Palestine

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 81%

Juifs : 11.7%

Agnostiques : 5.7%

Chrétiens : 1.4%

Autres : 0.2%

Superficie : 6020 m2

Population : 4797000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’Assemblée Générale des Nations Unies, le Conseil de sécurité des Nations Unies et la Cour internationale de justice considèrent que les Territoires palestiniens sont sous occupation israélienne.1 Ces Territoires existent depuis juin 1967, quand Israël a conquis des zones qui appartenaient alors à la Jordanie et à l’Égypte, dont Jérusalem-est, la Cisjordanie et Gaza. En 1993, dans le cadre du processus dit d’Oslo, Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) se sont mutuellement reconnus de façon formelle. Un an plus tard, l’Autorité Palestinienne (AP) (nationale) a été créée en tant qu’institution pour gérer l’autonomie palestinienne dans certaines partie de la Cisjordanie et de Gaza, mais pas à Jérusalem-est, qu’Israël considère comme faisant partie intégrante de sa capitale.

Depuis lors, les négociations bilatérales entre Israéliens et Palestiniens pour créer deux États existant côte à côte n’ont pas été couronnées de succès. En 2005, Israël s’est retiré de la bande de Gaza, mais continue de contrôler l’accès à cette bande. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza. Depuis lors, plusieurs conflits armés ont éclaté entre Israël et le Hamas. Entre-temps, les Territoires Palestiniens ont été partagés entre le gouvernement internationalement reconnu à Ramallah, et la bande de Gaza contrôlée par le Hamas.2 En novembre 2012, l’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu la Palestine en tant qu’État observateur non membre. La Palestine est actuellement reconnue par 137 États.

Le Fatah, qui contrôle l’AP en Cisjordanie, et le Hamas, ont signé un accord de réconciliation le 11 octobre 2017. Le Hamas a accepté de transférer à l’Autorité palestinienne le contrôle administratif de Gaza et du passage frontalier de Rafah vers l’Égypte. En contrepartie, l’Autorité palestinienne a levé ses sanctions pour alléger le blocus économique de Gaza.3

Le gouvernement américain estime que la population palestinienne est de 2,7 millions en Cisjordanie et de 1,8 million dans la bande de Gaza.4 Le Bureau central de statistiques d’Israël considère que 536 600 juifs israéliens vivent à Jérusalem, soit environ 61 % de la population totale de la ville, qui s’élève à 882 652 personnes.5 Selon la même source, Jérusalem abrite environ 332 600 Palestiniens, dont environ 12 000 chrétiens palestiniens et 2000 chrétiens non-palestiniens. Selon le Bureau central de statistiques, environ 400 000 juifs israéliens vivent dans des colonies israéliennes en Cisjordanie. Environ 50 000 chrétiens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem, et un autre millier à Gaza. La plupart des chrétiens sont grecs orthodoxes, les autres chrétiens étant des catholiques romains, des gréco-catholiques (melkites), des orthodoxes syriens, des arméniens apostoliques, des catholiques arméniens, des coptes, des maronites, des orthodoxes éthiopiens, des épiscopaliens, des luthériens et des fidèles d’autres confessions protestantes. Les chrétiens se trouvent principalement à Jérusalem-est, Bethléem, Ramallah et Naplouse. Il y a aussi quelque 360 samaritains (une émanation de l’ancien judaïsme), de petits groupes de chrétiens évangéliques et de Témoins de Jéhovah à Jérusalem et en Cisjordanie.5 Le statut de Jérusalem-est est encore contesté et provoque des tensions récurrentes.

