Israël

Chiffres clés

Superficie :
22 100 km2

Population :
8 000 000


Chrétiens :
Catholiques : 1,2 %
Orthodoxes : 0,4 %
Protestants : 0,4 %

Non affiliés : 3,1 %

Contexte

Fondé en 1948, Israël se définit comme un État juif et démocratique[1]. Les juifs du monde entier qui répondent à certains critères ont le droit de devenir citoyens de l’État. En 1967, Israël a conquis Jérusalem-Est, la Cisjordanie, Gaza et les hauteurs du Golan. À ce jour, ces territoires sont disputés et l’Assemblée générale de l’ONU, le Conseil de sécurité des Nations unies et la Cour internationale de justice les considèrent comme sous occupation, avec des parties illégalement colonisées[2]. En avril 2016, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que son pays ne rendrait jamais les hauteurs du Golan à la Syrie[3]. Concernant la question des Territoires palestiniens, les négociations pour trouver une solution qui convienne aux deux États n’ont pas été couronnées de succès. Le dernier cycle de négociations bilatérales entre Israéliens et Palestiniens, parrainé par les États-Unis, s’est effondré en avril 2014. Depuis lors, la violence a éclaté à plusieurs reprises. L’épisode le plus sanglant a été la guerre de Gaza en été 2014. Plus de 2 000 Palestiniens – dont au moins 296 enfants[4] – sont morts quand Israël a riposté avec des frappes aériennes et une offensive terrestre partielle aux tirs aveugles de roquettes lancés par des militants, de Gaza contre Israël. Du côté israélien, on a déploré 70 morts, dont 64 soldats[5].

À l’automne 2014 et à l’automne 2015, la violence s’est propagée en Israël et dans les Territoires palestiniens. Dans la plupart des cas, de jeunes Palestiniens ont attaqué des juifs israéliens. La soi-disant Intifada des couteaux, qui a commencé en octobre 2015, a coûté la vie à plus de 200 Palestiniens et plus de 30 Israéliens. Les perspectives de paix et d’un règlement négocié du conflit semblent sombres.

Les Palestiniens sunnites sont le principal groupe non juif du pays. La majorité des chrétiens israéliens sont des Arabes palestiniens qui détiennent la citoyenneté israélienne. La majorité appartient à l’Église grecque-melkite catholique et à l’Église catholique romaine, suivie par l’Église grecque orthodoxe. Il y a aussi d’autres minorités, y compris une communauté druze d’environ 102 000 membres. En 1957, le gouvernement a désigné les druzes comme une communauté ethnique distincte à la demande de leurs chefs religieux.

 

Cadre juridique

Israël n’a pas de Constitution formelle ; il faut donc se référer à la Déclaration d’indépendance de 1948 pour les dispositions relatives à la liberté religieuse. Selon le texte de cette déclaration, l’État d’Israël « assurera la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe ; il garantira la liberté de culte, de conscience, de langue, d’éducation et de culture ; il assurera la protection des lieux saints de toutes les religions et sera fidèle aux principes de la Charte des Nations unies.[6] » La Cour suprême israélienne a statué que la Loi fondamentale sur la dignité humaine et la liberté est la base des libertés fondamentales, tout comme la religion[7].

Le judaïsme n’est pas la religion officielle de l’État en Israël. Les institutions de l’État sont laïques et fonctionnent selon le modèle des démocraties occidentales. Néanmoins, les dispositions spécifiques au judaïsme prédominent dans la pratique sociale, comme l’observance du sabbat, la nourriture casher, etc. Cela peut créer des tensions entre juifs pratiquants et juifs non religieux. Les citoyens non juifs ont en théorie les mêmes droits et obligations que les citoyens juifs. Dans la pratique, ils participent aux élections, appartiennent à des partis politiques et sont élus au Parlement. Cependant, leur rôle est insignifiant dans la vie politique et, à quelques exceptions – notamment les druzes –, ils ne sont pas appelés pour le service militaire. Cela dit, le premier ministre Benjamin Netanyahu est favorable à l’admission des chrétiens arabes dans l’armée israélienne[8].

La conversion d’une religion à une autre est légale, mais elle s’oppose à des pressions sociales considérables.

