Bureau des affaires religieuses afin d’imprimer et de distribuer de la documentation religieuse parmi leurs fidèles. Leurs chefs religieux et les médias avec lesquels ils ont des liens formels sont interdits de commentaires sur des questions politiques. Tous les six mois, ils sont également obligés de présenter des rapports au gouvernement sur l’ensemble de leurs activités. Chaque année, le Ministère des Affaires religieuses réitère la disposition relative aux organisations religieuses, contenue dans le décret de 1995. Cette disposition demande aux quatre religions reconnues de cesser d’accepter des fonds de l’étranger, de fonctionner sur la base de l’autonomie financière et de limiter leurs activités à un culte religieux seulement. De plus, le décret déclare que si les Églises souhaitent accomplir des œuvres sociales, elles doivent s’enregistrer comme des ONG et céder le contrôle de leur financement de l’étranger aux autorités gouvernementales. Dans la pratique, toutefois, ces interdictions ne sont pas appliquées ou respectées.

Outre les quatre religions officiellement reconnues, les autres principaux groupes religieux sont les chrétiens pentecôtistes, les évangéliques et les Témoins de Jéhovah. Ces derniers ont été tolérés jusqu’en 2002 quand il a été requis, par décret, que leurs organisations soumettent des demandes d’inscription appuyées par des informations détaillées sur leurs dirigeants. Les Témoins de Jéhovah ont été avertis que le non-respect de ce décret ferait de leur communauté une religion illégale.

Des violations extrêmes des droits de l’homme, y compris l’abus de la liberté religieuse fondamentale, sont décrites comme un facteur majeur pour que l’Érythrée devienne selon Amnesty International « l’un des plus grands pays producteurs de réfugiés.»[2] Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a signalé que 5 000 personnes ont quitté l’Érythrée chaque mois[3]. La menace du service militaire indéfini a été expliquée comme une cause principale des personnes fuyant le pays, mais des rapports ont également mis en évidence une répression croissante de l’expression religieuse et des sanctions sévères en cas de non-conformité avec les efforts du gouvernement pour contrôler la vie de foi de la nation. Au moins 3 000 chrétiens sont parmi les groupes religieux emprisonnés pour leurs convictions[4].

La Commission d’enquête sur les droits de l’homme des Nations Unies en Érythrée a produit son rapport tant attendu en juin 2015. Cette Commission a déclaré : « Le gouvernement [érythréen] perçoit la religion comme une menace pour son existence et a entrepris de la contrôler. » Même les quatre confessions religieuses autorisées – les orthodoxes érythréens, les catholiques, les luthériens et les musulmans sunnites – « sont ciblées à divers degrés par les restrictions et les attaques du gouvernement. L’ingérence dans les structures religieuses est endémique. » Quant aux religions non autorisées, le rapport indique que leurs rassemblements sont « interdits. Les matériels religieux sont confisqués, les adhérents sont arbitrairement arrêtés, maltraités ou soumis à la torture pendant leur détention et les prisonniers sont contraints d’abjurer leur foi. Beaucoup d’adeptes religieux ont été tués ou ont disparu[5].» Cette Commission poursuit en affirmant que les Témoins de Jéhovah ont été privés de leur citoyenneté, ce qui signifie qu’ils n’ont aucune protection juridique parce que leurs documents d’identité nationale sont immédiatement confisqués.

 

Incidents

Pendant la période considérée par ce rapport, le gouvernement a continué de détenir ou de harceler les membres de certains groupes religieux, y compris au moins 85 membres emprisonnés des Témoins de Jéhovah, qui ont été sélectionnés en vue d’un traitement particulièrement sévère en raison de leur refus de porter les armes ou de participer au programme de milice citoyenne du gouvernement[6]. On a signalé que les membres de cette dénomination se voient systématiquement refuser des emplois au gouvernement et des cartes d’identité nationales ne leur sont pas accordées.

L’une des pommes de discorde entre le gouvernement et les groupes religieux a toujours été le fait que même le clergé et d’autres personnes religieuses sont obligés d’effectuer le service militaire. La conscription militaire est organisée à la discrétion des autorités pour les personnes jusqu’à l’âge de 50 ans. Dans la pratique, cependant, même cette limite est théorique, et en réalité, il y a beaucoup d’hommes âgés de plus de 50 ans qui continuent à faire le service militaire. Dans le passé, une exception partielle a été convenue pour les prêtres et les séminaristes de l’Eglise catholique, mais depuis 2005, le clergé et les séminaristes catholiques sont, en principe, susceptibles d’être appelés pour le service militaire et ils sont interdits de voyager à l’étranger. À cause de cela, les ordres religieux catholiques ne peuvent pas envoyer leurs séminaristes et leurs sœurs religieuses pour des études à l’extérieur du pays[7].

