Maldives

Chiffres clés


À la population locale s’ajoutent 50-70 000 immigrés d’Asie du Sud

Superficie : 298 km² (90 000 km² d’espace maritime)

Population : 344 000

Introduction : transition démocratique ratée

Pour la majorité des gens, les Maldives évoquent des images de paradis tropical, ou servent d’illustration à la menace que représente le réchauffement climatique sur un archipel de près de 1 200 îles, dont seulement 188 sont habitées. En réalité, le million de touristes et plus qui atterrissent chaque année à l’aéroport international ne font qu’y transiter avant d’être dispersés parmi les nombreux atolls et leurs hôtels de luxe. À côté, dans l’île voisine de Malé, on retrouve la capitale du même nom, où s’entassent 150 000 personnes dans un espace d’à peine six kilomètres carrés, ce qui fait de cette ville l’un des endroits les plus densément peuplés au monde[1]. Aucun touriste ne pourra ainsi saisir l’identité ouvertement islamique du pays, où l’islam est la religion d’État et presque tout le monde est musulman sunnite.

Le danger du changement climatique menace directement les Maldives, car c’est un pays situé à la plus basse altitude au monde. La hauteur moyenne de la terre ne dépasse pas 1,8 m au-dessus du niveau de la mer. Même si le gouvernement semble avoir abandonné le projet d’acheter de nouvelles terres dans un pays voisin – les Maldives sont approximativement à 450 kilomètres du sud de l’Inde –, le risque pour ses habitants d’être submergés par la montée du niveau de la mer reste bien réel. La capitale, Malé, est en fait entourée par une digue qui, espère-t-on, la protégera de la montée de l’océan.

Or, la vie politique des dernières années a été dominée non pas tant par des problèmes économiques ou environnementaux, mais par le durcissement du régime au pouvoir. En 2008, après 30 ans sous le président Maumoon Abdul Gayoom, la République (islamique) des Maldives semblait se diriger sur le chemin de la démocratie multipartite. En effet, pour la première fois dans l’histoire du pays, le nouveau président, Mohamed Nasheed, avait été élu démocratiquement. Cependant, la démocratie a encore du mal à s’affirmer dans cette ancienne colonie britannique. L’arrivée au pouvoir de Mohamed Nasheed, ancien journaliste, écologiste et activiste infatigable, s’était en fait transformée en un vent de liberté, et le pays avait adopté une nouvelle Constitution dans laquelle on affirmait notamment l’indépendance du pouvoir judiciaire. Mais en 2012, après trois ans de réformes plutôt décevantes, le président Nasheed a ordonné l’arrestation du juge en chef de la Cour criminelle sur des soupçons de corruption. Cette action a été suivie par des troubles, qui ont pris fin avec la démission du président lui-même. Aux élections présidentielles qui ont suivi en 2013, dans un contexte de nombreuses allégations d’irrégularités, la famille Gayoom a repris le pouvoir avec Abdulla Yameen Gayoom, le demi-frère de l’ancien dictateur, qui a prêté serment comme président le 17 novembre 2013.

Depuis lors, le président Abdulla Yameen Gayoom a exercé le pouvoir d’une manière de plus en plus autoritaire. Affaibli par une tentative d’assassinat en septembre 2015, alors qu’il rentrait d’un pèlerinage à La Mecque – une affaire qui n’a pas été élucidée – et frappé par un énorme scandale de corruption, le président a fait procéder à toute une série d’arrestations arbitraires, certaines même parmi les plus hauts fonctionnaires du gouvernement. En l’espace de quelques mois, deux vice-présidents ont été accusés de trahison, et deux ministres de la Défense se sont retrouvés derrière les barreaux[2]. Le 22 février 2015, dans une grande mise en scène publique, l’ancien président Mohamed Nasheed a subi le même sort. Sa condamnation à 13 ans de prison pour « terrorisme » a suivi un procès marqué par des irrégularités[3]. En janvier 2016, après avoir obtenu la permission de quitter le pays pour un traitement médical à Londres, Mohamed Nasheed a profité de l’occasion pour redorer son image de « Nelson Mandela » maldivien. Au début de février 2016, il est apparu dans une vidéo en train de s’adresser à des milliers de Maldiviens à Malé. « Nous ne laisserons pas tomber nos bras de désespoir à un moment où nous risquons de perdre notre richesse et notre patrimoine à cause de la corruption », a-t-il dit.

