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L’Essentiel en 12 points

Analyse en 12 points de la situation de la Liberté Religieuse dans le monde

Période faisant l’objet du présent rapport sur 196 pays: juin 2014 à juin 2016

1. Sur les 196 pays faisant l’objet du présent Rapport, 38 ont démontré une preuve indubitable de violations importantes de la liberté religieuse. Dans ce groupe, 23 ont été classés dans la catégorie de haut niveau dénommée « persécution » et les 15 restants dans la catégorie « discrimination ».

2. Sur ces 38 pays :

37 % (14 pays) ont vu leur situation s’aggraver nettement depuis 2014.
55 % (21 pays) ne montrent aucun signe de changement ; cependant pour certains, leur situation était déjà si mauvaise qu’elle pouvait difficilement empirer (Afghanistan, Irak, Nigeria, Corée du Nord, Arabie saoudite, Somalie et Syrie).
– Seuls 8 % (3 pays) ont vu leur situation s’améliorer (Bhoutan, Égypte et Qatar).

3. Le Rapport va à l’encontre de l’opinion publique selon laquelle les gouvernements sont principalement responsables de la persécution. Les responsables de la persécution dans 12 des 23 pays les plus incriminés sont des organisations non-gouvernementales (c’est-à-dire les fondamentalistes ou les organisations militantes).

4. On note une recrudescence d’actes antisémites, notamment en Europe.

5. Au sein des régimes autoritaires comme la Chine et le Turkménistan, on constate une nouvelle vague de répression contre les groupes religieux qui refusent de suivre la ligne du parti (par ex., démolition des croix de 2000 églises en Chine).

6. Dans des pays comme l’Inde, le Pakistan et le Myanmar, où une religion particulière est identifiée à l’État-nation, des mesures ont été prises pour défendre les droits de cette religion au détriment des autres groupes religieux minoritaires, qui se voient imposer des sanctions plus sévères (loi anti-blasphème…).

7. On assiste à l’émergence d’un nouveau phénomène de violence à caractère religieux qui peut être décrit comme un hyper-extrémisme islamiste, un processus de radicalisation exacerbée, sans précédent dans ses manifestations violentes, qui se caractérise par :

a) des croyances extrémistes et un système radical de droit et de gouvernement ;
b) des tentatives systématiques pour anéantir ou expulser tous les groupes qui ne sont pas conformes à leurs perspectives, y compris les coreligionnaires modérés et ceux de traditions différentes ;
c) le traitement cruel des victimes ;
d) l’utilisation des plus récents médias sociaux pour recruter des adeptes et intimider les opposants par des images d’une extrême violence ;
e) un impact mondial via des groupes extrémistes affiliés et des réseaux efficaces.

Ce nouveau phénomène a engendré des conséquences dramatiques sur la liberté religieuse dans le monde entier :

a) depuis juin 2014, des attaques islamistes ont été perpétrées dans 1 pays sur 5 à travers le monde, dont 17 pays africains ;
b) dans certaines parties du Moyen-Orient, dont la Syrie et l’Irak, cet hyper-extrémisme est en train d’éliminer toute forme de diversité religieuse et il menace de le faire dans certaines parties d’Afrique et d’Asie ;
c ) l’extrémisme islamiste et l’hyper-extrémisme, observés dans les pays tels que l’Afghanistan, la Somalie et la Syrie ont été un facteur clé dans l’augmentation massive de réfugiés qui, selon l’ONU, pour l’année 2015, ont augmenté de 5,8 millions pour atteindre un nouveau sommet de 65,3 millions ;
d) en Asie centrale, la violence hyper-extrémiste est utilisée par des régimes autoritaires comme prétexte pour une répression disproportionnée sur les minorités religieuses ;
e) en Occident, cet hyper-extrémisme risque de déstabiliser le tissu socioreligieux, avec des pays sporadiquement ciblés par des fanatiques et sous la pression d’accueillir un nombre sans précédent de réfugiés, la plupart d’une religion différente de celle des communautés locales. Les répercussions manifestes comprennent l’augmentation des groupes d’extrême droite et des groupes nationalistes, les restrictions à la libre circulation, la discrimination et la violence contre les minorités religieuses et un déclin de la cohésion sociale.

8. Les groupes islamiques traditionnels commencent maintenant à contrer le phénomène hyper-extrémiste au moyen de déclarations publiques et d’autres initiatives condamnant la violence et leurs instigateurs.

9. En définissant un nouveau phénomène d’hyper-extrémisme islamiste, ce Rapport appuie les revendications généralisées selon lesquelles les ciblages des chrétiens, des yézidis, des mandéens et d’autres minorités par l’État islamique et d’autres groupes fondamentalistes, sont en violation de la Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Sur le fondement de ces constatations, le rapport conclut :

10. À l’issue de ce Rapport qui dénonce une dégradation de la liberté religieuse dans le monde, l’ AED insiste sur le lien qui existe entre la liberté religieuse et la paix. Si nous voulons la paix, nous devons protéger et développer la liberté religieuse. Cela nécessite une volonté politique, pas toujours observable sur le terrain, que ce soit au Moyen-Orient, où les communautés se séparent du fait de la fragmentation des pays, ou en Europe où la vague migratoire suscite ou aggrave des tensions jusque-là contenues.

11. L’ AED souligne qu’il ne s’agit pas simplement d’approuver théoriquement ce concept de liberté religieuse mais de veiller à ce qu’elle puisse être respectée, ce qui est, là aussi, du ressort du politique.

12. L’ AED appelle à une vigilance particulière sur l’éducation. Tuer est un crime et empêcher une génération d’aller à l’école à cause de conflit est un autre crime. Une génération sans scolarité est une génération perdue, qui pourra rallier facilement des groupes extrémistes faute de perspectives et d’éducation.