Djibouti

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 97.4%

Chrétiens : 1.2%

Agnostiques : 1.2%

Autres : 0.2%

Superficie : 23200 m2

Population : 900000 habitants

Cadre juridique de liberté religieuse et son application effective

La société djiboutienne et l’islam sont aujourd’hui encore plus étroitement liés, d’un point de vue politico-institutionnel, que ce que prévoyait initialement la Constitution de 1992. Dans la première phrase de l’article premier de la Constitution du 1992, Djibouti se définit comme une « République démocratique ».1 Cette version a été révisée en 2010. Le préambule commence désormais par les mots « Au nom de Dieu tout-puissant », tandis que l’article 1er dispose : « l’islam est la religion de l’État ».2

Certaines libertés fondamentales sont accordées à d’autres religions. Conformément à l’article premier de la Constitution, tous les citoyens sont égaux, « sans distinction de langue, d’origine, de race, de sexe ou de religion ». Dans les deux versions de la Constitution, il est interdit aux partis politiques de « s’identifier à une race, une ethnie, un sexe, une religion, une secte, une langue ou une région » (article 6). L’article 11 garantit à toute personne « le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte et d’opinion, dans le respect de l’ordre établi par la loi et les règlements ».3 En théorie, la Constitution n’interdit pas explicitement le prosélytisme. Les lois ne prévoient pas non plus de sanction pour ceux qui ne respectent pas les règles islamiques, ou qui professent une autre religion.

Une loi adoptée en octobre 2012 donne au Ministère des affaires islamiques des pouvoirs étendus sur les mosquées du pays et sur le contenu des prières publiques. L’autorité du ministère couvre toutes les affaires islamiques, des mosquées aux écoles confessionnelles privées (sur lesquelles le Ministère de l’éducation a également compétence), en passant par les événements religieux.4 Selon des déclarations de représentants du gouvernement, cela vise à empêcher les activités politiques dans les mosquées, à donner au gouvernement la possibilité d’exercer un plus grand contrôle et à limiter l’influence étrangère.5 En plus de son système d’éducation public laïc, il y a environ 40 écoles islamiques privées à Djibouti.5

Cependant, la mise en œuvre de la loi a été lente. Moins de la moitié de toutes les mosquées de Djibouti ont des imams nommés par l’État, conformément aux exigences légales.5

Qu’ils soient originaires du pays ou de l’étranger, les groupes religieux non musulmans sont tenus de s’inscrire auprès des autorités. Les demandes d’inscription sont suivies d’un examen assez long, effectué par le Ministère de l’Intérieur. Il n’est pas accordé d’autorisations provisoires en attendant la fin de l’examen. Les groupes musulmans sont simplement tenus d’aviser le Ministère délégué aux affaires religieuses de leur existence. Ils ne sont pas tenus de s’inscrire, et ne sont pas soumis au contrôle du Ministère de l’Intérieur. Les groupes étrangers, qu’ils soient musulmans ou non musulmans, ont également besoin de l’autorisation du Ministère des affaires étrangères avant d’être autorisés à opérer à Djibouti.5

Le chef de l’État prête un serment religieux en prenant ses fonctions.5

Les codes juridiques de Djibouti contiennent également des éléments de droit islamique. Les tribunaux islamiques sont compétents en ce qui concerne les questions de droit civil et de droit de la famille pour les musulmans. Ces tribunaux appliquent la loi islamique parallèlement au droit civil.5

Pour les non-musulmans, les questions familiales sont traitées par les juridictions civiles de l’État, si bien que les mariages civils sont autorisés à ces personnes ainsi qu’aux étrangers. Le gouvernement reconnaît les mariages religieux non musulmans si un document officiel délivré par l’organisation qui a exécuté le mariage peut être présenté.5

Incidents

Alors que les normes et coutumes sociales de Djibouti ne prévoient pas pour les musulmans la possibilité d’apostasier, des conversions ont lieu. Par exemple, il a été rapporté que dans le camp de réfugiés de Markazi, peuplé de réfugiés yéménites, un résident qui s’était converti au christianisme a subi des intimidations et des insultes de la part des autres réfugiés.5

Selon ce qui est régulièrement relaté, les convertis sont parfois confrontés à certaines conséquences telles que de la discrimination au travail.5 Les représentants des confessions chrétiennes dénoncent également des actes de vandalisme perpétrés contre les églises, et la destruction de biens appartenant à l’Église.5

