Érythrée

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 51.6%

Chrétiens : 46.4%

Agnostiques : 1.3%

Autres : 0.7%

Superficie : 117600 m2

Population : 5352000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

En 1997, quatre ans après l’indépendance, l’Assemblée Nationale érythréenne a approuvé la Constitution du pays. L’article 19 dispose que « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de croyance ». Il ajoute en outre que « toute personne a la liberté de pratiquer toute religion et de manifester une telle pratique ».((Eritrea’s Constitution of 1997, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Eritrea_1997.pdf?lang=en)) La Constitution en tant que telle n’a cependant jamais été mise en œuvre, et les autorités ont toujours gouverné par décrets. Dans l’un d’eux, publié en 1995, le gouvernement a indiqué que seules quatre communautés religieuses devaient être reconnues par l’État : l’Église orthodoxe érythréenne Tewahedo, l’Église évangélique luthérienne érythréenne, l’Église catholique et l’islam sunnite.((Human Rights Council, Detailed findings of the commission of inquiry on human rights in Eritrea, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/CoIEritrea/A_HRC_32_CRP.1_read-only.pdf))

Au cours des dernières années, le gouvernement a placé les chefs de l’Église orthodoxe et de la communauté musulmane sous contrôle. Le parti au pouvoir, le Front populaire pour la démocratie et la justice, nomme les hauts responsables de la communauté musulmane et de l’Église orthodoxe. Le gouvernement paie également les salaires des hauts représentants de l’Église et contrôle leurs moyens de transport, y compris les rations de carburant, ainsi que leurs activités et leurs ressources financières. En revanche, l’Église catholique et l’Église luthérienne ont maintenu un certain degré d’autonomie.

Selon le rapport des États-Unis sur la liberté religieuse((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘Eritrea’, Report on International Religious Freedom for 2016, U.S. Department of State, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper)), les quatre communautés religieuses autorisées dans le pays continuent d’avoir besoin de l’autorisation du Bureau des affaires religieuses pour imprimer et distribuer de la littérature religieuse à leurs fidèles. Les chefs religieux et les médias religieux ne sont pas autorisés à commenter les questions politiques. Ils sont également tenus de soumettre tous les six mois au gouvernement un rapport sur leurs activités. De manière à affirmer son autorité et à présenter des rappels réguliers, le Bureau des affaires religieuses réitère chaque année la disposition contenue dans le décret de 1995 en ce qui concerne les organisations religieuses. Il ordonne aux quatre religions reconnues de cesser d’accepter des fonds de l’étranger, d’agir de façon à rester autosuffisantes financièrement et de limiter leurs activités au seul culte religieux. Le décret prévoit en outre que si les Églises souhaitent s’engager dans des œuvres sociales, elles doivent s’inscrire en tant qu’ONG et concéder la supervision de leur financement d’origine étrangère aux autorités. Cependant, dans la pratique, ces interdictions ne sont ni appliquées ni respectées, et ne font qu’accroître la précarité des Églises.

Outre les quatre religions officiellement reconnues, les autres groupes religieux principaux sont les chrétiens pentecôtistes, les évangéliques et les Témoins de Jéhovah. Ceux-ci ont été tolérés jusqu’en 2002, mais par la suite un décret est entré en vigueur, exigeant de leurs organes directeurs qu’ils soumettent des demandes d’enregistrement comportant des informations détaillées sur leurs dirigeants. Les autorités les ont avertis que s’ils ne se conformaient pas à cette obligation, ils seraient déclarés illégaux. La procédure est complexe et a ouvert la porte au harcèlement des groupes concernés.

Incidents

En raison des restrictions susmentionnées, il est particulièrement difficile de trouver des informations sur la situation actuelle de la liberté religieuse en Érythrée. Toutefois, en janvier 2018, le département d’État américain a cité l’Érythrée comme l’un des « pays particulièrement préoccupants » en raison de graves violations de la liberté religieuse.((Les neuf autres pays étaient : la Birmanie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, le Soudan, l’Arabie saoudite, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Voir Heather Nauert (spokesperson), ‘Designations Under the International Religious Freedom Act of 1998’, 4 janvier 2018, U.S. Department of State, https://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2018/01/276843.htm))

Les Témoins de Jéhovah ont continué d’être ciblés en raison de leur refus de participer au service militaire obligatoire. Il est difficile de savoir exactement combien d’adeptes de cette confession religieuse restent en détention, étant donné que les autorités ne permettent pas à des observateurs extérieurs des droits de l’homme de rentrer dans le pays, et que les sources d’information fiables sont rares à l’intérieur du pays. Les Témoins de Jéhovah ont été collectivement dépouillés de leur citoyenneté en 1994 après avoir refusé de participer au référendum de 1993 sur l’indépendance du pays. En raison de cette politique, le gouvernement a refusé de leur accorder des documents officiels tels que des passeports, des papiers d’identité (qui sont nécessaires pour travailler) et des visas de sortie.((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, op. cit.)) Une pièce d’identité est désormais obligatoire pour utiliser un ordinateur dans un cybercafé.

Le gouvernement a parfois accordé des visas aux diocèses catholiques, leur permettant d’accueillir des membres du clergé en provenance de Rome ou d’autres villes étrangères. Les membres du clergé catholique ont été autorisés à voyager à l’étranger à des fins religieuses et pour leur formation, mais pas dans des proportions que les responsables de l’Église considèrent comme adéquates. Les séminaristes qui n’ont pas terminé leur service militaire national – qui peut durer 10 ans ou plus – se sont vu refuser des passeports ou des visas de sortie pour poursuivre leur formation théologique à l’étranger.

Le 31 octobre 2017, un grand nombre d’étudiants de l’école islamique Al Diaa((Radio France Internationale Afrique, 1er novembre 2017, http://www.rfi.fr/afrique/20171101-erythree-manifestation-etudiants-al-diaa-ecole-islamique)) (dans la capitale Asmara), qui avait été fermée par les autorités, ont manifesté devant le Bureau du Président. Avant cela, le 27 octobre, le directeur de l’école, Haji Musa Mohammed Nur, un chef musulman respecté, d’environ 90 ans, avait été arrêté en même temps que certains enseignants de l’école, dans le cadre d’une série de mesures prises par les autorités visant à prendre le contrôle d’un certain nombre d’écoles religieuses, tant musulmanes qu’orthodoxes.((Radio Erythrée Internationale (ERENA), 10 novembre 2017, http://erena.org/index.php/web-links/3530-parent-teacher-committee-of-diae-al-islamia-school-pleas-for-release-of-the-school%E2%80%99s-administrators,-teachers,-students-and-parents)) Les forces de sécurité auraient tiré à balles réelles pour disperser les manifestants, et un couvre-feu a été imposé ce même jour. Un certain nombre d’étudiants ont été arrêtés.((‘Érythrée: manifestation d’étudiants d’une école islamique’, op. cit.)) Suite à cette manifestation, le gouvernement a accru la présence de soldats devant les mosquées dans tout le pays.

Perspectives pour la liberté religieuse

Le fait que le gouvernement a poursuivi la même politique de contrôle strict des institutions religieuses et réduit leurs activités montre que peu de choses ont changé au cours des dernières années. En ce qui concerne la liberté religieuse, rien n’indique que le moindre changement positif puisse se produire en Érythrée dans un proche avenir.