Liban

Chiffres clés

Superficie :
10 452 km2

Population :
4 500 000

Contexte

Le Liban, République située dans le Levant, sur la Méditerranée orientale regroupe environ 4,5 millions de citoyens. Le dernier recensement officiel remonte à 1932 ; donc, il n’y a pas d’estimation officielle exacte des données démographiques religieuses du pays. Selon certaines estimations, les non-chrétiens représentent plus de la moitié des citoyens du Liban. Les groupes les plus importants sont les musulmans sunnites et les musulmans chiites.

Le Liban a le pourcentage le plus élevé de citoyens chrétiens dans le monde arabe (environ 35 % de l’ensemble des citoyens). On compte 18 communautés religieuses officiellement enregistrées. L’Église maronite représente le plus grand groupe chrétien. Il y a aussi une minorité druze. Au nord du pays, dans la ville de Tripoli, on retrouve une minorité alaouite. Il y a également un petit nombre de juifs.

En raison de l’afflux massif de réfugiés syriens, la population pourrait s’élever à 5,8 millions. La plupart des réfugiés sont des musulmans sunnites, mais des dizaines de milliers de chrétiens syriens et irakiens ont également cherché refuge au Liban. Il n’y a pas de chiffres exacts, car un nombre important de réfugiés n’est pas enregistré auprès de l’Organisation des Nations Unies.

À peu près 450 000 Palestiniens sont enregistrés auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Ce sont presque entièrement des musulmans sunnites.

 

 

Situation juridique

Le Liban est une République parlementaire qui n’a pas de religion officielle, mais formellement ce n’est pas un État laïc non plus. Le système politique est confessionnel et attribue les plus hautes fonctions de l’État aux différentes communautés selon des critères bien définis : la présidence de la République revient à un chrétien maronite, la présidence du Conseil des ministres à un musulman sunnite et la présidence du Parlement à un chiite. Les communautés religieuses sont représentées au Parlement selon des quotas fixés.

La Constitution[1] du Liban prévoit la liberté de religion. Selon l’article 7, tous les Libanais sont égaux devant la loi. L’article 9 stipule que : « la liberté de conscience est absolue. En rendant hommage au Très Haut, l’État respecte toutes les confessions et en garantit et protège le libre exercice à condition qu’il ne soit pas porté atteinte à l’ordre public. Il garantit également aux populations, à quelque rite qu’elles appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux. »

L’article 10 stipule que « l’enseignement est libre, tant qu’il n’est pas contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs et qu’il ne touche pas à la dignité des confessions. Il ne sera porté aucune atteinte au droit des communautés d’avoir leurs écoles, sous réserve des prescriptions générales sur l’instruction publique édictées par l’État. »

Le Code pénal libanais punit les personnes qui accomplissent des actes considérés comme blasphématoires au nom de Dieu. Il impose également des sanctions contre les personnes qui insultent publiquement les pratiques religieuses de quelque religion que ce soit[2].

La conversion d’une religion à une autre est légale, mais elle rencontre une forte résistance sociale.

Les activités missionnaires et le prosélytisme sont autorisés.

L’égalité de tous est respectée, mais dans un cadre confessionnel, pas individuel. Le droit privé (mariage, filiation, héritage) relève de la compétence de chacune des 18 communautés religieuses reconnues par l’État (12 chrétiennes, 5 musulmanes et la communauté juive). Celles-ci possèdent leurs propres organismes et gèrent leurs propres organisations d’aide sociale et établissements d’enseignement. D’autres communautés religieuses au Liban (yézidis, bahaïs, bouddhistes et les Témoins de Jéhovah) ne sont pas légalement reconnues et donc n’ont aucun droit en tant que groupes institutionnels. Cependant, les membres de ces groupes sont autorisés à accomplir leurs rites religieux librement. Les membres des communautés religieuses non reconnues et les gens sans religion peuvent contracter un mariage civil à l’étranger, après quoi leur union est validée au Liban. Mais dans ce cas, la loi relative à leur mariage et ses effets se rapportent à la loi du pays où le mariage civil a été célébré.