Entre 2007 et 2008, le gouvernement d’Asmara a forcé 18 missionnaires catholiques (hommes et femmes) à quitter le pays en refusant de renouveler leur permis de séjour dans le pays, et aucun missionnaire étranger n’a pu obtenir un visa permanent. Même les religieux visitant temporairement le pays, par exemple pour animer les retraites religieuses, ne purent obtenir de visas religieux, mais ils sont obligés de demander des visas touristiques et on les oblige, du moins en théorie, à résider dans des hôtels. En juin 2014, malgré l’atmosphère répressive qui règne dans le pays, quatre évêques catholiques ont publié une lettre pastorale intitulée « Où est ton frère ?», marquant le 23e anniversaire de l’indépendance du pays. Dans le document, les évêques dénoncent l’exode des jeunes du pays et ils critiquent le manque de liberté religieuse dans le pays. Le gouvernement n’a pas commenté la lettre, du moins en public.Un rapport confidentiel remis au Synode des évêques à Rome, en juin 2015, a dénoncé la discrimination dont est victime l’Église catholique en raison de sa résistance au contrôle de l’État. Le rapport a déclaré : «seule l’Église catholique est toujours active et relativement indépendante. Le gouvernement n’aime pas cela et il a déployé des stratégies pour l’affaiblir. Premièrement, il essaie de prendre les jeunes agents pastoraux (prêtres et religieux) pour le service militaire à durée illimitée. Deuxièmement, le gouvernement veut confisquer … les écoles, les cliniques, les jardins d’enfants et les centres de promotion des femmes. Troisièmement, il veut contrôler et limiter les activités financières de l’Église. Apporter de l’argent de l’étranger n’est pas permis et les initiatives génératrices de revenus par l’Église sont considérées comme commerciales. »

En octobre 2015, un homme nommé Benyam, qui a fui l’Erythrée et qui a finalement obtenu l’asile au Royaume-Uni, a raconté avoir été violemment menacé par les forces de l’État pour avoir refusé d’abjurer sa conversion de l’orthodoxie érythréenne au christianisme pentecôtiste. L’homme, qui a rappelé qu’il avait combattu pour l’indépendance de l’Erythrée de l’Ethiopie, a déclaré : « Les mêmes libertés pour lesquelles j’avais combattu semblaient être très lointaines. » Dans un compte rendu publié par l’organisation des droits humains Solidarité Chrétienne Mondiale, il a déclaré : « L’Erythrée est l’un des pays les plus répressifs du monde – un Etat monopartite qui a été gouverné pendant plus de 20 ans par un dictateur cruel… Il n’y a pas de liberté d’expression, pas de liberté de religion ou de conviction. » Soulignant la menace du « service militaire illimité », il a déclaré : « J’ai décidé de fuir. Je suis parti à pied vers la frontière avec le Soudan. » Au péril de sa sécurité, il a traversé la frontière et a voyagé jusqu’au Royaume-Uni. Il a dit : « Je suis chanceux. Je ne suis pas allé dans l’une des prisons du désert où les gens sont gardés dans des containers d’expédition ou emprisonnés dans un obscur isolement. Vous ne pouvez pas être un chrétien en Erythrée. [8]»

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Le déni flagrant et systématique de la liberté religieuse explique pourquoi des milliers et des milliers de personnes fuient l’Erythrée. Selon  des rapports de 2015 indiquant que, après les Syriens, les Érythréens sont la deuxième nationalité la plus commune pour arriver sur les côtes italiennes – tel que rapporté dans le journal The Guardian au Royaume-Uni[9],  il n’est pas surprenant que l’Érythrée a été nommée « la Corée du Nord de l’Afrique [10]». Même les quatre groupes religieux enregistrés sont sous pression, et pour tout le monde, il reste la menace du service militaire illimité pour non-respect des mesures répressives contraires aux principes essentiels de la liberté religieuse. Les groupes religieux non autorisés, en particulier, ont subi une surveillance continuelle du gouvernement, des ingérences, de la détention sans inculpation, du travail forcé, de la torture et des exécutions illégales. Comme l’organisation des droits humains Portes Ouvertes le décrit, les problèmes sont aggravés par des rapports selon lesquels « les musulmans radicaux semblent gagner de l’appui et le gouvernement a de la sympathie pour les groupes extrémistes tels que Rashaida et al-Shabaab – ils auraient parfois fourni des armes à al-Shabaab[11]. » En recommandant une fois de plus que l’Érythrée soit désignée par le gouvernement américain comme un « pays particulièrement préoccupant », la Commission internationale des États-Unis sur les croyances religieuses a déclaré dans son rapport pour 2016 que « le gouvernement érythréen continue de réprimer la liberté religieuse ». Avec une économie en panne, des personnes qui fuient massivement, la pression internationale pour amener le Président Isaias Afwerki devant la Cour pénale internationale, il y a peu ou pas de signe qui laisse penser que la situation de la liberté religieuse s’améliorera, vraisemblablement, au moins à court terme[12].

 


[1] http://www.eritrea.be/old/eritrea-constitution.htm

[2] https://www.amnesty.org/en/documents/afr64/2930/2015/en/

Eritrea: Just Deserters – Amnesty International – p6

[3] Ibid.

[4] Aid to the Church in Need, Persecuted and Forgotten, A Report on Christians oppressed for their Faith 2013-15 (October 2015) ; Executive Summary, p23

[5] Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies – Rapport de la Commission d’enquête sur les droits de l’homme en Erythrée, 4 juin 2015 https://documents-dds ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G15/114/50/PDF/G1511450.pdf  OpenElement – Sections 25-6

[6] Département d’Etat américain. Rapport 2014 sur la liberté religieuse internationale http://www.state.gov/documents/organization/238424.pdf

[7] Interview avec un membre du clergé érythréen.

[8] http://www.csw.org.uk/2015/10/29/feature/2846/article.htm You cannot be free.

[9] http://www.theguardian.com/global-development/2015/mar/19/eritrea-ruthless-repression-human-rights-violations-un-commission

[10] http://www.opendoorsuk.org/persecution/worldwatch/eritrea.php

[11] Portes Ouvertes. http://www.opendoorsuk.org/persecution/worldwatch/eritrea.php

[12] http://www.uscirf.gov/reports-briefs

 

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