Cambodge

Chiffres clés

Légende :

Bouddhistes : 86.2%

Animistes : 4.3%

Chrétiens : 2.7%

Agnostiques : 2.3%

Religion chinoise traditionnelle : 2.2%

Musulmans : 1.5%

Autres : 0.8%

Superficie : 181040 m2

Population : 15827000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Situé au cœur de l’Asie du sud-est, le Cambodge est une monarchie constitutionnelle. Sa Constitution, adoptée le 21 septembre 1993, garantit le droit à la liberté religieuse. L’article 43 (paragraphes 1 et 2) dispose ce qui suit : « Les citoyens khmers [cambodgiens] des deux sexes ont droit à la liberté de croyance. La liberté de croyance religieuse et du culte est garantie par l’État, à la condition que cette liberté n’affecte pas les croyances religieuses d’autrui ou ne porte pas atteinte à l’ordre public et à la sécurité ».1 Cependant, le Cambodge est principalement bouddhiste, la plupart des Cambodgiens pratiquant le bouddhisme Theravada, une religion qui occupe une place centrale et dominante dans la vie de la nation, ce qui est reconnu dans la Constitution. L’article 43 (paragraphe 3) dispose que « le bouddhisme est la religion de l’État ».2 La Constitution du Royaume précise en outre que l’État soutient l’enseignement du bouddhisme. Toutefois, en même temps, elle interdit la discrimination fondée sur l’appartenance religieuse. L’article 31 de la Constitution établit le principe d’égalité devant la loi : « Les citoyens khmers sont tous égaux devant la loi, ils ont les mêmes droits, les mêmes libertés et les mêmes devoirs sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de croyances, d’opinions politiques, d’origine, de naissance, de classe sociale, de fortune ou d’autres situations ».2

La loi dispose également que les organisations religieuses doivent être enregistrées auprès des autorités afin de pouvoir exercer des activités religieuses. L’enregistrement s’effectue auprès du Ministère des religions et des confessions. Ainsi, les organisations religieuses doivent fournir des détails sur leurs objectifs, leurs activités, le curriculum vitae de leurs dirigeants et une description de leurs sources de financement. Elles doivent fournir annuellement un compte rendu détaillé de leurs activités. La législation actuelle précise en outre qu’elles doivent s’abstenir d’insulter d’autres organisations religieuses, d’alimenter des différends ou de nuire à la sécurité nationale. Le processus d’enregistrement – qui est relativement lourd dans la mesure où il doit être accompli aux niveaux local, provincial et national – peut durer jusqu’à trois mois. Une fois inscrites auprès du Ministère des religions et des confessions, les organisations religieuses sont éligibles aux exonérations fiscales du Ministère de l’Economie et des Finances. Si toutes ces mesures peuvent sembler relativement complexes, il convient de noter que le Ministère des religions et des confessions n’est pas autorisé à engager des poursuites contre les organisations religieuses qui choisissent de ne pas s’enregistrer, et la loi ne précise pas les sanctions en cas d’absence d’enregistrement.3

Sur la base de ces dispositions constitutionnelles et législatives, il semble que les Cambodgiens jouissent globalement d’un haut degré de liberté religieuse, un état de fait qui contraste avec la situation d’un certain nombre d’autres libertés fondamentales qui sont loin d’être protégées de façon satisfaisante dans un pays qui a été gouverné de manière autoritaire par le même premier ministre, Hun Sen, depuis 1985. À cet égard, la place du bouddhisme dans la culture et la vie quotidienne des Cambodgiens fait de cette religion un acteur politique particulier. Bien que le clergé bouddhiste soit extérieur au domaine de la politique, les tensions croissantes dans la société peuvent, occasionnellement, l’inciter à intervenir plus directement.