Le prosélytisme est légal pour tous les groupes religieux. La loi interdit l’offre d’avantages matériels comme incitatifs à la conversion. Il est également illégal de convertir une personne de moins de 18 ans, à moins qu’un parent ne soit adepte du groupe religieux cherchant à convertir le mineur[9].

Les questions liées au statut personnel sont régies par les communautés religieuses reconnues à laquelle appartiennent les citoyens. Il n’y a pas de mariage civil, mais les mariages civils célébrés à l’étranger sont reconnus. Aux termes de la loi religieuse juive, les mariages interreligieux, par exemple entre juifs et non-juifs, ne sont pas admis. Si les hommes musulmans peuvent épouser des femmes juives ou chrétiennes, en revanche les femmes musulmanes ne peuvent pas épouser des non-musulmans.

Le Grand-Rabbinat ne reconnaît pas les convertis au judaïsme non orthodoxe en tant que juifs. Pour cette raison, les convertis au judaïsme réformiste ou au judaïsme conservateur ne peuvent pas se marier ou divorcer en Israël ou être enterrés dans les cimetières juifs du pays[10].

Le Saint-Siège négocie actuellement un accord avec Israël sur le statut juridique et fiscal des institutions catholiques en Israël. On attend un accord depuis des années, mais il n’a pas encore été finalisé[11].

 

Incidents

À l’invitation du pape François, en juin 2014 le président israélien Shimon Peres et son homologue palestinien Mahmoud Abbas ont prié pour la paix dans les jardins du Vatican[12].

En septembre 2014, les évêques catholiques de Terre sainte ont dénoncé comme « une tentative de séparer les Palestiniens chrétiens d’autres Palestiniens » la décision du Ministère israélien de l’Intérieur d’autoriser des citoyens arabes palestiniens chrétiens en Israël à modifier leur inscription auprès du Ministère, d’Arabes à « Araméens ». Dans un communiqué, la Commission Justice et Paix de l’Assemblée des archevêques ordinaires catholiques a dénoncé ce qu’elle a vu comme motivations idéologiques dans cette disposition. La décision a été prise pour permettre à 200 familles chrétiennes de s’identifier comme appartenant à l’ancienne nationalité dans leurs documents d’identité[13].

En novembre 2014, les tensions entre Palestiniens et Israéliens ont atteint un sommet à Jérusalem quand les autorités ont fermé l’accès à l’Esplanade du Temple – un geste rare qui n’avait pas été fait depuis dix ans. La police israélienne a déclaré qu’elle l’avait fermé « pour éviter des perturbations » à la suite de la tentative d’assassinat de Yehuda Glick, un rabbin activiste controversé et membre de la Knesset. Le rabbin Glick veut que les juifs aient accès aux lieux saints de Jérusalem, qui sont farouchement disputés. Il a été hospitalisé dans un état grave. Le porte-parole du premier ministre, Ofir Gendelman, a déclaré que la fermeture était « temporaire et destinée à prévenir des émeutes et une escalade, ainsi qu’à rétablir le calme et le statu quo dans les lieux saints. » La police israélienne a abattu le suspect qui aurait tiré sur Glick.

En novembre 2014, cinq Israéliens ont été tués et plusieurs blessés lorsque deux Palestiniens, armés d’un pistolet et de couteaux à viande, ont attaqué la synagogue Bnei Torah Kehilat Yaakov, à Jérusalem-Ouest, dans le quartier orthodoxe de Har Nof. Les deux Palestiniens ont été abattus par la police[14].

En février 2015, un incendie criminel a endommagé un séminaire grec orthodoxe près de la vieille ville de Jérusalem. Des graffiti anti-chrétiens en hébreu ont été retrouvés sur les lieux. L’inscription comprenait le slogan « Sion sera rachetée » et une insulte contre Jésus et sa mère Marie[15].

En avril 2015, des tombes et des pierres tombales ont été endommagées et plusieurs croix ont été brisées dans le cimetière de Kafr Bir’im, le site d’un village maronite dans le nord d’Israël, non loin de la frontière libanaise. « Le gardien du cimetière nous a appelés tout de suite. L’attaque nous a surpris, même si elle n’est pas la première », a déclaré Mgr Salim Soussan, vicaire général maronite de l’éparchie de Haïfa et de Terre sainte. « C’est la septième fois que le cimetière a été pris pour cible, » a-t-il ajouté, « le sixième au cours des dix dernières années, et la police n’a jamais été en mesure de trouver les responsables ».

