Burkina Faso

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 54.2%

Chrétiens : 23.9%

Animistes : 21.3%

Autres : 0.6%

Superficie : 272967 m2

Population : 18634000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution de la République du Burkina Faso définit le pays comme un État laïc qui n’accorde de privilège à aucune confession religieuse et garantit à ses citoyens la liberté de religion.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Burkina Faso’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper)) Comme beaucoup d’autres nations de la région, le Burkina Faso se caractérise par une grande diversité religieuse, avec une nette majorité de musulmans.((Munzinger Archiv 2018, https://www.munzinger.de/search/start.jsp. For the share of different religious communities in the total population, cf. Grim, Brian et. al. (eds.): Yearbook of International Religious Demography 2017, Brill: Leiden/Boston, 2017))

Il reste à voir si les groupes islamistes violents, venant principalement du Mali mais aussi d’autres États de l’Afrique de l’ouest, prendront définitivement pied au Burkina Faso. Les différentes communautés religieuses du pays entretiennent traditionnellement de bonnes relations entre elles.

Les groupes religieux peuvent s’inscrire auprès des autorités mais ne sont pas tenus de le faire. Ceux qui le font sont soumis aux mêmes exigences légales que celles qui s’appliquent aux autres organisations (laïques).((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.))

L’instruction religieuse n’est pas autorisée dans les écoles publiques. Le pays a également des écoles primaires et secondaires musulmanes, catholiques et protestantes. Les établissements d’enseignement sont totalement libres dans le choix de leur personnel, mais ils doivent informer les autorités de la nomination des directeurs d’école.((Ibid.)) Le gouvernement examine les programmes des écoles confessionnelles en ce qui concerne leur orientation religieuse et le respect des normes professionnelles. Mais, étant donné que de nombreuses écoles coraniques au Burkina Faso ne sont pas enregistrées, le contrôle étatique est loin d’être exhaustif.((Ibid.))

Les communautés musulmane, catholique, protestante et animiste reçoivent chacune chaque année des subventions gouvernementales d’un montant total équivalant à environ 100 000 euros. Elles reçoivent également de l’aide pour différents programmes et projets qui, de l’avis du gouvernement, favorisent le bien commun ou l’intérêt national dans le domaine éducatif.

Une Commission travaille actuellement sur un projet de nouvelle Constitution.

Incidents

Peu d’activités djihadistes ont été relevés au Burkina Faso à ce jour, mais celles qui ont eu lieu ont été particulièrement violentes. Ce pays d’Afrique de l’ouest était encore dans le collimateur des terroristes islamistes au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018).

Le 2 mars 2018, il y a eu une série d’attentats coordonnés dans la capitale, Ouagadougou, dont plusieurs voitures piégées et attentats-suicides contre l’ambassade de France et le quartier général de l’armée burkinabé. Il y a eu au moins 16 morts et 100 blessés. La responsabilité en a été revendiquée par le « Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans », dirigé par des Maliens et lié à Al-Qaïda.

Avant cela, une attaque terroriste commise le 16 janvier 2016 avait fait 30 morts dans un hôtel-restaurant à Ouagadougou. Un autre restaurant de la ville a été attaqué le 13 août 2017. Les assaillants ont tiré sans discernement à la mitraillette sur les passants. L’attaque a causé la mort de 20 personnes.((Viele Tote bei Angriff auf Restaurant in Ouagadougou, Zeit Online, 14 août 2017, http://www.zeit.de/gesellschaft/zeitgeschehen/2017-08/burkina-faso-ouagadougou-anschlag)) La cible de l’attaque, le Café Istanbul, était particulièrement populaire auprès des étrangers. Selon le gouvernement burkinabé, il s’agissait probablement d’une attaque terroriste djihadiste.((‘Bewaffnete stürmen Restaurant – mindestens 17 Tote’, Spiegel Online, 14 août 2017, http://www.spiegel.de/politik/ausland/burkina-faso-tote-bei-angriff-auf-restaurant-cafe-istanbul-in-ouagadougou-a-1162716.html

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres au monde. Au nord, il est bordé par le Mali, qui a longtemps combattu les extrémistes islamistes. Selon les experts, la menace du terrorisme domestique est également en hausse au Burkina Faso. Par exemple, le prédicateur radical Ibrahim Malam Dicko a déjà revendiqué la responsabilité d’attaques contre des soldats et des civils. Son organisation, Ansarul Islam, est classée comme groupe terroriste par le gouvernement du Burkina Faso.((‘Viele Tote bei Angriff auf Restaurant in Ouagadougou’, op. cit.

L’attaque de janvier 2016, au cours de laquelle des terroristes et de nombreux otages ont été pris au piège pendant plusieurs heures à l’Hôtel Splendid, a également été revendiquée par une autre organisation terroriste appelée Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).((Ibid.)) De nombreuses indices laissent penser que les terroristes ont cherché à utiliser cette attaque comme une démonstration de force dans un pays qui, jusque-là, avait été reconnu et respecté dans le monde entier pour la coexistence pacifique de ses différents groupes ethniques et religieux.

Outre le Mali, le Burkina Faso partage également des frontières avec cinq autres pays d’Afrique de l’ouest : le Niger, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Il existe un risque que la crise et l’instabilité politique ne s’étendent à toute la région. En outre, les groupes djihadistes violents d’Afrique de l’ouest opèrent de plus en plus de façon transfrontalière ; ces organisations comprennent Boko Haram, une milice terroriste active principalement au Nigeria, mais également responsable d’attaques au Niger et au Cameroun. Au nord, le pays est menacé par le groupe terroriste État Islamique.((Kersten Knipp, Deutsche Welle, 2 janvier 2018, http://www.dw.com/en/islamic-state-seeks-new-foothold-in-africa/a-41977922)) Le pays voisin de l’ouest, le Mali, est en état de crise depuis des années, alors que des groupes terroristes islamistes y font des ravages.((Munzinger Archiv, op. cit.)) Ainsi, ce petit pays qu’est le Burkina Faso est pratiquement menacé de tous les côtés par le djihadisme.

Compte tenu de la menace terroriste transnationale dans la région du Sahel, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad collaborent avec les forces armées françaises pour lutter contre le djihadisme à l’intérieur de leurs frontières, dans le cadre de « l’opération Barkhane ». En février 2017, ces cinq pays d’Afrique de l’ouest ont convenu d’établir une force commune de lutte contre le terrorisme.((Ibid.))

L’Église catholique au Burkina Faso et dans les pays voisins œuvre depuis longtemps en faveur de la paix et la réconciliation.((Fides, 14 décembre 2017, http://www.fides.org/en/news/63399-AFRICA_MALI_Mali_is_the_epicenter_of_jihadist_groups_that_rage_in_Sahel)) Le cardinal Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou, a appelé la population à faire face à la crise de sécurité au Burkina Faso avec courage. Il a expliqué : « Dans cette situation, tous les citoyens sont responsables de l’avenir du pays ».

Perspectives pour la liberté religieuse

À la suite de l’élection du nouveau président du pays, Roch Marc Christian Kaboré, un catholique qui a une vaste expérience internationale, beaucoup de gens voient des signes d’espérance. Les élections ont été pacifiques et loyales. Le président Kaboré a pris ses fonctions le 29 décembre 2015.((Munzinger Archiv, op. cit.)) Les attentats terroristes de 2016, 2017 et 2018 ne changent pas fondamentalement les attitudes optimistes du pays en ce qui concerne la coexistence pacifique des religions. En attendant, gagner la lutte contre le djihadisme prendra du temps.