Mongolie

Chiffres clés


Selon les données du plus récent recensement (2010), 53 % des Mongols se déclarent bouddhistes. Cependant, selon des universitaires mongols, 90 % de la population s’identifie culturellement, au moins en partie, au bouddhisme tibétain tel que pratiqué dans le pays
Le recensement de 2010 indique que 3 %, ou 90 000 personnes, sont des musulmans, principalement dans la province occidentale de Bayan-Olgiy, où les Kazakhs sont la majorité. Toutefois, l’Association islamique de la Mongolie soutient qu’il y a 130 000 kazakhs musulmans et 20 000 Khotons musulmans dans les provinces de Uvs
Le chiffre de 3 % provient du recensement de 2010. Toutefois, selon le sondage de 2011 au niveau national et sur la base d’un échantillon représentatif de 2 500 personnes, les adeptes du chamanisme pourraient totaliser 6 %, auquel on pourrait ajouter un 8,6 % de Mongols qui se déclarent à la fois bouddhistes et adeptes des pratiques chamaniques. Les spécialistes de la culture mongole soulignent le lien étroit entre le chamanisme et le bouddhisme tantrique en Mongolie.
Le chiffre de 2 % vient du recensement de 2010. Toutefois, selon le sondage de 2011 cité ci-dessus, les chrétiens représenteraient 4,7 % de la population, en grande partie des protestants

Superficie :
1 564 116 km²

Population :
2 796 484

Musulmans : minorité kazakhe
Chrétiens environ 1 000 catholiques


Contexte

La Mongolie est l’un des pays les moins peuplés du monde. Terre de déserts, de steppes et de montagnes, c’est aussi un pays qui connaît de grands bouleversements sociaux. En 1989, à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique, la Mongolie est devenue une démocratie, et son ancienne économie planifiée a été dénationalisée en faveur d’une économie de libre marché. Au moment de l’indépendance, seulement 27 % des Mongols vivaient dans la capitale Oulan-Bator. Mais au cours des dernières années, de nombreux nomades ont été attirés dans la capitale par sa forte vigueur économique, stimulée par l’exploitation des vastes ressources naturelles (charbon et divers autres minéraux) et plusieurs hivers particulièrement sévères qui ont décimé leurs troupeaux. Aujourd’hui, presque la moitié de la population (3 millions) vit à Oulan-Bator et environ 40 000 personnes s’y installent chaque année.

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Dans ce cadre humain, économique et politique en évolution rapide, le paysage religieux connaît aussi des mutations profondes. La fin de la domination soviétique a apporté avec elle un retour à la liberté religieuse, et la Constitution adoptée le 13 janvier 1992 garantit toutes les libertés fondamentales, y compris la liberté de religion. La Constitution stipule officiellement le principe de séparation entre l’État et les groupes religieux. Cependant, bien que le bouddhisme pratiqué par les Mongols[1] ne détienne en aucun sens le statut de religion officielle, la loi mongole affirme néanmoins que le gouvernement doit respecter le bouddhisme en tant que religion majoritaire de la population – affirmation de respect justifiée par la nécessité de préserver l’unité du pays et de défendre l’histoire et la culture mongoles.

Il semble cependant que, récemment, la grande liberté religieuse, qui allait de pair avec l’ouverture du pays au cours des années 1990,  soit remplacée progressivement par une bureaucratie restrictive et intrusive qui cherche à vérifier l’évolution des diverses communautés religieuses considérées comme « étrangères » à la culture nationale – ce qui est notamment le cas de différentes communautés chrétiennes.

Ce durcissement s’exprime dans une myriade de règlements et de normes administratives auxquelles les diverses organisations religieuses doivent se soumettre, car elles sont traitées de la même manière que les ONG. Par conséquent, les organisations religieuses ne peuvent pas œuvrer à moins qu’elles ne s’enregistrent auprès de l’Autorité générale, un organisme d’État. Par ailleurs, la loi ne précise pas la période de validité des certificats d’enregistrement émis par cet organisme, de sorte que, en réalité, ce sont les administrations locales qui en déterminent la durée.

Dans la pratique, les organisations religieuses se trouvent obligées de renouveler leur certificat d’enregistrement chaque année et, pour ce faire, ils doivent s’adresser à six organismes administratifs différents, au niveau local et national. Ce processus est long, fastidieux et imprévisible, car certaines provinces sont plus réticentes que d’autres à fournir des certificats d’enregistrement.