En avril 2015, un juif de 35 ans, Shalom Cherki, a été tué par une voiture qui l’a délibérément percuté près d’un arrêt de bus, dans le quartier de French Hill, à Jérusalem. L’attentat, qui a été commis le Jour de la mémoire de l’Holocauste, a également vu une jeune femme, Shira Klein, hospitalisée dans un état critique. M. Cherki lui aurait sauvé la vie en la poussant plus loin. La police a identifié Khaled Koutineh, 37 ans, d’Anata en Cisjordanie, comme le suspect dans l’attentat[16].

En juin 2015, un incendie criminel a visé l’Église catholique de la Multiplication des pains et des poissons à Tabgha. Se confiant à l’AED, William Shomali, évêque auxiliaire du Patriarche latin de Jérusalem, a exprimé sa consternation. Soulignant la série d’incidents similaires au cours des dernières années, Mgr Shomali a commenté : « Il y a une véritable escalade de la violence anti-chrétienne : on passe d’un petit feu qui fait peu de dégâts à un plus grand feu, et enfin à une attaque d’incendie criminel qui vise à produire des dommages importants et même à tuer. Cela nous autorise à demander : que va-t-il se passer ensuite ? » Des dégâts considérables ont été causés à l’entrée de l’église et au monastère lui-même. Certaines parties du complexe ont été complètement brûlées. On soupçonne des extrémistes juifs d’être responsables de l’attaque après la découverte sur les lieux de graffiti avec une prière en hébreu dénonçant les « fausses idoles ». Un moine et un membre du personnel ont été hospitalisés pour avoir inhalé de la fumée. Les dirigeants politiques  ont condamné le crime[17], et en septembre 2015 le procureur général a annoncé que l’État d’Israël offrirait des compensations. L’annonce fait suite à la décision du fisc israélien de rejeter la demande de l’Église d’indemnisation pour les dommages subis, sous prétexte que la nature terroriste de l’incendie n’avait pas été démontrée. Les normes en vigueur prévoient l’indemnisation seulement pour les actes de violence causés par le conflit israélo-arabe[18]. Les dommages subis par le prieuré totalisent plus de 1,7 million $ US (1,6 million €).

En juillet 2015, après la distribution de tracts anti-chrétiens à Jérusalem, Mgr William Shomali a demandé aux gens d’être vigilants. « À certains égards, nous devons prendre ces menaces au sérieux. Il suffirait que trois jeunes fondamentalistes, armés de couteaux, attaquent une maison chrétienne pour semer la panique dans la communauté chrétienne ». Les tracts distribués par un groupe se faisant appeler « État islamique en Palestine » exigeaient que les chrétiens quittent la ville avant le 18 juillet, date qui marquait la fin du mois de jeûne du ramadan. Si les chrétiens n’obtempéraient pas, on les menaçait de mort. Rédigés en arabe, les tracts arboraient le drapeau noir du groupe terroriste Daech[19].

En septembre 2015, le Bureau des écoles chrétiennes en Terre sainte et le Ministère israélien de l’Éducation ont finalement conclu un accord. Après trois semaines de grève, les 47 écoles chrétiennes de l’État d’Israël ont rouvert leurs portes à 33 000 étudiants et la nouvelle année scolaire a finalement commencé. Les étudiants, les parents et les enseignants avaient manifesté contre la réduction massive des contributions de l’État au cours des deux années précédentes. Les subventions de l’État, qui couvrait 65 % des frais jusqu’à il y a quelques années, ne couvraient même pas 30 % des dépenses[20].

En septembre 2015, la police israélienne a effectué une opération sur l’Esplanade du Temple afin d’empêcher des attaques, la veille de Roch Hachana (Nouvel An juif). La police a utilisé des gaz lacrymogènes et a lancé des grenades assourdissantes contre de jeunes Palestiniens qui s’étaient barricadés à l’intérieur de la mosquée Al Aksa et d’où ils lançaient des pierres et des fusées éclairantes, selon un témoin interviewé par Reuters. Personne n’a été gravement blessé et les lieux ont été rouverts aux visiteurs après la fin des violences. Le président palestinien Mahmoud Abbas a « fermement condamné l’agression des Israéliens, qui ont attaqué Al Aksa, par les troupes et la police d’occupation ». Selon Radouane Amr, un responsable d’Al Aksa, 32 fenêtres de la mosquée ont été totalement ou partiellement détruites, une porte a été pulvérisée et le tapis brûlé en 12 endroits[21].

