Afghanistan

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 99.8%

Autres : 0.2%

Superficie : 652864 m2

Population : 33370000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

 

Les musulmans sunnites représentent 85% de la population afghane. Le reste de la population est majoritairement composée de musulmans chiites, faisant principalement tous partie du groupe ethnique des hazaras. La Constitution du pays reconnaît officiellement 14 ethnies, dont les pachtounes, les tadjiks et les hazaras.1 Les pachtounes, vivant principalement dans le sud et sud-est, représentent la plus grande ethnie (estimé à 42 % de la population), ils sont suivis par les tadjiks (environ 27 %) vivant dans le nord et le nord-est du pays.2

En ce qui concerne les petites communautés non-musulmanes du pays, l’ONG  « Conseil national des hindous et des sikhs » a rapporté en décembre 2016 que ces deux communautés ne comptaient plus que 200 familles, soit environ 900 personnes. Aucune estimation fiable concernant les chrétiens et les bahaïs, n’est disponible, puisqu’ils ne pratiquent pas ouvertement leur religion. À la fin du 20e siècle, la petite communauté juive afghane avait émigré en Israël ou aux États-Unis. Un seul juif serait resté dans le pays.3

L’article 62 de la Constitution afghane dispose que le pays est une République islamique. Le Président et le vice-Président du pays sont tenus d’être musulmans. L’article 2 accorde aux croyants non-musulmans le droit de pratiquer librement leur religion selon les limites de la loi. L’article 3 dispose qu’« aucune loi en Afghanistan ne peut contrevenir aux principes et aux dispositions de la sainte religion islamique ». Un certain nombre des lois gouvernementales ainsi que des traditions locales restreignent la liberté des religions minoritaires. Le blasphème en Afghanistan comprend les écrits et discours anti-islamiques. Les crimes de cette nature sont considérés comme des infractions majeures, conformément à l’interprétation que font les tribunaux de la loi islamique (charia). La peine de mort est applicable si l’accusé ne se rétracte pas dans les trois jours. L’éducation religieuse islamique est obligatoire dans les écoles publiques et privées.

Les musulmans qui se convertissent à une autre religion sont considérés comme ayant commis une apostasie, « selon l’école de jurisprudence hanafite [musulmane sunnite], applicable devant les tribunaux ».4 Mais, il obtient miséricorde si la personne se rétracte dans les trois jours. Toutefois, si l’individu ne le fait pas, « il sera passible de la sanction pour apostasie ».4 Le converti peut être tué, emprisonné ou voir ses biens confisqués, conformément au code de droit sunnite hanafite.

Les hindous et les sikhs se sont vu octroyer une représentation au Parlement en 2016. Le président afghan, Ashraf Ghani, a pris des mesures pour autonomiser ces communautés et leur trouver du travail. Même si elles sont autorisées à pratiquer leur foi dans des lieux de culte publics et sont représentées au Parlement au moyen de nominations présidentielles, les communautés hindoue et sikhe ne sont pas en mesure d’accomplir leurs rites funéraires religieux, car il n’y a pas de crématoriums dans le pays. Le Conseil national des hindous et des sikhs a déclaré qu’à chaque fois que des cérémonies avaient lieu dans des zones résidentielles, des conflits surgissaient avec la communauté musulmane locale.5

Bien qu’il n’y ait pas de restrictions explicites à la capacité des groupes religieux minoritaires d’établir des lieux de culte ou de former leur clergé, il y a en réalité très peu de lieux de culte pour les religions minoritaires. Il n’y a pas d’églises chrétiennes publiques. Toutefois, les installations militaires de la coalition et les ambassades offrent des lieux de culte pour les non-afghans.5

Le christianisme est considéré comme une religion occidentale et étrangère à l’Afghanistan. Pour des raisons de sécurité, les quelques familles hindoues et chrétiennes célèbrent leurs fêtes religieuses en privé. Une décennie de contrôle militaire par les forces internationales a augmenté la méfiance générale envers les chrétiens. L’opinion publique est ouvertement hostile envers les chrétiens qui font du prosélytisme auprès des musulmans.5 Les chrétiens afghans pratiquent leur culte seuls ou en petits groupes dans des maisons privées. Selon les organisations missionnaires chrétiennes, de petites églises domestiques cachées se trouvent dans tout le pays, avec chacune moins de dix membres. Malgré une promesse constitutionnelle de tolérance religieuse, ceux qui sont chrétiens restent vulnérables.6

L’Église catholique est présente en Afghanistan sous la forme d’une mission « sui iuris » basée à l’ambassade d’Italie à Kaboul. Les missions « sui iuris » sont des territoires qui ne se rattachent à aucun ordre, vicariat ou préfecture apostolique. Le premier supérieur de cette mission, le père Giuseppe Moretti, un prêtre barnabite italien, a pris sa retraite en novembre 2014. Son successeur, le père Giovanni Scalese, un autre prêtre barnabite italien, a été installé en janvier 2015.7 Quant aux congrégations religieuses, il y a trois petites Sœurs de Jésus engagées dans un service de santé publique ; cinq sœurs des Missionnaires de la Charité, ordre fondé par Mère Teresa, au service des orphelins et des enfants handicapés ; trois sœurs de la Communauté Pro Bambini de Kaboul assurant l’éducation des orphelins et des enfants handicapés.8

Depuis la déclaration de 2007 de la Direction générale des fatwas de la Cour suprême d’Afghanistan, qui a déclaré que la foi bahaïe était blasphématoire et que ses disciples étaient des infidèles, la communauté vit dans un relatif anonymat.

