Corée du Nord

Chiffres clés

Légende :

Agnostiques : 57%

Athées : 15.5%

Nouvelles religions : 12.8%

Animistes : 12.2%

Bouddhistes : 1.5%

Autres : 1%

Superficie : 120537 m2

Population : 25280996 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Les citoyens de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) « ont la liberté religieuse », conformément à l’article 68 de la Constitution de 1972 (révisé en 1998),1 ce qui « est assuré par la permission de construire des édifices religieux et d’y tenir des cérémonies ». Cependant, « il est interdit de se servir de la religion comme prétexte pour introduire des forces étrangères ou pour perturber l’ordre étatique et social ».

Par ailleurs, l’article 3 dispose que « la RPDC est guidée dans ses activités par l’idée du Juche, conception du monde axée sur l’homme, une idéologie révolutionnaire ayant pour but l’émancipation des masses populaires ». Le Juche est une idée « immortelle », fondée par le guide et fondateur du pays, Kim Il Sung.

Le préambule de la Constitution consacre la place de Kim Il Sung dans la nation, déclarant que : « le grand leader Kim Il Sung est le soleil de la nation et le symbole de la réunification de la patrie. Le camarade Kim Il Sung a érigé la réunification du pays comme la tâche suprême de la nation, et s’est dépensé sans compter pour la réaliser entièrement. […] La RPDC et tout le peuple coréen soutiendront le grand leader Kim Il Sung comme le président éternel de la République, défendront et poursuivront ses idées et ses exploits et achèveront la révolution Juche sous la direction du Parti du travail de Corée ».

Incidents

Malgré la garantie constitutionnelle de la « liberté religieuse », la Corée du Nord est l’un des rares pays au monde où, dans la pratique, il n’y a absolument aucune liberté de religion ou de croyance. Les citoyens sont tenus de manifester une dévotion totale à la dynastie Kim au pouvoir et au régime, et toute déviance ou suspicion de déloyauté – en particulier par l’adoption d’une croyance religieuse – est très sévèrement punie. Comme le note le rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en RPDC, publié en 2014 : « L’État considère la diffusion du christianisme comme une menace particulièrement grave, car celui-ci conteste idéologiquement le culte officiel de la personnalité et fournit une plate-forme d’organisation sociale et politique et d’interaction en dehors du contrôle de l’État. Hormis les quelques Églises organisées par l’État, il est interdit aux chrétiens de pratiquer leur religion, et ceux-ci sont persécutés. Les personnes dont on découvre qu’elles pratiquent le christianisme sont passibles de peines sévères, en violation du droit à la liberté de religion et de l’interdiction de la discrimination religieuse ». La Commission a conclu que : « il y a un déni presque complet du droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, ainsi que des droits à la liberté d’opinion, d’expression, d’information et d’association ».2

Un nouveau rapport de Christian Solidarity Worldwide intitulé Films, marchés et surveillance de masse : les droits de l’homme en Corée du Nord après une décennie de changement, a noté que bien que les personnes évadées de Corée du Nord ont décrit certains changements dans le pays, dont un plus grand niveau de prise de conscience du monde extérieur en raison des émissions de radio et des informations introduites en contrebande sur des clés USB, l’écrasante majorité a déclaré qu’il n’y avait eu aucun changement en ce qui concerne la liberté de religion, laquelle est inexistante. La plupart des personnes interrogées estimaient même que la situation avait empiré. L’une des personnes interrogées a dit : « Quand il s’agit de religion, les Nord-Coréens ne font que frémir parce que la punition est très sévère ». Un autre a rapporté : « Il n’y a pas eu de changement. L’activité religieuse a été et reste encore maintenant punie inconditionnellement. Il n’y a pas eu de changement du tout ».3