Par exemple, en 1998, de jeunes moines et novices sont descendus dans les rues pour manifester contre la manipulation des résultats des élections législatives du 26 juillet de cette année-là, qui ont permis au parti de Hun Sen de rester au pouvoir.4 Pendant une marche pour la paix, la police a tiré sur les moines et en a tué des dizaines. Plus récemment, en décembre 2013, des centaines de moines ont manifesté pacifiquement devant l’Assemblée nationale, à Phnom Penh, en apportant une pétition qui demandait la fin des violations des droits de l’homme dans le pays. Les moines, pour la plupart jeunes, ont été acclamés par une foule de plusieurs milliers de personnes, avant de se disperser dans le calme sous l’œil vigilant d’un important dispositif de police.5

En manifestant, ces moines, actifs au sein du « Réseau des moines indépendants pour la justice sociale », étaient conscients d’être en contradiction avec les traditions établies qui exigent que les religieux bouddhistes restent en-dehors des affaires de l’État ou du gouvernement. Certains moines influents ne se sont pas abstenus d’exprimer des réserves à ce sujet. À Phnom Penh, le vénérable Khim Sorn, chef de la secte Mohanikay, principale branche du bouddhisme khmer, a exprimé son « soutien au principe de la marche pour les droits, sauf au cas où cela viserait à atteindre un mauvais but consistant à créer le désordre et à plonger les esprits dans la confusion ».2 Les patriarches suprêmes du bouddhisme khmer, dont la proximité avec le parti au pouvoir est bien connue, ont menacé d’excommunier les moines participant à la marche. Le gouvernement, pour sa part, a tenté d’empêcher que la marche pacifique des moines n’atteigne Phnom Penh, par exemple en forçant les responsables de pagodes à refuser aux marcheurs l’accès à leur monastère pour la nuit.

Pour ceux qui sont au pouvoir, souvent accusés d’agir de manière autoritaire, la liberté des moines bouddhistes de manifester devrait clairement avoir pour limite ce qu’ils perçoivent comme une « atteinte à l’ordre public et à la sécurité ». Ainsi, le 7 décembre 2014, alors que les marches pour les droits de l’homme se multipliaient à travers le pays avec des moines dans leurs rangs, les patriarches des deux principaux ordres monastiques et le ministre de la religion ont signé une déclaration interdisant aux moines de participer aux marches, manifestations, grèves et révoltes, afin de « préserver la dignité du bouddhisme ».6

Cependant, la tentative des dirigeants politiques cambodgiens de maintenir à distance toute critique en provenance du bouddhisme s’est révélée très incohérente. En 2011, lorsque le Cambodge et la Thaïlande se sont retrouvés en grave désaccord à propos du temple de Preah Vihear, que les deux pays revendiquent, le gouvernement cambodgien a demandé à tous les chefs religieux du Cambodge de faire pression sur les Nations Unies et de convaincre la communauté internationale de s’impliquer dans la crise.

En bref, il semble que la principale source de préoccupation en matière de liberté religieuse soit le manque de respect des droits de l’homme par un régime qui a été dominé depuis 30 ans par le Parti du Peuple Cambodgien et son chef Hun Sen.

 

Incidents

Le sort des Montagnards est un problème permanent. Le gouvernement cambodgien a été extrêmement sévère envers cette minorité majoritairement chrétienne originaire des montagnes du centre du Vietnam, qu’ils ont fui pour des raisons religieuses et politiques. Leur exode n’est pas une nouveauté (il avait commencé en 2001 après le soulèvement de quelques groupes, et recommencé en 2006 sans vraiment se terminer). Ces dernières années, Phnom Penh n’a pas hésité à renvoyer des Montagnards au Vietnam contre leur volonté. Très peu sont en mesure d’obtenir le statut de réfugié auprès du bureau local du HCNUR. En juillet 2017, seize Montagnards ont été rapatriés au Vietnam tandis que 13 autres partaient pour les Philippines. Sur les 200 autres demandes d’asile au Cambodge, le Bureau des réfugiés de Phnom Penh a déclaré que seuls trois demandeurs bénéficieraient du statut de réfugié, les autres étant considérés comme des migrants illégaux.7

Le peuple cham, minorité musulmane du Cambodge, semble également avoir dérangé le gouvernement. Héritiers du Royaume de Champa, leurs ancêtres commencèrent à se convertir à l’islam au XIIIe siècle. Ces dernières années, ils ont connu un processus de réislamisation. La pratique, jusque-là inconnue, de porter le voile est apparue parmi les femmes chames, et en 2014, l’État islamique a prétendu que des chams se battaient à leurs côtés en Irak et en Syrie – ce qui n’a jamais été corroboré par des sources indépendantes. Pourtant, en juin 2016, le gouvernement cambodgien a ordonné la fermeture de Radio Sap Cham, une station de radio qui diffusait un programme quotidien de quatre heures depuis 2004, consacré à la langue, à la culture, à la religion et à l’identité des chams.8 C’était le seul programme de radio en langue chame de tout le pays.

