Albanie

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 60.8%

Chrétiens : 36.5%

Agnostiques : 2.4%

Autres : 0.3%

Superficie : 28748 m2

Population : 2904000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution albanaise, adoptée en octobre 1998, proclame que la République est un État laïc qui « respecte la liberté des croyances religieuses et crée les conditions de son exercice ». Cela est confirmé à l’article 24 : « Chacun est libre de choisir sa religion ou sa croyance ou d’en changer, ainsi que de les exprimer individuellement ou collectivement, en public ou dans la vie privée, par le culte, l’éducation… ou l’exécution de certains rites. » ((Constitution of the Republic of Albania, 28 novembre 1998, article 24, alinéa 2. https://www.osce.org/albania/41888)) L’article 18 interdit toute discrimination fondée sur des motifs religieux. ((Constitution of the Republic of Albania, 28 novembre 1998, article 24, alinéa 2. https://www.osce.org/albania/41888)) La destruction ou la détérioration d’objets de culte et les entraves aux cérémonies religieuses sont des infractions passibles de condamnation.

Certains Albanais s’auto-identifient comme faisant partie de groupes ethniques qui sont parfois directement liés à une religion en particulier. Selon le recensement de 2011, ces groupes ethniques sont : les Albanais pour 82,58 %, les Grecs pour 0,87 %, les Romanis pour 0,3 %, les Valaques pour 0,3 %, les Macédoniens pour 0,2 %, les Égyptiens balkaniques pour 0,12 %, d’autres ethnies pour 15,63 %. ((Census Knowledge Base, ‘Albania 2011 Census – A New Urban Rural Classification of Albanian Population’, 2014 – https://unstats.un.org/unsd/censuskb20/KnowledgebaseArticle10728.aspx))

Le gouvernement n’exige pas l’enregistrement ou l’autorisation des groupes religieux.

Le Comité d’État chargé des cultes, fondé en septembre 1999, réglemente les relations entre l’État et les communautés religieuses. Le Comité tient des registres et des statistiques sur les organisations religieuses étrangères qui le contactent pour obtenir de l’aide. Par ailleurs, les mouvements religieux peuvent acquérir le statut officiel de personne morale. Cela peut être fait en s’inscrivant auprès du Tribunal de district de Tirana, conformément à la loi sur les organisations à but non lucratif qui reconnaît le statut d’association sans but lucratif, que l’organisation soit à caractère culturel, religieux ou humanitaire. ((Decision 459 For the Establishment of the State Committee for Cults, 23 septembre 1999, http://www.legislationline.org/topics/country/47/topic/78))

Le Comité d’État chargé des cultes recense un total de 245 groupements, organisations et fondations à caractère religieux qui comprennent les quatre confessions traditionnelles de la nation – deux musulmanes (sunnite et bektachi) et deux chrétiennes (Église catholique romaine et Église orthodoxe autocéphale d’Albanie). Parmi les autres groupes présents, il convient de mentionner diverses confessions protestantes, ainsi que les bahaïs, les témoins de Jéhovah, l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (Mormons) et une petite communauté juive.

Le gouvernement a conclu des accords bilatéraux distincts avec l’Église catholique romaine, la communauté islamique albanaise, l’Église orthodoxe albanaise, le bektachisme mondial et la Fraternité évangélique d’Albanie, une organisation cadre protestante.

La loi interdit l’instruction religieuse dans les écoles publiques.

Selon les chiffres officiels, des groupes religieux gèrent 103 établissements d’enseignement au travers d’associations et de fondations affiliées. Ces écoles doivent être autorisées par le Ministère de l’éducation et du sport. Des groupes catholiques et musulmans gèrent de nombreuses écoles agréées par l’État. L’Église orthodoxe gère des écoles confessionnelles agréées par l’État et une université.

En octobre 2016, le Parlement albanais a adopté une résolution condamnant les crimes commis par l’ancien régime communiste à l’encontre de religieux. L’Agence pour la Restitution et l’Indemnisation des Biens a été fondée pour s’attaquer aux questions relatives aux biens religieux. L’Agence a délivré des certificats de propriété pour des centaines d’édifices religieux. Toutefois, la restitution des biens appartenant à des groupes religieux n’a pas été achevée. Le gouvernement a alloué 740 000 euros aux cinq communautés religieuses officielles en avril 2017. Les frais d’électricité pour les édifices religieux ont été abaissés. ((European Commission, ‘Albania 2018 Report’, 17 avril 2018, Strasbourg. https://eeas.europa.eu/sites/eeas/files/20180417-albania-report.pdf))

Les musulmans d’Albanie sont divisés en deux communautés : ceux qui adhèrent à une forme modérée d’Islam sunnite et ceux qui adhèrent à l’école bektachie (une forme particulièrement libérale de soufisme chiite). Les soufis bektachis, avec 2 millions de disciples en Albanie, sont les seuls musulmans chiites autochtones d’Europe (à l’exception de quelques chiites turcs dans une petite région de Turquie). Les bektachis n’exigent pas que les femmes portent le voile. Ils permettent aux femmes d’entrer dans les khabes (l’équivalent de l’église ou de la mosquée) et ne prient pas en arabe. Le siège du bektachisme se situe en Albanie.

Le christianisme en Albanie a été introduit au 1er siècle. Des vestiges de nombreuses églises paléochrétiennes, datant des premiers temps du christianisme, se trouvent dans tout le pays. Au moment de l’invasion turque à la fin du 15ème siècle, le nord de l’Albanie était majoritairement catholique, tandis que le milieu et le sud de l’Albanie étaient majoritairement orthodoxes.

