Bhoutan

Chiffres clés

Légende :

Bouddhistes : 83.2%

Hindous : 11.3%

Animistes : 3.3%

Chrétiens : 1.9%

Autres : 0.3%

Superficie : 38364 m2

Population : 784000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse

Dans ce pays, où le bouddhisme Vajrayāna (une variante du bouddhisme tantrique tibétain) est religion d’État, l’une des principales questions est la place du bouddhisme et de son important clergé (environ 3500 moines sur une population de 784 000 personnes). La Constitution de 2008 illustre les contradictions entre le désir de moderniser le pays et les inquiétudes concernant l’influence étrangère. Ainsi, parmi les nombreux paradoxes de la Constitution bhoutanaise, le plus important est que tout en se fondant sur la culture et la religion bouddhistes et en déclarant « l’obligation de défendre ce patrimoine », la Constitution établit également les bases de la séparation entre la religion et l’État. Ce faisant, elle rompt avec des siècles de gouvernement civil et religieux. Pendant les élections, la Commission électorale a soutenu cette idée (« les religions doivent être au-dessus du débat politique » et les moines n’ont pas le droit de vote), mais elle n’est absolument pas partagée par les membres du clergé bouddhiste. Parmi ces derniers, beaucoup sont convaincus que les fondations laïques de la Constitution du Bhoutan sont en contradiction avec l’influence prépondérante que le Bouddhisme devrait exercer sur le pays et l’État.1

Dans la pratique, bien que la liberté religieuse soit inscrite dans la Constitution, tout prosélytisme de la part d’une « religion étrangère » est interdit dans le pays. Le personnel religieux autre que bouddhiste n’est pas admis dans le pays, et les religions, autres que le bouddhisme, doivent être pratiquées en privé. Face au christianisme, considéré comme « l’avant-garde de l’Occident », il existe une grande méfiance. Les chrétiens sont perçus comme une menace pour « l’identité nationale bhoutanaise », qui est considérée comme inséparable du bouddhisme. Bien que les chrétiens ne soient que quelques milliers (dont quelques centaines de catholiques), le prosélytisme, la distribution de bibles et la construction d’églises, d’écoles ou d’autres institutions chrétiennes sont interdits.

Les interdictions à l’encontre des non-bouddhistes sont directement liées à la volonté de préserver « le patrimoine national ». Par exemple, les bouddhistes locaux considèrent les montagnes comme des terres sacrées, et le gouvernement interdit aux chrétiens d’y enterrer leurs morts. Ceux qui bafouent cette interdiction sont susceptibles de voir leurs tombes profanées – une situation qui a suscité des problèmes récurrents.

 

Incidents

Le désir de protéger le patrimoine national ne vise pas seulement les religions minoritaires. Il semble également être derrière l’interdiction, en janvier 2017, de la projection d’un film dans le pays. Le film en question « Hema Hema, chante-moi une chanson pendant que j’attends », a été réalisé par Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoche. En tant que citoyen bhoutanais, ce lama bouddhiste tibétain a été critiqué pour avoir montré des personnages masqués. Selon le département de la culture du Ministère de l’Intérieur et des Affaires Culturelles, l’utilisation de masques religieux « n’est pas conforme à notre tradition et à notre culture ».2 Pour certains, l’interdiction découle d’un désir d’empêcher que le patrimoine et les traditions culturelles de la nation ne soient déstabilisés par un développement économique et culturel trop rapide.

À un autre niveau, la crise qui a débuté dans les années 1990 avec l’expulsion massive des Lhotshampas, un groupe ethnique d’origine népalaise pratiquant l’hindouisme et vivant dans le sud du pays, n’a pas encore pris fin.3  Les Lhotshampas – descendants des hindous népalais qui se sont installés dans le Royaume du Bhoutan au début du XXe siècle – ont payé le prix, au cours des années 1990, de la politique gouvernementale de « bhoutanisation ». Plus de 100 000 d’entre eux sont devenus apatrides après avoir été expulsés, se retrouvant dans des camps de réfugiés au Népal où ils sont restés jusqu’en 2007 lorsque les Nations Unies ont commencé à les réinstaller dans des pays tiers. Le refus de considérer cette communauté comme faisant partie de la nation a conduit certains observateurs à considérer la démocratie établie au Bhoutan comme une « démocratie conditionnelle » dont certains groupes sont exclus sur une base ethnique ou religieuse.

Perspectives pour la liberté religieuse

En matière de liberté religieuse, les choses n’ont pas vraiment changé au cours des deux dernières années. Depuis un certain temps, l’ONU et un certain nombre d’économistes ont fait valoir que le Produit national brut (PNB) n’était pas une mesure reflétant fidèlement et équitablement la richesse d’une nation, en particulier en termes de progrès social. À sa place, ils soulignent la nécessité de mesurer le « bonheur global » d’une nation. Cette notion fait écho à la mesure largement médiatisée du Bonheur national brut (BNB), adopté par le gouvernement bhoutanais. Cependant, dans ce petit pays enclavé de l’Himalaya, le BNB ne semble pas être pleinement réalisé : en 2017, le « rapport mondial sur le bonheur » des Nations Unies a classé le Bhoutan à la 97e place sur les 155 pays évalués.4

Le résultat relativement médiocre pour le Bhoutan dans le classement international du « bonheur », ne l’empêche pas de se familiariser avec une certaine forme de modernité politique. Le Gouvernement bhoutanais semble être motivé par le désir de développer l’économie du pays afin de créer des emplois pour son importante population de jeunes (l’âge médian global est de 28 ans), tout en protégeant la société de l’ouverture et d’un développement trop rapide. En ce qui concerne la religion, cette attitude se reflète dans la manière très prudente d’aborder l’ouverture. Suite à l’adoption d’une loi sur les organisations religieuses en 2007, une Agence spéciale a été mise en place, la Chhoedey Lhentshog (Commission chargée des organisations religieuses), afin de s’occuper des groupes confessionnels. Au total, 94 organisations ont été officiellement reconnues, mais toutes sont bouddhistes ou hindoues. La minorité hindoue est représentée par l’Hindu Dharma Samudaya du Bhoutan (Communauté religieuse hindoue du Bhoutan). Dans le cas des chrétiens, même si les autorités du pays disent qu’elles n’ont aucune objection à ce qu’ils vivent leur foi au Bhoutan, elles ont également fait comprendre que les conversions n’étaient pas les bienvenues. Ainsi, les petites communautés chrétiennes locales se sont adaptées à la situation et se sont abstenues de demander la reconnaissance officielle de leurs institutions.

 

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  1. Bhoutan, Observatoire de la liberté religieuse, https://www.liberte-religieuse.org/bhoutan
  2. Rezwan, Global Voices, 19 janvier 2017, https://globalvoices.org/2017/01/19/bhutans-authorities-ban-film-for-misusing-religious-masks-on-screen/
  3. Maximillian Mørch, The Diplomat, 21 septembre 2016, https://thediplomat.com/2016/09/bhutans-dark-secret-the-lhotshampa-expulsion/
  4. Bhutan News Network, 22 mars 2017, http://www.bhutannewsnetwork.com/2017/03/bhutan-is-not-happy-happiness-report-2017