D’après le Rapport sur l’administration palestinienne de 19226, publié par les autorités britanniques de l’époque, les chrétiens représentaient 9,6 % de la population en 1922 (de Palestine et Transjordanie). De nos jours, on estime qu’ils représentent entre 1 et 2,5 % de la population de Cisjordanie7 et moins de 1 % dans la bande de Gaza.8

La Palestine n’a pas de Constitution, c’est donc la loi fondamentale palestinienne qui fait office de Constitution.9 L’article 4 dispose : « l’islam est la religion officielle en Palestine. Le respect de la sainteté de toutes les autres religions monothéistes est garanti. Les principes de la charia islamique sont la source principale du droit ». Conformément à l’article 9, « les Palestiniens sont égaux en droit et devant la justice, sans distinction fondée sur la race, le sexe, la couleur de peau, la religion, les opinions politiques ou le handicap ». L’article 18 indique : « La liberté de croyance, de culte et d’exercice des fonctions religieuses est garantie, sous réserve du respect de l’ordre public et des bonnes mœurs ». L’article 101 précise que « les questions réglées par la charia et les questions de statut des personnes relèvent de la compétence des  tribunaux religieux et de la charia, conformément à la loi ».

Le 1er avril 2014, l’AP a signé plusieurs traités relatifs aux droits de l’homme, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et la Convention relative aux droits de l’enfant. Auparavant, en 2007, l’AP avait également ratifié la Charte arabe des droits de l’homme. Ces écrits traitent tous de divers aspects de la liberté de religion.10

La conversion de l’islam à une autre religion n’est pas explicitement interdite par la loi, même si, dans la pratique, tout converti doit faire face à une forte pression sociale. Le prosélytisme est interdit.

Par décret présidentiel de 2001, les maires de certaines municipalités – telles que Ramallah, Bethléem, Beit Jala et sept autres – sont nécessairement des chrétiens palestiniens, même si les chrétiens ne sont pas majoritaires dans ces villes.11 Un autre décret présidentiel de 2005 attribue six sièges aux chrétiens au sein du Conseil législatif palestinien (qui comporte 132 membres).5 Jusqu’en 2006, un siège était réservé à la communauté des samaritains, qui vit sur les pentes du Mont Garizim près de Naplouse.[12 Le président Abbas a des ministres et des conseillers chrétiens. Les chrétiens sont également présents dans les services diplomatiques et l’administration de l’AP.

Un décret présidentiel de 2008 reconnaît officiellement 13 Églises. Il s’agit notamment de l’Église catholique romaine, de l’Église grecque orthodoxe et de l’Église arménienne. Les tribunaux ecclésiastiques jugent des affaires relevant du statut personnel, dont les questions de mariage, divorce et d’héritage, conformément aux lois ecclésiastiques. Les autres Églises, principalement évangéliques, ne sont pas officiellement enregistrées mais peuvent agir librement. Cependant, elles ne disposent pas des mêmes droits, s’agissant des questions de statut personnel.

En 2015, l’Accord global entre le Saint-Siège et l’État de Palestine a été signé par les deux parties. Il est entré en vigueur en janvier 2016. Il traite des aspects essentiels de la vie et de l’activité de l’Église catholique en Palestine, dont sa liberté de fonctionnement et celle des chrétiens de pratiquer leur foi et de participer pleinement à la société.13 Cet Accord est le premier du genre dans le monde arabo-musulman.

La décision du président américain Donald Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, et donc de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, a suscité des tensions, entraînant des manifestations violentes dans la bande de Gaza et à Jérusalem.

greybox]Incidents[/greybox]

À Pâques 2018, le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires, une unité du Ministère israélien de la défense, a décidé de restreindre l’accès des chrétiens à Israël. Selon lui, cela est dû au fait que les années précédentes, les personnes en provenance de Gaza étaient restées plus longtemps en Israël que ce qui était autorisé. Seuls les chrétiens âgés de 55 ans et plus et les enfants de moins de 16 ans ont été autorisés à entrer en Israël pour Pâques.14 Israël diminue en général les restrictions d’accès pendant les fêtes religieuses afin de permettre aux Palestiniens de visiter les lieux saints à Jérusalem. Un dirigeant chrétien à Gaza, qui s’est exprimé sous couvert de l’anonymat, a déclaré que de telles restrictions signifiaient en fait qu’il n’y avait à peu près qu’un tiers des 1100 membres de la communauté à être autorisés à entrer en Israël pour célébrer Pâques. Wadie Abunassar, porte-parole de l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre Sainte, a déclaré que les restrictions étaient « très tristes », ajoutant que Pâques est un jour de fête familial et qu’il n’était « pas raisonnable » de permettre aux parents d’entrer en Israël tout en « renvoyant leurs enfants à Gaza ».5

