Tadjikistan

Chiffres clés

Superficie :
143100 km²

Population :
7 100 000

Contexte

Le Tadjikistan est la plus petite des cinq républiques d’Asie centrale, caractérisé par une pauvreté répandue, une économie faible et une corruption profondément généralisée.

Le gouvernement du président Emomali Rakhmon, à la tête de l’État depuis 1992, a été marqué par de nombreuses violations des droits de l’homme et par peu de respect pour l’État de droit. Actuellement, il est en train de resserrer sa forte mainmise sur le pays en se concentrant sur la diffusion de l’extrémisme islamique pour justifier la répression contre les dissidents et les restrictions sur les droits politiques, civils et religieux[1]. Dans son rapport de 2015, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale a déplacé le Tadjikistan du 2e niveau (où il était depuis 2009) au 1er niveau (celui de pays particulièrement préoccupant)[2]. Dans son rapport 2015, Freedom House indique que le niveau de démocratie du Tadjikistan est en baisse[3].

On a signalé de nombreuses irrégularités lors des élections à la chambre basse du 1er mars 2015. Le Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan (PRIT), la seule formation politique à connotation religieuse, n’a pas atteint le seuil des 5 % nécessaires pour élire un député. Ainsi, pour la première fois en 15 ans, le parti n’est pas représenté au parlement tadjik. Deux jours avant le scrutin, le Comité d’État pour les affaires religieuses (CÉAR), qui gère les communautés religieuses nationales sous tutelle présidentielle, a rédigé un prêche à lire dans toutes les principales mosquées attaquant le PRIT et appelant le peuple à voter pour les candidats du parti du président Rakhmon. Après les élections, le CÉAR a fait circuler un autre prêche dans lequel on exigeait l’interdiction du PRIT[4]. Chose qui est arrivée avec un décret du gouvernement, en date du 28 août 2015, qui interdisait au PRIT de mener des activités politiques. Le 29 septembre 2015, la Cour suprême déclarait le parti illégal en tant qu’« organisation extrémiste et terroriste »[5]. Comme corollaire, beaucoup de membres du parti, y compris de hauts dirigeants, ont été arrêtés[6].

Pour de nombreux analystes politiques, l’absence du PRIT du parlement et de la vie nationale, c’est-à-dire la négation aux 44 000 membres du parti et de ses nombreux partisans d’être représentés, pourrait alimenter le radicalisme islamique[7].

En juin 2015, le ministre de l’Intérieur Ramazan Rakhimzoda a affirmé que le nombre de Tadjiks qui combattent en Syrie et en Irak n’a cessé de croître, pour un total d’à peu près 500 personnes[8].

 

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La législation actuelle sur la religion, qui est entrée en vigueur en 2009, considère toute forme de liberté religieuse comme illégale, sauf dans les cas et les situations autorisés par l’État. Tous les groupes religieux doivent s’inscrire auprès des autorités, et la censure reste stricte. La liberté religieuse a été ultérieurement limitée par des normes supplémentaires, par des amendements dans les Codes civil et pénal, ainsi que dans la Loi sur les responsabilités parentales de 2011, qui interdit à toute personne de moins de 18 ans la participation à des activités religieuses, sauf les funérailles. À cela s’ajoute la Loi sur l’extrémisme, qui est fréquemment utilisée contre toutes les formes d’islam qui ne sont pas approuvées par l’État.

La liberté d’information est soumise à de sévères restrictions. En novembre 2015, le parlement a approuvé certaines modifications à la loi contre le terrorisme ; désormais, l’État peut supprimer l’accès aux communications téléphoniques et à l’Internet[9]. En juillet 2015, conformément à un décret présidentiel, tous les médias qui rapportent les nouvelles officielles et gouvernementales sont dans l’obligation d’utiliser les services de l’agence de presse nationale Khovar.[10]

 

