Yémen

Chiffres clés

Superficie :
536 869 km2

Population :
25 600 000

Musulmans :
Sunnites : 65 %
Chiites : 34 %

Contexte

Le Yémen est une République dotée d’une Constitution, un président, un parlement et un pouvoir judiciaire indépendant. Le président est le commandant en chef de l’armée. Ces dernières années, différents groupes de la société – chiites, sunnites, djihadistes et combattants tribaux – se sont souvent affrontés, laissant le pays le plus pauvre du Moyen-Orient dans une situation de guerre civile permanente.

Le parlement, qui compte 301 sièges, est élu pour un mandat de six ans. Depuis l’unification du Yémen du Nord et du Yémen du Sud en 1990, trois élections parlementaires ont eu lieu – en 1993, en 1997 et en 2003. Les élections de 2009 n’ont pas été organisées en raison d’un différend sur une réforme de la loi électorale. Depuis 1999, le chef de l’État est élu au suffrage direct. L’ancien président Ali Abdullah Saleh a démissionné en 2012. À sa place, Abd Rabo Mansour Hadi, le seul candidat de consensus, a été élu pour une période transitoire de deux ans afin de former un gouvernement d’unité nationale. Les rebelles chiites houthistes dans l’ex-Yémen du Nord, avec l’appui de l’ex-président Saleh, se sont soulevés contre le gouvernement en 2014. Hadi a démissionné en janvier 2015 et il a fui vers Aden. De ce fait, les rebelles ont saisi le palais présidentiel[1].

En mars 2015, une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite est intervenue au Yémen pour arrêter les rebelles avec le soutien des États-Unis, de l’Égypte, des Émirats et de la France. Malgré un accord de cessez-le-feu en avril 2016, les combats entre troupes gouvernementales et rebelles houthistes continuent, provoquant des dizaines de morts[2]. Abdulmalik Al-Houthi, le leader houthiste, et Ahmed Ali Abdullah Saleh, fils de l’ancien président, ont été interdits de séjour au Yémen par l’Union européenne et leurs actifs gelés. Cette décision a été prise en réponse à leurs actions, considérées comme nuisibles à la paix et à la stabilité du Yémen. Deux autres houthistes ainsi que l’ex-président Ali Abdullah Saleh ont subi les mêmes restrictions en décembre 2014[3].

Pour les organisations d’aide internationale, la situation au Yémen est critique. Pour cette raison, elles ont lancé un appel pour la paix. Selon un rapport conjoint de 16 ONG publié en avril 2016, 6 610 Yéménites ont été tués depuis le début de l’intervention militaire et 2,75 millions de personnes ont fui leurs maisons. À peu près 82 % de la population du pays dépend de l’aide humanitaire et environ 25 % de la population est sous la menace imminente de famine[4]. Les organisations d’aide signalent également la détérioration de la situation sécuritaire pour eux-mêmes, avec plusieurs incidents, y compris des attaques contre des membres de leur personnel et des enlèvements[5].

 

Situation juridique

La Constitution de 1994 affirme que le Yémen est un pays arabe, islamique et un état indépendant (article 1) avec l’islam comme religion d’État (article 2). L’article 3 stipule que « la loi islamique est la source de toutes les lois. » Ni la Constitution ni les autres lois ne protègent la liberté de religion, mais la liberté de pensée est protégée « dans les limites de la loi » et la Constitution proclame l’adhésion du pays au droit international des droits de l’homme. Le prosélytisme est interdit, ainsi que la conversion de l’islam à une autre religion. Se moquer de la religion est aussi interdit. La construction de mosquées et d’autres lieux de culte doit être approuvée, mais on ne signale pas de refus quand des non-musulmans ont demandé de construire leurs lieux de culte. Les religieux non-musulmans sont autorisés à porter des vêtements liturgiques et les services religieux et liturgiques non-musulmans sont permis. L’éducation religieuse islamique est obligatoire dans les écoles publiques, mais elle ne l’est pas dans les institutions d’enseignement privé. D’autres types d’éducation religieuse ne sont pas offerts dans les écoles publiques. Récemment, le gouvernement de transition a assoupli certaines restrictions par rapport aux différentes pratiques et expressions religieuses, y compris en levant l’interdiction des commémorations publiques des jours saints chiites de l’Achoura et l’Aïd al-Ghadir. La commémoration publique des jours saints chiites a donné lieu, de temps en temps, à des affrontements avec des groupes sunnites[6].

Le gouvernement en exil reconnu par la communauté internationale a été affaibli par la prise de pouvoir des houthistes et il n’a pas la capacité de faire respecter les lois contre les violations des droits de l’homme. Selon le Rapport 2015 sur droits de l’homme du Département d’État américain, cela s’est traduit pas un certain nombre de violations des droits de l’homme comme des exécutions arbitraires, des disparitions, des enlèvements et d’autres actes de violence commis par divers groupes. Le rapport énumère également les violations des droits associés à la vie privée, ainsi qu’à la liberté de parole, de presse, de réunion, d’association, de religion et de mouvement[7].

