Biélorussie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 77.5%

Agnostiques : 19.6%

Athées : 2.5%

Autres : 0.4%

Superficie : 207600 m2

Population : 9482000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La liberté religieuse est garantie à l’article 31 de la Constitution1, qui permet aux individus de manifester leurs opinions religieuses et de se rassembler pour pratiquer le culte collectivement, tant qu’ils ne font rien d’interdit par la loi. L’article 16 de la Constitution proclame l’égalité de toutes les religions et croyances devant la loi. Il interdit également les activités religieuses qui iraient à l’encontre de la morale ou seraient dirigées contre l’État, son système politique ou les libertés civiles de ses citoyens. Le même article dispose également que les relations entre l’État et les organisations religieuses particulières « sont régies par la loi, en ce qui concerne leur influence sur la formation des traditions spirituelles, culturelles et étatiques du peuple biélorusse ».

La loi sur la liberté de conscience et les organisations religieuses du 19922 définit plus précisément le cadre juridique des religions en Biélorussie. Son article 6 établit l’égalité de toutes les religions devant la loi. Tant qu’une organisation religieuse ne prend pas part aux activités des « partis politiques et autres associations publiques qui poursuivent des objectifs politiques », elle est autorisée à participer à la vie publique et à utiliser les médias publics. Les articles 14 et 15 font la distinction entre les communautés religieuses qui sont des organisations comptant au moins 20 membres adultes vivant dans un ou plusieurs villages proches les uns des autres, et les associations religieuses composées d’au moins 10 communautés religieuses, dont au moins une a été active en Biélorussie depuis plus de 20 ans. Ces dernières ont le droit de fonder des monastères, des ordres religieux masculins et féminins, des missions religieuses et des installations éducatives. Les activités religieuses des communautés et des associations se limitent au territoire où opère le groupe en question. L’article 25 limite en outre ces activités aux propriétés appartenant à ces organisations ou à leurs membres. Dans le cas des résidences privées, il y a un certain nombre de règles de sécurité qu’une organisation religieuse doit respecter. Les événements religieux à grande échelle peuvent se tenir en public s’ils reçoivent l’approbation des autorités locales.

Les articles 16 à 19 réglementent le processus d’enregistrement des organisations religieuses. L’enregistrement est nécessaire pour qu’une organisation religieuse soit reconnue comme ayant la personnalité juridique. Pour que l’enregistrement ait lieu, il faut fournir diverses informations, dont des détails sur le contenu des croyances et les fondateurs de l’organisation, entre autres conditions. Comme spécifié à l’article 21, une demande d’enregistrement peut être refusée si les autorités estiment que les informations ne sont pas satisfaisantes ou que les doctrines professées ne sont pas conformes à la loi.3

Conformément à l’article 13, seuls les citoyens biélorusses peuvent diriger des organisations religieuses.3

L’article 29 limite à un an la période pendant laquelle un missionnaire étranger n’ayant pas la citoyenneté biélorusse peut être engagé dans des activités missionnaires religieuses, mais cette période peut être prolongée ou réduite par les autorités. En avril 2017, les autorités ont refusé de prolonger le visa de séjour du Père Robert Maciejewski, un prêtre catholique qui avait servi dans le pays pendant plus de 10 ans. Il a été demandé à ce ressortissant polonais de quitter la Biélorussie. Deux semaines auparavant Mgr Tadeusz Kondrusiewicz avait critiqué des réglementations gouvernementales.4 Il l’a identifié comme l’un des nombreux domaines de tension entre l’Église et l’État, lors d’un discours à l’Académie d’Administration Publique le 2 mai 2017. Il a également évoqué les tentatives de contrôle des écoles du dimanche et une politique de conscription inégale affectant indûment les élèves des écoles catholiques.5

La République de Biélorussie et l’Église orthodoxe biélorusse ont signé un accord établissant une relation spéciale entre elles. Bien qu’il ne soit pas explicitement dirigé contre les autres religions, l’article 2 du concordat parle d’une coopération « contre les structures pseudo-religieuses présentant un danger pour les individus et la société ».6

