Kazakhstan

Chiffres clés

Superficie :
2,7 millions de km²

Population :
16 400 000


Contexte

Depuis son indépendance, le Kazakhstan a été un pays stable dans une région marquée par des conflits et des violences ethniques et religieuses. Cependant, la situation actuelle est moins rassurante que par le passé. Le ralentissement de l’économie du pays a suscité des craintes d’instabilité politique. Pour un bon nombre d’observateurs internationaux, c’est la raison pour laquelle on a anticipé les élections présidentielles de 2016 au 26 avril 2015. Le résultat a vu la réélection, avec 97,7 % des suffrages exprimés, du président sortant, Noursoultan Nazarbaïev, à la tête de cette ancienne république soviétique depuis 1989.

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Les activités religieuses dans le pays sont réglementées par la Loi sur la religion de 2011 qui interdit toutes les activités religieuses non autorisées. L’interdiction touche la distribution des documents et d’autres matériaux à contenu confessionnel à l’extérieur des lieux de culte ainsi que l’importation de matériel religieux sans autorisation préalable de la part de l’Agence des affaires religieuses, l’organisme responsable de la formulation et la mise en œuvre de la politique religieuse de l’État. Sont aussi interdits les activités missionnaires non autorisées et le prosélytisme.

On retrouve d’autres restrictions sur la libre pratique de la religion dans les lois sur l’extrémisme, qui s’appliquent aux groupes religieux et à d’autres organisations, ce qui permet au gouvernement d’interdire les activités des groupes qu’il a identifiés comme étant extrémistes et d’en criminaliser les membres.

Les nouveaux codes pénal et administratif, entrés en vigueur en janvier 2015, prévoient des sanctions pécuniaires encore plus lourdes pour la participation à des activités religieuses non autorisées, avec des amendes qui peuvent s’élever à plus de 60 000 dollars US.

Le Kazakhstan, dont la population compte plus d’une centaine d’ethnies différentes ainsi qu’une quarantaine de groupes religieux, a essayé de se présenter comme un modèle de coexistence pacifique entre ses divers groupes ethniques et religieux. Dans cet perspective, le président Nazarbaïev a lancé le Congrès des dirigeants de religions mondiales et traditionnelles en 2003, une initiative triennale de dialogue qui a vu sa cinquième réunion en juin 2015. Pourtant, on signale un décalage croissant entre les proclamations officielles de tolérance et l’incohérente application véritable des droits religieux,[1] avec d’énormes différences entre le traitement des religions dites traditionnelles – l’islam sunnite d’école hanafite, l’orthodoxie russe, le catholicisme, le luthéranisme, le judaïsme – et les religions considérées comme « non traditionnelles » qui opèrent dans un climat général de scepticisme, de suspicion et de discrimination, à la fois dans la société et au niveau des autorités gouvernementales.

Au total, on compte 3 400 organisations religieuses inscrites dans le pays.[2] La plus grande dénomination chrétienne dans le pays est l’Église orthodoxe russe. Selon certains rapports, la communauté catholique, bien que très petite (150 000 fidèles ou 1 % de la population) est respectée, un fait cité par le nonce apostolique, Mgr Buendía.[3]

 

Incidents

Les activités des groupes islamiques indépendants sont strictement contrôlées, surtout après des rapports de presse faisant état de l’adhésion de citoyens kazakhs au groupe État islamique (EI).[4] Ceux qui en paient les frais sont surtout les membres présumés de Tablīghī djamā’at, un mouvement de prédication musulman fondé en Inde en 1926. Interdit au Kazakhstan en 2013, le groupe y est qualifié d’extrémiste. Depuis décembre 2014, les autorités ont inculpé 15 personnes pour appartenance à ce mouvement et ont imposé des peines allant de 15 mois à près de cinq ans d’emprisonnement. Neuf autres personnes sont actuellement en détention provisoire, en attente de procès.[5]  Saken Tulbayev, un membre présumé du mouvement, a été condamné à quatre ans et huit mois dans un camp de travail ainsi qu’à l’interdiction de toute « activité consacrée aux besoins religieux des croyants », à partir du jour de sa libération en décembre 2019 jusqu’en décembre 2022. En prison, il aurait subi diverses formes de violence, à la fois physique et mentale.[6]

La mosquée historique de Din-Muhammad, dans la ville septentrionale de Petroval, a semé la controverse en refusant de se joindre à l’Association spirituelle des musulmans du Kazakhstan (ASMK), une organisation nationale qui a des liens étroits avec le gouvernement. Les fidèles qui fréquentent la mosquée sont pour la plupart des Tatars musulmans, qui suivent une forme d’islam sunnite indépendante de l’État et qui se battent pour se faire reconnaître officiellement après avoir été interdits formellement en 2012. Le 28 avril 2015, le département régional de Justice a rejeté leur dernière demande.

Le 9 juin 2015, trois universitaires turcs ont été condamnés à une amende et expulsés du pays après avoir été accusés d’avoir offert des cours religieux soufis chez eux, ce qui équivaut à des activités missionnaires illégales[7] par un groupe religieux non autorisé.

La réglementation stricte sur la distribution et la vente de matériel religieux est souvent la cause de sanctions du gouvernement contre les transgresseurs, conformément à l’article 490 du Code administratif.

