Macédoine

Chiffres clés


Recensement de 2002. La dernière tentative d’organiser un recensement, en octobre 2011, a échoué en raison de conflits ethniques.

Superficie :
25 713 km2

Population :
2 100 000

Chrétiens :
Orthodoxes macédoniens : 64,7 %
Autres chrétiens : 0,37%


Contexte

La Macédoine est parmi les pays les moins développés d’Europe. C’est aussi un endroit où deux grandes civilisations se heurtent : d’une part, la culture orthodoxe et la civilisation de Byzance, et d’autre part, la culture musulmane et la civilisation islamique. La république a obtenu son indépendance de la Yougoslavie en 1991. Cependant, l’opposition grecque à l’utilisation du nom de Macédoine qui, à ses dires, laisse planer l’idée de revendications territoriales sur la Macédoine grecque, a bloqué la candidature de la Macédoine dans l’Union européenne.

Les deux grandes religions du pays sont le christianisme orthodoxe et l’islam. S’ajoutent d’autres groupes comme les catholiques, les membres des diverses confessions protestantes et les juifs.

Ethnie et religion sont étroitement associées. La majorité des orthodoxes se disent Macédoniens tandis que la majorité des musulmans sont Albanais ou Turcs.

La plupart des musulmans vivent dans les régions du nord et de l’ouest du pays, alors que la majorité des orthodoxes sont établis dans les régions du centre et du sud-est.

La plus grande concentration de Roms se trouve à Skopje et dans les régions de l’est. C’est le groupe ethnique le plus pauvre du pays.

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution fait de la Macédoine un État laïc. L’État garantit également la liberté de religion et permet à ses citoyens de pratiquer librement leur religion, individuellement ou collectivement. L’État autorise les diverses religions à établir des écoles religieuses, des fondations et des organismes de bienfaisance.

Les articles 9, 20, 48, 54 et 110 de la Constitution[1] macédonienne réglementent la liberté religieuse. L’article 19 souligne la séparation de la religion et de l’État et reconnaît le droit de créer des établissements d’enseignement religieux, mettant l’accent sur les droits collectifs des communautés religieuses.

L’État exige l’inscription des communautés religieuses auprès de la Commission des relations avec les communautés et les groupes religieux. La Commission définit les organisations religieuses en tant qu’Églises, communautés religieuses et groupes religieux. La loi n’établit aucune distinction de statut juridique entre eux. Les trois entités sont traitées sur le même plan[2].

La première catégorie, celle des Églises, inclut 15 groupes religieux chrétiens, dont les plus importants sont l’Église orthodoxe macédonienne, l’Église catholique et l’Église évangélique. À celles-ci s’ajoutent de très petites Églises chrétiennes, déjà établies ou nouvelles. Dans la deuxième catégorie, on retrouve la Communauté musulmane, la Communauté juive, les Témoins de Jéhovah, la Communauté islamique du Saint-Siège et de la Couronne, le Centre Sathya Sai, la Communauté religieuse Vaishnavska Isckon et la Communauté de la Vie universelle. La troisième catégorie comporte huit associations – six chrétiennes et deux musulmanes. La Communauté bektachie, un ordre islamique soufi, fait également partie de cette catégorie.

L’Église orthodoxe serbe n’apparaît pas dans la liste.

La loi ne permet pas d’écoles primaires religieuses privées, mais elle les autorise aux niveaux secondaire et supérieur. Le Ministère de l’Éducation exige que les élèves de cinquième année suivent l’un des trois cours en option : Introduction aux religions, Éthique dans la religion, et Culture classique dans la civilisation européenne.

La plus grande communauté religieuse de Macédoine est l’Église orthodoxe macédonienne – Archevêché d’Ohrid (ÉOM-AO). À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Front de libération du peuple de Macédoine a mené à la fondation de l’Église orthodoxe macédonienne afin de mettre fin au conflit entre l’Église orthodoxe serbe (ÉOS) et l’Église orthodoxe bulgare (ÉOB) et d’accorder au peuple slave macédonien un fondement pour son identité nationale[3].

En 1967, l’Église macédonienne a proclamé son autocéphalie. Les évêques de l’Église serbe ont dénoncé la décision et condamné le clergé schismatique. L’autocéphalie de l’Église macédonienne n’est pas reconnue par les autres Églises orthodoxes canoniques en appui à l’opposition serbe. Trois Églises sœurs – serbe, bulgare et grecque – rejettent son autonomie, et encore plus son caractère national (macédonien).

