Italie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 78.3%

Agnostiques : 14.5%

Athées : 3.7%

Musulmans : 2.7%

Autres : 0.8%

Superficie : 302073 m2

Population : 59801000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La législation italienne garantit la liberté de religion ou de croyance et la reconnaît comme un droit fondamental. L’article 3 de la Constitution exprime le principe de non-discrimination pour motifs religieux, disposant que « tous les citoyens ont une même dignité sociale et sont égaux devant la loi, sans distinction de sexe, de race, de langue, de religion, d’opinions politiques, de conditions personnelles et sociales ».1 L’article 19 garantit le droit pour chaque individu de « professer librement sa foi religieuse sous quelque forme que ce soit, individuellement ou collectivement, d’en faire propagande et d’en exercer le culte en privé ou en public, à condition qu’il ne s’agisse pas de rites contraires aux bonnes mœurs ». L’article 8 de la Constitution garantit que « toutes les confessions religieuses sont également libres devant la loi ».

L’Italie n’a pas de religion d’État mais le catholicisme est la religion de la plupart des citoyens italiens. L’article 7 de la Constitution affirme que l’État italien et l’Église catholique sont indépendants et souverains, et que les accords du Latran de 1929, amendés en 1984, gouvernent leurs relations. L’administration permet à l’Église catholique de sélectionner les enseignants qui assurent l’instruction religieuse dans les écoles publiques.

Les relations entre l’État et les confessions autres que le catholicisme sont régies par la loi, sur la base d’accords respectivement passés avec chacune des organisations religieuses. Avant de faire une demande pour conclure un tel accord, l’organisation doit être reconnue par le Ministère de l’Intérieur comme ayant la personnalité morale, conformément à la loi n°1159/29. La demande est ensuite soumise au cabinet du Premier ministre. Un accord permet aux ministres du culte d’accéder aux hôpitaux publics, aux prisons et aux casernes militaires. Il permet l’enregistrement civil des mariages religieux, il facilite les pratiques religieuses spéciales (en particulier les funérailles) et dispense également les élèves d’aller à l’école pendant les fêtes religieuses. Les groupes religieux n’ayant pas passé d’accord peuvent demander au Ministère de l’Intérieur à bénéficier de ces avantages au cas par cas. Un accord permet également à un groupe religieux de recevoir des fonds collectés par l’État par l’intermédiaire de ce qu’on appelle le « huit pour mille », une déduction obligatoire (de 0,8 %) de l’impôt sur le revenu annuel des contribuables.

Douze confessions non catholiques ont passé un accord avec l’État italien, et un accord est en cours de négociation avec les Témoins de Jéhovah depuis 1997.

Il n’y a pas d’accord avec la communauté musulmane, alors qu’elle représente le plus grand groupe non-chrétien d’Italie, et que 32,6 % de la population immigrée est musulmane.2 L’absence d’accord résulte en fait de l’absence de dirigeant musulman reconnu et officiel pour négocier avec le gouvernement. Néanmoins, le Ministère de l’Intérieur italien a essayé de traiter des questions liées à l’islam en créant un Conseil pour l’islam italien en 2005 et en élaborant à la fois la « Charte des valeurs de la Citoyenneté et de l’intégration », en 2007, et la « Déclaration d’intention pour une Fédération de l’islam italien », en 2008.

En 2016, le « Conseil pour les relations avec l’islam italien » a été créé sous l’égide du Ministère de l’Intérieur pour sensibiliser à la présence de l’islam et approfondir le dialogue avec la communauté musulmane. Par la suite, le 1er février 2017, le « Pacte national pour un islam italien » a été signé entre le Ministère de l’Intérieur et les représentants des principales associations musulmanes italiennes. Dans ce document, toutes les parties s’engagent à : « encourager le développement et la croissance du dialogue », « veiller à ce que les lieux de culte maintiennent des normes décentes conformément à la législation en vigueur » et «garantir que les sermons du vendredi soient effectués ou traduits en italien ».3

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018), un « Observatoire des minorités religieuses dans le monde et du respect de la liberté religieuse » a également été créé par le Ministère des Affaires étrangères italien et de la coopération internationale.4 L’activité de l’Observatoire fait partie de la politique étrangère italienne en faveur de la protection et de la promotion de la liberté religieuse.

Incidents

Les catholiques ont exprimé leur inquiétude à propos du sentiment anti-ecclésiastique et de la promotion de valeurs anti-chrétiennes. Ils sont souvent critiqués lorsqu’ils expriment publiquement leurs opinions sur des questions sociales et éthiques telles que l’avortement, le mariage homosexuel et l’euthanasie.

Le 14 décembre 2017, une loi régissant les volontés sur la fin de vie a été adoptée. Elle permet aux personnes gravement malades de refuser un traitement qui prolongerait leur vie. Beaucoup de voix au sein de l’Église l’ont critiqué. Le Secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, a déclaré : « L’une des déficiences de cette loi est qu’elle ne prévoit pas d’objection de conscience pour les médecins, les agents de santé et les institutions catholiques ».5 La Ministre de la Santé Beatrice Lorenzin a répondu qu’elle garantirait l’objection de conscience des médecins, mais, au moment de la rédaction du présent rapport, rien n’avait été fait à cet égard.