Le Centre de base de données sud-coréen pour les droits de l’homme en Corée du Nord (NKDB) estime qu’il existe 121 lieux de culte dans le pays, approuvés et contrôlés par l’État. Il s’agit notamment de 64 temples bouddhistes, 52 temples cheondoist, et cinq églises chrétiennes. Les églises sont toutes dans la capitale, Pyongyang, et se composent de trois églises protestantes (églises Bongsu, Chilgol et Jeil), d’une d’église catholique (la cathédrale Jangchung) et de l’église orthodoxe russe (église de la Sainte Trinité). Il existe également des organisations religieuses approuvées par l’État, telles que la Fédération des chrétiens de Corée, la Fédération coréenne des bouddhistes, l’Association des catholiques de Corée, la Société cheondoiste coréenne et l’Association coréenne des religieux. L’Association des catholiques de Corée, contrôlée par l’État, n’a aucun lien avec le Vatican, et bien que les offices aient lieu à l’église catholique, aucun prêtre catholique ou religieux reconnu par le Vatican ne s’y trouve. Cinq prêtres orthodoxes russes servent à l’église orthodoxe russe de la Sainte Trinité, répondant principalement aux besoins des Russes dans le pays.4

Les lieux de culte contrôlés par l’État ne sont censés exister que pour créer une impression positive de liberté religieuse pour les visiteurs étrangers, dans le cadre d’un spectacle de style Potemkine. Une personne évadée a déclaré à la Christian Solidarity Worldwide : « Un jour j’ai visité un temple bouddhiste où résidaient 150 moines. Je les ai observés. Mais ce n’était pas un vrai temple bouddhiste – il était là pour montrer au monde extérieur que la Corée du Nord assure la liberté religieuse, mais tout était faux à 100 % ! Il n’existe pas du tout de conscience religieuse ; ni en 2007 ni maintenant. Il n’y a pas de liberté religieuse ».5

En 2015, le NKDB a signalé 1165 violations de la liberté de religion ou de croyance en Corée du Nord, y compris à l’égard de personnes accusées de propager la religion, de posséder des objets religieux, d’être engagées dans des activités religieuses et en contact avec des adeptes de religions.6

Dans un rapport publié en 2016 intitulé Déni total : violations de la liberté de religion et de croyance en Corée du Nord, la Christian Solidarity Worldwide note que le christianisme est identifié comme « une dangereuse menace pour la sécurité et un outil « d’intervention étrangère », et est considéré comme associé à la Corée du Sud et aux agences de renseignements américains. Un ancien agent de sécurité nord-coréen a déclaré que le christianisme était « autant persécuté parce que, fondamentalement, il était associé aux États-Unis […] et considéré comme de l’espionnage. Puisque ce sont les Américains qui ont transmis le christianisme et que ce sont eux qui ont tenté d’envahir notre pays, ceux qui sont chrétiens sont des espions, sont exécutés ».7

La Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) le confirme. « Le régime nord-coréen méprise le christianisme et le considère comme la plus grande menace parmi les religions ; le régime associe le christianisme à l’Occident, en particulier aux États-Unis », note l’USCIRF dans son rapport annuel de 2018. « Grâce à une surveillance rigoureuse, le régime tente activement d’identifier et de rechercher les chrétiens pratiquant leur foi en secret, et emprisonne ceux qu’il appréhende, souvent avec les membres de leur famille, même s’ils ne sont pas de la même religion ».8 Les chrétiens pratiquent donc le culte et étudient la Bible en petit nombre, dans un secret total. S’ils sont découverts, ils sont passibles d’une certaine peine d’emprisonnement dans un camp de prisonniers politiques, où ils endurent les travaux forcés dans des conditions désastreuses ou, dans certains cas, sont exécutés.

En décembre 2017, le Comité des crimes de guerre de l’association internationale du Barreau a publié un rapport sur les crimes contre l’humanité dans les camps de prisonniers politiques de Corée du Nord. Le rapport notait que : « les chrétiens sont fortement persécutés et reçoivent un traitement particulièrement sévère dans les camps pénitentiaires », où ils sont « torturés et tués en raison de leur appartenance religieuse ». Les chrétiens sont « incarcérés dans des zones spécifiques du camp pénitentiaire où les prisonniers sont soumis à des privations encore plus graves ».9

Au cœur du système de répression en Corée du Nord se trouvent les terribles camps de prisonniers connus sous le nom de kwan-li-so et parfois appelés « goulags ». On estime que plus de 100 000 personnes y sont actuellement détenues dans des conditions épouvantables, soumises à des tortures systématiques et sévères, sous-alimentées et soumises à un système rigoureux de travail forcé en violation du droit international, dont l’exploitation minière, l’exploitation forestière et le travail intensif en usine avec un minimum de vivres, causant une fatigue extrême, des maladies et conduisant, dans de nombreux cas, à la mort. Au moins 25 % des chrétiens de Corée du Nord seraient détenus dans des camps de prisonniers. La culpabilité s’applique, par association, aux familles des détenus, de sorte que jusqu’à trois générations peuvent être punies.