Incidents

La mainmise de l’État sur les communautés islamiques est totale. Celles-ci ne peuvent pas exister à moins d’appartenir au Conseil des oulémas, un organisme étroitement lié au gouvernement central. Les imams sont tous des employés de l’État[11], et l’État décide aussi le nombre de mosquées. Une seule madrasa (école religieuse islamique) a été autorisée à garder ses portes ouvertes. Début 2014, le CÉAR a également préparé et distribué à toutes les mosquées du pays un guide avec une liste de 45 thèmes à couvrir dans leurs prêches[12]. L’interdiction aux filles de se couvrir la tête à l’école reste en vigueur, tout comme l’interdiction pour les femmes et les jeunes de moins de 18 ans de fréquenter les mosquées. Le 13 avril 2015, le CÉAR a interdit le Hajj ou pèlerinage à La Mecque à tout individu de moins de 35 ans, avec comme justificatif la réduction de 20 % du quota fixé pour le Tadjikistan. Cependant, beaucoup de gens y voient encore une autre restriction du gouvernement pour empêcher les jeunes tadjiks d’entrer en contact à l’étranger avec des idées radicales ou des groupes extrémistes[13].

Au cours de l’année dernière, l’État a mis en place des mesures pour marginaliser le rôle de l’islam dans la vie publique et limiter les expressions publiques de dévotion religieuse. En octobre 2015 par exemple, les autorités tadjikes ont interdit à tous les employés de l’État de participer à la prière du vendredi[14].

Le gouvernement a également entrepris une campagne contre les tendances qu’il juge « étrangères et contraires à la culture tadjike », en particulier certaines pratiques culturelles islamiques. À cet égard, le président Rakhmon – faisant visiblement allusion au hijab – a critiqué « les femmes et les filles qui se promènent habillées en noir dans des vêtements qui n’appartiennent pas à la culture ou à la tradition tadjike, dans le but de diffuser des idées radicales.[15] »

Par la suite, le premier vice-ministre des Affaires intérieures, Abdurahmon Alamshozoda, a donné l’ordre à la police de surveiller les femmes vêtues de « vêtements étrangers » et d’obliger les vendeurs de hijabs à ne plus offrir ce type d’article[16].

Entre-temps, aux mois de mars et d’avril, les autorités ont lancé une campagne contre les barbus. On signale plusieurs incidents dans lesquels la police a mis en garde à vue des musulmans et les a fait raser de force, avec ordre de ne pas laisser pousser leur barbe. Dans la seule région de Khatlon, la police dit avoir rasé la barbe de plus de 13 000 hommes dans le cadre d’une « campagne contre la radicalisation.[17] » Le 28 août, un étudiant au nom d’Umar Bobojonov a été arrêté en Vakhdat pour avoir affiché publiquement une longue barbe. Par la suite, il a été battu si violemment qu’il s’est retrouvé dans un coma pendant une semaine, après quoi – selon les médias locaux – il est mort le 3 septembre[18].

Le 13 janvier 2016, la chambre basse du parlement du Tadjikistan a adopté une loi qui rend illégaux les noms non tadjiks, en particulier les noms étrangers ou à consonance islamique, pour les nouveau-nés[19]. Le Comité pour la langue et la terminologie de l’Académie des sciences est apparemment en train d’élaborer une liste de 4 000 noms qui sont considérés comme « convenables ».

Beaucoup de gens craignent que le durcissement par le président Rakhmon pour contrer la radicalisation de la société tadjike ait exactement l’effet contraire. Selon l’expert tadjik Faredun Hodizoda, « ces actions et ces interdictions seront utilisées par ceux qui veulent promouvoir le djihad dans le but de provoquer une réaction.[20] »

Les autorités ont procédé à de nombreuses arrestations au sein de groupes islamiques indépendants ou considérés comme extrémistes. En décembre 2014, un tribunal de Khodjent, la deuxième ville du pays, a condamné 11 hommes pour appartenance au Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), organisation qui est interdite au Tadjikistan, à des peines allant de 9 à 19 ans d’emprisonnement[21].

Le 8 décembre 2014, la Cour suprême a qualifié les salafistes musulmans d’« extrémistes ».[22] Entre la fin 2014 et les premiers mois de 2015, plus de 30 adeptes de l’islam salafiste ont été condamnés à des peines de prison de 2 à 10 ans, ou à des amendes de 10 000 USD pour adhésion à une mouvance interdite de l’islam[23].

En mai 2015, un tribunal de la région nord du Sughd a condamné 10 hommes à huit ans et demi de prison chacun pour appartenance au Jamaat Ansarullah, un autre groupe islamique interdit en 2006. En février 2015, dans la même région, dans la ville d’Istaravchan, 13 autres hommes ont été condamnés à des peines de prison (de 9 à 12 ans) pour le même délit[24].