Après ces événements, l’entrée des musulmans à l’Esplanade du Temple de Jérusalem a été encore plus limitée. Après une fermeture temporaire, le lieu a été rouvert, mais seulement pour les hommes de plus de 50 ans, ainsi que les femmes de tous âges. Cela afin d’empêcher des manifestations par de jeunes musulmans. La limite d’âge très élevée pour les hommes était inhabituelle. « La police a fait des efforts intensifs pendant la période des grandes fêtes pour permettre aux fidèles de toutes les religions d’exprimer leur foi et de célébrer leurs fêtes dans la paix et la sécurité », a indiqué la police dans un communiqué. La violence est devenue presque quotidienne sur l’Esplanade du Temple tout au long de l’automne de 2015. Cités dans Haaretz, les musulmans prétendent qu’Israël tente de modifier le statu quo sur les lieux saints[22]. En octobre, le premier ministre israélien Netanyahou a rejeté ces allégations, affirmant que les autorités essayaient de « respecter le statu quo »[23].

En décembre 2015, Benjamin Netanyahou a affirmé que les chrétiens du Moyen-Orient sont persécutés et tués « par l’islam radical » et que le seul État de la région qui protège les chrétiens « est l’État d’Israël ». Les remarques de Netanyahu sur la situation des chrétiens du Moyen-Orient se retrouvent dans un message vidéo qu’il avait adressé aux membres du Forum de recrutement pour les chrétiens israéliens, qui est favorable à l’engagement de soldats chrétiens dans l’armée israélienne[24].

En décembre 2015, Genadi Kaufman, un juif préposé à l’entretien du Tombeau des patriarches à Hébron, a été poignardé à mort. Le tombeau, considéré comme le dernier lieu de repos du patriarche biblique Abraham et de ses proches, est vénéré à la fois par les juifs et par les musulmans. Localement, le lieu a été le point focal des tensions qui sont montées en Israël tout au long de la dernière partie de 2015[25].

Toujours le même mois, les autorités israéliennes ont délivré 600 permis à des chrétiens vivant dans la Bande de Gaza pour qu’ils puissent visiter les lieux saints pendant la saison de Noël. Selon des sources palestiniennes, les autorités israéliennes ont refusé les permis à des chrétiens âgés de 12 à 30 ans, avec comme conséquence qu’un certain nombre de familles n’ont pas pu faire leur visite ensemble[26].

En décembre 2015, l’Assemblée des évêques catholiques ordinaires de Terre sainte a condamné les déclarations anti-chrétiennes du rabbin Benzi Gopstein et elle a déposé une plainte contre lui. Sur le site ultra-orthodoxe Kooker, Gopstein avait proposé d’interdire les fêtes chrétiennes, écrivant « Supprimons les vampires avant qu’ils boivent une fois de plus notre sang ». Il a également accusé les chrétiens de vouloir faire du prosélytisme dans l’État juif[27]. En août, le rabbin Gopstein avait affirmé qu’il fallait détruire les églises en Israël, car elles sont des lieux d’idolâtrie[28].

En janvier 2016, le cimetière du monastère salésien de Beit Gemal, à Beit Shemesh, a été profané et les croix en bois et en béton sur de nombreuses tombes ont été détruites[29].

En janvier 2016, l’abbaye de la Dormition à Jérusalem a été encore une fois la cible de vandales. Les murs et les portes du monastère bénédictin, lequel se trouve sur le pourtour de la vieille ville de Jérusalem, ont été couverts d’insultes. Des bâtiments appartenant à l’Église grecque orthodoxe et à l’Église apostolique arménienne ont aussi été ciblés. Parmi les graffiti, écrits en hébreu par des mains différentes, on pouvait lire : « Les chrétiens en enfer », « Mort aux chrétiens païens, ennemis hérétiques d’Israël », « Vengeance pour les Israéliens », « Que son nom soit effacé ». On avait aussi dessiné une épée dégoulinante de sang près d’une étoile de David[30]. Peu après, la police israélienne a annoncé qu’elle avait arrêté deux suspects : deux juifs âgés de 15 et 16 ans. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a publiquement condamné l’acte de vandalisme, rappelant qu’« Israël est un pays où les chrétiens et les autres religions jouissent de la liberté de culte.[31] »