Le 5 avril 2018, la municipalité de Rome a ordonné le retrait d’une grande affiche anti-avortement mettant en vedette un fœtus de 11 semaines in utero. L’affiche avait été produite par l’association pro-vie « Pro Vita », et avait causé de nombreuses protestations de militants pro-avortement, dont des responsables politiques.6

Quelques mois plus tôt, la municipalité de Rome a également fait retirer une affiche dépeignant Jésus-Christ comme un pédophile et la Vierge Marie comme étant enceinte en raison d’une gestation pour autrui.7

Le 10 mars 2018, dans la ville de Sant’Angelo Lodigiano, une statue de la Vierge Marie a été trouvée décapitée.8 À Castelnuovo Don Bosco, l’urne contenant le cerveau de Saint Jean Bosco a été volée dans la basilique salésienne dans la nuit du 2 juin 2017. Le coupable a par la suite été arrêté.9 En mars 2018, une statue de la Vierge Marie a été volée dans le parc des martyrs à Rome.10

La communauté musulmane s’est plainte de discrimination sociale, en particulier envers les musulmanes portant un hijab.11 Nadia Bouzekri, Présidente de l’Association des jeunes musulmans en Italie, a déclaré qu’elle avait été insultée par un employé d’aéroport parce qu’elle avait refusé d’enlever son hijab devant d’autres personnes.12

Une enquête du Pew Research Center a classé l’Italie deuxième sur 10 pays européens en ce qui concerne les préjugés contre les musulmans. Il ressort de l’enquête que 69 % de la population a une vision négative des musulmans.13 Un rapport de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) a également observé des préjugés anti-musulmans persistants au sein de la société italienne.14

Il est difficile d’évaluer si cette partialité est due à des motifs religieux ou si elle est liée à un sentiment anti-immigré en général, vu que les immigrés sont perçus comme étant la plupart du temps musulmans. Les musulmans sont également assimilés aux terroristes islamiques et sont considérés comme potentiellement dangereux. Cela a également été remarqué par la Commission Jo Cox, commission du Parlement italien sur la haine, l’intolérance, la xénophobie et le racisme.15 Le rapport final de la Commission a confirmé les niveaux élevés de préjugés et de désinformation en Italie, avec des formes généralisées d’intolérance religieuse et de discrimination. Selon le rapport, 40 % des Italiens estiment que les migrants non-chrétiens représentent une menace pour la société italienne, tandis que 26,9 % s’opposent à la construction de bâtiments pour les religions non-chrétiennes, et 41,1 % s’opposent à la construction de mosquées.16

Un phénomène que l’Italie devra certainement traiter dans un proche avenir est le risque de radicalisation des détenus musulmans. Dans son 14ème rapport sur les conditions de détention en Italie, l’Association Antigone pour les droits des détenus a noté que le nombre de détenus à risque de radicalisation avait augmenté de 72 % en 2017.17

En juin 2016, la communauté juive italienne a salué comme un succès l’approbation de la loi 115 qui criminalise la négation de la Shoah. Selon l’Observatoire sur l’antisémitisme, il y a eu au moins 215 cas d’antisémitisme en Italie au cours des deux dernières années. La plupart d’entre eux étaient des attaques antisémites en ligne, dont un commentaire déposé sur Facebook par un maire d’Italie du Nord qui insultait le peuple juif lors de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste,18 et les commentaires antisémites d’un sénateur du parti politique « Mouvement cinq étoiles ».19

En octobre 2017, les fans de l’équipe de football du Lazio ont posé des autocollants d’Anne Frank sur le maillot de l’équipe rivale, l’AS Roma, avec des slogans du genre « les fans de l’AS Roma sont juifs ».20 Plusieurs cas de vandalisme ont également été signalés, comme la destruction de la plaque commémorative de l’Holocauste à Arezzo en janvier 201821, et le vol de deux « Stolpersteine22 » à Collegno23 et à Venise.24

[greybox]Perspectives pour la liberté religieuse[/greybox]

L’immigration et le droit européen contraignent le gouvernement italien à faire face à la croissance de communautés religieuses non-chrétiennes et surtout de l’islam, dont le nombre de fidèles sera en croissance constante jusqu’à atteindre 8,3 % de la population en 205025 selon une étude du Pew Research Center.  À cet égard, la signature du « traité national pour un islam italien » est une étape positive, qui indique clairement que le gouvernement est en train de créer les structures nécessaires pour promouvoir et protéger la liberté de religion.

Le risque de radicalisation des détenus est une question délicate à aborder, ainsi que les attitudes antisémites et le droit des catholiques à affirmer leurs propres opinions dans la sphère publique.

