Serbie

Chiffres clés


Recensement de 2011

Superficie :
77 474 km2

Population :
7 200 000

Chrétiens :
Orthodoxes : 85 %
Catholiques 5,5 %
Protestants 1 %


Contexte

Religion et ethnie sont fondamentalement reliées en Serbie. Après des décennies de répression sous le communisme, la religion a repris son élan dans les années 1990. Avec la dissolution de la Yougoslavie, de nouvelles valeurs sont devenues nécessaires permettant à la religion et aux traditions de retrouver leur place. L’orthodoxie reste au cœur de l’identité serbe.

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Serbie est un État laïc, où la séparation de l’Église et de l’État est réglée par la Constitution. Les principales dispositions de la Loi sur les Églises et les communautés religieuses sont la liberté de confession religieuse et l’interdiction de toute discrimination religieuse et de toute limite à l’expression de la liberté religieuse[1].

En droit, tout groupe religieux reconnu en vertu de la loi possède un statut juridique. La loi reconnaît sept Églises « traditionnelles », c’est-à-dire les communautés religieuses qui ont une « continuité historique de plusieurs siècles en Serbie » : l’Église orthodoxe serbe, l’Église catholique romaine, l’Église évangélique slovaque, l’Église chrétienne réformée, l’Église chrétienne évangélique, la Communauté islamique et la Communauté juive[2].

Ces sept communautés « traditionnelles » ont hérité leur statut juridique de l’époque du royaume de Yougoslavie. En plus, le gouvernement a accordé au diocèse de Dacia Felix le statut traditionnel de l’Église orthodoxe roumaine, dont le siège est en Roumanie, mais dont le centre administratif est à Vršac, en Voïvodine.

La Loi sur les finances de 2005 ne reconnaît que ces sept groupes religieux et leur accorde des exonérations fiscales. L’État n’octroie des financements pour l’instruction religieuse dans les écoles publiques qu’aux sept religions traditionnelles. La partie du budget de l’État consacrée aux activités des Églises et des communautés religieuses ne représente que 0,12 % du total.

Les autres groupes religieux sont dans l’obligation de se soumettre à des procédures laborieuses et incohérentes pour s’inscrire. L’article 18 exige que les communautés religieuses non « traditionnelles » présentent une note avec les noms et les signatures d’au moins une centaine de leurs membres. En vertu de la loi, un groupe ne peut pas s’inscrire si son nom inclut une partie du nom d’un groupe déjà reconnu. La Loi sur les Églises et les communautés religieuses a été contestée devant la Cour constitutionnelle le 5 octobre 2010. Le 16 janvier 2013, la Cour constitutionnelle a rejeté la demande d’évaluer la constitutionnalité de certaines de ses dispositions[3].

Les Églises « non traditionnelles » officiellement inscrites en Serbie sont : l’Église adventiste du septième jour, l’Église méthodiste unie, l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, l’Église évangélique, l’Église de l’Amour du Christ, l’Église spirituelle du Christ, l’Union des Églises chrétiennes baptistes en Serbie, l’Église chrétienne apostolique (Nazaréens), l’Église de Dieu, la Confrérie protestante chrétienne, l’Église des frères, l’Église libre, les Témoins de Jéhovah, l’Église de l’alliance de « Sion », le mouvement de réforme de l’Union adventiste du septième jour, l’Église protestante évangélique « Lumière spirituelle » et Église évangélique du Christ[4].

Les Églises grecque orthodoxe et russe orthodoxe ne sont pas inscrites, mais elles sont reconnues par l’État et autorisées à exercer leur ministère sans entraves.

L’Église orthodoxe monténégrine n’a pas pu s’inscrire en vertu du droit canonique orthodoxe qui exclut tout chevauchement territorial entre diocèses.

L’Église orthodoxe roumaine n’a pas le droit d’exercer son ministère dans certaines parties du territoire serbe et la minorité roumaine n’a pas toujours le droit de pratiquer le culte dans sa langue. Les membres de la minorité nationale bulgare ont aussi demandé de pratiquer le culte dans leur langue maternelle[5].

La religion a été admise dans les écoles publiques pour la première fois en juillet 2001, lorsque le gouvernement de la République de Serbie a adopté le Décret sur l’instruction religieuse et une matière alternative dans les écoles secondaires[6].

Les cours d’instruction religieuse ou d’éducation civique ont lieu une seule fois par semaine et sont obligatoire. L’instruction religieuse est enseignée par des prêtres et des laïcs choisis par les Églises et les communautés religieuses, désignés et rémunérés par le Ministère de l’Éducation.

En janvier 2014, les médias publics serbes ont affirmé que plus de 50 % des biens religieux avaient été rendus à l’Église orthodoxe serbe, l’Église catholique et la Communauté religieuse juive. Selon l’Agence pour la restitution, tous les biens confisqués seront retournés dans un délai de quatre ou cinq ans.

