Bahreïn

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 79.4%

Chrétiens : 13.2%

Hindous : 6.5%

Autres : 0%

Superficie : 771 m2

Population : 1396999 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’article 2 de la Constitution de 2002 dispose : « La religion de l’État est l’islam. La charia islamique est une source principale de législation ».1 L’article 6 dispose : « L’État protège le patrimoine arabe et islamique ». Cependant, l’article 18 dispose : « Il n’y a pas de discrimination entre [les citoyens] fondée sur le sexe, l’origine, la langue, la religion ou les convictions ».2 L’article 22 garantit que « la liberté de conscience est absolue. L’État garantit l’inviolabilité du culte ainsi que la liberté d’accomplir des rites religieux et d’organiser des processions et réunions religieuses conformément aux coutumes observées dans le pays ».2

La conversion de l’islam à une autre religion n’est pas explicitement interdite par la loi. Cependant, des représentants de l’Église ont anonymement déclaré que les conséquences sociales et juridiques d’un tel geste seraient démesurées. Un converti de l’islam perdrait tous ses droits successoraux et serait chassé de sa famille. Les activités missionnaires non-musulmanes auprès des musulmans ne sont pas autorisées, et les conséquences personnelles pour le missionnaire seraient graves.

Le code pénal du Bahreïn dispose : « une peine d’emprisonnement pour une période ne dépassant pas un an ou une amende ne dépassant pas 100 BHD (environ 230 euros) est infligée à toute personne qui perturbe délibérément ou entrave les cérémonies, les rencontres ou les rites d’une religion reconnue ou qui empêche la tenue d’événements par la force ou par des menaces, ainsi qu’à toute personne qui détruit, endommage ou profane un lieu de culte d’une religion reconnue ou un symbole ou tout autre objet religieusement inviolable ».3

En 2015, des discussions ont eu lieu à propos d’un projet de loi qui criminaliserait les outrages à la religion tels que le fait d’insulter Dieu, de diffamer des livres religieux ou des prophètes, de tenir des discours de haine et de discriminer pour des motifs de croyance ou d’appartenance religieuse.4

Afin d’opérer dans le pays, les groupes religieux non musulmans sont tenus de s’inscrire auprès du Ministère du développement social. Au total, 19 groupes religieux non musulmans sont inscrits auprès de ce Ministère, dont des Églises chrétiennes et un temple hindou.5

Bahreïn est un royaume situé dans le golfe persique et gouverné par la dynastie sunnite Al-Khalifa. Selon des estimations, près des deux tiers des citoyens sont chiites. Le reste de la population – entre 30 et 35 % – est sunnite. Bahreïn est l’un des rares pays du Golfe à reconnaître la citoyenneté des non-musulmans : chrétiens, juifs, bahaïs et hindous. Les chrétiens bahreïnite au nombre de 10006, ont pour la grande majorité immigré dans ce pays entre 1930 et 1960.7 La plupart d’entre eux étaient à l’origine des chrétiens arabes du Proche-Orient, même si un plus petit nombre d’entre eux est originaire d’Inde.2

Environ 50 % de la population de Bahreïn est constituée de travailleurs étrangers dont la moitié est de confession musulmane (environ 250 000 à 300 000). Les chrétiens bahreïnites et étrangers représentent quant à eux près de 10 % de la population, dont environ 80 000 catholiques vivant à Bahreïn.8 La majorité de ces travailleurs provient des pays d’Asie du sud. En 2014, le Roi Hamad bin Isa Al Khalifa a accordé à l’Église catholique la permission de construire sa première cathédrale. Même si sa construction a été retardée, la première pierre a été posée en juin 2018.