L’Église orthodoxe macédonienne suit le calendrier julien et les offices sont en langue macédonienne. Elle possède à peu près 1 200 églises subdivisées en 10 éparchies, dont les évêques forment le Saint-Synode des Évêques, sous la direction de l’archevêque d’Ohrid et de Macédoine. L’Église compte environ 500 prêtres actifs dans environ 500 paroisses exerçant juridiction sur 20 monastères avec plus de 100 moines.

L’islam a été introduit dans la région à la suite de la conquête ottomane et de l’arrivée de colons turcs au 14e siècle. La grande majorité des musulmans en Macédoine suit l’islam sunnite (école hanafite), avec une minorité de bektachis, un ordre traditionnel de derviches. Parmi ces sunnites, on retrouve des Albanais, des Turcs, des Roms, des Macédoniens et des Bosniaques. En tant que majorité du groupe musulman, les Albanais estiment qu’ils ont un rôle d’avant-garde dans la lutte pour l’égalité et qu’ils sont les avant-coureurs dans la bataille avec l’État pour assurer à l’islam un statut d’égalité au sein de l’État. Pour sa part, l’État macédonien a essayé à plusieurs reprises d’assujettir la communauté religieuse islamique de Macédoine en tentant de placer un Macédonien slave à sa tête[4].

L’influence du monde musulman se fait sentir autant en Macédoine qu’au Kosovo voisin. Plusieurs mosquées financées par les Saoudiens ont été bâties dans des villages albanais. Ainsi, la Communauté religieuse islamique est devenue le lieu d’une lutte entre un courant modéré et une aile radicale (d’inspiration wahhabite). Par ailleurs, les dirigeants de la Communauté religieuse islamique en Macédoine ne nient pas la présence des wahhabites dans le pays. Les wahhabites ont la mainmise sur cinq mosquées à Skopje[5].

Des organisations turques actives dans les domaines de la religion, de la culture et de l’éducation sont de plus présentes en Macédoine.

En raison de leur statut marginal en éducation et politique, les Roms ont peu d’influence sur les grandes institutions islamiques du pays. Des groupes roms musulmans locaux se sont plaints que la Communauté religieuse islamique de Macédoine, à dominance albanaise, a tenté de s’imposer sur leurs communautés.

En tout, on compte 580 mosquées sur le territoire macédonien, dont 350 érigées seulement au cours des dix dernières années, dont le plus grand nombre, 88, dans la région de Skopje-Tetovo-Gostivar et dans les villages situés sur les monts Šar.[6] Certaines se situent dans des endroits complètement inhabités, comme Suva Gora et les pentes occidentales du mont Vodno.

En dépit de ses petites dimensions, la communauté catholique de Macédoine est très active et elle témoigne de l’héritage des saints Cyrille et Méthode et de Mère Teresa, qui est née et a grandi à Skopje. Le début de la présence de l’Église catholique en Macédoine remonte à 350. L’établissement de l’Église grecque catholique date de 1918.

Actuellement, l’Église catholique compte 20 000 membres en Macédoine[7].

Les catholiques de Macédoine appartiennent aux rites latin (romain) et oriental (byzantin). Environ 5 000 Macédoniens sont catholiques romains et environ 15 000 sont uniates (catholiques orientaux). Les catholiques de Macédoine ne sont pas ethniquement homogènes. Les uniates sont presque exclusivement Macédoniens, tandis que la majorité des autres catholiques sont Croates, Albanais, Polonais, Slovènes et Hongrois.

Les deux rites sont unis sous la juridiction de Mgr Kiro Stojanov qui a une fonction bi-rituelle en qualité d’évêque du diocèse catholique de Skopje et d’exarque apostolique de pleine juridiction sur les uniates de Macédoine.

Les uniates reconnaissent le pape à Rome comme leur plus haut chef spirituel. L’opposition entre uniates et orthodoxes est d’ordre administratif par rapport à différents centres d’autorité, et non en matière de rites religieux.