La situation dans la bande de Gaza est extrêmement préoccupante. Dans un entretien publié dans le numéro de juin 2017 de l’association pro Terra Sancta, Tommaso Saltini, son directeur, a déclaré qu’il avait « toujours été impressionné par la richesse de la présence chrétienne à Gaza. C’est une petite communauté, mais elle est pleine d’espérance », malgré « les grandes souffrances qu’elle a vécues. Elle aide toujours tout le monde sans distinctions ».15

Le père Mario da Silva, curé de l’église de la Sainte famille, la seule paroisse catholique romaine de la bande de Gaza, a déclaré dans un entretien publié en avril 2018 qu’en six ans, le nombre de chrétiens dans la bande de Gaza est passé de 4500 à seulement 1000.16 Le père da Silva travaille avec 12 religieuses de différentes congrégations (les Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matará, les Missionnaires de la Charité, et les Sœurs du Saint Rosaire).

Selon le père da Silva, « les jeunes qui ont été autorisés à visiter les lieux saints à Jérusalem et à Bethléem lors de la dernière fête de Pâques ne sont pas revenus. […] Ils sont restés dans la ville où Jésus est né et ont trouvé un emploi, posant les fondations d’une vie nouvelle. C’est pour cela qu’ici, les gens veulent partir. […] Les chrétiens vivent principalement en s’endettant, en faisant leurs achats à crédit au supermarché et en promettant de payer plus tard. Les organismes de bienfaisance chrétiens aident en remboursant les dettes. Les chômeurs sont obligés de mendier et de compter sur la générosité des autres ».17 Il a ajouté : « Avec l’aide d’institutions telles que les Œuvres  Pontificales Missionnaires ou le Patriarcat latin de Jérusalem, l’Église essaie de donner du travail à plus de 30 jeunes pour qu’ils ne partent pas, parce que ce sont surtout eux qui partent ».5

Ce prêtre, né au Brésil, a insisté sur le fait que l’Église était impliquée dans la « préservation de l’intégrité de la foi, sa défense, et l’enseignement aux chrétiens de la manière de vivre au milieu des difficultés et d’une majorité musulmane ».18 Il a ajouté que l’Église locale aidait également les membres d’autres religions : « la communauté chrétienne est très petite alors qu’il y a 2 millions de musulmans. Eux aussi sont dans le besoin. Nous avons toujours ouvert les portes de nos écoles ou de notre église en temps de guerre pour accueillir ceux qui cherchaient refuge. »19

Le père da Silva a déclaré que les chrétiens de Gaza se sentaient abandonnés par la communauté internationale et qu’ils aimeraient que d’autres Églises et des catholiques du monde entier leur accordent « plus d’attention ».5 « Le monde ne prête attention à nous qu’en cas de guerre. Heureusement, il y a certains groupes et institutions comme les Œuvres  Pontificales Missionnaires, les amis de la Terre Sainte et quelques autres qui nous aident », a ajouté le père da Silva.5

Les chrétiens de Gaza sont maintenant confrontés à de nouveaux défis, l’un d’eux étant l’infiltration possible de miliciens de l’État islamique (Daech) dans la bande, en raison de sa proximité de la péninsule du Sinaï et de la frontière égyptienne à Rafah. Les miliciens de l’État islamique ont été actifs dans la péninsule du Sinaï et ont ciblé les chrétiens.

[greybox]Perspectives pour la liberté religieuse[/greybox]

Il n’y a pas de liberté religieuse dans les Territoires palestiniens sous contrôle de l’Autorité Palestinienne, dans le sens où les citoyens auraient le droit de suivre une religion ou non et de passer d’une religion à une autre. Néanmoins, il y a un haut niveau individuel et collectif de liberté du culte. Les chefs de l’AP se félicitent publiquement de la présence et de la contribution des chrétiens palestiniens.