L’une des conditions les plus restrictives, et qui s’applique à toutes les organisations étrangères présentes en Mongolie, est l’obligation d’inclure un pourcentage minimum d’employés mongols dans leur personnel. Ce pourcentage se situe entre 25 % et 95 %, en fonction du secteur d’activité. Chaque année, une liste est publiée, en précisant le pourcentage requis, et les organisations qui ne se trouvent pas dans les secteurs spécifiés se retrouvent automatiquement avec le quota maximal de 95 % d’employés locaux. Cette situation touche la plupart des organisations religieuses, notamment les Églises chrétiennes et leurs dirigeants, dont le personnel et le financement continuent d’être en grande partie d’origine étrangère. Ces organismes religieux ont soulevé des objections à ce système. L’Église catholique est une exception, car, contrairement à presque toutes les organisations religieuses qui ont le statut d’ONG et dont le personnel doit être local à 95 %, l’Église catholique a réussi à obtenir un quota de seulement 75 %.

 

Incidents

Cela dit, ce système de quotas pose un problème réel pour l’Église catholique. En 2014, Mgr Wenceslas Padilla, préfet apostolique d’Oulan-Bator et missionnaire philippin de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM), tout en exprimant sa satisfaction pour la liberté religieuse garantie par le gouvernement, a déploré en même temps les fardeaux imposés par ce type de règlementation. « Selon ces quotas, l’Église catholique devrait, en théorie, employer 60 autres personnes, mais nous ne disposons pas d’argent pour payer leurs salaires », a-t-il observé, ajoutant que si la loi devait être appliquée stricto sensu, « 13 missionnaires (sur un ensemble d’à peine plus de 80) seraient obligés de partir ».

Un homme d’affaires occidental établi à Oulan-Bator depuis quelques années a confirmé cette situation sous anonymat[2] : « Environ 18 temples protestants ont été officiellement fermés dans la seule province de Darkhan-Uul » pour diverses infractions à cette norme. Il ajoute que tout le pays est largement ouvert à l’investissement étranger, lorsqu’il s’agit du personnel, tandis que cette restriction est un lourd fardeau pour les organisations chrétiennes. « Dans le cas d’un pasteur étranger, il doit employer 19 Mongols, ce qui dépasse la capacité de la plupart des communautés chrétiennes … Un nombre considérable de pasteurs [sud] coréens ont obtenu un visa d’affaires, même si en réalité ils viennent pour évangéliser – ce qui est de moins en moins toléré par les autorités », conclut-il.

L’une des premières communautés ciblées par cette loi, qui est toujours appliquée inégalement, est l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui dit avoir 10 000 adeptes dans le pays. Plusieurs de ses missionnaires américains ont été contraints de quitter le pays en raison de cette loi[3].

Hormis la question des quotas pour les employés locaux, les organisations religieuses, en particulier celles qui sont chrétiennes, rencontrent des difficultés récurrentes dans l’obtention des autorisations nécessaires à la construction et à la gestion de lieux de culte. Selon le registre de l’Autorité générale, en 2014, le pays avait un total de 656 lieux de culte, dont 289 bouddhistes, 266 chrétiens (toutes confessions confondues), 28 musulmans, 21 chamaniques et 52 appartenant à d’autres groupes religieux[4]. Dans un pays où les chrétiens ne représentent que 2 % de la population, certains fonctionnaires de l’État ont fait savoir aux dirigeants des communautés chrétiennes que, à leur avis, il y avait déjà « trop » d’églises dans le pays et que, par conséquent, ils n’accorderaient plus de permis pour de nouveaux lieux de culte chrétiens.

Pour l’Église catholique, qui a célébré le 20e anniversaire de sa présence dans le pays en 2012 et qui a vu ses fidèles passer de zéro en 1992 à un millier aujourd’hui, ces obstacles bureaucratiques représentent de réelles difficultés. En Mongolie, l’Église catholique gère plusieurs centres pour les enfants de la rue, les jeunes, les personnes âgées et les personnes handicapées ainsi que des cliniques et des centres médicaux dans un pays où l’infrastructure sociale et les soins de santé font défaut. Néanmoins, elle n’a qu’une dizaine de lieux de culte et procède avec prudence dans ses démarches auprès de l’administration. Sur les 21 provinces de la Mongolie, 17 n’ont aucun lieu de culte catholique. C’est le cas, par exemple, de la province centrale, où les Sœurs de Saint Paul de Chartres gèrent une école depuis 15 ans, mais elles n’ont pas encore obtenu un permis pour construire un lieu de culte, en dépit de nombreuses demandes par les chrétiens de la région.

