Croatie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 93.9%

Agnostiques : 2.7%

Musulmans : 2%

Athées : 1.4%

Superficie : 56594 m2

Population : 4224999 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution du pays garantit la liberté de religion.1 Toutes les communautés religieuses sont égales devant la loi. Il n’y a pas de religion officielle d’État. Les communautés religieuses sont libres de célébrer publiquement des offices religieux ainsi que de gérer des écoles et des organisations caritatives. Un groupe confessionnel a besoin d’au moins 500 membres et de cinq ans d’activité enregistrés pour être reconnu en tant que communauté confessionnelle.

L’État croate a conclu des accords juridiques distincts avec différentes communautés religieuses.2 Ces accords règlent les questions telles que le montant de subventions publiques accordées par l’État aux employés des différentes communautés, leur éligibilité aux pensions de retraite publiques, le soutien public à l’entretien et à la rénovation des bâtiments religieux, l’accès des aumôniers aux prisons, institutions militaires et institutions publiques3, les exigences alimentaires spéciales des adventistes et des musulmans, et les congés payés des musulmans à l’occasion des fêtes religieuses qui ne sont pas des jours fériés. Les mariages célébrés par des communautés religieuses ayant passé un accord avec l’État sont officiellement reconnus. Cela dispense de la nécessité d’enregistrer ces mariages au bureau d’état civil. Les écoles publiques autorisent l’enseignement religieux en coopération avec les communautés religieuses ayant conclu des accords avec l’État, mais la participation au cours est facultative. Dans les écoles primaires, environ 90 % des enfants reçoivent des cours d’instruction religieuse catholique. Dans les écoles secondaires, environ 65 % des élèves suivent les cours d’instruction religieuse catholique (l’alternative est de suivre un cours d’éthique). Les communautés religieuses non inscrites ne sont pas autorisées à proposer une instruction religieuse dans les écoles ou à avoir accès à des fonds publics pour financer leurs activités religieuses.

Fin 2017, 54 communautés religieuses étaient enregistrées, dont l’Église orthodoxe serbe, l’Église orthodoxe macédonienne, l’Église orthodoxe bulgare, l’Église adventiste chrétienne, l’Église de Dieu, l’Église du Christ, l’Église pentecôtiste, l’Église évangélique, la Coordination des communautés juives en Croatie, l’Église vieille-catholique croate, la Communauté islamique de Croatie, l’Église chrétienne réformée, l’Union des Églises baptistes, le Mouvement réformiste de l’Église adventiste du septième jour, l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, l’Union des Églises pentecôtistes du Christ, l’Église du plein Évangile, l’Église de la parole de vie, l’Église chrétienne réformée protestante et Bet Israël.

Les jours fériés en Croatie comprennent un certain nombre de fêtes religieuses catholiques. Pour les non-catholiques, il est légal de respecter d’autres jours fériés religieux.

L’Église catholique est le groupe religieux dominant. Le gouvernement a reconnu son rôle historique et culturel et sa position sociale en signant quatre accords d’intérêt mutuel avec le Saint-Siège entre 1996 et 1998.4 Ces concordats autorisent le gouvernement à financer les pensions et les salaires de certains membres du personnel religieux dans le cadre des régimes publics de retraite et de santé.

Les accords réglementent également l’instruction religieuse dans les écoles publiques et les aumôneries militaires. Les 16 autres groupes religieux qui ont signé des accords avec l’État peuvent proposer une instruction religieuse dans toute école dans laquelle il y a au moins sept fidèles de la religion en question.

La Croatie compte 17 circonscriptions ecclésiastiques et 1598 paroisses, 25 évêques, 2343 prêtres et 3711 religieux.5 Il existe une chaîne de télévision catholique, Laudato TV, deux stations de radio catholiques et de nombreux magazines hebdomadaires et mensuels. Il y a aussi plusieurs sites Internet catholiques d’information, populaires auprès des catholiques. Il existe de nombreuses associations professionnelles catholiques, mais leurs membres font généralement partie des couches sociales les plus basses. Le nombre de vocations sacerdotales et religieuses masculines est relativement stable, mais les vocations féminines sont en baisse. Le rôle des laïcs a augmenté presque immédiatement après l’introduction de l’instruction religieuse dans les écoles. Le clergé et les laïcs sont unis contre le sécularisme.

Les manifestations publiques des groupes confessionnels concernant les questions d’importance sociale sont autorisées. Par exemple, la « marche pour la vie » de la Croatie s’est tenue le 20 mai 2017. Selon la police et les médias locaux, l’événement a attiré 20 000 personnes dans la capitale, Zagreb, et jusqu’à 5 000 dans la deuxième ville du pays, Split.6

Un signe des bonnes relations entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe est le haut niveau de coopération concernant les enquêtes pour introduire les causes de canonisation. La Commission mixte orthodoxe-catholique sur la vie du Bienheureux Aloysius Stepinac a tenu sa sixième et dernière réunion à la Résidence Sainte Marthe, à Rome, les 12 et 13 juillet 2017. À l’issue des réunions de la Commission, le Secrétariat du Saint-Siège a préparé une déclaration commune qui a été adoptée par les deux parties. Le document considère que l’opinion de l’Église orthodoxe et de l’Église catholique reste inchangée mais reconnaît qu’en fin de compte, c’est le Pape qui doit prendre la décision finale concernant la cause de canonisation du Cardinal.7 Les membres de la Commission sont parvenus à la conclusion que divers événements de la vie du Cardinal, ses discours, ses écrits, ses silences et ses opinions étaient toujours ouverts à l’interprétation.