La situation des chrétiens est plus compliquée à Gaza. Le Hamas tolère le petit groupe de chrétiens et leurs institutions dans certaines limites qui excluent le prosélytisme actif. Gaza abrite des groupes très radicaux qui ont menacé les chrétiens locaux. Les musulmans palestiniens et les chrétiens de Cisjordanie et de Gaza souffrent de l’occupation israélienne, qui limite également l’exercice de leur liberté religieuse. Israël réglemente l’accès des musulmans et des chrétiens de Cisjordanie et de Gaza à leurs lieux saints à Jérusalem-est. Les résidents des zones contrôlées par l’AP ne peuvent se rendre à Jérusalem-est sans un permis délivré par l’administration civile israélienne des territoires. Dans de nombreux cas, les permis ne sont pas accordés, ou ils sont délivrés à certains membres d’une famille, mais pas à d’autres. Les chefs de l’Église dénoncent régulièrement l’opacité et l’arbitraire de la pratique. Dans la plupart des cas, la violence des colons contre les lieux musulmans et chrétiens dans les territoires reste impunie.

Les chrétiens sont pris en étau entre les camps, et pour beaucoup d’entre eux, la situation devient de plus en plus difficile.

 


 

  1. La situation de Gaza est plus compliquée. Israël prétend ne plus occuper Gaza, mais il contrôle néanmoins six de ses sept postes frontaliers, ainsi que ses zones maritimes et son espace aérien. Iain Scobbie, “Southern Lebanon”, in Elizabeth Wilmshurst (ed.), International Law and the Classification of Conflicts, Oxford, Oxford University Press, 2012, p. 295.
  2. 5970 km² pour les territoires de Cisjordanie et 365 km² pour Gaza.
  3. RULAC – The Geneva Academy, 31 janvier 2018, http://www.rulac.org/news/the-armed-conflict-in-israel-palestine
  4. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, International Religious Freedom Report for 2017 – Israel, Golan Heights, West Bank, and Gaza, U.S. Department of State, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?dynamic_load_id=280988&year=2017#wrapper
  5. Ibid
  6. Institute for the Study of Modern Israel – EMORY College for Arts and Sciences, 2017, http://ismi.emory.edu/home/resources/primary-source-docs/1922report.pdf
  7. The Central Intelligence Agency, 4 juin 2018, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/we.html
  8. The Central Intelligence Agency, 4 juin 2018, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/gz.html
  9. The Palestinian Basic Law, 2003, http://www.palestinianbasiclaw.org/basic-law/2003-amended-basic-law. En français : Palestine, loi fondamentale du 18 mars 2003 : http://mjp.univ-perp.fr/constit/ps2005.htm
  10. Jerusalem Institute of Justice, http://www.jij.org.il/wp-content/uploads/2015/03/Palestinian-Freedom-of-Religion.pdf
  11. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, op. cit.
  12. Jim Ridolfo, Digital Samaritans: Rhetorical Delivery and Engagement in the Digital Humanities, Digital Culture Books, https://quod.lib.umich.edu/cgi/t/text/idx/d/drc/13406713.0001.001/1:11/–digital-samaritans-rhetorical-delivery-and-engagement?g=dculture;rgn=div1;view=fulltext;xc=1
  13. Jo-Anne Rowney, Catholic Herald, 4 janvier 2016, http://www.catholicherald.co.uk/news/2016/01/04/vatican-recognises-palestine-state-as-historic-treaty-comes-into-force/
  14. The Times of Israel, 30 mars 2018, https://www.timesofisrael.com/gaza-christians-dismayed-as-israel-restricts-entries-over-easter/
  15. Pro Terra Santa, June 2017, https://www.proterrasancta.org/en/help-us-bring-light-to-the-christians-in-gaza-the-appeal-of-the-parish-priest-fr-mario-da-silva/
  16. María Ximena Rondón, Catholic News Agency, 10 avril 2018, https://www.catholicnewsagency.com/news/as-palestinian-christians-flee-gaza-priest-expresses-grave-concern-57321
  17. AsiaNews, 28 février 2017, http://www.asianews.it/news-en/For-Gaza-priest,-a-forgotten-people-sees-hope-in-war-to-receive-aid-40063.html
  18. “For Gaza priest, a forgotten people sees hope in war to receive aid”, op. cit.
  19. María Ximena Rondón, op. cit.