Mohamed Nasheed a su se faire valoir considérablement sur le plan international en obtenant la collaboration de la très médiatique Amal Clooney, l’épouse de l’acteur George Clooney, pour sa défense. Pour sa part, le gouvernement des Maldives a fait appel aux services du bureau d’avocats Omnia Strategy de Cherie Blair, l’épouse de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair[4]. Dans ce contexte d’affrontement dans les tribunaux entre les principaux groupes politiques du pays, l’islam radical continue sa poussée dans les Maldives.

 

Cadre juridique et liberté religieuse

L’article 10 de la Constitution de 2008 stipule que « (a) la religion de l’État des Maldives est l’islam. L’islam est une des bases de toutes les lois des Maldives » et « (b) aucune loi contraire aux principes de l’islam ne peut être adoptée dans les Maldives. »

L’article 9 (d) stipule qu’« un non-musulman ne peut pas devenir un citoyen des Maldives. » Ainsi le gouvernement des Maldives peut dire que le pays est 100 % musulman. De toute évidence, ce chiffre officiel ignore la présence sur l’archipel d’une population immigrée importante, estimée entre 50 000 et 100 000 personnes, la plupart en provenance d’Asie du Sud (Bangladesh, Sri Lanka, Inde et Pakistan), qui travaillent dans les hôtels sur les différents atolls, et qui ne sont pas tous des musulmans.

L’article 19 stipule que « tout citoyen est libre d’agir comme il veut si le comportement ou l’activité ne sont pas interdits par la charia islamique ou par la loi. »

L’article 27 reconnaît « le droit à la liberté de pensée et à la liberté de communiquer des opinions et de s’exprimer », mais seulement « dans une manière qui n’est pas contraire aux principes de l’islam ».

L’article 67 stipule qu’il appartient à chaque citoyen « de promouvoir les valeurs et les pratiques démocratiques de façon qu’elles ne soient pas incompatibles avec les principes de l’islam » et « de préserver et protéger la religion de l’État, l’islam, ainsi que la culture, la langue et le patrimoine du pays ».

L’article 100 stipule que le président et le vice-président peuvent être démis de leurs fonctions en cas de « violation directe d’un principe de l’islam, de la Constitution ou de la loi ». En prêtant serment, tout fonctionnaire est tenu de dire « au nom d’Allah le tout-puissant » et « Je respecterai la religion musulmane. »

Même le système éducatif est constitutionnellement obligé de faire la promotion de l’islam. L’article 36 (c) stipule que « l’éducation doit viser à inculquer l’obéissance à l’islam, inculquer l’amour pour l’islam, favoriser le respect des droits de l’homme, et promouvoir la compréhension, la tolérance et l’amitié entre tous les peuples ». L’article 70 (c) stipule que « le Conseil du peuple ne doit pas adopter une loi qui contrevient aux principes de l’islam ».

L’article 142 se rapporte aux tribunaux. « Au moment de trancher sur des questions que la Constitution ou la loi ne touchent pas, les juges doivent tenir compte de la charia. » L’article 149, sur les qualifications des juges, indique que, en sus de celles-ci, un juge doit « être musulman et adepte d’une école sunnite de l’islam. »

Selon l’article 274 de la Constitution, par « principe de l’islam » s’entendent « le Saint Coran et les principes de la charia dont la provenance n’est pas contestée parmi ceux trouvés dans la Sunna du Noble Prophète, et les principes dérivés de ces deux fondations ». L’article définit le terme « charia islamique » comme étant « le Saint Coran et les outils privilégiés par les doctes de la communauté et les adeptes de la Sunna par rapport aux questions pénales, civiles, personnelles et d’autres questions trouvées dans la Sunna ».