La Loi sur la restitution des biens appartenant aux Églises et aux communautés religieuses a été adoptée en septembre 2011 ; elle ne prend en considération que le retour des biens confisqués après 1945[7].

La Communauté juive exige la restitution des biens confisqués au cours de la Seconde Guerre mondiale. À cette fin, elle a soumis 520 demandes pour obtenir le retour de 199 hectares de terres, 63 entreprises, 205 bâtiments résidentiels et 59 cimetières[8].

L’Église catholique en Serbie a demandé le retour de 3 396 hectares de terres et 113 865m² de biens immobiliers. Selon les données de l’archidiocèse de Belgrade, on a rendu à l’Église catholique 14 % de ses biens.

Les trois plus importants organismes musulmans – les tribunaux chariatiques, les établissements d’enseignement et les waqfs[9] – ont tous été supprimés pendant la première phase du communisme (expropriés et nationalisés surtout entre 1945 et 1958)[10].

Le retour des biens des musulmans s’est heurté aux divisions de la communauté. Tant la Communauté islamique en Serbie (CieS) que la Communauté islamique de Serbie (CidS) ont présenté des demandes pour la restitution des mêmes biens qu’elles revendiquent, car chacune se voit comme légitime successeur de la Communauté religieuse islamique du royaume de Yougoslavie, inscrite en 1930[11].

L’Église orthodoxe serbe est la plus grande Église du pays, essentiellement d’ethnie serbe. S’ajoutent d’autres communautés chrétiennes orthodoxes, comme les Monténégrins, les Roumains, les Valaques, les Macédoniens et les Bulgares. L’Église orthodoxe serbe occupe une place importante dans la vie publique ainsi que dans la vie politique. En tant qu’une des institutions nationales les plus influentes, l’Église est fortement appuyée par les autorités de l’État et les grands médias[12]. Un paragraphe de l’article 11 stipule que « L’Église orthodoxe serbe joue un rôle historique, politique et civilisationnel dans la formation, la préservation et l’épanouissement de l’identité de la nation serbe[13]. » L’Église orthodoxe de Serbie est divisée en six métropoles, 31 éparchies et une archiéparchie autonome. Selon le Bureau national de la religion, l’Église orthodoxe serbe a 2 863 prêtres et 1 461 moines et nonnes. La principale école orthodoxe en Serbie est la Faculté de théologie orthodoxe à Belgrade. Les orthodoxes serbes célèbrent leurs fêtes en suivant le calendrier julien.

Une délégation du patriarcat orthodoxe serbe a rencontré François au Vatican en janvier. Selon la Télévision serbe, la délégation du patriarcat a exprimé son opposition à la possible canonisation du bienheureux AlojzijeStepinac, un prélat croate qui fut déclaré martyr et béatifié par le pape Jean-Paul II en 1998.

La délégation a également déclaré que le patriarche Irénée (Irinej) n’est pas hostile à une visite du pape à la Serbie en tant que chef d’État, mais que « d’autres formes de visite exigeraient le feu vert du Patriarcat de Moscou », a affirmé la Télévision serbe.

En Serbie, les catholiques romains ne sont que 5 % de la population, établis surtout dans le nord de la Voïvodine, région peuplée par les groupes ethniques minoritaires hongrois, croate, slovaque et tchèque. L’Église catholique de Serbie est organisée en quatre diocèses : l’Archidiocèse de Belgrade et les diocèses de Subotica, Zrenjanin et Srijem. On compte plus de 230 églises, plus de 200 paroisses et plus de 170 prêtres. L’Église catholique offre un enseignement religieux dans les églises, pas dans les écoles. Parmi ses établissements d’enseignement, on retrouve le Séminaire Théologique de Saint-Augustin, l’Institut de théologie catéchétique et le lycée et séminaire classiques diocésains de Saint Paul, tous à Subotica.

Les musulmans représentent 3 % de la population et constituent le troisième groupe religieux du pays. Ce sont surtout des Bosniaques du Sandžak, une région dans le sud-ouest du pays. Les deux communautés islamiques serbes se disent héritières légitimes du passé. La Communauté islamique en Serbie est basée à NoviPazar, tandis que la Communauté islamique de Serbie a son siège à Belgrade. Leur conflit n’est pas d’ordre religieux. Les deux groupes sont sunnites d’école hanafite. Forts de ce constat, les deux prétendent être le représentant légitime de tous les musulmans en Serbie.