En septembre 2015, 14 hommes ont été arrêtés dans la ville de Nourek pour avoir arboré un drapeau de l’État islamique. Le mois précédent, un groupe d’adolescents avait été arrêté à Shaartuz pour le même délit[25].

En juillet 2015, à la suite à la décision d’un tribunal, quelque 80 sites islamiques ont été interdits. Le Ministère de l’Intérieur tadjik a aussi publié sur son site web une liste de ceux-ci[26].

Pour tous les groupes religieux dans le pays, les contacts internationaux sont très limités. Depuis le début de 2015, le CÉAR a constamment refusé les demandes de divers groupes reconnus de pouvoir inviter leurs coreligionnaires de l’étranger pour participer à des événements religieux. En juillet 2015, on a refusé la demande de l’Église orthodoxe russe d’inviter deux savants orthodoxes d’Ouzbékistan à participer à une conférence. Aucune raison n’a été donnée pour le refus[27]. D’autres communautés religieuses ont eu des problèmes semblables[28]. Malheureusement, l’approbation du CÉAR est nécessaire même pour inviter une personne étrangère dans la communauté locale et même si l’invitation n’a pas de connotation religieuse. En effet, les autorités pourraient interpréter la simple présence d’un étranger à un service liturgique comme étant une activité religieuse illégale.

L’enseignement religieux sans l’autorisation de l’État est un délit passible de sanctions. En décembre 2014, deux musulmans, Komiljon Akhrorov et Sayidmumin Rashidov, ont été arrêtés à Vahdat pour avoir enseigné le Coran et l’islam à des enfants d’âge scolaire chez eux[29].

En juillet 2015, dans la région de Sughd, la police a perquisitionné l’appartement d’un Témoin de Jéhovah, Nazira Oripova, où 12 croyants s’étaient rassemblés pour prier et pour étudier la Bible. Par la suite, 8 des 12 ont été accusés d’enseignement illégal de la religion dans un appartement privé. Les Témoins de Jéhovah, qui ont été interdits en 2007, ont tenté sans succès de se faire reconnaître par l’État. Le CÉAR a refusé leur demande d’inscription pour la troisième fois en septembre 2014.

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Les libertés générales ont connu une détérioration progressive dans les deux dernières années, y compris la liberté religieuse, avec des contrôles de plus en plus stricts par l’État.


[1] The Diplomat, 15 septembre 2015

[2] Annual Report 2015, United States Commission on International Religious Freedom

[3]The Diplomat, 24 juin 2015

[4] Forum 18 News Service, 1 avril 2015.

[5] The Diplomat, 2 octobre 2015 et Interfax Religion, 29 septembre 2015.

[6] Forum 18 News Service, 25 septembre 2015.

[7] The Diplomat, 2 octobre 2015.

[8] Radio Free Europe/Radio Liberty, 29 octobre 2015.

[9] Radio Free Europe/Radio Liberty, 25 novembre 2015.

[10] Radio Free Europe/Radio Liberty, 20 juillet 2015.

[11] Interfax Religion, 22 janvier 2014.

[12] Asia-Plus, 14 janvier 2014.

[13] Radio Free Europe/Radio Liberty, 14 avril 2015.

[14] Eurasianet, 13 octobre 2015.

[15] Forum 18 News Service, 1 avril 2015.

[16] Eurasianet 1 April 2015.

[17] BBC, 21 janvier 2016 : « Le combat du Tadjikistan contre les barbus et la radicalisation ».

[18] The Diplomat, 15 septembre 2015.

[19] Eurasianet, 13 janvier 2016.

[20] Forum 18 News Service, 6 mai 2015.

[21] Radio Free Europe/Radio Liberty, 19 décembre 2014.

[22] Forum 18 News Service, 21 janvier 2015.

[23] Radio Free Europe/Radio Liberty, 11 décembre 2014; Interfax Religion, 19 juin 2015; Annual Report 2014, United States Commission on International Religious Freedom.

[24] Radio Free Europe/Radio Liberty, 4 mai 2015.

[25] The Diplomat, 1 septembre 2015.

[26] Interfax Religion, 6 July 2015.

[27] Forum 18 News Service, 7 janvier 2016.

[28] Forum 18 News Service, 25 septembre 2015.

[29] Forum 18 News Service, 21 janvier 2015.

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