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La liberté religieuse vue par le Dr Paul Jacob Bhatti

 

Paul Bhatti Tribune« La cause de la liberté religieuse est une cause qui a changé la vie de ma famille et la mienne pour toujours.

C’était un matin pluvieux, le 2 mars 2011, lorsque mon frère Shahbaz Clement Bhatti, alors Ministre fédéral des minorités au Pakistan, a été tué en plein jour. Sa détermination à arrêter toutes sortes d’injustices et à protéger les communautés opprimées et marginalisées lui a coûté la vie.

Quand Shahbaz a été tué, j’avais le choix, soit de continuer la vie que je menais en Italie, soit de prendre la relève de mon frère et de poursuivre la tâche qu’il avait lui-même définie. Ma conscience ne m’a pas laissé dans le doute ; je crois que Dieu m’a ordonné de poursuivre sa vision et sa mission consistant à protéger ceux dont les droits humains fondamentaux sont trop souvent violés en raison de la discrimination, de l’extrémisme et de la haine religieuse. Par conséquent, j’ai repris le rôle de Ministre fédéral de l’harmonie nationale et des affaires concernant les minorités dans le gouvernement du Pakistan, ainsi que la Présidence de l’Alliance de toutes les minorités au Pakistan (APMA). Elle avait été créée par mon défunt frère dans le but de garantir que toutes les minorités religieuses disposent d’une plate-forme pour faire entendre leur voix. En même temps, j’ai créé le Shahbaz Bhatti Memorial Trust, afin que l’héritage de mon frère continue à promouvoir la liberté religieuse, la justice sociale et l’égalité entre les hommes.

Je n’avais jamais pensé que je viendrais travailler au Pakistan après avoir créé mon cabinet médical en Italie. Cela aurait compromis ma liberté personnelle et professionnelle tant appréciée. Cela étant dit, un mois avant la mort de Shahbaz, nous avions eu une discussion très importante et il m’avait demandé de venir travailler au Pakistan. J’avais alors pensé qu’il plaisantait, et j’avais répondu : « Tu m’appelles du paradis pour aller en enfer. » Il avait immédiatement répondu : « Le chemin du paradis passe par le Pakistan. » Sa forte et inébranlable conviction lorsque nous discutions était toujours que la non-implication n’était pas une option ; nous sommes obligés d’être une famille humaine qui lutte pour ceux qui sont trop faibles pour parler et se défendre eux-mêmes.

Je suis très reconnaissant envers l’Aide à l’Église en Détresse (AED), pour son implication dans l’accomplissement de cette importante mission d’évaluation de la situation de la liberté religieuse dans le monde entier. Personne ne devrait avoir à subir de violences physiques ni d’intimidations psychologiques pour avoir déclaré chérir des valeurs ou adhérer à quelque chose. La liberté religieuse est un droit et une responsabilité qui implique tout le monde ; nous avons tous le droit d’exprimer nos croyances, en respectant la foi des uns et des autres.

La liberté religieuse est, par nature, un droit pour tous, partagé de façon égale, et c’est pourquoi je tiens à féliciter l’AED, dans son Rapport sur la liberté religieuse dans le monde, d’avoir examiné et évalué la situation d’un large éventail de groupes religieux dans les pays du monde entier. Ce faisant, ce rapport incite les gens à réfléchir de nouveau à ce droit fondamental, qui est au cœur d’une société libre, juste et prospère. Il s’agit là du besoin le plus criant du moment dans un monde divisé où, dans certaines régions, il y a un renouveau religieux et dans d’autres, une tendance à l’indifférence religieuse et à l’athéisme. Dans un monde de plus en plus polarisé, un consensus croissant quant à la nature et au respect de la liberté religieuse pourrait s’avérer crucial dans notre lutte contre le fanatisme et la culture de la violence, qu’ils proviennent de l’État, d’extrémistes ou de groupes terroristes.  »

Dr Paul Jacob Bhatti, ex-ministre des minorités au Pakistan.