La révolution communiste de 1945 a marqué le début de la persécution extrême de tous les groupes religieux. En 1967, l’Albanie est devenue le premier pays officiellement athée au monde. Son dirigeant, Enver Hoxha, a ordonné que tous les édifices religieux, dont 2169 églises, mosquées et monastères, soient démolis ou transformés en terrains de sport, en entrepôts ou en d’autres installations laïques. Environ 300 ecclésiastiques ont été condamnés à mort, à la prison ou à la déportation. Jusqu’à l’effondrement du communisme en 1991, toute expression publique de la foi était bannie.

Les dirigeants religieux et intellectuels de la communauté catholique albanaise ont été éliminés. Sur les sept évêques et 200 prêtres et religieuses qu’il y avait en Albanie avant la prise de pouvoir communiste, un seul évêque et 30 prêtres et religieuses ont été retrouvés en vie lorsque le régime communiste a pris fin. Après la chute du communisme, l’Église catholique a presque dû redémarrer sa mission à partir de zéro. Quelques nouvelles églises ont été construites et des paroisses et diocèses ont été érigés. Des séminaires ont ouvert. Jean-Paul II a fait une visite d’une journée dans le pays en 1993, au cours de laquelle il a ordonné quatre évêques. Le premier cardinal albanais a été nommé en 1994. En avril 2016, le Pape François a reconnu 38 martyrs albanais tués pendant la terreur communiste.

En novembre 2016, 20 000 Albanais et leurs invités ont assisté à la messe, dans la cathédrale Saint Etienne (Shen Shtjefni) de Shkoder, pour la béatification de ces 38 catholiques persécutés et morts sous le régime d’Enver Hoxha. Le processus de béatification des martyrs a débuté en 2002 et s’est achevé en 2010. Le décret autorisant cette béatification a été signé le 5 novembre 2016. ((Oculus News, Albanian Martyrs beatified by Catholic Church, novembre 2017,   http://www.ocnal.com/2016/11/albanian-martyrs-beatified-by-catholic.html))

En 1992, l’Église orthodoxe autocéphale d’Albanie a été rétablie. Après la chute du communisme, 250 églises orthodoxes ont été construites ou rouvertes. 100 prêtres autochtones ont été ordonnés.

En décembre 2017, le Président albanais IIir Meta a accordé la citoyenneté albanaise à l’archevêque Anastasios, chef de l’Église orthodoxe albanaise autocéphale. Dans sa lettre, le Président a souligné la grande contribution de l’archevêque « à la renaissance canonique et spirituelle complète de l’Église orthodoxe autocéphale d’Albanie ».((Ilda Mara, A Christmas Gift to the Orthodox Community in Albania, 25 décembre 2017, Albanian Daily News, http://www.albaniannews.com/index.php?idm=17493&mod=2))

La communauté évangélique compte environ 3000 membres, au sein de 160 Églises de toutes confessions, dont l’Église baptiste, l’Assemblée de Frères et l’Église luthérienne.

Les relations entre les musulmans albanais et les chrétiens sont généralement bonnes. Les membres de petites communautés confessionnelles culturellement isolées considèrent l’unité nationale comme plus importante que les différences religieuses. À Tirana, la capitale, les musulmans et les chrétiens partagent un cimetière commun.

En janvier 2015, les représentants des quatre principales religions d’Albanie – le chef de la communauté musulmane, le chef de l’Église orthodoxe, le chef des musulmans bektachis et le représentant de l’Église catholique – ont marché côte à côte à Paris, en France, pour soutenir les victimes de l’attentat de Charlie Hebdo.((Simon Crerar, The Albanian delegation at the Paris anti-terror march made a particularly powerful picture, BuzzFeed, 12 janvier 2015, https://www.buzzfeed.com/simoncrerar/albanian-delegation-paris-march?utm_term=.dalr0bznz#.kgGXRrLWL))

Selon une étude effectuée en 2017 par l’Institut albanais pour la démocratie, 73 % des Albanais croient dans les institutions religieuses plus qu’en toute autre chose. ((Institute for Democracy and Mediation, Public Opinion Poll “Trust in Governance 2016”, UNDP, 10 février 2017, http://www.al.undp.org/content/albania/en/home/library/democratic_governance/opinion-poll–trust-in-governance-2016–.html))

Incidents

Il n’y a pas eu d’incidents importants en ce qui concerne la liberté religieuse, au cours de la période de deux ans faisant l’objet du présent rapport.

Perspectives pour la liberté religieuse

La tolérance religieuse entre la communauté musulmane et les Églises orthodoxe et catholique reste l’un des piliers centraux de la stabilité au sein de la société albanaise. Toutefois, le manque d’éducation, la pauvreté et le chômage des jeunes constituent un terreau fertile pour l’endoctrinement idéologique islamiste.

L’influence croissante de la Turquie sur l’économie et la culture en Albanie pourrait avoir un impact significatif sur les relations interreligieuses dans un proche avenir. Le projet de construction de la plus grande mosquée des Balkans, pour une somme de 30 millions d’euros, prévue dans le centre-ville de Tirana, est le signe le plus visible de l’ambition turque croissante dans ce pays. Reste à voir si l’intérêt croissant de la Turquie pour l’Albanie prévaudra sur les objectifs d’adhésion à l’UE et si les enjeux géopolitiques affecteront la liberté de religion dans ce pays des Balkans.