En septembre 2016, le Comité électoral national a réaffirmé le droit des musulmans de faire usage de photographies, sur leurs papiers d’identité, sur lesquelles ils auraient la tête couverte par une chéchia ou un voile. Enfin, pendant le Ramadan, le Premier ministre Hun Sen a offert un « iftar », repas de rupture du jeûne, aux membres de la communauté musulmane, en leur disant qu’une politique de discrimination ne serait jamais mise en œuvre au Cambodge.

En ce qui concerne les bouddhistes, la police surveille les pagodes dans lesquelles les membres du « Réseau des moines indépendants pour la justice sociale » sont actifs. Dans la province de Battambang, au cours des élections municipales de juin 2017, un moine, le vénérable Horn Sopanny, a été arrêté après être apparu sur une page Facebook avec un revolver à la main. Vêtu de l’habit de moine, Horn Sopanny critiquait le gouvernement en disant que son arme serait utilisée au cours de la guerre civile que le premier ministre avait prédite au cas où son parti perdrait les élections. Arrêté le 21 juin pour possession illégale d’armes à feu, le moine a été défendu par ses proches qui ont affirmé que le revolver était un jouet en plastique et que son arrestation reposait sur des motifs politiques.

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Ces dernières années, le Cambodge est devenu l’une des économies les plus prospères d’Asie du sud-est. Mais la colère monte au sein de la population, en particulier chez les jeunes, fatigués par la corruption et la captation des richesses du pays par une élite proche de Hun Sen. Comme il le fait toujours à l’approche des élections – les prochaines élections législatives ont lieu en juillet 2018 – le régime cambodgien essaie de donner un coup de balai. Le 3 septembre 2017, le gouvernement a annoncé l’arrestation de Kem Sokha, chef du principal parti d’opposition du Cambodge, accusé de trahison.9 Là aussi, le Premier ministre, au pouvoir depuis 32 ans, s’est présenté comme un rempart contre l’anarchie et la guerre civile. En juin 2016, devant un rassemblement de chrétiens, Hun Sen a prétendu être le défenseur de la liberté religieuse au Cambodge. Il a dit de lui-même : « Si Hun Sen reste, il permettra aux pratiques religieuses d’avoir lieu partout ».10 Certes, par rapport par exemple à leurs voisins vietnamiens ou chinois, les Cambodgiens vivent sous un régime qui est beaucoup plus tolérant et respectueux de la liberté religieuse. Cependant, le pouvoir exercé aujourd’hui par le régime de Hun Sen ne présage rien de bon pour la stabilité sociale et politique du pays.

 


  1. Cambodia’s Constitution of 1993 with Amendments through 1999, constituteproject.org https://www.constituteproject.org/constitution/Cambodia_1999.pdf
  2. Ibid.
  3. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom – Cambodia, U.S. Department of State, 15 août 2016, https://www.state.gov/documents/organisation/268964.pdf
  4. Églises d’Asie, 1er octobre 1998, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/cambodge/1998-10-01-une-nouvelle-generation-de-moines-bouddhistes-fait
  5. Églises d’Asie, 17 décembre 2013, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/cambodge/2013-12-17-des-moines-bouddhistes-s2019engagent-pour-la-defense-des-droits-de-l2019homme
  6. ‘POUR APPROFONDIR – Le point sur l’actualité politique et sociale du 1er décembre 2014 au 1er janvier 2015’, Églises d’Asie, 27 janvier 2015, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/cambodge/2015-01-27-pour-approfondir-le-point-sur-l2019actualite-politique-et-sociale-du-1er-decembre-2014-au-1er-janvier-2015
  7. Erin Handley, The Phnom Penh Post, 3 mai 2016, http://www.phnompenhpost.com/national/kingdom-failing-vietnam-asylum-seekers
  8. Vandy Muong and Erin Handley, The Phnom Penh Post, 27th June 2016, http://www.phnompenhpost.com/national/kingdoms-only-cham-radio-show-goes-dark
  9. Ucanews, 28 juin 2017, https://www.ucanews.com/news/cambodian-police-spying-on-activist-monks/79613
  10. Hul Reaksmey, Voice of America, 26 juin 2016, https://www.voacambodia.com/a/hun-sen-warns-religious-freedom-would-be-lost-if-regime-toppled/3393998.html