Le centre administratif et spirituel de la Communauté islamique en Serbie est à Sarajevo, et ses membres sont en grande majorité d’ethnie bosniaque. Pour sa part, la Communauté islamique de Serbie est très hétérogène avec des Roms, des Bosniaques, des Albanais, des Ashkalis, des Gorans, des Égyptiens, des Turcs et d’autres. À présent, on compte plus de 190 mosquées en Serbie, dont 120 dans le Sandžak, une soixantaine dans le sud de la Serbie, dans la vallée de Preševo, qui abrite aussi une importante minorité albanaise. On trouve aussi une mosquée à Belgrade, à Niš, à Mali Zvornik et à Subotica.

La Communauté islamique en Serbie a demandé au gouvernement l’autorisation de bâtir de nouvelles mosquées dans la région de Belgrade. Les autorités ont accepté à condition que le terrain du site de la future mosquée soit acheté au prix du marché. Selon la Communauté islamique en Serbie, en 20 ans, ils n’ont pas pu obtenir un permis de construire pour de nouvelles mosquées à NoviPazar.

En Serbie, les wahhabites[14] sont présents surtout à NoviPazar, Priboj et Sjenica dans le Sandžak, mais leur nombre exact reste inconnu. On les blâme pour certains incidents dans des mosquées, s’ingérant dans certaines cérémonies ou tentant d’imposer leurs formes de prière. Après un certain nombre d’incidents de ce type, dans les mosquées, la Communauté islamique en Serbie les a bannis de ses mosquées. Depuis lors, ils prient dans les maisons. On signale la présence de premiers wahhabites en 1997, au Sandžak. Dans un rapport de l’International Crisis Group, les wahhabites sont arrivés au Sandžaken provenance de la Bosnie-Herzégovinevoisine et ils reçoivent l’aide financière de l’Arabie Saoudite.

La minorité rom de Serbie est toujours victime d’attaques et de harcèlement. En avril, environ 15 hommes ont jeté des cocktails Molotov dans une église protestante romani dans le village de Bošnjace dans le sud de la Serbie, ce qui a provoqué un incendie dans la salle des cérémonies. Personne n’a été blessé. Selon le Centre européen des droits des Roms, trois personnes ont été reconnues coupables pour l’attaque et ont été condamnées à 30 jours de prison[15].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Un certain nombre d’initiatives ont été prises pour promouvoir le dialogue interreligieux en Serbie grâce à l’action de la Fondation Konrad Adenauer, un groupe de réflexion financé par l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, et la Belgrade Open School. À Belgrade, l’Église orthodoxe serbe, la Communauté islamique de Serbie, la Communauté juive et l’Église catholique s’entendent bien et ont travaillé ensemble à ces efforts. En revanche, la Communauté islamique en Serbie a refusé de participer à ces initiatives. Au cours des dernières années, leurs activités se sont arrêtées.

Au niveau de l’État, un Conseil interreligieux a été créé en 2010 au sein du Ministère des Religions, qui inclut l’archevêque de Bačka, IrinejBulović, l’archevêque catholique de Belgrade, Stanislav Hočevar, le reis-ul-ulemaAdemZilkić et le rabbin Isaac Asiel.

Une initiative récente vient du Centre multireligieux et interculturel de Belgrade, fondé en 2012 par le sociologue Marko Orsolic, ofm. Orsolic est considéré comme l’un des principaux promoteurs de la tolérance interreligieuse et interculturelle par la voie de l’œcuménisme et du dialogue.


[1] Les articles 1, 2, 3 de la Loi sur les Églises et les communautés religieuses. Journal official de la République de Serbie, n° 36/06 de 2011.

[2] L’article 10 de la Loi sur les Églises et les communautés religieuses.

[3] Conseil de l’Europe, Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, 26 août 2014.

[4] Le Registre des Églises et des communautés religieuses de l’Office national de coopération avec les Églises et les communautés religieuses.

[5] Conseil de l’Europe, Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, Par 120, 26 août 2014.

[6]Journal officiel de la République de Serbie, n° 46/2001, 27 juillet 2001.

[7] Rapport de l’ECRI sur la Serbie, 31 mai 2011.

[8] Fédération des communautés juives de Serbie.

[9] En droit islamique, le waqf est l’acte de création d’une fiducie et la fiducie elle-même.

[10]HazimFazlic, L’islam dans les États post-yougoslaves – Changements religieux dans les Balkans post-communistes de 1989 à 2009.

[11]DraskoDenovic, « Serbie : Restitution – Où sommes-nous», 6 juin 2011.

[12]Miroslava, Malesevic, « Appartenance à la religion chrétienne orthodoxe comme aspect central de l’être national de Serbie postcommuniste.

[13] Loi sur les Églises et les communautés religieuses de la République de Serbie (2006), article 11.

[14] Membres d’une tradition conservatrice et intolérante de l’islam pratiquée en Arabie Saoudite.

[15]HumanRights Watch, janvier 2015.

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