 


  1. Constitution italienne de 1947, amendée en 2012 : http://www.wipo.int/edocs/lexdocs/laws/fr/it/it037fr.pdf
  2. ‘Dossier Statistico Immigrazione 2017,’ Centro Studi e Ricerche IDOS, Edizioni IDOS, Rome, 2017.
  3. Italian Ministry of Home Affairs, 1er février 2017, http://www.interno.gov.it/sites/default/files/patto_nazionale_per_un_islam_italiano_1.2.2017.pdf
  4. Avvenire, 13 juillet 2017, https://www.esteri.it/mae/en/sala_stampa/interviste/2017/07/alfano-un-osservatorio-per-la-liberta.html
  5. Agensir.it, 20 décembre 2017, https://agensir.it/quotidiano/2017/12/20/biotestamento-card-parolin-a-tv2000-obiezione-coscienza-legittima/
  6. Corriere della Sera, 7 avril 2018, http://roma.corriere.it/notizie/cronaca/18_aprile_07/manifesto-provita-ora-campagna-social-polemiche-il-blitz-31fd341a-3a68-11e8-a94c-7c30e3109c4d.shtml
  7. Il Giornale, 1er juillet 2017, http://www.ilgiornale.it/news/manifesti-blasfemi-su-ges-e-maria-roma-1415342.html
  8. Il Giorno, 10 mars 2018, https://www.ilgiorno.it/lodi/cronaca/statua-madonna-decapitata-1.3779133
  9. La Repubblica, 5 mars 2018, http://torino.repubblica.it/cronaca/2018/03/05/news/rubo_la_reliquia_di_don_bosco_condannato_a_due_anni_e_20_giorni-190525651/
  10. Alessia Marani, Il Messaggero, 28 mars 2018, https://www.ilmessaggero.it/roma/cronaca/forte_bravetta_furto_messe_nere_madonna-3630953.html
  11. Secolo d’Italia, 31 janvier 2018, http://www.secoloditalia.it/2018/01/musulmani-indignati-in-italia-sono-discriminate-le-donne-col-velo-islamico/
  12. Zita Dazzi e Massimo Pisa, La Repubblica, 28 septembre 2017, http://milano.repubblica.it/cronaca/2017/09/28/news/velo_aeroporto_orio_al_serio-176769065/
  13. Pew Research Center, 11 juillet 2016, http://assets.pewresearch.org/wp-content/uploads/sites/2/2016/07/14095942/Pew-Research-Center-EU-Refugees-and-National-Identity-Report-FINAL-July-11-2016.pdf
  14. ‘ECRI Report on Italy (fifth monitoring cycle),’ European Commission against Racism and Intolerance, 7 juin 2016, https://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/Country-by-country/Italy/ITA-CbC-V-2016-019-ITA.pdf
  15. ‘Relazione Finale’, Commissione “Jo Cox” sull’intolleranza, la Xenofobia, il Razzismo e i Fenomeni di Odio, p. 76-78, 6 juillet 2017, http://website-pace.net/documents/19879/3373777/20170825-JoCoxCommission-IT.pdf
  16. Ibid, p.46
  17. Associazione Antigone, 19 avril 2018, http://www.antigone.it/quattordicesimo-rapporto-sulle-condizioni-di-detenzione/
  18. Il Corriere della Sera, 28 janvier 2018, http://milano.corriere.it/notizie/cronaca/18_gennaio_28/varese-giorno-memoria-post-offensivo-sindaca-leghista-a0a92556-044c-11e8-a380-b73a51b76dad.shtml
  19. Il Fatto Quotidiano, 12 mars 2018, https://www.ilfattoquotidiano.it/2018/03/12/m5s-la-neoeletta-senatrice-marinella-pacifico-segnalata-ai-probiviri-per-suoi-post-su-facebook/4220107/
  20. Matteo Pinci, La Repubblica, 23 octobre 2017, http://www.repubblica.it/sport/calcio/serie-a/lazio/2017/10/23/news/tifosi_razzismo_comunita_ebraica_curva_sud-179128194/
  21. Caludia Faili, Arezzo Notizie, 24 janvier 2018, http://www.arezzonotizie.it/attualita/vandali-allex-cimitero-ebraico-targa-commemorativa-divelta-lo-sdegno-della-citta-gesto-indegno/
  22. Un stolperstein, littéralement « pierre d’achoppement », est un pavé cubique en béton portant une plaque de laiton sur laquelle sont inscrits les noms et les dates de vie des victimes de l’extermination nazie ou de la persécution.
  23. La Stampa, 14 février 2018, http://www.lastampa.it/2018/02/14/cronaca/rubata-la-pietra-dinciampo-davanti-alla-certosa-reale-di-collegno-la-rimetteremo-presto-V7Twpp12w0FvJuPEupZC3I/pagina.html
  24. Corriere del Veneto, 3 janvier 2018, http://corrieredelveneto.corriere.it/venezia-mestre/cronaca/18_gennaio_31/venezia-divelta-pietra-d-inciampo-dedicata-gustavo-corinaldi-69879aec-068d-11e8-84c8-b489e35f6e43.shtml
  25. Pew Research Centre, 29 novembre 2017, http://assets.pewresearch.org/wp-content/uploads/sites/11/2017/11/06105637/FULL-REPORT-FOR-WEB-POSTING.pdf