En janvier 2016, la Haute Cour israélienne a rejeté les toutes dernières pétitions autour du cas de Crémisan, soumises par le couvent des Soeurs salésiennes, la municipalité de Beit Jala et des propriétaires chrétiens. La pétition exigeait que l’armée israélienne révèle le tracé exact du Mur de séparation dans la vallée de Crémisan en Cisjordanie avant que la construction commence. « Le rejet de la pétition a affaibli la confiance des gens dans l’équité [de la justice], et poussera certains d’entre eux à vendre leurs terres et à partir », a déploré Mgr William Shomali à l’AED[32]. « Les gens sont extrêmement frustrés et déprimés. La promesse de permettre aux propriétaires l’accès illimité à leurs terres ne suffit pas. Cela signifie que les propriétaires terriens peuvent exploiter leurs terres pour y cultiver des fruits et des olives. Par contre, il leur est interdit d’y construire une maison. Et l’accès même pourrait leur être refusé à l’avenir, puisque les terrains situés derrière le Mur appartiendront alors à Jérusalem. Pour se rendre à Jérusalem, on a besoin d’un permis, lequel peut être refusé », a rappelé l’évêque.

Le litige entre les propriétaires chrétiens dans la vallée de Crémisan et l’armée israélienne perdure depuis 2006. Les médias, mais aussi les diplomates en poste en Israël ont suivi attentivement le cas. Le pape François s’est exprimé aussi sur cette affaire. Or, en dépit de quelques petits succès l’année dernière, les désillusions ont pris le dessus. À cause de la décision de la Cour suprême israélienne, 58 familles chrétiennes perdront en toute probabilité leurs terrains à cause du Mur ou tout au plus pourront y accéder seulement de manière limitée[33]. Depuis août 2015, l’armée israélienne a prolongé le Mur de Cisjordanie dans le secteur, en particulier sur des terrains privés à Beir Onah-Beit Jala[34]. Des grues enfoncent désormais  des sections de béton hautes de huit mètres dans des terrains qui autrefois étaient des oliveraies à vocation commerciale. Selon un communiqué du Patriarcat latin de Jérusalem, « la construction d’un mur de séparation et l’injuste confiscation des terres appartenant aux familles chrétiennes de Beit Jala constituent une violente offense au processus de paix »[35].

En janvier 2016, dans ce qui a été salué comme un moment historique pour les mouvements juifs non orthodoxes en Israël, le cabinet a voté pour agrandir l’espace de prière au Mur occidental qui ne sépare pas les hommes des femmes, et d’inclure la disposition dans une loi. Les dirigeants des mouvements réformiste et conservateur en Israël et en Amérique du Nord ont salué l’accord comme une percée dans leur lutte pour leur reconnaissance par l’État juif. Par contre, les dirigeants ultra-orthodoxes (Haredim), ainsi que des dirigeants national-religieux conservateurs dans le cabinet, ont vivement dénoncé l’accord et ont voté contre la norme, mais ils ne se sont pas activement opposée au gouvernement et n’ont pas menacé de le faire tomber[36].

En mars 2016, la Haute Cour de justice a décidé que l’État ne pouvait pas refuser aux juifs réformistes et conservateurs l’entrée aux mikvés (bains rituels) d’État pour leur processus de conversion. L’arrêt suit un appel par le Centre d’action religieuse d’Israël, organisme de plaidoyer du Mouvement israélien pour le judaïsme progressiste, qui représente les deux groupes non orthodoxes. Les mikvés en Israël oeuvrent sous les auspices des conseils religieux dirigés par les orthodoxes, et les convertis au judaïsme réformiste ou conservateur souvent ne peuvent pas les utiliser lorsqu’on s’interroge sur leur affiliation. Tous les mouvements juifs exigent l’immersion dans un mikvé comme étape finale du processus de conversion. Les mouvements réformiste et conservateur convertissent plusieurs centaines de non-juifs en Israël chaque année. Ces convertis sont identifiés comme juifs dans le registre de la population, mais étant donné qu’ils ne sont pas reconnus par le Grand-Rabbinat, qui est dominé par les orthodoxes, ils ne sont pas autorisés à se marier[37].

