Turkménistan

Chiffres clés


BBC – Même source pour la population, le système politique et les langues
Radio Free Europe/Radio Liberty, 12 mars 2015

Superficie :
488 100 km2

Population :
5 200 000


Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’actuel Président, Gurbanguly Berdymukhamedov, qui a pris la tête du gouvernement en 2007 après la mort du précédent président Saparmurat Niyazov (un ancien communiste qui avait gouverné le pays d’une main de fer après la dissolution de l’Union soviétique et créé un puissant culte de la personnalité), conserve lui aussi un pouvoir incontesté et le Turkménistan reste l’un des pays les plus répressifs du monde. En mars 2015, lorsque le président Berdymoukhammedov a adopté une loi autorisant les individus, les organisations et les groupes religieux à tenir des manifestations publiques « pacifiques »[1]. Un signe positif notoire. Les règles stipulent toutefois que celles-ci doivent se dérouler à au moins 200 mètres de tous les bâtiments du gouvernement, y compris la résidence du président lui-même, et ne peuvent pas être financées par des particuliers ou des gouvernements étrangers.

La Loi sur la religion, promulguée en 2003 et modifiée en 2007, interdit toute activité religieuse non enregistrée. En janvier 2014, de nouvelles dispositions dans le Code administratif accroissent les sanctions contre la plupart des activités religieuses « illégales »[2].

Le pays a plus de 120 groupes religieux inscrits auprès des autorités, dont une centaine de musulmans, sunnites ou chiites, 13 orthodoxes russes et 10 autres groupes religieux minoritaires, comme les catholiques, les bahá’ís, les Hare Krishna et les protestants[3].

L’enseignement religieux privé est interdit. Les musulmans ne sont pas autorisés à voyager à l’étranger pour leurs études, alors que les orthodoxes, qui ne possèdent pas d’établissements d’enseignement au Turkménistan pour leur propre clergé, sont autorisés à étudier à l’étranger. Les ouvrages à contenu religieux sont soumis à un régime de censure obligatoire par le Conseil des affaires religieuses (CAR) – un organisme gouvernemental composé de représentants du gouvernement, de l’islam sunnite et de l’Église orthodoxe russe – qui surveille et encadre toutes les questions religieuses. L’objection de conscience au service militaire est une infraction punissable par la loi.

 

Incidents

La communauté catholique est petite, composée surtout de diplomates et de descendants d’immigrés polonais. En général, elle est libre d’agir sans grandes restrictions. Présente dans le pays depuis 1997 avec un bureau de la nonciature apostolique ayant statut diplomatique, l’Église catholique au Turkménistan a été formellement reconnue en 2010 par le Ministère de la Justice. Aujourd’hui, il y a environ 160 catholiques baptisés et à peu près autant de catéchumènes qui sont desservis par trois prêtres et cinq frères religieux[4].

En automne 2014, un chauffeur de taxi protestant dans la ville septentrionale de Dashoguz, a été condamné à une amende et a vu son taxi confisqué parce qu’il avait parlé de sa foi à ses clients[5].

Le 22 octobre 2014, en vertu d’une amnistie présidentielle proclamée à l’occasion du 23e anniversaire de l’indépendance du Turkménistan de l’Union soviétique, les autorités ont libéré six Témoins de Jéhovah, emprisonnés pour objection de conscience, ainsi que deux autres, qui avaient été arrêtés pour des infractions liées au libre exercice de leurs croyances religieuses[6]. Un autre membre du groupe, Ruslan Narkolayev, condamné en septembre 2014 à deux ans d’emprisonnement, encore une fois pour avoir refusé de faire son service militaire, a été libéré le 17 février 2015. Il a été libéré avec un protestant, Umid Gojayev. Celui-ci avait été emprisonné en 2012 et condamné à une peine d’emprisonnement de quatre ans sur une accusation de « hooliganisme » même si cette action était évidemment une forme de représailles pour ses croyances religieuses[7].

Malgré la libération de prisonniers et d’autres signes positifs, les croyants ont continué à subir des perquisitions, des amendes, des emprisonnements et la saisie de matériel religieux. Ces mesures punitives ont été effectuées en réponse à leurs tentatives d’exprimer librement leur foi ou à des violations présumées de la Loi sur la religion. Ces dernières années, beaucoup de musulmans qui adhèrent à des versions de l’islam non reconnues par l’État, ainsi que les protestants et les Témoins de Jéhovah, ont été arrêtés, condamnés à des amendes, emprisonnés ou envoyés en exil intérieur pour leurs croyances ou leurs activités religieuses. La majorité de ces prisonniers d’opinion sont incarcérés dans le camp de travail de Seydi, dans la région Lebap, où ils sont exposés à des conditions difficiles et souvent soumis à la torture.

