L’essentiel en 10 points

Période faisant l’objet du présent Rapport : juin 2016 à juin 2018

Constatations du Rapport

  1. Des violations importantes de la liberté religieuse ont été établies dans 38 des 196 pays faisant l’objet du présent Rapport, soit près de 20% d’entre eux. Sont ainsi attestées :
    dans 17 pays : des discriminations, ce qui implique une institutionnalisation de l’intolérance, exercée habituellement par l’État ou ses représentants ;
    dans 21 pays : des persécutions, ce qui inclut également des groupes terroristes et des acteurs non étatiques commettant des atteintes aux personnes et aux biens.
  1. Ainsi, dans ces 38 pays, la situation :
    – s’est aggravée dans près de la moitié d’entre eux (18 pays), en particulier dans deux des pays les plus peuplés au monde, la Chine et l’Inde ;
    – n’a montré aucun signe de changement dans 18 de ces pays et y demeure désastreuse, comme en Corée du Nord et en Afghanistan ;
    Par rapport à la précédente édition de ce Rapport, la situation s’est améliorée dans deux pays (Tanzanie et Kenya, dans la catégorie persécutions en 2016, désormais non classifiés) mais s’est dégradée dans deux autres (Russie et Kirghizistan, qui intègrent pour la première fois la catégorie discrimination).

3. On observe une augmentation des menaces que les acteurs étatiques font peser sur la liberté religieuse – qu’ils les organisent (ex : Chine, Russie) ou les encouragent, en garantissant une impunité systématique aux auteurs de ces atteintes (ex : Inde).
Cette hostilité à l’encontre des minorités religieuses s’est aggravée au point de pouvoir qualifier ce phénomène d’ultranationalisme agressif. Celui-ci tend à considérer que les groupes minoritaires, pourtant respectueux du droit en vigueur, constituent une menace pour l’État-nation. Il tente même parfois de les forcer à abandonner leur identité ou à quitter le pays (ex : Birmanie).

4. Alors qu’une diminution des violations de la liberté religieuse imputables aux islamistes a été notée dans certains pays (ex : Tanzanie et Kenya), la situation s’est manifestement aggravée dans beaucoup d’autres (ex : Niger, Somalie). Le succès des campagnes militaires contre l’Etat islamique a dissimulé la propagation de mouvements islamistes militants dans certaines régions (ex : Egypte, Nigeria). De longues traditions de pluralisme et d’harmonie religieuse ont ainsi pu être remises en cause (ex : Indonésie).

  1. Dans des régions du Proche-Orient autrefois occupées par l’Etat islamique et par d’autres organisations extrémistes, la réinstallation de certains groupes confessionnels a été rapide et inattendue.
  1. La plupart des gouvernements n’a pas fourni d’aide d’urgence à ces groupes minoritaires, en particulier aux communautés déplacées qui souhaitaient rentrer chez elles. Leurs souffrances font face à une barrière d’indifférence et leur sort a été ignoré par une société religieusement analphabète pour qui la liberté religieuse ne constitue pas une priorité.
  1. En Occident, les attaques extrémistes motivées notamment par la haine religieuse connaissent une recrudescence préoccupante. Les attentats suggèrent que cette menace est désormais universelle, imminente et omniprésente. A ce titre, elle peut être qualifiée de terrorisme de voisinage.
  1. Au cours de la période faisant l’objet du présent Rapport, l’AED a constaté une banalisation des atteintes à la liberté religieuse dont le champ d’exercice s’est encore réduit. Cette réalité accablante se produit :
    – sous l’action conjuguée d’un ultranationalisme agressif et d’un fondamentalisme qui tend à s’universaliser
    – et dans une indifférence quasi générale, tant la communauté internationale détourne le regard.
    L’AED dénonce la léthargie coupable des responsables politiques et religieux qui bafouent ou négligent les droits des minorités religieuses.

Conclusions du rapport :

  1. A l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, dont l’article 18 proclame la liberté religieuse, l’AED rappelle que celle-ci constitue un élément incontournable d’un Etat de droit et la voie fondamentale pour construire une paix durable, aspiration profonde de tous les peuples.
  1. Pour (r)éveiller les consciences, l’AED appelle :
    – les pouvoirs publics à respecter les droits des communautés religieuses, à n’y apporter que des limites indispensables, réellement justifiées et proportionnées ;
    – les responsables religieux à reconnaitre la liberté de l’« homo religiosus » et à faire preuve d’une ouverture au dialogue
    – et les communautés religieuses et les familles à transmettre aux jeunes générations, dès leur plus jeune âge, le souci du respect réciproque.