En mai 2016, la sécurité dans le cimetière juif du mont des Oliviers a été renforcée à la suite d’une vague de violence contre les visiteurs et les tombes, dont certaines ont été incendiées, brisées ou couvertes de graffiti. Le cimetière, qui est encore en service, remonte à il y a 3 000 ans, à l’époque du Premier temple. De nouvelles mesures de sécurité pour le lieu comprendront des clôtures et des barrières à un coût de 400 000 $ US[38].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

En mai 2016, le Patriarche latin Fouad Twal a déclaré qu’Israël, « même s’il se proclame État laïc et démocratique, se comporte actuellement en réalité toujours davantage comme un régime militaire confessionnel juif ». Il a ajouté : « C’est la première fois qu’une minorité chrétienne se trouve à vivre au sein d’un État juif avec toutes les conséquences liées au fait d’être une minorité. Et il s’agit du premier cas dans l’histoire où une majorité juive dispose d’un État. Mais cette majorité continue à se comporter, et surtout à se défendre, comme si elle était en réalité une minorité, avec la tentation de vivre comme un État théocratique, inspiré par la Bible et non comme un État laïc[39] ». En Israël, les liens entre religion et nationalisme peuvent causer des problèmes pour les minorités religieuses comme les chrétiens et les musulmans. Les violations de leurs droits religieux, cependant, sont souvent plus motivées par des raisons politiques que spécifiquement religieuses. Pourtant, dans la droite israélienne on retrouve des franges extrêmes qui attaquent les non-juifs et leurs institutions uniquement pour des motifs religieux.

 


[1] Les « lois fondamentales et la Déclaration d’indépendance désignent Israël comme un État ‘juif et démocratique’ », https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2008/israel

[2] La situation à Gaza est plus compliquée. Israël prétend ne plus occuper Gaza, mais il contrôle néanmoins six de ses sept postes frontaliers terrestres, ainsi que sa zone maritime et son espace aérien. Voir Iain Scobbie, « Southern Lebanon » (Liban du sud), dans International Law and the Classification of Conflicts (Le droit international et le classement des conflits), sous ls direction d’Elizabeth Wilmshurst (Oxford : Oxford University Press: 2012), p. 295.

[3] http://www.nytimes.com/2016/04/18/world/middleeast/israel-will-never-give-golan-heights-to-syria-netanyahu-vows.html?_r=0

[4] http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4553654,00.html

[5] http://www.jpost.com/Operation-Protective-Edge/50-days-of-Israels-Gaza-operation-Protective-Edge-by-the-numbers-372574

[6]www.mfa.gov.il/mfa/foreignpolicy/peace/guide/pages/declaration%20of%20establishment%20of%20state%20of%20israel.asp, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/israel-declaration-indep-1848.htm

[7] https://www.knesset.gov.il/laws/special/eng/basic3_eng.htm

[8] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.631807

[9] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper

[10] http://www.state.gov/documents/organization/238670.pdf

[11] http://fides.org/en/news/59659-ASIA_JORDAN_The_Catholic_Bishops_of_the_Holy_Land_discuss_the_agreements_still_suspended_between_Israel_and_the_Holy_See#.Vzb8ifmLSM8

[12] http://www.bbc.com/news/world-middle-east-27754663

[13] http://fides.org/en/news/36384-ASIA_HOLY_LAND_The_Catholic_Bishops_the_recognition_of_the_Aramean_nationality_aims_to_divide_the_Palestinian_Christians_from_others#.VzctsPmLSM8

[14] http://www.bbc.com/news/world-middle-east-30092720

[15] http://www.reuters.com/article/us-israel-palestinians-seminary-idUSKBN0LU0XP20150226

[16] http://www.timesofisrael.com/thousands-attend-funeral-for-jerusalem-car-ramming-victim/

[17] http://www.acn-aed-ca.org/holy-land-what-will-come-next/

[18] http://fides.org/en/news/58421-ASIA_ISRAEL_Compensation_for_the_burning_of_the_church_in_Tabgha#.VzcB4vmLSM8