L’inscription sur les listes électorales et le vote aux élections législatives, prévues pour octobre 2018, devaient initialement avoir lieu dans des écoles, établissements de santé et lieux de culte, mais les extrémistes, opposés au gouvernement, ont été jugés susceptibles de mener des attaques pendant ces élections. Le 14 avril, lorsque débuta l’inscription des électeurs en vue des élections législatives, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a, au moment de la rédaction du présent rapport, confirmé 23 incidents de sécurité liés aux élections : 86 morts civils, 185 blessés – en majorité des femmes et des enfants 9 – et l’enlèvement de 26 civils. Des extrémistes sunnites ciblaient les « apostats » chiites par des attentats à la bombe dans les quartiers peuplés de chiites. C’est ainsi qu’une bombe a explosé en avril 2018 dans un centre d’inscription électoral à Kaboul, tuant 57 personnes.

En ce qui concerne les activités nationales de l’État islamique de la province du Khorasan (EIPK), groupe affilié à Daech, le rapport de 2017 sur la liberté religieuse du Département d’État américain précise : « L’EIPK a accusé les musulmans chiites du pays d’avoir rejoint les milices qui luttent contre l’EIPK en Syrie et en Irak pour justifier ses attaques. L’EIPK a également accusé les chiites du pays d’être favorables au gouvernement, et a ciblé le personnel militaire et de sécurité pendant leurs célébrations cultuelles dans les mosquées chiites ».

Après l’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis en 2001, les groupes ethniques et religieux historiquement défavorisés, en particulier les chiites, ont été en mesure d’occuper des postes de premier plan dans les secteurs public et privé. L’ascension socio-politique des musulmans chiites a été l’une des raisons pour lesquelles les groupes extrémistes continuent de cibler les musulmans chiites qu’ils considèrent comme des apostats « bons à tuer ». Faisant référence à l’extrémisme au Proche-Orient, l’ancien secrétaire d’État américain, John Kerry a déclaré en mars 2016 : « C’est un fait que l’État islamique tue les chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, les yazidis parce qu’ils sont yazidis, les chiites parce qu’ils sont chiites ».

Les milices, les anciens chefs talibans, certains rapatriés de Syrie et des groupes affiliés à l’État islamique en Afghanistan, dont l’EIPK, continuent d’attaquer les mosquées et les quartiers chiites. Les mosquées chiites sont estimées à plus de 10 000 dans le pays. L’État islamique a attaqué les principales mosquées chiites, dont la mosquée Al Zahra à Kaboul et la mosquée de l’imam Mohammad Baqir dans la ville d’Herat.

Incidents récents

 

De janvier 2016 à novembre 2017, la MANUA a recensé 51 attaques – assassinats ciblés, enlèvements et actes d’intimidation – contre des personnes et des lieux de culte, lors d’attaques liées à des violations de la liberté religieuse. Au cours de cette période, 850 civils ont été victimes de ces incidents (273 tués et 577 blessés), soit presque le double du nombre de victimes civiles enregistrées entre 2009 et 2015.10

Dans un acte de représailles à l’encontre du gouvernement afghan pour avoir détenu un chef taliban local, 17 musulmans chiites hazaras ont été enlevés – puis libéré – par les talibans en juin 2016. En juillet 2016, deux kamikazes de l’État islamique ont ciblé une manifestation de musulmans chiites hazaras à Kaboul, tuant au moins 80 personnes et en blessant plus de 400 autres.

Les 11 et 12 octobre 2016, lors de deux attaques distinctes, la communauté chiite a été ciblée pendant la fête d’Achoura – une journée de jeûne marquant l’accostage de l’arche de Noé et  la victoire de Moïse sur les Égyptiens avec l’aide de Dieu. L’État islamique en a revendiqué la responsabilité. Au cours de la première attaque au sanctuaire de Karte à Kaboul, au moins 19 personnes ont été tuées et des dizaines ont été blessées. Le lendemain, une bombe a explosé dans une mosquée de Khoja Gholak, dans la province de Balkh, causant 14 morts et 30 blessés, principalement tous des enfants.

Toujours en octobre 2016, l’État islamique a enlevé et tué 30 civils de la région à majorité chiite de la province de Ghor.