 

Incidents

Au début de juillet 2014, des islamistes ont mené des attaques à la grenade contre des restaurants et des cafés à Tripoli qui avaient choisi de rester ouverts et de servir de la nourriture et des boissons pendant les heures de jeûne du ramadan. Quatre suspects ont été arrêtés. Avant le ramadan, le maire de Tripoli, Nader Ghazzal, avait demandé aux restaurants et aux cafés de fermer pendant les heures du jeûne, mais après les attentats, il a souligné que sa demande n’avait pas force de loi et qu’elle n’était pas obligatoire. La presse a signalé qu’en août 2014 plusieurs islamistes avaient fait le tour des magasins de bijoux à Tripoli, exigeant que les propriétaires cessent de vendre des bijoux avec des icônes chrétiennes, et qu’ils retirent les pièces qui étaient déjà dans leurs vitrines, menaçant ceux qui continueraient de les vendre. Le 1er septembre, des inconnus ont tagué des graffiti de menaces contre les chrétiens sur deux églises à Tripoli. Les messages disaient « l’État islamique brisera la croix » et « nous sommes venus pour vous massacrer, vous, adorateurs de la croix. » On pense que ces incidents ont été commis en représailles (et largement perçus comme tels) du fait que des jeunes avaient mis au feu des drapeaux de l’État islamique (Daech) et d’al-Nosra, place Sassine, à Achrafieh, Beyrouth, le 30 août[3].

En septembre 2014, le nouveau mufti sunnite de la République du Liban, le cheikh Abdel Latif Deria, qui avait été élu en août, a pris ses fonctions. Dans un exemple sans précédent d’unité interreligieuse, les chefs religieux et politiques de tous les principaux groupes religieux du Liban ont assisté à la cérémonie d’investiture de Deria. Dans les premiers discours après son élection, il a condamné explicitement les conflits entre chiites et sunnites, qui contribuent à l’effusion de sang et à la déstabilisation au Moyen-Orient. « Les rapports entre chiites et sunnites au Liban ne sont pas ce qu’ils devraient être. (…) Ce que nous nous faisons les uns les autres, en Syrie, en Irak, au Liban, au Yémen ou en Libye, dépasse ce que les Israéliens ont pu faire à Gaza et en Palestine ». Le nouveau mufti a également attiré l’attention sur le déracinement forcé des communautés chrétiennes et d’autres minorités locales. « En moins de cinq ans, les guerres entre nous ont fait un demi-million de morts et 12 millions de réfugiés, sans compter le déracinement des chrétiens et des autres communautés et leur oppression, des phénomènes qu’il faut combattre jour après jour.[4] »

En janvier 2015, un attentat suicide dans la ville libanaise de Tripoli a tué au moins sept personnes. Le Front al-Nosra, filiale syrienne d’al-Qaïda, a affirmé être derrière l’attaque, qui a également blessé 30 personnes. Un café a été attaqué dans un quartier à majorité alaouite. Auparavant, on a eu des tensions entre la majorité sunnite et la minorité alaouite à Tripoli. Selon l’Agence nationale de l’information du Liban, l’attaque a été perpétrée par deux hommes de Tripoli, où la guerre en Syrie voisine a exacerbé les tensions religieuses déjà existantes. Dans un communiqué, le Front al-Nosra a affirmé que l’attaque était « en représailles pour les sunnites en Syrie et au Liban ». La guerre en Syrie oppose le gouvernement du président Bachar al-Assad, un alaouite, et une insurrection dominée par les sunnites. En octobre 2014, des combats ont éclaté à Tripoli entre militants sunnites et les troupes gouvernementales, au cours desquels sont morts 11 soldats, cinq civils et environ deux douzaines de militants. Le premier ministre Tammam Salam a déclaré que l’attentat « était une nouvelle tentative pour répandre les germes de conflits » à Tripoli, mais il a insisté qu’il « n’affaiblira pas la détermination de l’État à lutter contre le terrorisme et les terroristes ». La sécurité du Liban a été gravement endommagée par la crise en Syrie[5].