[19] http://www.acn-aed-ca.org/tag/msgr-shomali/

[20] http://fides.org/en/news/58461-ASIA_ISRAEL_Agreement_reached_with_the_government_Christian_schools_put_an_end_to_the_strike#.VzcBafmLSM8

[21] http://www.reuters.com/article/us-israel-palestinians-idUSKCN0RD0C420150913, http://www.journaldemontreal.com/2015/09/13/affrontements-sur-lesplanade-des-mosquees-a-jerusalem

[22] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.677779

[23] http://mfa.gov.il/MFA/PressRoom/2015/Pages/Statement-by-PM-Netanyahu-regarding-the-Temple-Mount-24-Oct-2015.aspx

[24] http://fides.org/en/news/59020-ASIA_ISRAEL_Netanyahu_Israel_is_the_only_State_in_the_Middle_East_that_protects_Christians#.VzcAwvmLSM8

[25] http://www.timesofisrael.com/3-weeks-after-attack-israeli-stabbed-in-hebron-dies/

[26] http://fides.org/en/news/59057-ASIA_HOLY_LAND_600_Israeli_permits_to_Christians_in_Gaza_to_visit_the_holy_places_at_Christmas#.Vzb-3fmLSM8

[27] http://fides.org/en/news/59096-ASIA_ISRAEL_Catholic_Bishops_react_to_shocking_statements_of_a_Rabbi_against_Christian_vampires#.Vzb-KfmLSM8

[28] http://en.lpj.org/2015/08/10/aochl-files-complaint-against-the-rabbi-gopstein/

[29] http://fides.org/en/news/59145-ASIA_HOLY_LAND_Christian_cemetery_in_Beit_Gemal_desecrated#.Vzb9uvmLSM8

[30] http://www.acn-aed-ca.org/tag/acn-press/

[31] http://fides.org/en/news/59234-ASIA_HOLY_LAND_Two_suspects_for_acts_of_sectarian_vandalism_against_the_Dormition_church_have_been_arrested#.Vzb89fmLSM8

[32] http://www.acn-aed-ca.org/fr/reportage-mur-de-catastrophe-dans-la-vallee-du-cremisan/

[33] http://www.acn-aed-ca.org/the-wall-separating-israel-and-palestine/

[34] http://www.saintyves.org/?MenuId=3&Lang=1&TemplateId=news&catId=1&full=1&id=129

[35] http://en.lpj.org/2016/04/08/cremisan-latin-patriarchate-distressed-in-the-face-of-injustice-against-christian-families/, http://www.fides.org/fr/news/59799-ASIE_TERRE_SAINTE_Condamnation_du_Patriarcat_latin_de_Jerusalem_apres_la_reprise_des_travaux_du_mur_dans_la_zone_de_Cremisan#.V7jJfJgrLIU

[36] http://www.jpost.com/Israel-News/Cabinet-approves-historic-decision-to-create-Western-Wall-egalitarian-prayer-space-443362

[37] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.702891

[38] http://www.jewishpress.com/news/breaking-news/attacks-on-jews-at-ancient-cemetery-cause-israel-to-beef-up-security/2016/05/24/

[39] http://fides.org/fr/news/59835-ASIE_TERRE_SAINTE_Declarations_du_Patriarche_latin_de_Jerusalem_sur_le_modus_operandi_de_l_Etat_d_Israel#.V7jQpJgrLIU

 

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    Autant par des paroles que des actes, les chrétiens d’Israël sont encore et toujours la cible d’extrémistes juifs. Beaucoup de chrétiens d’Israël se sentent menacés autant par les paroles que les actes d’extrémistes juifs. L’incendie criminel perpétré en juin 2015 contre le monastère bénédictin de Tabgha par des extrémistes juifs ... Lire la suite
    Publié le 18/05/2016
  • Terre Sainte : « nous nous identifions plus au Vendredi saint qu’à Pâques»
    À Jérusalem, la grande procession du dimanche des Rameaux a entamé la semaine Sainte – dans un climat de vive tension politique. En chantant et en priant, un rameau de palmier ou d’olivier à la main, des milliers d’habitants de Jérusalem et des visiteurs venus du monde entier descendent ... Lire la suite
    Publié le 23/03/2016
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