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Le Rapport 2016 sur la liberté religieuse vu par Marc Fromager

 

Interview avec Marc Fromager, directeur de l’AED

 

1- Quelles sont les principales conclusions du Rapport 2016 de l’AED ?

L’actuel Rapport sur la liberté religieuse dans le monde couvre la période de juin 2014 à juin 2016 et parmi de nombreuses constatations, sans doute faut-il retenir que sur les 38 pays où il y a des violations considérables de la liberté religieuse, la situation a empiré dans un tiers des cas (37 %, soit 14 pays).

2- Avez-vous constaté des améliorations dans ces 38 pays?

La situation est restée stable dans la moitié des cas (55 %, soit 21 pays) et s’est améliorée d’une manière ou d’une autre dans seulement trois pays (8 %), à savoir le Bhoutan, l’Égypte et le Qatar.
On doit bien sûr se réjouir de ces quelques améliorations, voire de cette forme de stabilité pour plus de la moitié des cas, mais en réalité, même cette stagnation constitue un constat négatif dans le sens où, dans sept pays de cette sélection (pratiquement un pays sur cinq), les problèmes étaient déjà si désastreux qu’ils ne pouvaient guère empirer. Globalement, on est donc bien dans une dégradation de la situation de la liberté religieuse dans le monde.

3- Quelles seraient les causes principales de cette dégradation générale ?

Force est de relever que cette dégradation est en partie la conséquence d’une augmentation considérable des attaques islamiques, notamment contre les chrétiens. Même si le Moyen-Orient n’est pas le seul concerné, c’est bien dans cette région du monde que ces attaques ont été les plus massives, ce qui a donné lieu à la reconnaissance par un certain nombre d’institutions de l’existence d’un génocide perpétré contre les chrétiens et d’autres minorités religieuses, dont les yézidis.

4- Quelles sont les conséquences directes ?

Parmi les multiples conséquences, citons-en une de taille, ces tensions ont été un facteur clé dans l’augmentation considérable et soudaine de réfugiés qui, selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’année 2015, ont augmenté de 5,8 millions pour atteindre un nouveau record de 65,3 millions. Cela confirme que l’absence de liberté religieuse ne génère pas simplement des difficultés sur le plan religieux mais également des complications sociétales qui peuvent déboucher sur des souffrances à grande échelle.

5- Que préconisez-vous pour l’avenir ?

L’AED souhaite insister sur le lien qui existe entre la liberté religieuse et la paix. Si nous voulons la paix, nous devons protéger et développer la liberté religieuse. Cela nécessite une volonté politique qui n’est pas toujours observable sur le terrain.
Au Moyen-Orient, tout devrait être mis en œuvre pour mettre un terme à la guerre qui déchire cette région et pour renforcer les États existants à l’opposé d’une dynamique de fragmentation.
En Europe, les flux migratoires devraient être gérés avec prudence pour ne pas déclencher des réactions massives de rejet.
Il ne s’agit donc pas simplement d’approuver théoriquement le concept de liberté religieuse mais de veiller à ce qu’elle puisse être respectée ou se renforcer dans un environnement social adéquat, ce qui est du ressort du politique.
Enfin si nous voulons une paix durable, nous appelons à une vigilance particulière sur l’éducation des jeunes. Car une génération privée de scolarité à cause de conflits est une génération perdue qui risque de se rallier facilement à des groupes islamistes faute d’autres perspectives.