Dans certains cas, des communautés religieuses non enregistrées, dont les protestants éthiopiens et certaines congrégations musulmanes, opèrent sous l’autorité d’autres communautés qui, pour leur part, sont enregistrées. Les petites communautés, comme les Témoins de Jéhovah et les Bahaïs, mèneraient leurs activités en secret sans s’inscrire.5

Ces dernières années, Djibouti est devenu de plus en plus un havre pour les réfugiés fuyant la guerre au Yémen, qui se trouve à une trentaine de kilomètres au-delà du détroit de Bab-el-Mandeb. Avec ses ressources très limitées, l’Église catholique de Djibouti a apporté son soutien au petit nombre de catholiques du Yémen.6 L’Église contribue également au développement local, y compris en matière de soins médicaux.7

Perspectives pour la liberté religieuse

Les pays puissants de la planète opposent la stabilité de Djibouti à la situation troublée de la région environnante. Cependant, à Djibouti, trop de personnes souffrent d’un manque de liberté politique.8 La famille du Président en exercice Ismail Omar Guelleh est au pouvoir depuis que le pays est indépendant de la France, en 1977. Ismail Omar Guelleh a été élu pour un quatrième mandat lors des élections qui ont eu lieu en avril 2016. Les candidats d’opposition n’ont pas vraiment eu la possibilité de bouleverser le statu quo. La situation de la liberté de la presse dans le pays est également désastreuse. L’organisation Reporters sans frontières a fortement critiqué le gouvernement pour avoir arrêté des journalistes de la BBC et les avoir expulsés du pays. Djibouti est parmi les derniers pays au classement mondial de la liberté de la presse de cette ONG : 170e sur 180.9 Le traitement restrictif, et parfois discriminatoire, de toutes les communautés religieuses non islamiques est une limite évidente à leur capacité à professer leur foi.

Des indications suggèrent que le gouvernement cherche à maintenir le pays à l’écart des conflits de toute nature, y compris religieux. En mettant largement le pays à la disposition d’États tiers, en tant que base militaire internationale, le gouvernement augmente ses recettes. Reconnaissant la position stratégique de Djibouti sur le golfe d’Aden10, la Chine a ouvert sa première base militaire dans le pays en juillet 2017. Les modalités du bail permettent le stationnement de près de 10 000 soldats chinois sur place. Les États-Unis sont depuis longtemps présents à Djibouti, leur seule base militaire permanente en Afrique se situant dans ce pays. La France, ancienne puissance coloniale, et l’Italie, ont des bases à Djibouti ; l’Allemagne et l’Espagne y ont des troupes.11 L’Arabie Saoudite y construit également une base militaire en ce moment.12

La location de ces installations apporte des centaines de millions de dollars au Trésor de Djibouti chaque année. Il y a lieu de penser que l’importance internationale de Djibouti en tant que base militaire et les revenus qui en résultent pour le pays peuvent agir comme un contrepoids à l’extrémisme, assurant ainsi la liberté de religion au moins à un certain degré.13

 


  1. Constitution de Djibouti du 4 septembre 1992, Organisation mondiale pour la propriété intellectuelle (OMPI), http://www.wipo.int/edocs/lexdocs/laws/fr/dj/dj002fr.pdf
  2. Djibouti’s Constitution of 1992 with Amendments through 2010, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Djibouti_2010.pdf?lang=en
  3. Ibid.
  4. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Djibouti’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  5. Ibid.
  6. Radio Vatican, 10 avril 2015, http://de.radiovaticana.va/news/2015/04/10/jemen_tausende_afrikanische_flüchtlingen_sitzen_fest/1135807
  7. Fides, 2 décembre 2016, http://www.fides.org/en/news/61292-AFRICA_DJIBOUTI_HIV_awareness_programs_in_Catholic_schools
  8. Dietmar Pieper, Spiegel Online, 8 février 2018, http://www.spiegel.de/international/world/djibouti-is-becoming-gateway-to-africa-for-china-a-1191441.html
  9. Friederike Müller-Jung, Deutsche Welle, 6avril 2016, http://www.dw.com/de/dschibuti-kein-machtwechsel-in-sicht/a-19168501 
  10. Dietmar Pieper, op. cit.
  11. Abdi Latif Dahir, Quartz, 18 août 2018, https://qz.com/1056257/how-a-tiny-african-country-became-the-worlds-key-military-base/
  12. Middle East Monitor, 28 novembre 2017, https://www.middleeastmonitor.com/20171128-djibouti-welcomes-saudi-arabia-plan-to-build-a-military-base/
  13. Munzinger Archiv 2018, https://www.munzinger.de/search/start.jsp