Le 18 janvier 2016, Enkh (« paix » en mongol) Baatar, âgé de 29 ans, est retourné en Mongolie après plusieurs années de séminaire en Corée du Sud[5]. Il a été ordonné prêtre le 28 août 2016, devenant ainsi le premier prêtre catholique mongol[6]. Outre l’importance ecclésiastique et apostolique de son ordination pour l’Église catholique, cet événement aura aussi des conséquences pratiques immédiates, puisque, pour la première fois, le vicariat apostolique de Oulan-Bator aura le droit de posséder des biens et pourra être son propre représentant juridique. En effet, en vertu de la législation en vigueur, seul un citoyen mongol peut posséder des terrains ou diriger une organisation religieuse. Voici pourquoi le fonctionnaire principal de l’Église catholique en Mongolie est la secrétaire du préfet apostolique : elle possède officiellement la plupart des terrains de la préfecture apostolique à Oulan-Bator.

 

Perspectives pour la liberté religieuse

En 2012, lors du 20e anniversaire de l’arrivée de l’Église catholique en Mongolie, Mgr Padilla a passé en revue l’histoire de l’Église, arrivée initialement à l’invitation du gouvernement de la Mongolie en 1992, en raison des services qu’elle pouvait rendre dans les domaines social et éducatif. Vingt ans plus tard, il décrivait l’Église comme une Église « sous surveillance »[7].

Une telle conclusion tient toujours quatre ans plus tard, rendue encore plus compliquée par les risques induits par une modernisation économique extrêmement rapide. Les bénéfices tirés de l’extraction du charbon et des minéraux qui abondent sous le sol mongol ont apporté un enrichissement énorme et rapide à une minorité sans que le pillage des ressources naturelles du pays apporte des avantages réels à la majorité. Aujourd’hui, le frein principal à l’expansion des religions, que ce soit du bouddhisme local ou des communautés chrétiennes en expansion, semble être la sécularisation croissante que connaît le pays, en particulier dans sa capitale, Oulan-Bator, qui continue de s’agrandir à cause d’un exode rural mal contrôlé.


[1] Le bouddhisme mongol est une branche du bouddhisme tibétain Vajrayana, fortement mélangé au chamanisme local. Introduit il y a plusieurs siècles, il est devenu la religion d’État de l’Empire mongol au 13e siècle après la visite du dalaï lama tibétain Sakya Pakya. Après son éradication presque complète, ainsi que celle des autres religions, sous le régime totalitaire stalinien qui a pris le pouvoir en Mongolie dans les années 1920, le bouddhisme connaît une renaissance aujourd’hui et il est reconnu comme la spiritualité de plus de la moitié des Mongols.

[2] Églises d’Asie, « L’Église catholique continue sa croissance dans la discrétion », 25 avril 2014, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/mongolie/2014-04-25-l2019eglise-catholique-continue-sa-croissance-dans-la-discretion

[3] Matt Martinich, « Recent Stagnant LDS Growth in Mongolia” (Croissance des Mormons en Mongolie), The Cumorah Project, 9 août 2013, http://www.cumorah.com/index.php?target=view_other_articles&story_id=594&cat_id=30

[4] United States Department of State, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor ; Mongolie : Rapport de 2014 sur la liberté religieuse dans le monde – http://www.state.gov/documents/organization/238528.pdf

[5] The Hankoyreh, « Baatar Enkh prepare son retour en tant que premier prêtre mongol, 19 janvier 2016, http://english.hani.co.kr/arti/english_edition/e_international/726882.html

[6] Ucanews, « Le séminariste mongol rentre chez lui avant son ordination), 20 janvier 2016, http://www.ucanews.com/news/mongolian-seminarian-returns-home-ahead-of-ordination/75008

[7] Églises d’Asie, « Le préfet apostolique dresse le bilan des 20 ans d’existence de la jeune Église catholique de Mongolie », 10 juillet 2012, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/mongolie/2012-07-10-le-prefet-apostolique-fait-le-bilan-des-20-ans-d2019existence-de-la-jeune-eglise-catholique-de-mongolie

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