Des évêques locaux ont affirmé que les tensions religieuses ont été exacerbées par l’afflux de réfugiés. Dans certains cas, quelques musulmans venus de Syrie, surtout des sunnites, ont profané des symboles chrétiens par des actes blasphématoires, a confirmé l’archevêque maronite Mgr Simon Atallah, de Deir al Ahmar, à l’AED en mars 2015. « Ils ont profané la Croix, des statues de la Vierge Marie, etc. Ils ont aussi tagué les murs avec des graffiti contre les chrétiens. C’est une source de tension dans cette région », a indiqué l’archevêque.

On s’inquiète aussi de l’importation des problèmes de sécurité par les extrémistes sunnites venus de Syrie, qui ont trouvé refuge au Liban auprès de leurs coreligionnaires. « Les chiites libanais sont pour le régime syrien, tandis que les sunnites sont du côté de Daech. Dans la région où je travaille, il y a quelques villages sunnites, par exemple Aarsal. Les sunnites constituent un milieu favorable pour Daech. Les membres de Daech peuvent donc pénétrer dans la région et se réfugier chez les sunnites,[6] » a ajouté l’archevêque.

En août 2015, Makassed, une association philanthropique sunnite proche de Dar el-Fatwa, la plus haute autorité sunnite du Liban, a publié la Déclaration de Beyrouth sur la liberté religieuse. Dans cette déclaration, datée du 20 juin, le groupe sunnite réitère la position islamique modérée, soulignant le désir des musulmans de vivre en paix aux côtés des chrétiens, et notant que nul ne peut être contraint à se convertir ou à être persécuté à cause de ses croyances différentes. La Déclaration affirme que : « personne n’a le droit de mener une guerre contre quelqu’un à cause de ses croyances ou contre un peuple ou une communauté pour les chasser de leurs maisons, ou les priver de leurs terres »[7].

En novembre 2015, un double attentat suicide à Beyrouth a tué 43 personnes et blessé 239 autres. L’État islamique a revendiqué l’attaque. La cible était les « apostats » chiites et le Hezbollah, qui soutiennent militairement le président syrien Bachar al-Assad. Selon la police, un kamikaze avec une ceinture d’explosifs s’est fait exploser dans une zone commerciale. Quelques minutes plus tard, un autre kamikaze s’est fait exploser, causant encore plus de victimes. Un troisième kamikaze a été retrouvé mort avant qu’il puisse détoner sa ceinture explosive. Le Hezbollah s’est rangé du côté du président al-Assad en 2013, en gagnant des succès militaires importants. Entre juillet 2013 et février 2014, on compte au moins neuf attaques contre des cibles du Hezbollah.

En décembre 2015, l’évêque maronite Mgr Hanna Alwan a été intercepté par des hommes armés alors qu’il quittait le siège du patriarcat maronite à Diman (nord du Liban) vers Deir el-Ahmar, près du col d’Aïnata. Un bandit bien connu, Mohammad Dourra, a demandé à l’évêque d’obtenir l’intervention du patriarche Mgr Bechara Boutros Rai auprès des autorités pour libérer sa femme, qui avait été kidnappée. Mgr Hanna Rahme, de Deir el-Ahmar, a affirmé que Dourra menaçait d’enlever des chrétiens dans la vallée de la Bekaa, si sa femme n’était pas libérée dans les deux heures. « L’anarchie est à son paroxysme », explique l’évêque de Deir el-Ahmar. « L’État a cessé d’exister. C’est la fin de tout. Les routes ne sont plus sûres et nos vies sont en danger. » Réagissant à la situation, la tribu des Jaafar a dénoncé Dourra, un de ses membres, ainsi que son « agression et ses menaces » tout en cherchant à rassurer les chrétiens sur la sécurité de leurs déplacements dans la région.[8]

En février 2016, les évêques maronites se sont dits inquiets de la discrimination contre les chrétiens dans l’accès à la fonction publique et aux ressources financières de l’État. Leur préoccupation s’est exprimée pendant la réunion mensuelle de l’Assemblée des évêques maronites sous la présidence du patriarche Mgr Rai. Selon les évêques, la présence chrétienne dans les instances de l’État s’est silencieusement érodée au fil des ans au profit des musulmans chiites et sunnites. Les chrétiens sont sous-représentés dans le ministère des Finances. Selon une enquête journalistique, seulement 27 % des projets récemment mis en œuvre par le Ministère des Travaux publics ont touché des zones habitées par les chrétiens. Les évêques maronites ont demandé aux politiciens et aux institutions de se conformer à l’article 95 de la Constitution, qui prévoit que les différentes communautés confessionnelles soient « équitablement représentées » dans l’administration publique. L’Église grecque melkite a exprimé les mêmes inquiétudes[9].

