Papouasie – Nouvelle Guinée

Chiffres clés

Superficie :
462 840 km2

Population :
7 200 000

Contexte

L’État indépendant de Papouasie-Nouvelle-Guinée occupe la moitié orientale de l’île de Nouvelle-Guinée ainsi que les îles mélanésiennes avoisinantes. La capitale, Port Moresby, est situéesur sa côte sud-est. C’est un des pays les plus culturellement diversifiés au monde, avec 848 langues répertoriées. La majorité de ses sept millions d’habitants vivent dans différentes communautés rurales traditionnelles. Seulement 18 % vivent dans des zones urbaines. La Papouasie-Nouvelle-Guinée a obtenu son indépendance en 1975 après presque 60 ans de domination australienne. Le pays est devenu membre du Commonwealth des nations de plein droit,en tant que royaume indépendant,avec la reine Elizabeth II comme chef de l’État.

Il n’y a pas de religion d’État et les citoyens sont libres de pratiquer publiquement la foi de leur choix à condition de ne pas interférer avec la liberté d’autrui. Selon le recensement le plus récent (2000), 94% des citoyens se sont identifiés comme chrétiens. Il y a environ 5000 musulmans dans le pays. Les bahaïs représentent moins de 1 % alors que les autresprofessent des croyances indigènes. On pense que près de 34 % des personnes qui s’identifient comme chrétiensprofessent également certaines croyances traditionnelles[1].

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Au cours de la période en revue, le gouvernement n’a pas subventionné la pratique religieuse, mais il a offert un soutien à des institutions gérées par l’Église comme les écoles et les services de santé. Après l’indépendance, le gouvernement n’avait pas les moyens financiers pour prendre le relais dans ces domaines et il a accepté de soutenir leur gestion au prorata du nombre d’élèves. En plus, le gouvernement a continué à payer les salaires des enseignants et des professionnels de santé employés par des organisations dirigées par l’Église. Le Ministère de l’Éducation a continué d’allouer une heure par semaine à l’instruction religieuse dans toutes les écoles publiques. Lesreprésentants de l’Église donnent l’enseignement et les étudiants ne sontpas tenus d’y assister. Les enfants, dont les parents s’opposentà l’instruction religieuse,en sont dispensés. Les membres des groupes nonchrétiens offrentdes cours de religion lors derencontres en dehors des heures d’école.

Même si le nombre croissant de nouveaux missionnaires, chrétiens et nonchrétiens, a poussé certaines personnalités publiques à remettre en question l’opportunité de la présence de ces groupes, le gouvernement a acceptéen général de nouvelles religions. En décembre 2014, des milliers de gens appartenant à différentes confessions chrétiennes ont défilé à Port Moresby pour célébrer la liberté religieuse[2]. La marche couronnait une importante conférence sur le thème de la liberté religieuse,présentée par l’Association de la liberté religieuse (IRLA), qui est affiliée aux adventistes, à l’Université adventiste du Pacifique. Des représentants du gouvernement et des dirigeants d’un certain nombre de confessions religieuses ont participé à l’événement dans le but de promouvoir le dialogue interreligieux. Le président de l’Église adventiste en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Leigh Rice, a déclaré que la marche était une façon de reconnaître la liberté que de nombreux pays n’ont pas. «Nous savons que beaucoup de nos membres à travers le monde vivent sous une pression énorme, » a-t-il dit. « C’est formidable que cette nation nous accorde la liberté et non pas seulement à nous, mais à un grand nombre de pratiques religieuses. » Le gouvernement a approuvé une subvention de 10 000 kina (3900 $ US) en faveur d’un nouveau chapitre local de l’IRLA pour développer le mouvement de la liberté religieuse en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Delilah Gore, le ministre de la Religion, de la Jeunesse et du Développement communautaire, a déclaré que la subvention et le nouveau chapitre de l’IRLA « nous aiderontà gérer pacifiquement et durablement notre diversité religieuse croissante. »