En novembre 2016, 40 jours après l’Achoura, lors de la cérémonie religieuse d’Arbaïn, un autre kamikaze de l’État islamique a tué au moins 32 et blessé plus de 50 fidèles à Kaboul.11

Le 20 octobre 2017, un kamikaze de l’EIPK a tué 57 fidèles et en a blessé 55 autres, dont des femmes et des enfants, lorsqu’une grenade a été jetée dans la section féminine d’une mosquée chiite Imam-e-Zaman à Kaboul. L’agresseur a ensuite fait exploser sa ceinture d’explosifs à l’intérieur de la mosquée.10

En décembre 2017, l’EIPK a mené une attaque contre le centre social et culturel Tabayan de Kaboul, fréquenté par les chiites, faisant 41 morts. Au moins sept attaques contre des musulmans chiites auraient eu lieu en 2017, causant la mort de près de 150, et blessant 300 personnes. De telles attaques coïncident souvent avec des cérémonies religieuses chiites tels que Lailat-Al-Qadr, Achoura, le mois de Mouharram, ou l’anniversaire de Hazrat Mahdi.12

En 2017, treize chiites hazaras travaillant dans des mines de charbon ont été tués à cause de leur foi et l’EIPK a décapité trois musulmans chiites hazaras.

En avril 2018, des miliciens ont ciblé les chiites « apostats », y compris ceux qui se rassemblaient dans un centre d’inscription électoral à Kaboul, la capitale. 57 personnes ont été tuées, dont 22 femmes et 8 enfants, et il y a eu plus de 100 blessés. L’État islamique a revendiqué la responsabilité de l’attaque dans une déclaration publiée par son agence de presse Aamaq.

Perspectives pour la liberté religieuse

 

La liberté religieuse est garantie par la Constitution, mais en réalité, la vie est très difficile pour les non-musulmans en Afghanistan. Une légère amélioration a pu être observée pour certaines minorités religieuses, au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018), mais la situation générale reste préoccupante. La plus importante cause d’inquiétude est l’augmentation constante de la violence, les milices sunnites ciblant les lieux de culte et le clergé chiite. Au moment d’écrire le présent rapport, une augmentation des actes terroristes était prédite pour les élections législatives d’octobre 2018. En réponse aux attaques de groupes extrémistes sunnites, le gouvernement afghan a tenté de renforcer la sécurité et a offert des armes aux civils vivant près des mosquées chiites. En ciblant les mosquées de cette communauté pendant leurs célébrations religieuses, les milices cherchent à empêcher les chiites hazaras de pratiquer librement leur foi.

Les attaques contre les chefs religieux progressistes en Afghanistan se sont aggravées, en particulier pour ceux qui travaillent dans des commissions interconfessionnelles et des rassemblements de chefs tribaux et musulmans. Plusieurs organisations gouvernementales et non gouvernementales ont mis en place des initiatives visant à combler le fossé qui existe entre musulmans chiites et sunnites, mais les personnes ayant assisté à ces événements ont été sévèrement ciblées en 2017.

La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan a relevé durant l’année 2017,  11 attaques contre des chefs religieux et deux sur l’ensemble de l’année 2016. Cette tendance à la hausse souligne les tensions entre musulmans sunnites et chiites et l’instabilité générale dans le pays.

 

  1. “The World Factbook – Afghanistan”, Central Intelligence Agency, 12 juillet 2018, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/af.html
  2. “World Directory of Minorities and Indigenous Peoples – Afghanistan”, Minority Rights Group International, http://minorityrights.org/country/afghanistan/
  3. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2017 Report on International Religious Freedom – Afghanistan, U.S. Department of State, http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2017&dlid=281016
  4. US State Department, International Religious Freedom Report 2017 https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  5. Betwa Sharma, “The Few Remaining Hindus and Sikhs In Afghanistan Fight For One Seat In Its Parliament – On the verge of becoming confined to the pages of Afghan history”, Huffington Post, 23 septembre 2016, https://www.huffingtonpost.in/2016/09/23/facing-extinction-in-afghanistan-hindus-and-sikhs-fight-for-one_a_21476942/
  6. “Afghanistan”, Presbytarian Mission, https://www.presbyterianmission.org/ministries/global/afghanistan/
  7. O Clarim, 18 mai 2018, http://www.oclarim.com.mo/en/2018/05/18/exclusive-interview-with-father-giovanni-scalese-on-the-church-in-afghanistan-2-between-rome-and-kabul/
  8. “Patrick Cardinal O’Boyle Council #11302”, Knights of Columbus, juillet 2015, https://oboyle.dcknights.org/index.php/afghanistan-roundtable
  9. Au cours des 23 incidents, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan a recensé 27 femmes tuées et 70 blessées, 13 enfants tués et 29 blessés.
  10. “Protection of Civilians in Armed Conflict: Attacks Against Places of Worship, Religious Leaders and Worshippers”, UNAMA, 7 novembre 2017, https://unama.unmissions.org/sites/default/files/unama_report_on_attacks_against_places_of_worship_7nov2017_0.pdf
  11. “Annual Report of the U.S. Commission on International Religious Freedom – 2017”, United States Commission on International Religious Freedom, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/2017.USCIRFAnnualReport.pdf
  12. “Afghanistan – 2018 Annual Report of The United States Commission on International Religious Freedom”, United States Commission on International Religious Freedom, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/2018USCIRFAR.pdf