Incidents

En mars 2017, l’Église orthodoxe serbe a publié une déclaration selon laquelle des inconnus avaient profané des églises orthodoxes et s’étaient introduits par effraction dans l’église Saint Georgije à Kričke et l’église Saint Jovan Krstitelj à Miočić, près de Drniš.8 Les vandales n’ont rien volé dans les lieux de culte orthodoxes ni profané les icônes ou autres objets religieux. Il ressort de la déclaration que le motif de l’attaque ne serait pas clair. Il est en outre précisé dans la déclaration qu’une église de Medvidja a été cambriolée le 19 mars 2017. Le prêtre local en a immédiatement informé la police, qui est rapidement arrivée et a enquêté. La porte sud de l’église a été brisée.

Des graffitis anti-serbes, dont les emblèmes nationalistes croates datant de la deuxième guerre mondiale, ont été peints sur une église orthodoxe serbe dans la ville croate de Sinj.9

L’archidiocèse de Split Makarska s’est opposé à ce que la pièce de théâtre « Notre violence et votre violence » fasse partie du Festival de théâtre « Maruilićevi Dani » à Split.10 L’archidiocèse a affirmé que la pièce, dirigée par le metteur en scène croate Oliver Frljić, était offensante pour les citoyens et les fidèles, et a appelé les organisateurs du Festival à reconsidérer son inclusion. La pièce montre une femme vêtue de hijab, violée par Jésus après avoir tiré un drapeau national de ses parties génitales. L’archidiocèse a déclaré qu’il avait agi après avoir reçu de nombreuses plaintes de fidèles, affligés et dégoûtés par la pièce.

Perspectives pour la liberté de religion

Les relations entre l’État et l’Église en Croatie dépendent du parti politique qui est au pouvoir. Les fidèles catholiques soutiennent généralement l’absence de confessionnalisme des structures politiques du pays. Bien qu’il y ait un pourcentage élevé de catholiques, la Croatie reste une société idéologiquement pluraliste.

Il réside une tension énorme au sujet de la conception de l’État qu’il convient d’adopter, entre d’une part le modèle laïc, tel que proposé par l’Union européenne, et de l’autre un modèle où la religion joue un rôle important. Le problème est aggravé par le fait que l’ethnicité continue d’être une question importante dans la société, les Croates représentant 90 % de la population et les Serbes seulement 4,4%, le reste de la population étant composé de Bosniaques, d’Italiens, d’Albanais et de Hongrois.

Certaines organisations libérales de la société civile ont eu un grand impact sur la politique et sur la promotion de la laïcité en Croatie. Une vision du monde radicalement laïque a été exposée, proposant des conceptions athées ou agnostiques de la religion, dans un effort pour atteindre la neutralité politique. Les défenseurs de cette vision du monde déclarent que, au nom de la démocratie, le confessionnalisme devrait être exclu des débats publics sur des questions sociales et éthiques telles que l’avortement, le mariage homosexuel et l’euthanasie.

L’idéologie laïque, qui dépeint la foi comme une force pour les faibles, est un défi pour l’Église catholique, qui a eu une influence significative sur l’identité nationale, culturelle et religieuse de la Croatie moderne. Ce défi motive les chrétiens à s’engager dans le dialogue sur les questions politiques à tous les niveaux. Il reste à voir si la Croatie va devenir un État de plus en plus laïc, ou si elle va être un lieu de rencontre entre groupes religieux coopérant avec les structures politiques pour le bien commun.

 


  1. Articles 14, 17, 39, et 40 de la Constitution de la République de Croatie.
  2. Loi sur les communautés religieuses, Journal officiel de la République de Croatie, Narodne novine  83, 2002, registre des communautés religieuses, Ministère de la Fonction publique.
  3. Accord entre le Saint-Siège et la République de Croatie sur l’assistance religieuse aux fidèles catholiques qui sont membres des forces armées et de police de la République de Croatie et accord entre le Saint-Siège et la République de Croatie sur la collaboration dans le domaine de l’éducation et de la culture. Narodne novine (Journal officiel de la République de Croatie – accords internationaux), 2, 1997.
  4. Accord entre le Saint-Siège et la République de Croatie sur des questions juridiques. Narodne novine (Journal officiel de la République de Croatie – accords internationaux) 3, 1997, et accord entre le Saint-Siège et la République de Croatie sur des questions économiques. Narodne novine (Journal officiel de la République de Croatie – accords internationaux) 18, 1998.
  5. Office statistique central de l’Église
  6. Le plus grand nombre de personnes rassemblées à Zagreb. Des contre-manifestants ont bloqué le passage de la procession et la police les a arrêtés, Jutarnji liste, 20 mai 2017, https://www.jutarnji.hr/vijesti/hrvatska/foto-video-hod-za-zivot-u-zagrebu-se-okupio-veci-broj-ljudi-protuprosvjednici-blokirali-prolaz-povorci-policija-ih-potrpala-u-maricu/6097488/
  7. Le pape se prononcera sur la sainteté d’Alojzije Stepinac, Večernji List, 15 juillet 2017, https://www.vecernji.hr/vijesti/papa-alojzije-stepinac-kardinal-1182433
  8. Cambriolage dans une église orthodoxe into, Novosti, 15 mars 2017, https://www.portalnovosti.com/provale-u-dalmatinske-hramove
  9. Des emblèmes pro-oustachi ont été peints sur une église orthodoxe serbe à Sinj, TPORTAL, 7 mars 2017,  https://www.tportal.hr/vijesti/clanak/na-pravoslavnoj-crkvi-u-sinju-osvanuli-ustaski-simboli-20170307
  10. Vecernji liste, 22 avril 2017, https://www.vecernji.hr/kultura/nadbiskupija-protiv-frljica-kako-ne-biti-zgrozen-kada-se-u-hramu-kulture-na-najvulgarniji-nacin-druge-omalovazava-i-blati-1164918