Eldar Sundetkaliyev a écopé d’une amende pour avoir vendu des tablettes électroniques à des enfants, avec un programme qui enseigne le namaz, la prière islamique, sous une forme jugée « non traditionnelle » par un comité d’experts.[8] Deux autres femmes, Yekaterina Kriger et Rosa Amankulova, ont été condamnées à la même amende pour avoir vendu des amulettes gravées avec des versets religieux en arabe. En novembre 2014, Sardar Alekperov a été condamné à une amende pour avoir vendu des objets religieux – des symboles islamiques à accrocher sur les voitures – dans un endroit non autorisé. En mai 2014, Gulnar Sandibayeva, la propriétaire d’une librairie dans la ville de Kulsary, a été condamnée à une amende pour avoir vendu des livres islamiques sans autorisation.[9]

Trois baptistes – Vitaly Pan, Aleksandr Kulbeda et Valery Skorobogaty – ont eu des livres confisqués et ont reçu une amende, pour avoir offert des écrits à contenu religieux à des gens du village de Koszhar en mai 2015.[10] Maksim Volikov a reçu une amende similaire pour la même infraction.[11] En outre, on lui a interdit toute activité religieuse pendant trois mois. Il avait déjà été condamné à une amende en juillet 2014 lorsqu’il avait accueilli une réunion religieuse chez lui.[12] Le mois précédent, Larissa Lange, résidente du district de Kordai, a également été condamnée à une amende pour avoir accueilli une réunion religieuse.[13] En octobre 2014, Vyacheslav Cherkasov et Zhasulan Alzhanov ont chacun été condamnés à une amende et emprisonnés pendant 10 jours pour avoir offert des exemplaires d’un texte religieux intitulé « Jésus – plus qu’un prophète », aux passants dans le marché de Shchuchinsk. Le texte contenait une série de témoignages de 15 ex-musulmans convertis au christianisme. Des experts ont décidé que le livre incitait à la discorde religieuse et à la haine.[14] Les deux hommes avaient déjà purgé des peines de prison au début 2014 pour avoir refusé de payer des amendes imposées pour violation à la Loi sur la religion.

Pour la première fois en décembre 2014, le procureur a publié sur Internet une liste de textes, religieux et autres, considérés comme « extrémistes » et dont la publication, l’importation et la distribution restent interdites. La plus récente mise à jour, faite le 14 janvier 2015, contient une liste de 661 œuvres.[15]

Yklas Kabduakasov, un membre de l’Église adventiste du septième jour, âgé de 54 ans et père de huit enfants, a été condamné par un tribunal d’Astana à deux ans d’internement dans un camp de travail pour incitation à la haine religieuse et pour insulte à l’islam lors d’une série de rencontres avec des coreligionnaires. M. Kabduakasov et les membres de son Église – qui ont subi des perquisitions – rejettent catégoriquement les accusations. Selon eux, il a été arrêté parce qu’il avait abandonné l’islam et qu’il s’était converti au christianisme.

Entre septembre et octobre 2015, la Cour de district d’Esil et, par la suite, la Cour civile d’Astana ont rejeté l’appel de Viktor Leven, du Conseil des Églises baptistes, contre l’ordre d’expulsion prononcé contre lui en 2009 à cause de sa participation à une cérémonie religieuse.

Une congrégation baptiste a été condamnée à une amende, et on lui a ordonné de suspendre ses activités pendant trois mois, pour avoir organisé un camp d’enfants à la maison d’un de ses membres dans le village de Yanvartsevo.[16] Les membres de la congrégation ont été accusés d’activités religieuses illégales dans un endroit qui n’est pas l’adresse légale de leur Église.

Un centre de réadaptation pour alcooliques et toxicomanes dans la région du nord-est de Pavlodar a été fermé pendant trois mois et son directeur Yuri Morozov a reçu une amende[17] pour avoir mené des activités non incluses dans ses statuts, y compris des activités religieuses.

Une autre communauté religieuse de Atyrau, l’Église du Plein Évangile, se dit victime d’intimidation, et tente depuis plus de 10 ans de s’inscrire auprès des autorités. On signale que dès qu’elle présente sa demande, les fonctionnaires de police tentent – souvent par des méthodes d’intimidation – de persuader les « membres fondateurs » de l’Église de retirer leurs signatures.[18]

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Le gouvernement a imposé des restrictions sur les libertés civiles, y compris la liberté de religion, en raison de la montée de l’extrémisme islamique. Il a serré la vis contre les groupes jugés « non traditionnels » car source de problèmes potentiels. En général, la situation reste inchangée.

 


[1]i “100 MFIs stato già multato religione variata”. EurasiaNet, résumé par The Moscow Times, 12 novembre 2015.

[2]  Annual Report 2015, United States Commission on International Religious Freedom (Rapport annuel de 2015, Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale).

[3] Geopolitica, 12 juin 2015 http://www.geopolitica-rivista.org/28671/il-v-congresso-dei-leader-delle-religioni-mondiali-e-tradizionali-la-seconda-e-ultima-giornata.html).

[4] Selon la Commission nationale de sécurité, à peu près 300 citoyens étaient impliqués au 11 novembre 2014. Cf. The Diplomat, 14 janvier 2015.

[5] Forum 18 News Service, 28 décembre 2015.

[6] Forum 18 News Service, 20 août 2015.

[7] Forum 18 News Service, 17 juillet 2015.

[8] Forum 18 News Service, 17 avril 2015.

[9] Forum 18 News Service, 17 juin 2014.

[10] Forum 18 News Service, 8 décembre 2015.

[11] Forum 18 News Service, 12 janvier 2015.

[12] Forum 18 News Service, 21 juillet 2014.

[13] Forum 18 News Service, 17 juin 2014.

[14] Forum 18 News Service, 10 octobre 2014.

[15] Forum 18 News Service, 17 avril 2015.

[16] Forum 18 News Service, 28 décembre 2015.

[17] Forum 18 News Service, 2 février 2015.

[18] Forum 18 News Service, 19 décembre 2014.

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