Le 6 février 2015, les Témoins de Jéhovah Viktor Yarygin, Rustam Nazarov, Charygeldy Jumaev et Jamilya Adylova ont été arrêtés. Ils ont tous été interrogés et battus et l’un d’entre eux, Jumaev, a perdu connaissance à cause des coups qu’il a reçus. Tous les quatre ont été condamnés pour hooliganisme.

En février 2015, Narmurad Mominov, chef d’une communauté protestante à Galkynysh, dans la région orientale de Lebap, a été condamné à une amende, après que la police a perquisitionné sa maison. Mominov avait déjà été condamné à une amende pour ses activités religieuses, et ses parents – qui ne sont pas impliqués dans les activités de sa communauté – ont subi des pressions pour le forcer à quitter sa maison, avec sa femme et son fils.

En mai 2015, Bahram Hemdemov, un Témoin de Jéhovah, a été torturé et condamné à quatre ans de prison sur l’accusation d’« incitation à la discorde interreligieuse » pour avoir accueilli chez lui une réunion religieuse le 14 mars de cette même année avec 38 de ses coreligionnaires. Ses biens ont été confisqués, y compris sa voiture. La plupart des autres ont été condamnés à une amende[8].

L’emprisonnement de Hemdemov a suivi de nombreuses autres arrestations de Témoins de Jéhovah dans les premiers mois de 2015.

Un certain nombre de parents se sont plaints que, au début de l’année scolaire 2014-2015, on leur a demandé de signer des déclarations dans certaines écoles à Achgabat affirmant que leurs enfants n’appartenaient pas à des organisations religieuses. Ceux qui ont refusé ne se sont pas confrontés à des répercussions directes, mais ont été néanmoins victimes d’un climat de suspicion et de tensions. Dans une école, les photos d’enfants d’une église protestante locale ont été épinglées sur le tableau d’affichage de l’établissement avec un message qui disait « Voici les enfants de parents appartenant à des sectes. Faites attention et méfiez-vous ! »

Les musulmans subissent l’ingérence et la domination de l’État d’une manière plus évidente que les autres religions. Le gouvernement surveille toutes les nominations, les transferts et les promotions des imams, à travers les pays et ses régions. Les formes de l’islam autres que celles approuvées et promues par l’État sont souvent décrites comme « wahhabites » et l’emprisonnement est le prix que les membres de ces groupes doivent payer pour leur indépendance. On ne sait pas combien de musulmans sont actuellement en prison ou dans des camps de travail[9].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Au cours de l’année 2015-2016, on constate quelques petits signes d’amélioration au Turkménistan au sujet des droits de l’homme et une légère ouverture vers l’Occident. Cependant, à cause de l’absence presque totale d’autres sources d’information que les « officielles », il est difficile d’établir la portée réelle de ces changements et de leurs conséquences.

Le Turkménistan est parfois appelé le « royaume ermite » parce que le gouvernement veut l’isoler du reste du monde. Les violations de la liberté religieuse dans le pays sont si « systématiques » que l’agence de nouvelles Forum 18 qualifie la répression des autorités comme étant « quasi scientifique »[10]. Avec le gouvernement qui encadre strictement l’information, les groupes religieux doivent se soumettre à ce que la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde (USICRF) appelle des « critères intrusifs »[11]. Selon le report du USICRF de 2016, « les perquisitions et le harcèlement par la police des groupes religieux inscrits ou non-inscrits se répètent.[12] » Les défenseurs des droits de l’homme et d’autres militants sont confrontés à la menace constante de détention, un instrument fréquemment utilisé comme représailles politiques par le gouvernement. L’absence totale d’informations indépendantes, ainsi que la difficulté d’accès au pays pour les observateurs internationaux et les interdictions fréquentes pour les résidents qui souhaitent voyager à l’étranger rendent extrêmement difficile l’obtention des renseignements fiables sur la situation réelle dans le pays.

Aujourd’hui, le Turkménistan connaît une période de grande incertitude. La forte baisse du prix du gaz naturel, et la réduction des revenus qui en résulte ont eu des répercussions graves, notamment la montée du chômage[13]. Le gouvernement envisage même d’abandonner le système des subventions socio-économiques qui lui ont permis de dominer la population pendant plus de 20 ans[14]. En plus, les tensions à la frontière afghane n’ont cessé de s’accroître au cours de 2015 forçant le Turkménistan à y déployer 70 % de ses forces armées et de son armement[15].

Avec l’appui de son clan, le président Gourbangouly Berdymoukhammedov, au pouvoir depuis 2006, maintient ce que Human Rights Watch décrit comme un « pouvoir illimité et une domination totale sur tous les aspects de la vie publique »[16]. Comme son prédécesseur, le président actuel a également encouragé un culte de la personnalité autour de lui[17]. En mai 2015, il a fait ériger une statue de 21 mètres en son honneur, plaquée en or 24 carats, financée par des « dons » de tous les fonctionnaires[18]. Une commission constitutionnelle, présidée par le président, étudie actuellement une révision de la Constitution en vue de prolonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans et de relever la limite d’âge au-delà de 70 ans. Ces modifications, si elles sont approuvées, non seulement renforceront le pouvoir autoritaire de Berdymoukhammedov sur le pays, mais elles sont susceptibles de lui permettre de devenir président à vie[19].