À peu près 30 missionnaires des congrégations masculines et féminines de rite latin et de rite oriental sont actifs en Macédoine. Les ordres masculins sont représentés par un frère lazariste de l’ordre de St Vincent de Paul (rite latin). On retrouve une dizaine de sœurs Euharistinkis (rite oriental) auxquelles s’ajoutent des sœurs appartenant aux ordres de rite latin de St Vincent de Paul, de la Sainte-Croix et des Missionnaires de la Charité de Calcutta.

On retrouve 11 églises catholiques en Macédoine et une vingtaine de prêtres des deux rites.

L’Église catholique en Macédoine entretient de bonnes relations avec les représentants des deux autres principales religions du pays. Selon Mgr Stojanov, l’Église catholique tente d’aider les chrétiens orthodoxes et les musulmans de Macédoine à concilier leurs positions.

Avec ses 250 membres, surtout des séfarades, la Communauté juive de Skopje est la seule du pays[8].

Depuis une décennie, la construction incessante de nouvelles églises, chapelles, hautes croix, minarets et mosquées a changé la physionomie de la Macédoine.

Pour l’Église orthodoxe macédonienne, la construction d’églises sert de barrière contre les « tendances envahissantes des musulmans », qui sont en train de s’établir dans des zones traditionnellement chrétiennes[9]. Pour la Communauté religieuse islamique, l’édification de monuments historiques et de nouvelles églises fait partie d’un plan de l’État pour démontrer le caractère orthodoxe du pays.

En 2001, le pays a connu un conflit armé entre le gouvernement et des groupes paramilitaires albanais. Le conflit a pris fin en août de la même année avec la signature des accords d’Ohrid. Cependant, les relations entre les Macédoniens slaves et albanais restent la question la plus épineuse pour la sécurité du pays, avec des effets potentiels sur son adhésion à l’Union européenne[10].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

L’héritage islamique et ottoman de la Macédoine divise les Albanais des Macédoniens.

L’islam radical possède des centres de prédication en Macédoine. Cela ne signifie pas nécessairement que le wahhabisme est en train de se développer. La Macédoine est orientée vers l’Union européenne et c’est dans l’intérêt de l’État d’éviter que ses populations musulmanes se radicalisent.

Toutefois, cela ne signifie pas que des groupes islamistes internationaux ne soient pas tentés d’étendre leur influence et de changer à terme le visage de l’islam de ce pays[11].

Par ailleurs, la Macédoine est confrontée à d’autres défis, notamment le conflit inter-orthodoxe et une démographie religieuse qui est de plus en plus diversifiée par l’immigration.

Aujourd’hui, en Macédoine, le laïcisme extrême se heurte souvent aux valeurs culturelles conservatrices bien enracinées de la religion. L’enseignement de la religion dans les écoles publiques, les façons avec lesquelles les minorités religieuses manifestent publiquement leurs valeurs culturelles, la définition de l’avortement, la nature de l’homosexualité et le manque d’intérêt envers la religion chez les jeunes sont tous de nouveaux thèmes auxquels la République moderne de Macédoine doit se confronter.


[1] La Constitution macédonienne a été adoptée le 17 novembre 1991, et elle a été modifiée par la suite en 2001 et en 2005.

[2] République de Macédoine, Loi sur le statut juridique des Églises, les communautés religieuses et les groupes religieux, octobre 2015. Source : kovz.org.mk.

[3] Julia Gerlach et Jochen Töpfer (sous la direction de), The Role of Religion in Eastern Europe Today (Le rôle de la religion en Europe orientale aujourd’hui). Springer VS, 2015

[4] Krasniqi, G, Le fruit “interdit’ : islam et politique identitaire chez les Albanais du Kosovo et de la Macédoine, 2010.

[5] Konstantin Testorides, « Essor de l’islam radical aux Balkans », Associated Press, 19 septembre 2010.

[6] BIRN, 1er octobre 2014.

[7] Entrevue avec Mgr Kiro Stojanov dans Katolicki tjednik.

[8] La Communauté juive de la République de Macédoine.

[9] Père Boban Mitevski, professeur à la Faculté de théologie et chef de cabinet de l’Archevêché d’Ohrid, observée dans BIRN, 1er octobre 2014.

[10] RSCAS, Le réveil de l’islam dans les Balkans postcommunistes : nationalismes coercitifs et les nouveaux chemins de Dieu, 2015/28.

[11] Krasniqi, op.cit.

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