Cameroun

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 59.4%

Musulmans : 20.2%

Animistes : 19.3%

Autres : 1.1%

Superficie : 475650 m2

Population : 23924000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution, promulguée en 1972 et dont le dernier amendement remonte à 2008, reconnaît dans son préambule que « l’être humain, sans distinction de race, de religion, de sexe, de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés ». Le texte ajoute que « nul ne peut être inquiété en raison de ses origines, de ses opinions ou de sa croyance en matière religieuse, philosophique ou politique ».((Constitution du Cameroun, 18 janvier 1996, http://www.wipo.int/wipolex/es/text.jsp?file_id=191418))

L’État se définit comme laïc et « la neutralité et l’indépendance de l’État vis-à-vis de toutes les religions sont garanties ». Conformément à l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou à plusieurs, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ».

La loi exige que les groupes religieux reçoivent l’approbation du gouvernement pour opérer, et permet au Président de dissoudre tous les groupes religieux existants. Cependant, des centaines de groupes religieux opèrent librement à l’échelle nationale sans autorisation officielle du gouvernement. Le gouvernement n’a enregistré aucun nouveau groupe religieux depuis 2010. L’enregistrement permet aux groupes d’acquérir des biens et de bénéficier d’avantages fiscaux. Cela facilite également le travail des missionnaires étrangers qui sont autorisés à demander des visas à plus long terme.((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘Cameroon’, Report on International Religious Freedom for 2016, U.S. Department of State www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper))

Les musulmans de l’extrême nord du pays ont toujours été considérés comme détenant un pouvoir politique et économique considérable. Les chefs religieux chrétiens se plaignent souvent, du moins en privé, que cela signifie dans la pratique que les Églises rencontrent souvent d’importantes difficultés bureaucratiques quand elles cherchent à construire leurs lieux de culte ou d’autres locaux pour leurs activités sociales.((Conversation, le 10 avril, avec un prêtre travaillant dans l’extrême nord du Cameroun))

Contrairement aux écoles publiques, les écoles privées sont autorisées à proposer une éducation religieuse. Toutefois, les écoles confessionnelles privées ne peuvent fonctionner que si elles respectent les mêmes normes en matière d’éducation et d’infrastructure que les écoles publiques.((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘Cameroon’, Report on International Religious Freedom for 2016, U.S. Department of State www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper))

Les fêtes religieuses suivantes sont considérées comme des jours fériés officiels : Noël, Vendredi Saint, Pâques, l’Ascension, l’Assomption, l’Aid-al-Fitr, l’Aid-al-Adha et l’anniversaire du prophète.

Incidents

Le 31 mai 2017, Mgr Jean-Marie Benoît Balle, évêque de Bafia, a disparu. Son corps a été retrouvé par un pêcheur dans la rivière Sanaga le 2 juin. Bien que les premiers rapports suggèrent qu’il aurait pu se suicider, les évêques catholiques du Cameroun ont déclaré dans une déclaration publiée le 13 juin à la fin d’une assemblée générale qu’ils estimaient qu’il avait été assassiné. Les évêques ont demandé que les meurtriers « soient identifiés et livrés à la justice pour être jugés conformément à la loi », et ont ajouté que le gouvernement devait « assumer son devoir de protéger la vie humaine, en particulier celle des autorités ecclésiastiques ». Ils ont également mentionné quatre autres ministres du culte dont les meurtres, datant de 1988, n’avaient jamais été résolus : Joseph Mbassi, mort en 1988, Antony Fontegh, mort en 1990, Yves Plumey, archevêque émérite de Garoua, mort en 1991, et Engelbert Mveng, mort en 1995.

La déclaration des évêques contredisait la version des événements donnée par le procureur général près la Cour d’appel de la région centrale où se trouve la ville de Bafia, selon qui il n’y avait pas de preuve de violence sur le corps de l’évêque, la noyade étant alors la cause la plus probable de sa mort.((AFP, News 24 Africa, 12 juillet 2017.  https://www.news24.com/Africa/News/signs-of-violence-on-body-of-murdered-cameroon-bishop-20170712)) Le Journal du Cameroun a rapporté que, le 1er juin, le véhicule de l’évêque avait été trouvé stationnant sur un pont à Yaoundé, à une quinzaine de kilomètres en amont, et qu’un message manuscrit en français, « je suis tombé dans l’eau », avait été trouvé parmi les papiers sur le siège passager. L’Agence Camernews a signalé qu’un enquêteur de la médecine légale avait noté des signes de torture sur le corps de l’évêque, ainsi que des signes indiquant qu’il était mort avant d’entrer dans l’eau. Au moment de la rédaction du présent rapport, aucun coupable n’a été identifié, et de nombreuses circonstances entourant l’affaire n’étaient toujours pas éclaircies. Aucun service religieux n’a eu lieu à l’intérieur de la cathédrale de Bafia, après plusieurs signes communément associés à de la sorcellerie, dont du sang frais trouvé à l’intérieur de l’édifice.((Conversation confidentielle avec un prêtre travaillant au Cameroun, en mars 2018))