Décrit comme l’un des 15 pays les plus corrompus de la planète[20], le Turkménistan apparaît toujours sur la liste noire de l’ONG Freedom House en tant que l’un des pays les plus répressifs au monde sans le moindre respect pour les libertés civiles[21]. Selon Reporters sans frontières, il est aussi l’avant-avant-dernier dans le classement mondial de la liberté de la presse[22]. En raison de ses graves violations de la liberté religieuse[23], et sur la recommandation de l’USCIRF, en juillet 2014, le département d’État américain a finalement ajouté le Turkménistan à sa liste des « pays particulièrement préoccupants ». L’USCIRF a renouvelé cette même recommandation dans son rapport 2016[24].

Le gouvernement ne tolère aucune forme de dissidence et censure toute la presse et tous les médias électroniques. De nombreux sites Web, y compris les médias sociaux et les services de messagerie, ont été bloqués[25]. Les autorités ont ciblé à plusieurs reprises Radio Azatlyk, le service turkmène de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), qui est la seule source d’informations alternatives en langue turkmène. Depuis mars 2015[26], les autorités dans la ville d’Achgabat ont forcé les résidents à enlever leurs antennes paraboliques afin d’empêcher l’accès à toute autre source d’information différente, menaçant d’imposer des amendes à ceux qui refuseraient de les enlever « volontairement »[27].

En ce qui concerne les développements positifs, pour la première fois en 12 ans, une délégation turkmène était présente à la réunion de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur la mise en œuvre de la dimension humaine[28]. Aussi, peut-être en raison des difficultés économiques du pays, Achgabat a, au cours de 2015, augmenté ses contacts avec les gouvernements étrangers et les organisations internationales. Néanmoins, pour le moment, il ne semble pas que cela ait eu un impact significatif sur les droits de l’homme.

En janvier 2015, le gouvernement a annoncé son intention de créer le poste de protecteur du citoyen pour les droits de l’homme. À l’exception de quelques réunions et ateliers tenus au Turkménistan sur ce sujet, la proposition n’a pas, pour le moment, dépassé le stade de discussion[29].

 


[1] Radio Free Europe/Radio Liberty, 12 mars 2015.

[2] United States Commission on International Religious Freedom, Annual Report, 2014 (Rapport sur la liberté religieuse dans le monde 2014).

[3] United States Commission on International Religious Freedom, Annual Report, 2014 (Rapport sur la liberté religieuse dans le monde 2014).

[4] Southworld web magazine, 1 novembre 2015, http://www.southworld.net/turkmenistan-a-small-community-moving-forward/

[5] Forum 18 News Service, 12 mars 2015.

[6] AsiaNews, 28 octobre 2014.

[7] Forum 18 News Service, 18 février 2015.

[8] Forum 18 News Service, 21 mai 2015.

[9] Forum 18 News Service, 28 octobre 2014 et 21 mai 2015.

[10] AsiaNews, citation tirée de Forum 18, http://www.asianews.it/news-en/Everyday-religious-repression-12973.html

[11] http://www.uscirf.gov/sites/default/files/USCIRF%202016%20Annual%20Report.pdf

[12] Ibid.

[13] Radio Free Europe/Radio Liberty, 7 mars 2016.

[14] AsiaNews, 2 octobre 2015.

[15] Radio Free Europe/Radio Liberty, 7 mars 2016.

[16] Human Rights Watch, World Report 2013 : Turkmenistan (Rapport mondial : Turkménistan), https://www.hrw.org/world-report/2013/country-chapters/turkmenistan

[17] Ibid.

[18] AsiaNews, 26 mai 2015.

[19] Radio Free Europe/Radio Liberty, 15 février 2016.

[20] Eurasianet, 29 janvier 2016.

[21] Eurasianet, 29 avril 2015.

[22] AsiaNews 26 mai 2015.

[23] The Diplomat, 24 septembre 2014.

[24] http://www.uscirf.gov/sites/default/files/USCIRF%202016%20Annual%20Report.pdf

[25] Human Rights Watch, Annual Report, 2016

[26] Human Rights Watch, 19 mai 2015.

[27] 100 manats valent à peu près 25 euros. Le salaire moyen par mois dans le pays (en 2013) était d’environ 1 300 manats. Source : http://www.nationmaster.com/country-info/profiles/Turkmenistan/Cost-of-living

[28] Human Rights Watch, 23 septembre 2015.

[29] Human Rights Watch, Annual Report (rapport annuel), 2015.

Rechercher un pays

Dernières actualités

No feed items found.