En juillet 2016, la loi de la République de Biélorussie sur les services alternatifs est entrée en vigueur. Cela permet aux personnes qui s’opposent, pour des raisons religieuses, à leur participation à des activités militaires, de les remplacer par des activités humanitaires. Cette évolution a été bien accueillie, entre autres, par les Témoins de Jéhovah.7

Cependant, il semble y avoir une hostilité accrue à l’égard des Témoins de Jéhovah en Biélorussie. En mars 2018, une pétition sur le site change.org a demandé au commissaire aux affaires religieuses et ethniques, Leonid Gulyako, de suspendre toutes les activités des Témoins de Jéhovah en attendant la réalisation d’une étude par des experts en religion. La pétition cite la récente répression de ce groupe en Russie.8 Dans le passé, Leonid Gulyako a fait des commentaires négatifs sur les catholiques et les Témoins de Jéhovah, et a déjà menacé d’annuler l’enregistrement de ces derniers.9

En octobre 2017, deux membres d’un groupe baptiste ont été détenus et condamnés à une amende pour leurs activités religieuses et la distribution publique de documents dans la ville de Vebel. L’un d’eux a été blessé au visage pendant l’arrestation. Bien que les baptistes en Biélorussie refusent par principe tout enregistrement par l’État, ils n’ont pas été harcelés par la police depuis plus de 10 ans.10

Vadzim Smok, le coordonnateur du centre Ostrogorski en Biélorussie, a noté que, bien que l’État biélorusse n’ait toujours pas pleinement condamné les atrocités commises par les communistes, des changements positifs ont été observés. Par exemple, la reconnaissance et la commémoration des exécutions de Kourapaty pendant la grande terreur stalinienne – au cours desquelles un certain nombre de catholiques ont été tués. Ou encore les derniers développements entre l’Église catholique romaine et le gouvernement ; non seulement les réunions bilatérales se sont intensifiées, dans la mesure où l’État réalise de plus en plus l’importance de l’Église pour ses propres objectifs politiques, mais aussi désormais, les discussions sont plus ouvertes sur des questions difficiles.

En mai 2016, le Président Loukachenko a rencontré le Pape François au Vatican pour discuter de leurs relations bilatérales. Selon une déclaration du bureau de presse du Saint-Siège, la réunion a été cordiale, soulignant le bon niveau de coopération entre la Biélorussie et le Saint-Siège.11

Incidents

En novembre 2016, trois néo-nazis ont vandalisé le mémorial de l’holocauste de Moguilev en y étalant de la peinture noire. La police a enquêté sur l’affaire et les coupables ont ensuite été condamnés pour hooliganisme. Alexei Kaplan, Président du Directoire de la communauté juive de Moguilev, a insinué que l’acceptation des graffitis nazis, ou l’indifférence à leur égard, se développaient en profondeur dans la population. Le monument a été défiguré pendant la nuit, mais, selon lui, il a fallu attendre 24 heures pour que l’incident soit signalé. La police a enquêté sur l’affaire après que des activistes et des journalistes l’ont rendue publique. Selon Alexei Kaplan, en général les juifs ne se sentent pas menacés en Biélorussie de nos jours, contrairement à ce qui était le cas à l’époque soviétique, mais ils ont tendance à faire profil bas. Par exemple, ils ne mettront pas en évidence des signes permettant d’identifier les institutions juives.12