La région anglophone du Cameroun, à l’ouest du pays, marquée par de violentes manifestations depuis 2016, a été le théâtre de plusieurs incidents que les chefs religieux ont dénoncé comme des attaques contre la liberté religieuse. Le 16 octobre 2017, les évêques catholiques de la province ecclésiastique de Bamenda ont dénoncé « l’utilisation barbare et irresponsable d’armes à feu par les forces de sécurité contre la population civile non armée ». Les évêques ont dit qu’ils étaient particulièrement alarmés par le fait qu’un certain nombre de fidèles, qui étaient sur le chemin de la messe dominicale, ont été « chassés de chez eux, certains ayant été arrêtés et d’autres – dont des adolescents sans défense et des personnes âgées – abattus, en particulier à l’aide d’hélicoptères de combat ».((N.K. Chimtom, Crux Now, 12 octobre 2017. https://cruxnow.com/global-church/2017/10/12/catholic-bishops-government-clash-genocide-claims-cameroon/))

La région du nord du Cameroun, qui a une population mixte musulmane et chrétienne, a continué de subir de nombreuses attaques de la part du groupe terroriste Boko Haram. Depuis 2014, celui-ci a étendu sa campagne meurtrière de violence de masse du Nigeria au Cameroun. Les attaques armées de Boko Haram se seraient réduites en 2017 et 2018 : cela peut être attribué à l’affaiblissement militaire de l’État islamique au Proche-Orient, car Boko Haram est la « filiale » de l’État islamique au Cameroun. Quelques tentatives des dirigeants musulmans d’appeler au dialogue interreligieux et à la tolérance religieuse ont été entreprises, en mai 2017, par le Conseil des imams et des dignitaires religieux du Cameroun (CIDIMUC).

Dans les zones touchées par Haram Boko, il existe une longue tradition de coopération interreligieuse entre chrétiens et musulmans, avec de nombreuses initiatives remarquables de coexistence pacifique, en particulier celles menées par le diocèse catholique de Maroua-Mokolo, dont l’évêque est Mgr Bruno Ateba Edo (depuis 2014). Un certain nombre de médias locaux ont rapporté que, dans certains cas, les chrétiens avaient protégé des mosquées pendant des sessions de prière, tandis qu’en contrepartie, les musulmans avaient protégé des églises le dimanche, selon une méthode d’alerte rapide pour minimiser le risque d’attaques-surprises.

Plusieurs imams du nord du Cameroun ont continué à prétendre que la campagne violente de Boko Haram n’était pas fondée sur des motifs religieux, mais sur l’extrémisme politique et le terrorisme. Certains d’entre eux ont dit que la plus grande question n’était pas les tensions interreligieuses, mais un conflit religieux interne à l’islam, opposant le wahhabisme aux versions plus modérées de l’islam qui ont traditionnellement prévalu dans le pays. En même temps, la violence de Boko Haram a pu avoir un effet négatif sur la perception de l’islam au Cameroun, associé par certains à Boko Haram. La conséquence en est une stigmatisation accrue de certains musulmans.

L’Organisation interconfessionnelle ACADIR (Association Camerounaise pour le Dialogue Interreligieux), fondée en 2006 et qui opère au niveau national, a joué un rôle louable dans la création de relations harmonieuses entre catholiques, protestants et musulmans. En 2017, les autorités ont demandé à l’ACADIR d’accepter la responsabilité de l’élaboration de programmes de réinsertion pour les ex-combattants de Boko Haram.

En 2015, à Maroua, des chefs religieux chrétiens et musulmans ont créé une Maison de la Rencontre. Située dans le quartier de Dongo à Maroua, elle est dirigée par un comité composé de trois musulmans, trois catholiques, deux protestants et un orthodoxe. Elle favorise le dialogue islamo-chrétien et organise régulièrement des ateliers pour les jeunes, les femmes, les dirigeants locaux et d’autres personnes.((“Association Camerounaise pour le Dialogue Interreligieux”. Antenne Régionale de l‘Extrême Nord. Synthèse des activités menées en 2017-2018. Document interne fourni par l’un des chefs de l’organisation.))

Perspectives pour la liberté religieuse

Ces dernières années, la violence causée par Boko Haram dans l’extrême nord du Cameroun s’est intensifiée. Les efforts déployés par les militaires dans le cadre d’opérations de lutte contre le terrorisme et la faiblesse interne de l’État islamique contribuent à expliquer la diminution des attaques violentes. Bien qu’il y ait des efforts louables pour adoucir les relations interconfessionnelles entre chrétiens et musulmans, la nature du conflit a suscité un certain degré d’hostilité et de perceptions négatives envers les musulmans. En plus de cette tendance, qui s’est poursuivie pendant la période faisant l’objet du présent rapport, les attaques contre les fidèles dans le cadre du conflit qui émerge dans les régions occidentales anglophones du Cameroun, ainsi que la mort mystérieuse de l’évêque de Bafia, sont de sérieuses raisons de préoccupation. Si ces foyers de conflit se développent sans que les autorités compétentes y portent attention au cours des prochaines années, il y a des raisons de penser que la situation de la liberté religieuse pourrait se détériorer.