Une ancienne détenue du camp de prisonniers ordinaires (kyohwaso) n° 1 à Kaechon, emprisonnée pour « avoir exprimé sa religion chrétienne », a déclaré à la Commission d’enquête de l’ONU qu’elle avait été condamnée 10 fois à l’isolement pendant ses sept années de détention. Elle était également chargée de pousser le chariot utilisé pour enlever les excréments des latrines de la prison. Plusieurs fois, les gardes lui ont fait lécher les excréments qui s’étaient renversés afin de l’humilier et de la discipliner.10

L’accès des observateurs internationaux aux camps est impossible, de sorte que les informations ne sont accessibles que grâce aux survivants des camps et aux images satellitaires et autres renseignements. Une analyse détaillée des camps a été écrite par David Hawk, dans « Le Goulag caché : les vies et les voix de ceux qui sont envoyés dans les montagnes », d’abord publié par le Comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord en 2003, avec une deuxième édition mise à jour en 2012.11 En 2011, Amnesty International a publié des images satellitaires montrant l’ampleur des camps pénitentiaires12 et en 2013, Amnesty International a publié de nouvelles informations suggérant que les autorités tentaient de masquer l’existence des camps en les fusionnant avec des villages.13

La société nord-coréenne est gouvernée par un système de caste connu sous le nom de « Songbun », qui classe les personnes en fonction de leur origine familiale et de leur loyauté envers le régime. Les citoyens sont regroupés par catégorie dans les trois classes principales – la classe « centrale », qui est l’élite, la classe « vacillante », et la classe « hostile ». Selon le département d’État américain, les chrétiens sont confinés dans la classe inférieure. Le système « Songbun » détermine tous les aspects de la vie, y compris l’éducation, l’emploi, l’accès aux soins et au lieu de résidence.14 Un rapport important du Comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord intitulé Marqué à vie : Songbun – le système de classification sociale de Corée du Nord, publié en 2012, fournit une analyse détaillée de ce système.15

La plupart des évadés deviennent chrétiens après avoir réussi à passer la frontière chinoise, où ils entrent en contact avec des missionnaires chrétiens qui aident les réfugiés. Toutefois, la Chine applique une politique de rapatriement forcée des Nord-Coréens, en violation du principe international de « non-refoulement ». Quant aux déserteurs Nord-Coréens qui sont envoyés au nord de la frontière, il leur est demandé en premier de rencontrer un missionnaire qui possède une Bible ou qui est en contact avec des Sud-Coréens. Quant aux femmes enceintes, elles  subissent un avortement forcé et les nouveau-nés, un infanticide. Les Nord-Coréens font face à un destin particulièrement grave s’ils sont soupçonnés d’avoir eu des contacts avec des missionnaires chrétiens.

Selon l’USCIRF, les autorités nord-coréennes ont arrêté Kim Seung-Mo en juin 2017, et l’ont accusé d’espionnage après avoir appris qu’il était entré en contact avec de proches parents de confession chrétienne lors d’une visite en Chine.