Sur les19 Églises enregistrées9, la première église fut construite en 1905 par des missionnaires américains. Un an plus tard, l’Église évangélique nationale est devenue la première Église à proposer des offices à Bahreïn. Il y a actuellement deux églises catholiques romaines : l’église du Sacré-Cœur à Manama et l’église Notre-Dame de la Visitation à Awali.10

Il existe également une petite communauté juive – 50 membres, qui sont des descendants de familles venues d’Irak, d’Iran et d’Inde et qui se sont installées dans le Royaume insulaire au début des années 1900. Ils ont leur propre synagogue – Bahreïn est le seul État arabe du golfe persique ayant une synagogue ouverte11 – et un cimetière, et ils jouissent d’un certain statut social, politique et financier. La communauté juive a été représentée à la Chambre haute du Parlement bicaméral par Ebrahim Daoud Nonoo. Il a ensuite été remplacé par sa nièce, Houda Ezra Nonoo. Cette femme d’affaires, la première non-musulmane à diriger une association de défense des droits de l’homme et la première femme juive à devenir membre du Parlement de Bahreïn, est également devenue en 2008 le premier ambassadeur juif d’un pays arabe à majorité musulmane, nommé aux États-Unis7. Nancy Khadhori représente actuellement la communauté juive de Bahreïn au Conseil de la Choura qui compte 40 sièges (Chambre haute).

Incidents

En avril 2018, le « Centre international du Roi Hamad pour la coexistence pacifique » a inauguré la plate-forme « Déclaration Royaume de Bahreïn12».13 Cette déclaration, par opposition à la Déclaration de Marrakech et à la Déclaration de Jakarta (toutes deux signées en 2016), est unique en ce qu’elle est signée par un chef d’État, et non par un groupe d’érudits.14

Johnnie Moore15 a déclaré à Christianity Today que la déclaration allait plus loin que tout autre document similaire dont il aurait connaissance.16 Bien qu’il aille au-delà des déclarations précédentes concernant les aspects individuels de la tolérance religieuse, le droit à la conversion n’est pas mentionné dans le document : « La religion forcée ne peut pas amener une personne à une relation significative avec Dieu. […] Les personnes de toutes les confessions devraient bénéficier du droit de se rassembler pour pratiquer le culte, s’instruire, célébrer et pratiquer les exigences de leur confession respective ».17 La liberté religieuse individuelle n’est qu’un des cinq points évoqués dans la déclaration.

En octobre 2017, le Roi Hamad bin Isa Al-Khalifa a publié une tribune dans le Washington Post18 dans laquelle il appelait à la tolérance religieuse et à la coexistence pacifique.

Malgré ces efforts visant à promouvoir la liberté religieuse, la compréhension interconfessionnelle et la coexistence pacifique, la situation de la liberté religieuse ne s’est pas améliorée pour la communauté musulmane chiite. Bien qu’aucun dirigeant religieux chiite n’a été visé en 201719, les autorités ont entrepris, en mai de la même année, une opération de sécurité dans le village musulman à majorité chiite de Diraz, causant de nombreuses victimes : cinq manifestants chiites sont morts, des douzaines ont été blessés et près de 300 ont été arrêtés, parmi lesquels des civils et des chefs religieux.20

Le site d’information indépendant Al Wasat a été suspendu par les autorités de Bahreïn en juin 2017. Il a été accusé d’avoir publié une chronique qui maltraitait un pays arabe et qui visait à « exciter la communauté et à affecter les relations du Royaume de Bahreïn avec d’autres pays ».21 Al Wasat a souvent fait état de questions touchant la communauté chiite majoritaire.

Perspectives pour la liberté religieuse

Récemment, un diplomate du Saint-Siège a déclaré : « Le Royaume de Bahreïn, avec ses protections constitutionnelles pour la liberté de conscience, l’inviolabilité des lieux de culte et la liberté de célébrer les rites religieux, est un phare pour le pluralisme religieux et la tolérance dans une région où cette ouverture n’est pas omniprésente ».22

La Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale a conclu que le gouvernement bahreïnite avait fait des progrès évidents dans la reconstruction des mosquées chiites et des structures religieuses détruites lors des troubles du printemps 2011, ainsi que dans la mise en œuvre de la tolérance dans les programmes scolaires.23

Néanmoins, il faut faire davantage pour mettre en œuvre les recommandations de la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn pour réparer les abus commis dans le passé à l’encontre des musulmans chiites et pour améliorer encore plus la situation de la liberté religieuse.20 La communauté chiite du pays a encore des raisons majeures de se plaindre. Comme la religion et l’affiliation politique sont souvent étroitement liées, il est difficile de considérer de nombreux incidents comme étant uniquement fondés sur l’identité religieuse. Étant donné les tensions géopolitiques dans la région entre les puissances sunnites et chiites, menées respectivement par l’Arabie Saoudite et l’Iran, et la récente crise du Qatar, il ne sera pas facile de les aborder.