La Constitution garantit le droit à la «liberté de conscience, de pensée et de religion et à la pratique de sa religion et de ses croyances, y compris la liberté de manifester et de propager sa religion et ses croyances. »Pendant longtemps, cela a signifié que l’on pouvait pratiquer ou propager la religion dans la mesure où l’activité ne portaitpas atteinte aux droits d’autrui ou ne menaçait pas la « défense nationale, la sécurité publique, l’ordre public, le bien-être du public, la santé publique, la protection des enfants et des personnes handicapées, ou le développement des groupes et des régions désavantagées ou moins avancées. » Le préambule de la Constitution souligne le lien entre le pays et le christianisme par le biais des traditions et des principes chrétiens, bien qu’il n’y ait pas de religion d’État officielle. Afin d’avoir un compte en banque, les organisations religieuses doivent s’enregistrer auprès du gouvernement. On ne signale pas de cas où les autorités auraient refusé une demande d’enregistrement. Les ressortissants étrangers sont libres de pratiquerleur religion, tandis que les membres étrangers du clergé sont autorisés à participer à des activités missionnaires au cours de leurs visites aupays.

 

Incidents

Bien que le christianisme soit la religion dominante, les croyances religieuses indigènesrestent populaires. Beaucoup de gens croient à la sorcellerie et àla magie. SelonEvery Culture, dans certaines communautés traditionnelles, les chefs héréditaires et leurs acolytesagissent comme desspécialistes religieux[3]. Souvent, les hommes prétendent avoir des pouvoirs spéciaux et se croient médiums ; par contre, les sorcières sont considérées comme des créatures nuisibles et sont marginalisées. En octobre, une vidéo est apparue en ligne montrant quatre jeunes femmes accusées de sorcellerie qui se faisaient torturer par des villageois[4]. Une des femmes serait morte pendant l’agression, qui s’est déroulée dans la province reculée d’Enga dans les hautes terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le gouvernement aurait élaboré un plan d’action pour arrêter ces attaques contre les femmes. Toutefois, ces incidents ont continué. Des groupes tels que le Seed Group Theatre utilise la scène comme outil de communication pour résoudre les problèmes qui touchent la Papouasie-Nouvelle-Guinée aujourd’hui. En février 2015, quelques jours après avoir reçu la formation du Seed Group Theatre de lutte contre les meurtres dits de sorcellerie, deux hommes ont sauvéde la torture une femme âgée accuséede sorcellerie. Le groupe de théâtre gère la campagne intitulée « Les femmes ne sont pas des sorcières »,grâce au soutien de l’Église et des groupes communautaires locaux[5].

On signale une tendance croissante vers l’intolérance contre des groupes nonchrétiens,entre 2014 et 2016. En juillet 2013, le Parlement a adopté une motion pour réaliser une consultation nationale sur la question de la liberté religieuse et pour décider s’il faut interdire les religions nonchrétiennes. Anderson Agiru, gouverneur de la province de Hela, a déclaré qu’il faudrait interdire toutes les autres religions. Cela a provoqué de vives critiques, y compris des mots de condamnation du porte-parole des évêques de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Sur le site des évêques, le Père Giorgio Licini a affirmé que « Ce n’est pas en interdisant d’autres religions que l’on devient plus chrétien. Le christianisme peut bien définir une partie de l’identité culturelle de la Papouasie-Nouvelle-Guinée moderne et de ses 850 tribus, mais il ne faut jamais oublier que la vraie foi est quelque chose qui dépasse les dispositions constitutionnelles, lestextes juridiques, voire les pratiques quotidiennes. On ne peut empêcherquiconquede professer ses propres convictions en privé ou en public ».