Parallèlement à ces restrictions stipulées dans la Constitution, la Loi sur la protection de l’unité religieuse de 1994 vise à unifier la pratique et la prédication de l’islam et, en même temps, à limiter ou à interdire la pratique et l’expression de toutes les religions autres que l’islam sunnite. Selon l’article 2 de cette loi, qui a été publiée dans le journal officiel du gouvernement en septembre 2011, l’autorisation du gouvernement est obligatoire afin de pouvoir prononcer des prêches et de donner des conférences sur l’islam. Conformément à l’article 4, les prêches, les conférences ou les enseignements ne peuvent pas contredire l’islam, ni le consensus établi parmi les doctes musulmans, ni le Coran, la sunna ou les hadiths.

L’article 4 interdit également toute prédication par d’autres religions, tandis que l’article 6 stipule qu’« il est interdit, aux Maldives, de propager toute religion autre que l’islam, ou de faire le moindre effort afin de convertir une personne à une religion autre que l’islam. Il est également illégal d’exposer publiquement des symboles ou des slogans appartenant à une religion autre que l’islam, ou d’inciter un intérêt à leur égard. »

De même, en vertu de l’article 7 de cette même loi, il est illégal aux Maldives « de transporter ou d’exposer en public des livres sur des religions (autre que l’islam), des livres ou des textes qui favorisent ou propagent d’autres religions, et même de traduire dans la langue maldivienne des livres et des textes sur d’autres religions. »

L’article 9 stipule qu’« il est illégal pour les non-musulmans vivant aux Maldives, et pour les non-musulmans en visite aux Maldives, d’exprimer leurs slogans religieux en public et d’exercer des activités religieuses en formant des groupes et en menant des activités dans des lieux publics, ou impliquant des Maldiviens dans des activités de ce genre. » Enfin, l’article 10 stipule qu’« il est illégal de posséder, de distribuer ou de diffuser des programmes, des ouvrages, des œuvres d’art ou de la publicité sur les religions autres que l’islam. » La peine pour toute infraction de ces lois, conformément à l’article 12, est une peine d’emprisonnement allant de deux à cinq ans pour les citoyens des Maldives, tandis que dans le cas des étrangers, ils « doivent être livrés au Ministère de l’Immigration et de l’Emigration en vue de leur expulsion ».

 

Liberté religieuse dans la pratique

Il n’y a pas de liberté de conversion de l’islam à une autre religion, ou de ne pas croire dans l’islam. Aucune religion ne peut être enseignée dans le pays, sauf l’islam sunnite. Les autorités des Maldives affirment que les étrangers vivant dans le pays sont libres de pratiquer leur religion en privé, mais par le passé un certain nombre de chrétiens expatriés ont été arrêtés ou expulsés pour avoir pris part à des activités de culte dans des maisons privées[5]. Tous les visiteurs étrangers arrivant aux Maldives sont tenus de signer une déclaration indiquant qu’ils ne transportent pas de matériel pornographique, d’idoles, d’alcool, de viande de porc ou tout autre « matériel contraire à l’islam »[6]. Les hôtels pour étrangers dans les atolls offrent de l’alcool, mais la loi interdit de l’offrir à un Maldivien.

L’évangélisation sous quelque forme que ce soit est interdite et elle est une infraction punissable. Aucun groupe religieux étranger n’est autorisé à mettre en place un centre ou un bureau local, encore moins un lieu de culte, exception faite pour les mosquées sunnites.

Aucune critique de la version officielle de l’islam n’est tolérée sous quelque forme que ce soit, non seulement à cause de la loi, mais aussi pour des raisons sociales.

Même la prédication et l’enseignement de l’islam lui-même sont réservés aux personnes autorisées par le ministère des Affaires islamiques, ou après avoir obtenu la permission des autorités.