 

  1. Constitution de Bahreïn, adoptée le 14 février 2002, http://www.servat.unibe.ch/icl/ba00000_.html
  2. Ibid.
  3. Code pénal de Bahreïn, 1976, Art. 309-311, https://www.unodc.org/res/cld/document/bhr/1976/bahrain_penal_code_html/Bahrain_Penal_Code_1976.pdf
  4. ‘Cabinet discusses security situation’, Bahrain News Agency, 31 août 2015, http://www.bna.bh/portal/en/news/684059
  5. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2014 Report on International Religious Freedom – Bahrain, U.S. Department of State, https://www.state.gov/documents/organization/238662.pdf
  6. ‘The Catholic Church in Bahrain’, The Apostolic Vicariate of Northern Arabia (AVONA), http://www.avona.org/bahrain/bahrain_about.htm#.WuCQX9PFLwc
  7. Habib Toumi, Gulf News, 7 juillet 2017, https://gulfnews.com/news/gulf/bahrain/religious-freedom-is-what-makes-life-great-in-bahrain-1.2054476
  8. ‘About the Apostolic Vicariate of Northern Arabia’, The Apostolic Vicariate of Northern Arabia (AVONA), http://www.avona.org/vicariate/vicariate_about.htm#.WuCcxdPFLwd
  9. ‘Achievements’, Ministry of Information Affairs, http://www.mia.gov.bh/en/Kingdom-of-Bahrain/Pages/Achievements.aspx
  10. Willy Fautré, Human Rights Without Frontiers Int’l, February 2012, http://hrwf.eu/wp-content/uploads/2015/01/Christians-in-Bahrain.pdf
  11. Adam Valen Levinson, ‘Finding the Persian Gulf’s Only Synagogue’, HuffPost, 12 juin 2011, https://www.huffingtonpost.com/adam-valen-levinson/bahrain-synagogue_b_1122579.html
  12. Bahrain Declaration, http://www.wiesenthal.com/atf/cf/%7B54d385e6-f1b9-4e9f-8e94-890c3e6dd277%7D/BAHRAIN_DECLARATION.PDF
  13. ‘Bahrain Declaration platform inaugurated’, Bahrain News Agency, 28 avril 2018, http://www.bna.bh/portal/en/news/838539
  14. Signée par le Roi Hamad bin Isa Al Khalifa à Manama le 3 juillet 2017 Christianity Today, 13 septembre 2017, https://www.christianitytoday.com/news/2017/september/bahrain-declaration-saudi-arabia-neighbor-religious-freedom.html
  15. Johnnie Moore fait partie du conseil de l’Association nationale des évangéliques
  16. ‘Saudi Arabia’s Neighbor Defends Religious Freedom of Individuals’, Christianity Today, 13 septembre 2017, https://www.christianitytoday.com/news/2017/september/bahrain-declaration-saudi-arabia-neighbor-religious-freedom.html
  17. Respectivement points 2 et 4 de la Déclaration de Bahreïn
  18. ‘Dispelling ignorance, the enemy of peace’, The Washington Post, 7 octobre 2017, https://www.washingtontimes.com/news/2017/oct/10/bahrain-king-calls-for-religious-tolerance
  19. Alors que ce fut le cas pendant l’été 2016
  20. United States Commission on International Religious Freedom, Bahrain 2018 Report, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/Tier2_BAHRAIN.pdf
  21. Habib Toumi, Gulf News, 4 juin 2017, https://gulfnews.com/news/gulf/bahrain/bahrain-suspends-al-wasat-daily-1.2038355
  22. Mgr Bernardito Auza (nonce et observateur permanent du Saint Siège auprès de l’Organisation des Nations Unies), ‘The United Nations, Religious Pluralism And Tolerance: The Bahrain Model’, New York on 4th March 2016, https://holyseemission.org/contents//statements/56d8ae4351d563.55378827.php
  23. United States Commission on International Religious Freedom, Bahrain 2017 Report, page 132 http://www.uscirf.gov/sites/default/files/2017.USCIRFAnnualReport.pdf