Algérie

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 98.5%

Agnostiques : 1.3%

Chrétiens : 0.2%

Superficie : 2381741 m2

Population : 40376000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La grande majorité des personnes vivant en Algérie sont de confession musulmane sunnite. Il existe un groupe de plusieurs centaines de juifs locaux et officiellement, presque tous les chrétiens sont étrangers et viennent entre autres de l’Afrique subsaharienne. L’Église catholique, la plus grande communauté chrétienne, est organisée en quatre diocèses. Il y a aussi des communautés évangéliques, en particulier dans la région de Kabylie. Le nombre de citoyens musulmans convertis au christianisme est faible et, parmi eux, la majorité rejoint les communautés évangéliques.

Le préambule de la Constitution algérienne décrit l’islam comme un élément fondamental de l’identité du pays.1 Selon l’article 2 de la Constitution, l’islam est la religion de l’État. 2 L’article 10 interdit aux institutions publiques de faire quoi que ce soit contre la moralité islamique.3 Et, l’article 87 précise que seul un musulman peut devenir président.4 Le droit algérien ne considère pas l’apostasie comme un crime.

Les infractions liées à la religion sont visées à l’article 144 bis (2) du code pénal, qui prévoit que quiconque offense le prophète Mahomet ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie écrite ou orale ou tout autre moyen, est puni d’un emprisonnement de trois à cinq ans et/ou d’une amende de 50 000 à 100 000 dinars algériens (soit environ de 360 à 720 euros).5

En outre, bien que l’Algérie autorise les organisations religieuses à participer à des activités humanitaires, elle punit le prosélytisme effectué par des non-musulmans d’une amende et d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans.

En 2006, le président Abdelaziz Bouteflika a promulgué l’ordonnance 06/03 qui régit le culte religieux non-musulman. L’ordonnance interdit toute tentative de convertir un musulman à une autre religion ou même d’« ébranler la foi d’un musulman », bien qu’elle n’interdise pas la conversion en tant que telle. Le texte juridique puni quiconque qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion, ou utilise à cette fin des établissements d’enseignement, d’éducation, de santé, à caractère social ou culturel, ou des institutions de formation… ou tout moyen financier ».6

En vertu de l’ordonnance, les Algériens sont passibles d’une amende pouvant aller jusqu’à un million de dinars et d’une peine de cinq ans de prison pour l’impression, le stockage ou la distribution de matériels destinés à convertir des musulmans.7 Les livres et manuels chrétiens sont donc rares dans le pays, et les chrétiens ne se sentent pas libres d’avoir avec eux de la littérature chrétienne.

Tous les groupes religieux doivent s’inscrire auprès du Ministère de l’Intérieur avant d’entreprendre la moindre activité, et ils ne peuvent se réunir qu’à des endroits agréés par l’État.

Les questions de droit de la famille sont régies par la charia. Selon le code de la famille, un musulman peut épouser une femme non-musulmane si elle adhère à une foi monothéiste. Une musulmane ne peut épouser un non-musulman que si celui-ci se convertit à l’islam.8 Les enfants nés d’un père musulman sont considérés comme musulmans, quelle que soit la foi de la mère.

Incidents

En juillet 2017, un chrétien converti de l’islam, Slimane Bouhafs, a reçu une grâce présidentielle partielle. Il avait été arrêté en juillet 2016 et avait été accusé d’avoir « insulté l’islam et le Prophète Mahomet » dans des messages postés sur les réseaux sociaux. A l’occasion du 55e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a réduit sa peine de seize mois.9

En septembre 2017, Mohamed Fali, le chef de la petite communauté ahmadiyya du pays, a été reconnu coupable d’ « offenser l’islam » et a été condamné à une peine de six mois de prison avec sursis.10

En décembre 2017, Louis Martinez, de l’Église réformée de France, a été expulsé à son arrivée à l’aéroport d’Oran. Bien qu’aucune raison officielle n’ait été donnée, il a été rapporté que « les dirigeants de l’Église algérienne notent que cette expulsion correspond à un plus large schéma de refus d’accorder un visa aux personnes rendant visite à l’Église, ce qui semble faire partie d’une politique par laquelle les autorités algériennes restreignent la capacité des Églises algériennes de s’associer à des entités extérieures ».11

Le 2 mars 2018, une église ouverte depuis plus de six ans a reçu une notification officielle lui imposant de fermer ses portes. Au cours des trois mois précédents, trois églises affiliées à l’Église Protestante d’Algérie12 dans la région d’Oran ont également été forcées de fermer.13

Le 8 mars 2018, deux frères, arrêtés en mars 2015 pour détention de bibles, ont été condamnés, en appel, à des peines de trois mois de prison avec sursis chacun et une amende de 100 000 dinars (environ 720 euros).14

Le nombre de musulmans ahmadis en Algérie est estimé à environ 2000. Ils sont considérés comme hérétiques et ont récemment été victimes de mesures de répression par les autorités algériennes.15

Le Ministre des affaires religieuses, Mohamed Aissa,16 a déclaré à plus d’une occasion que les musulmans ahmadis d’Algérie étaient manipulés par « une main étrangère », et il a accusé leurs dirigeants de collusion avec Israël.17 Il a également affirmé que leur présence faisait partie d’une « invasion sectaire délibérée » et a indiqué que le gouvernement cherchait à « arrêter la déviance des préceptes religieux ». Dans un entretien à la télévision en février 2017, il a déclaré que les musulmans ahmadis nuisaient aux fondements mêmes de l’islam.18