 

Intolérance

Selon l’organisation des droits de l’homme Amnesty International, des milices religieuses ont perpétré un nombre croissant d’enlèvements et d’attaques, apparemment avec la complicité de la police, contre les participants à des réunions, en particulier celles censées faire la promotion de « l’athéisme ». En 2015, ces milices ont attaqué des manifestants pacifiques, encore une fois avec la complicité de la police, et personne n’a été traduit en justice. Selon Amnesty, ces attaques démontrent la détérioration « alarmante » de la situation des droits de l’homme dans ce pays[7].

En ce qui concerne la présence chrétienne dans les Maldives, ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas d’église ou de lieu de culte dans le pays. Les Maldiviens chrétiens n’ont pas d’endroit pour se réunir et font tout ce qu’ils peuvent faire pour ne pas être découverts. Les chrétiens sont contraints de vivre leur foi dans le plus grand secret, car ils savent ce qui les attend s’ils sont découverts. Officiellement, il n’y a pas de chrétiens maldiviens, seulement des expatriés chrétiens. L’importation officielle de Bibles et d’autres ouvrages chrétiens est absolument interdite.

 

Les Maldives – camp de recrutement pour DAECH (État islamique)

Au cours des dernières années, des graffiti sont apparus en de nombreux endroits de la capitale, ainsi que dans d’autres îles, incitant les gens à rejoindre les rangs du mouvement islamiste terroriste Daech (État islamique). L’influence de Daech ne se limite pas non plus à quelques slogans, mais elle se traduit par des efforts importants de recrutement. Des agences de renseignement de pays occidentaux et de l’Inde estiment à environ 200 les Maldiviens qui seraient présentement en Syrie et en Irak sur une population de 359 000. Le journaliste indien Praveen Swami, spécialiste des questions de sécurité, a écrit dans le quotidien Indian Express[8] que c’est le plus important contingent de tous les pays du monde proportionnellement à la population nationale. Plusieurs raisons expliquent cela. Tout d’abord, il y a les liens étroits entre les réseaux djihadistes maldiviens et des groupes extrémistes pakistanais. Une autre raison est l’échec apparent des autorités d’enquêter sur ces liens et sur les réseaux de recrutement, qui se fait par l’entremise des médias sociaux. Selon le quotidien indien, « pour un pays tributaire du tourisme comme les Maldives, la perspective d’attaques contre des touristes occidentaux en vacances dans les hôtels éparpillés à travers les 2 600 (sic) et plus îles du pays est une inquiétude grandissante. »


[1] National Bureau of Statistics, Maldives Population and Housing Census 2014 (Maldives Recensement de la population et de l’habitation), http://statisticsmaldives.gov.mv/preliminary%20results.pdf

[2] Libération, « Attentat contre le président des Maldives : le vice-président arrêté pour ‘haute trahison’ », 24 octobre 2015, http://www.liberation.fr/planete/2015/10/24/attentat-contre-le-president-le-vice-president-arrete_1408598

[3] The Christian Science Monitor, « Pourquoi les Maldives sont dans un état d’urgence », 4 novembre 2015, http://www.csmonitor.com/World/Global-News/2015/1104/Why-Maldives-is-under-a-state-of-emergency

[4] Libération, « Maldives : la résistance s’organise à Londres », 10 février 2016, http://www.liberation.fr/planete/2016/02/10/maldives-la-resistance-s-organise-a-londres_1432329

[5] Compass Direct News, « Les perspectives pour la liberté religieuse sont sombres dans les Maldives islamiques », 12 août 2010, https://www.worldwatchmonitor.org/2010/08-August/23856/

[6] Ibid.

[7] Amnesty International, « Maldives. Les droits de l’homme sont mis à mal tandis que les autorités intensifient la répression », 24 avril 2015, http://www.amnesty.fr/Maldives-Les-droits-humains-sont-mis-mal-tandis-que-les-autorites-intensifient-la-repression-14974

[8] The Indian Express, « D’une famille du Kerala à ex gangster, l’État islamique attire des Maldiviens », 15 avril 2015, http://indianexpress.com/article/india/india-others/from-kerala-family-to-ex-gangster-is-pulls-maldives-men

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