Un article du Times of Israel a expliqué que la communauté juive se sentait en général en sécurité car, contrairement à ce qui se passait dans la Russie voisine ou en Ukraine, aucun incident antisémite violent n’a eu lieu en Biélorussie. Selon l’article, tandis que la communauté juive de Biélorussie profite de la stabilité du régime, elle manque cependant d’une protection juridique pour ses sites et est privée de la liberté de dénoncer les abus. En 2017, les autorités de la ville de Gomel ont approuvé la construction d’un immeuble d’habitation sur le site d’un ancien cimetière juif où des corps étaient encore enterrés. Ce faisant, elles ont suscité de nombreuses critiques de la part de groupes juifs locaux et internationaux. Yakov Goodman, un activiste juif américain d’origine biélorusse, a accusé le gouvernement « d’antisémitisme d’État », en affirmant qu’il manifestait du mépris pour les sites patrimoniaux d’autres groupes religieux. D’autres militants ont parlé d’une « guerre de l’information » menée par des médias contrôlés par l’État contre des groupes juifs opposés à la construction d’appartements sur le site du cimetière de Gomel. Un porte-parole de l’ambassade de Biélorussie en Israël a rejeté toute notion d’antisémitisme d’État et a déclaré que Goodman était « un éminent diffuseur de fausses nouvelles ».13

Le 29 janvier 2018, Pavel (de son nom civil Georgiy Vasilevich Ponomaryov), Métropolite de Minsk et Zaslawie et Exarque patriarcal de toute la Biélorussie, a accordé un entretien au cours duquel il s’est montré très hostile vis-à-vis de l’Église gréco-catholique biélorusse. Connu pour sa rhétorique anti-occidentale sévère, il a déclaré que « les uniates » croyaient en un « Dieu différent » de celui des orthodoxes, et a laissé entendre qu’ils étaient une organisation sectaire ayant des pratiques d’idolâtrie païenne.14 Dans un article, Dzmitry Mitskevich, analyste d’un blog sur la sécurité en Biélorussie et rédacteur en chef du magazine Varta, a expliqué que le Métropolite Pavel s’opposait fortement à l’œcuménisme et tentait de renforcer les liens entre la Biélorussie et la Russie. En novembre 2017, il a comparé à des tentations diaboliques l’idée de créer une Église orthodoxe biélorusse autocéphale qui serait séparée du Patriarcat de Moscou. Dans un geste qui a été vu par certains commentateurs comme une tentative de contrebalancer la visite prévue du Pape à Vilnius en septembre 2018, il a invité le Patriarche Kirill de Moscou à venir à Minsk en octobre 2018 pour tenir une réunion du Saint Synode russe en Biélorussie.15

En mai 2018, des séminaristes et des jeunes prêtres catholiques et orthodoxes de Biélorussie ont commencé à recevoir des convocations pour qu’ils fassent leur service militaire.16 La loi sur le service militaire ne prévoit un report que pour les hommes de moins de 27 ans – pour des raisons de santé ou de famille.17 Néanmoins, les ecclésiastiques et les séminaristes bénéficient en général d’un report du service militaire, suite à un décret gouvernemental du 13 avril 2006. Le report est généralement accordé lorsque les diocèses font parvenir une demande contenant la liste des noms en cause à la Commission des affaires religieuses et ethniques, qui les transmet au Ministère de la défense.18

Les évêques catholiques de Biélorussie ont appelé le Président Alexandre Loukachenko à exempter les prêtres et les séminaristes, parce que sinon le fonctionnement des séminaires et de certaines paroisses aurait été entravé.19 Par la suite, il a été rapporté que les religieux orthodoxes et catholiques conscrits se verraient accorder un report de six mois.20