Perspectives pour la liberté religieuse

L’ordonnance 06/03 demeure un sujet de préoccupation. Une occasion a été manquée au moment de la révision de la Constitution en février 2016. L’article 2, qui dispose que l’islam est la religion de l’État, n’a pas été amendé.19

Le Président a soutenu un amendement à l’article 36 qui aurait probablement garanti le droit explicite à la liberté de religion et le droit de ne pratiquer aucune religion. Toutefois, cet amendement a été bloqué du fait de l’opposition des musulmans conservateurs.20

L’archevêque catholique algérien Paul Desfarges a déclaré, en ce qui concerne les étrangers, que les chrétiens d’Algérie pouvaient pratiquer leur religion en toute liberté. En ce qui concerne les musulmans convertis au christianisme, les choses sont différentes. Selon Mgr Desfarges, ils ne craignent pas de menaces physiques mais subissent des pressions sociales et peuvent faire face à un traitement défavorable en matière successorale. L’Église catholique critique la loi qui criminalise le prosélytisme. Mgr Desfarges s’est également plaint de la lenteur avec laquelle les visas étaient accordés aux travailleurs religieux non-musulmans.21

L’État islamique (Daech) dans la Libye voisine, ainsi que d’autres groupes islamistes opérant dans le pays, sont des sujets de préoccupations. Leur présence a un effet négatif sur la sécurité en Algérie et accroît les tensions religieuses.22


  1. Duane A Miller & Patrick Johnstone, ‘Believers in Christ from a Muslim Background: A Global Census’, Interdisciplinary Journal of Research on Religion, Volume 11 2015, pp. 1-19, p. 14, http://www.academia.edu/16338087/Believers_in_Christ_from_a_Muslim_Background_A_Global_Census
  2. Journal Officiel de la République Algérienne Démocratique et Populaire. Conventions et accords internationaux. https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2016/F2016014.pdf
  3. Ibid, p. 7.
  4. Ibid, p. 16.
  5. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom – Algeria, U.S. Department of State, https://www.state.gov/documents/organization/269128.pdf
  6. Global Legal Research Directorate, ‘Algeria,’ Laws Criminalizing Apostasy, Library of Congress, http://www.loc.gov/law/help/apostasy/#_ftn11 ; Ali Amzal, ‘La loi interdit le prosélytisme’, L’Expression, 27 Octobre 2015, http://www.lexpressiondz.com/actualite/228266-la-loi-interdit-le-proselytisme.html
  7. Human Rights Watch, 4 septembre 2017, https://www.hrw.org/news/2017/09/04/algeria-stop-persecuting-religious-minority
  8. Article 30 du code de la famille algérien, Le mariage en droit algérienhttp://www.cicade.org/wp-content/uploads/2015/07/Le-mariage-en-droit-alg%C3%A9rien.pdf
  9. ‘Jailed Algerian Christian receives partial presidential pardon’, World Watch Monitor, 12 juillet 2017, https://wwrn.org/articles/47075/
  10. https://tribune.com.pk/story/1505904/ahmadiyya-communitys-local-head-convicted-blasphemy-algeria/
  11. Morning Star, 12 mars 2018, https://morningstarnews.org/2018/03/sentencing-of-pastor-adds-to-uptick-in-persecution-in-algeria/
  12. Église Protestante d’Algérie, principale Église protestante d’Algérie, officiellement reconnue par le gouvernement depuis 1974.
  13. World Watch Monitor, 22 mars 2018, https://www.worldwatchmonitor.org/2018/03/algeria-closes-fourth-church-in-four-months/
  14. Les deux frères ont fait appel de cette sentence le 8 mars et bénéficient de l’aide juridique de l’EPA (Église Protestante d’Algérie). World Watch Monitor, 16 mars 2018, https://www.worldwatchmonitor.org/2018/03/algeria-government-criticised-over-heavy-fines-for-transporting-bibles/.
  15. The New Arab, 26 août 2017, https://www.alaraby.co.uk/english/society/2017/8/26/algerias-ahmadis-forced-to-worship-behind-closed-doors.
  16. Algérie patriotique, 9 octobre 2016, https://www.algeriepatriotique.com/2016/10/09/mohamed-aissa-notre-referent-religieux-est-menace-par-une-invasion-sectaire/
  17. juillet 2017.
  18. Interview of Mohamed Aïssa, Algerian Minister of Awqaf, Radio Algérie, 23 février 2017, https://www.youtube.com/watch?v=LVJxiWiyQ9U
  19. www.leparisien.fr/international/l-algerie-a-adopte-une-nouvelle-constitution-contestee-par-l-opposition-07-02-2016-5523183.php, Le Parisien, 7 février 2016.
  20. Algérie Focus, 15 décembre 2015, http://www.algerie-focus.com/2015/12/revision-de-la-constitutionla-liberte-de-culte-au-sein-du-palais-del-mouradia/.
  21. Amayas Zmirli, Le Point, 24 décembre 2017, http://afrique.lepoint.fr/culture/algerie-mgr-paul-desfarges-nous-preferons-continuer-a-parier-sur-le-vivre-ensemble-24-12-2017-2182289_2256.php.
  22. Tunisia army clashes with armed group on Algeria border’, Middle East Monitor, 29 mars 2018, https://www.middleeastmonitor.com/20180329-tunisia-army-clashes-with-armed-group-on-algeria-border/.