En avril 2016, deux combattants de l’État islamique, dont Nayef Shaalan (alias Abu Fouz), un chef de file de l’organisation extrémiste, ont été tués au Liban quand l’armée s’est heurtée avec le groupe à la périphérie d’Arsal, où des membres du groupe islamiste s’étaient implantés. Un troisième homme, un Syrien dénommé Moustafa Mousalli, a été arrêté. « Les terroristes ciblés avaient combattu contre l’armée en 2014. Ils avaient placé des bombes dans des voitures et provoqué plusieurs explosions visant des postes militaires et des civils, à Arsal et ses environs », a déclaré un représentant de l’armée libanaise. Pour al-Nosra et l’État islamique, Arsal avait été une base pendant presque deux ans, à la suite de l’enlèvement par ces groupes de 30 membres des forces de sécurité libanaises dans la ville en août 2014. Les extrémistes ont utilisé leurs prisonniers comme moyen de pression pour assurer leur liberté de mouvement à Arsal et dans la région environnante[10].

 

 

Perspectives pour la liberté religieuse

L’archevêque maronite Mgr Simon Atallah craint pour l’avenir des chrétiens du Liban, en raison du changement de l’équilibre démographique du pays à la suite de l’arrivée d’un grand nombre de réfugiés syriens. L’ancien archevêque maronite de Baalbek-Deir Al Ahmar a décrit ses inquiétudes lors d’un entretien avec l’AED en mars 2015. « Ici, nous avons deux millions de Syriens venus se réfugier au Liban. Beaucoup d’entre eux retourneront dans leur pays une fois la guerre terminée, mais de nombreux réfugiés resteront dans le pays et après dix ans, ils réclameront la naturalisation libanaise. Quel sera alors le sort des chrétiens ? », a dit Mgr Atallah. « Le Liban est caractérisé par une composition religieuse à l’équilibre très délicat. Parmi les Syriens qui resteront dans le pays, ce sont donc surtout des sunnites. Et l’équilibre religieux serait alors déréglé. Ça, c’est un problème pour nous. » Mgr Atallah s’est empressé d’ajouter que ses déclarations ne devaient pas être perçues comme un manque d’esprit de solidarité avec les réfugiés. « Nous sommes très solidaires et nous voulons pratiquer toutes les solidarités. Cependant, nous avons ces problèmes manifestes sous les yeux, c’est notre avenir qui est en jeu[11] ». Pour conclure, les problèmes sectaires existants du pays sont sous pression constante.


[1] http://mjp.univ-perp.fr/constit/lb1926.htm

[2] http://www.loc.gov/law/help/apostasy/

[3] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper

[4] http://www.fides.org/fr/news/38440-ASIE_LIBAN_Investiture_du_nouveau_mufti_homme_de_dialogue#.V8Xcs5grLIU

[5] http://www.bbc.com/news/world-middle-east-30765820

[6] http://www.acn-aed-ca.org/fr/tag/baalbek/

[7] http://www.asianews.it/news-en/Muslims-defend-Christians’-freedom-in-Beirut-Declaration-35135.html

[8] http://www.ucipliban.org/fr/des-elements-armes-interceptent-le-convoi-de-leveque-khalil-alwan-et-du-pere-elie-nasr-pres-de-deir-el-ahmar/

[9] http://www.fides.org/fr/news/59345-ASIE_LIBAN_Preoccupation_des_Eglises_libanaises_suite_aux_discriminations_confessionnelles_appliquees_pour_l_acces_aux_fonctions_et_aux_ressources_publiques#.V8X7YZgrLIU

[10] http://www.ibtimes.com/isis-leader-security-official-killed-lebanese-army-raid-2361146

[11] http://www.acn-aed-ca.org/fr/tag/baalbek/

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