Le 4 novembre 2017, dix Nord-Coréens ont été arrêtés après une descente de la police dans la maison où ils s’abritaient à Shenyang, dans le nord-est de la Chine, et ont été rapatriés de force en Corée du Nord. Le groupe comprenait un enfant âgé de quatre ans.16

En avril 2016, un pasteur chrétien, Han Choong Yeol, a été assassiné près de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord. Selon des informations, il aurait été tué par des agents nord-coréens en raison de son travail d’assistance aux réfugiés nord-coréens voulant fuir.17

En 2017, deux citoyens américains, Kim Hak-song et Kim Sang-duk, enseignants à l’Université de sciences et de technologie de Pyongyang – un établissement financé par l’étranger, dont le corps enseignant et l’ethos sont chrétiens, ont été arrêtés pour de prétendus « actes hostiles ». Ils ont été libérés en mai 2018, en même temps que Kim Dong-chul, un citoyen sud-coréen naturalisé américain arrêté en 2015, après d’intenses efforts diplomatiques de l’administration américaine en vue d’éventuels pourparlers entre Kim Jong-Un et le président américain Donald Trump.

Autorisées à travailler en Corée du Nord, certaines organisations humanitaires chrétiennes étrangères sont étroitement contrôlées, tout comme l’Université de sciences et de technologie de Pyongyang, de nature confessionnelle, qui existe depuis 2008. Des organisations religieuses internationales, telles que le Conseil œcuménique des Églises et certaines organisations bouddhistes, se sont engagées avec la Corée du Nord, mais en général seulement en ignorant ou en minimisant les préoccupations concernant les droits de l’homme et la liberté religieuse.

Perspectives pour la liberté religieuse

La Corée du Nord continue d’être l’un des pires endroits au monde pour la liberté religieuse. C’est l’un des rares pays où il y a un déni presque complet de ce droit fondamental de l’homme, et une violation systématique de toute liberté énoncée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. À moins qu’il n’y ait un changement de régime dans le pays, les perspectives de la liberté de religion restent défavorables.

 


  1. https://www.constituteproject.org/constitution/Peoples_Republic_of_Korea_1998.pdf?lang=en
  2. United Nations Human Rights Council, http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/CoIDPRK/Pages/ReportoftheCommissionofInquiryDPRK.aspx
  3. “Movies, Markets and Mass Surveillance: Human Rights in North Korea After A Decade of Change”, Christian Solidarity Worldwide, 31 janvier 2018, https://www.csw.org.uk/2018/01/31/report/3832/article.htm
  4. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Korea, Democratic People’s Republic of’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/2016/
  5. “Movies, Markets and Mass Surveillance …” op. cit.
  6. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.
  7. Total Denial: Violations of Freedom of Religion and Belief in North Korea, Christian Solidarity Worldwide, 2016, https://www.csw.org.uk/2016/09/22/report/3263/article.htm
  8. US Commission on International Religious Freedom Annual Report 2018, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/Tier1_NORTH%20KOREA.pdf
  9. Report: Inquiry on Crimes Against Humanity in North Korean Political Prisons, in “North Korea: Inquiry finds Kim Jong-un should be investigated and prosecuted for crimes against humanity”, 12 décembre 2017, International Bar Association, https://www.ibanet.org/Article/NewDetail.
  10. Report of the detailed findings of the commission of inquiry on human rights in the Democratic People’s Republic of Korea, Human Rights Council, 7 février 2014, http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session25/Documents/A-HRC-25-CRP-1_en.doc
  11. David Hawk, The Hidden Gulag: The Lives and Voices of “Those Who are Sent to the Mountains”, Washington, DC: Committee for Human Rights in North Korea, 2012,  http://hrnk.org/uploads/pdfs/HRNK_HiddenGulag2_Web_5-18.pdf
  12. Amnesty International, 3 mai 2011,  https://www.amnesty.org/en/latest/news/2011/05/images-reveal-scale-north-korean-political-prison-camps/
  13. Amnesty International, 7 mars 2013,  http://www.amnesty.org/en/news/north-korea-new-images-show-blurring-prison-camps-and-villages-2013-03-07
  14. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.
  15. Robert Collins, Marked for Life: Songbun – North Korea’s Social Classification System, Washington DC: The Committee for Human Rights in North Korea, 2012, http://hrnk.org/uploads/pdfs/HRNK_Songbun_Web.pdf
  16. Christian Solidarity Worldwide, 30th November 2017, https://www.csw.org.uk/2017/11/30/press/3787/article.htm
  17. Harry Farley, Christian Today, 5 mai 2016, https://www.christiantoday.com/article/christian-pastor-murdered-after-helping-north-korean-refugees/85452.htm