La décision du gouvernement d’approuver la motion a provoqué aussi des inquiétudes dans la communauté internationale, surtout après la décision du premier ministre australien Kevin Rudd de modifier sa politique d’asile en 2013 dans le but d’envoyer les réfugiés et les demandeurs d’asile voulant s’installer en Australie vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’accord entre les deux pays – appelé accord régional de transfert (Regional Settlement Arrangement) – a été critiqué par ceux qui estiment que les réfugiés avec des croyances religieuses différentes ne pouvaient pas être envoyés dans un pays qui envisageait de nouvelles lois sur les non-chrétiens.

En 2013, le président du Parlement Theo Zurenuoc a rendu furieux ses compatriotesen détruisant un certain nombre de panneaux et d’objets en bois d’importance culturelle dans l’édifice du Parlement. Dans ce que certains ont décrit comme une « purge chrétienne évangélique », M. Zurenuoc afait retirer des sculptures traditionnelles qui selon luin’étaient pas chrétiennes, et a déclaré qu’il espérait remplacer un totem de 10 mètres et quatre tonnes dans le Grand Hall du Parlementparun pilier de style plus chrétien[6]. Pour défendre ses actions, M. Zurenuoc a fait publier une annonce de quatre pages dans la presse, mais le tollé général et une pétition en ligne appelant à une « intervention plus forte pour protéger le patrimoine culturel de la PNG de la destruction délibérée par des extrémistes religieux » ont forcé le président du Parlement à différer ses projets[7]. En 2015, la Société des professionnels catholiques (Catholic Professionals’ Society) a annoncé son intention de contester devant les tribunauxles projets de M. Zurenuoc dechanger les œuvres culturelles traditionnelles du Parlement et de l’obliger à se présenter devant la Commission de l’Ombudsman. M. Sam Basil, député pour Bulolo, a invité M. Zurenuoc à« rentrer au séminaire et à devenir pasteur »[8]. Le secrétaire général du Congrès des syndicatsJohn Paska a également saisi la Cour suprême pour déterminer si le comportement du président du Parlement constituait une violation de la Constitution.

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Le Rapport de 2015 sur la Liberté dans le mondede Freedom Housedécrit la Papouasie-Nouvelle-Guinée comme « partiellement libre » avec une note de 4 pour les droits politiques, trois pour les droits civils et 3,5 pourla liberté globale sur une échelle entre 1 (plus libre) à 7 (moins libre)[9]. Ce recul par rapport à l’année précédente est dû au style de gouvernement de plus en plus oppressif du Premier ministre Peter O’Neill. Le rapport signale aussi que si la liberté de culte est généralement respectée,dans la pratique, certains habitants ont exprimé de l’inquiétude vis-à-vis de la hausse rapide du nombre de musulmans,dans ce pays à prédominance chrétienne.

Toutefois, selon le Rapport de 2014 sur la liberté religieuse dans le mondedu Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail, on ne signale pas d’activité importante par des acteurs sociaux ou le gouvernement touchant la liberté religieuse.


[1] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper

[2] http://www.adventistreview.org/church-news/adventists-lead-major-celebration-of-religious-freedom-in-papua-new-guinea

[3]http://www.everyculture.com/No-Sa/Papua-New-Guinea.html?Comments%5Bdo%5D=mod&Comments%5Bid%5D=21

[4] http://www.ibtimes.co.uk/papua-new-guinea-witches-stripped-naked-tortured-horrific-video-1525394

[5]http://www.abc.net.au/news/2015-02-11/png-men-rescue-tortured-woman-accused-of-sorcery/6084106

[6]http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/australiaandthepacific/papuanewguinea/10534323/Evangelical-Christian-speaker-of-Papua-New-Guineas-parliament-destroys-evil-pagan-carvings.html

[7] http://www.abc.net.au/news/2013-12-18/an-png-totem/5166086

[8]http://www.radionz.co.nz/international/pacific-news/283492/png’s-reformationist-speaker-urged-to-become-a-pastor

[9] https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2015/papua-new-guinea

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