 

Incidents

On signale le meurtre de trois chrétiens évangéliques allemands – deux coopérants dans le domaine du développement et leur fils – en septembre 2014, cinq ans après leur enlèvement.

En décembre 2015, des inconnus ont fait sauter l’église de l’Immaculée-Conception dans le quartier Moualla d’Aden. Construite dans les années 1960, à l’époque coloniale britannique, l’Église catholique était dans un état d’abandon et elle avait déjà été gravement endommagée au mois de mai par une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite[8].

En mars 2016, des combattants islamistes ont tué 16 personnes, dont quatre sœurs de la congrégation de Mère Teresa, originaires du Rwanda, d’Inde et du Kenya, dans une attaque contre un foyer chrétien pour personnes âgées. Un prêtre salésien d’origine indienne a aussi été enlevé au moment de l’attaque et il est toujours porté disparu[9]. Dans une entrevue avec une publication catholique autrichienne, Mgr Paul Hinder, vicaire apostolique de l’Arabie du Sud, a indiqué que bientôt on pourra compter le nombre de chrétiens encore au Yémen « sur les doigts d’une main[10] ». Depuis l’attaque, la vie liturgique dans les quatre paroisses catholiques au Yémen est presque au point mort. Après la prise de contrôle par les Houthistes, les représentants de la communauté chrétienne affirment qu’ils sont sous surveillance accrue, de telle sorte que les chrétiens se font de plus en plus discrets afin de ne pas attirer l’attention[11].

Des cinq prêtres salésiens qui vivaient au Yémen, trois ont quitté le pays. Au moment de la rédaction de ce rapport, l’Église catholique n’a que deux prêtres sur place, dont celui qui a été enlevé. Deux congrégations féminines sont aussi présentes au Yémen.

Selon l’Agence juive, Israël a évacué un groupe de 19 juifs à la mi-mars 2016 dans une mission secrète, ce qui laisse environ 50 juifs au Yémen, retranchés dans un secteur fermé à Sanaa. Depuis la création d’Israël, quelque 51 000 juifs yéménites ont été amenés en Israël, la quasi-totalité dans les années 1949-50[12].

Selon un rapport de Human Rights Watch, un membre de la foi bahaïe, détenu depuis décembre 2013, est condamné à la peine de mort. Dans l’acte d’accusation, le procureur a inculpé Hamed Kamal Muhammad bin Haydara, entre autres, d’insulte à l’islam et d’apostasie en vertu du Code pénal du Yémen [13].

En 2015, des extrémistes islamistes affiliés à Daech (État islamique) ont revendiqué une série d’attaques contre des mosquées chiites affiliées aux houthistes[14].

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Malgré des tentatives du gouvernement de transition d’assouplir les restrictions et d’assurer l’égalité des droits sans distinction de race, de sexe, de langue, de croyance ou d’handicap, le gouvernement en exil a été incapable de faire respecter l’État de droit au pays. La discrimination demeure un problème grave. Les houthistes ont refusé d’approuver un projet de Constitution parachevé en janvier 2015[15]. Le conflit en cours menace la cohésion de la société, ce qui rend très difficile un dialogue national. Le Yémen est devenu aussi une base pour des groupes islamiques radicaux, ce qui aggrave l’instabilité du pays[16]. Les combats incessants et les vives tensions à travers le pays demeurent une source de préoccupations par rapport à la liberté religieuse.

 


[1] http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/humanrightsreport/index.htm?year=2015&dlid=252937#wrapper

[2] http://www.securitycouncilreport.org/monthly-forecast/2016-04/yemen_21.php

[3] http://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2015/06/08-yemen-un-sanctions/

[4] http://oxf.am/Z7ZT; https://www.care.de/meldungen/meldung/News/detail/jemen-waffenstillstand-muss-halten-oder-tausende-mehr-werden-sterben/

[5] https://www.icrc.org/en/document/yemen-icrc-staff-abducted-sanaa; http://www.dahw.de/presse3/aktuelle-pressemitteilungen/entfuehrte-aerzte-in-jemen-sind-wieder-frei

[6] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238486

[7] http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/humanrightsreport/index.htm?year=2015&dlid=252955

[8] http://www.reuters.com/article/us-yemen-security-idUSKBN0TS1D220151209

[9] http://www.bbc.com/news/world-middle-east-35735947;

[10] http://www.kirchenzeitung.at/newsdetail/rubrik/es-gibt-kaum-mehr-christen-im-jemen/

[11] http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238486

[12] http://mfa.gov.il/mfa/israelexperience/people/pages/the-historic-end-of-aliyah-from-yemen-21-mar-2016.aspx; http://www.jewishagency.org/blog/1/article/46201

[13] https://www.hrw.org/news/2016/04/01/yemen-bahai-adherent-faces-death-penalty; http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2014&dlid=238486

[14] http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/humanrightsreport/index.htm?year=2015&dlid=252955

[15] http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/humanrightsreport/index.htm?year=2015&dlid=252955

[16] http://www.bbc.com/news/world-middle-east-14704852

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