Perspectives pour la liberté religieuse

Un article paru dans le BelarusDigest, s’appuyant sur les données du rapport de 2017 sur les restrictions mondiales en matière de religion du Pew Research Center21 et sur le rapport des États-Unis sur la liberté religieuse internationale pour 2016, a indiqué qu’au niveau sociétal, l’hostilité envers les organisations religieuses en Biélorussie était relativement modérée et presque comparable à celle de certains de ses voisins, les exceptions notables étant la Russie et l’Ukraine. De fait, il y a peu d’incidents indiquant une hostilité sociale de nature religieuse. Les actions et législations gouvernementales dirigées contre des organisations religieuses restent le problème le plus pressant pour la liberté religieuse dans le pays. Au cours des deux dernières années, il y a eu à la fois des évolutions positives et des évolutions négatives. Des exemples de ces premières sont l’amélioration des relations bilatérales entre l’Église catholique romaine et le gouvernement, ainsi que la renonciation aux exigences de visa pour les courtes visites de membres du clergé, et la loi sur le service alternatif. Mais en même temps, le régime exerce son pouvoir exécutif par le biais d’une politique d’enregistrement hostile aux organisations religieuses, laissant ces dernières dans un état d’insécurité juridique constante.

 


  1. Belarus’s Constitution of 1994 with Amendments through 2004, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Belarus_2004.pdf?lang=en
  2. http://www.legislationline.org/documents/action/popup/id/17908
  3. Ibid.
  4. Olga Glace, “Belarus: Priest forced out after 10 years”, Forum 18, 5 juin 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2284
  5. Vadzim Smok, BelarusDigest, 10 novembre 2017 https://belarusdigest.com/story/how-geopolitics-increases-the-heft-of-the-roman-catholic-church-in-belarus/
  6. Agreement on cooperation between the Republic of Belarus and the Belarusian Orthodox Church from 2003, Concordat Watch, http://www.concordatwatch.eu/showtopic.php?org_id=3571&kb_header_id=13271
  7. Human Rights Without Frontiers International, 28 septembre 2016, http://hrwf.eu/belarus-jehovahs-witnesses-concerns-about-religious-freedom/
  8. Human Rights Without Frontiers International, 21 mars 2018, http://hrwf.eu/demand-to-suspend-activity-of-jehovahs-witnesses-arises-in-belarus/
  9. Olga Glace, “Belarus: Plenipotentiary attacks Catholics and Jehovah’s Witnesses, no religious radio”, Forum 18, 14 mars 2016 http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2157
  10. World Watch Monitor, 13 décembre 2017, https://www.worldwatchmonitor.org/coe/belarus-renews-pressure-baptists-10-years-without-conflict/
  11. Zenit, 23 mai 2016, https://zenit.org/articles/pope-meets-president-of-belarus/
  12. Alexander Burakov, Deutsche Welle, 13 juin 2017, http://www.dw.com/en/anti-semitism-lives-on-in-belarus-despite-small-number-of-jews/a-39243007
  13. Cnaan Liphshiz, The Times of Israel, 22 septembre 2017, https://www.timesofisrael.com/in-belarus-some-jews-dont-mind-a-dictator/
  14. Belsat, 1er février 2018, http://belsat.eu/en/news/metropolitan-paul-orthodox-and-catholics-have-different-god/
  15. Dzmitry Mitskevich, BelarusDigest, 25 avril 2018, https://belarusdigest.com/story/russia-provokes-religious-conflict-in-belarus/
  16. Republika, 23 mai 2018, http://telewizjarepublika.pl/bialorus-klerycy-oraz-mlodzi-ksieza-otrzymali-wezwanie-do-wojska,65285.html
  17. “Białoruscy klerycy jednak nie pójdą do wojska”, Znadniemna, 29 mai 2018, http://znadniemna.pl/31239/bialoruscy-klerycy-jednak-pojda-wojska/
  18. Belsat, 24 mai 2018, http://belsat.eu/pl/news/pobor-do-wojska-klerykow-zemsta-za-nieprawomyslnosc-biskupow/
  19. Gość Niedzielny, 23 mai 2018, https://www.gosc.pl/doc/4750841.Apel-biskupow-do-Lukaszenki-w-sprawie-sluzby-wojskowej-klerykow
  20. “Białoruscy klerycy jednak nie pójdą do wojska”, op. cit.
  21. Paula Borowska, , 10 mai 2017, https://belarusdigest.com/story/religious-freedom-in-belarus-worse-than-in-ukraine-better-than-in-russia/