Estonie

Chiffres clés

Légende :

Agnostiques : 50.2%

Chrétiens : 44.9%

Athées : 4.3%

Autres : 0.6%

Superficie : 45226 m2

Population : 1308997 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution établit la séparation entre l’Église et l’État. L’article 40 dispose que tout individu est libre d’appartenir à un groupe religieux et de pratiquer une religion, individuellement ou collectivement, publiquement ou en privé, sauf si cela « porte atteinte à l’ordre public, à la santé ou aux bonnes mœurs ».1 L’article 12 interdit l’incitation à la haine religieuse, à la violence ou à la discrimination. Conformément à l’article 124, les objecteurs de conscience ont le droit constitutionnel de refuser d’effectuer leur service militaire pour des motifs religieux, mais ils sont tenus légalement d’accomplir un service de substitution.

La loi de 2002 sur les Églises et les congrégations2 réglemente les activités des associations et sociétés religieuses. Les associations religieuses sont définies comme étant des « Églises, congrégations, associations de congrégations et monastères ». Les sociétés religieuses sont définies comme des « associations de bénévoles » dont les principales activités sont de nature religieuse ou œcuménique, liées à « la morale, l’éthique, l’éducation, la culture, la réhabilitation confessionnelle ou œcuménique, diaconale et sociale, en dehors des formes traditionnelles de rites religieux d’une Église ou d’une congrégation, et qui n’ont pas besoin d’être rattachées à une association ecclésiale particulière de congrégations ou à une congrégation ».

Les associations religieuses doivent s’inscrire au Tribunal du comté de Tartu.3 Les Églises, les congrégations et les associations de congrégations sont tenues de créer leur propre conseil d’administration, dont les membres doivent être des ressortissants estoniens ou des résidents légaux. Les monastères doivent avoir un supérieur (élu ou nommé).4 Pour demander formellement à être enregistrée, une association religieuse a besoin d’un minimum de 12 membres. Les membres du conseil d’administration doivent signer par acte notarié la demande d’enregistrement, qui doit également contenir le procès-verbal de sa réunion constitutive et une copie des statuts de l’association. L’enregistrement des associations religieuses relève de la loi sur les associations sans but lucratif. Cela accorde aux associations religieuses enregistrées certaines exemptions fiscales, telles que l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée. Au total, environ 550 associations religieuses sont enregistrées auprès des autorités.5 Les associations religieuses non enregistrées peuvent mener des activités religieuses mais ne peuvent pas agir en tant qu’organes juridiques.4

Les sociétés religieuses relèvent également de la loi sur les associations à but non lucratif. Tout comme les associations religieuses, elles jouissent elles aussi de certains avantages fiscaux. Pour se faire enregistrer conformément à la loi susmentionnée, les fondateurs d’une société religieuse doivent rédiger un contrat constitutif et des statuts, et soumettre leur demande par voie électronique ou sur papier au registre des entreprises.5

Selon le rapport sur la liberté religieuse internationale de 20166, le gouvernement estonien a financé le Conseil estonien des Églises, un corps de 10 Églises qui comprend l’Église luthérienne et les deux Églises orthodoxes du pays. Les autorités n’ont joué aucun rôle dans l’affectation des fonds. Une partie de l’argent a été attribuée à des Églises à titre individuel, une autre partie a été utilisée dans des projets œcuméniques, et certaines sommes ont été investies pour former les responsables ecclésiaux à opérer dans la société civile. Le gouvernement a consulté des représentants de la communauté musulmane d’Estonie ainsi que le Conseil des Églises pour rédiger la législation sur les réfugiés et l’immigration.

En janvier 2018, le gouvernement a décidé de verser des indemnités aux Églises qui avaient souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. L’Église luthérienne estonienne doit recevoir 6,8 millions d’euros, tandis que l’Église orthodoxe apostolique estonienne recevra 1,4 million d’euros. En échange, elles renonceront à toute demande ultérieure de restitution. L’Église orthodoxe estonienne du Patriarcat de Moscou a critiqué cette décision et ne recevra aucune compensation, malgré ses souffrances à l’époque de la guerre.7

Incidents

Selon un rapport de Time Magazine, l’Estonie, contrairement à d’autres pays, n’a connu aucune réaction anti-musulmane de grande échelle, face à la crise des réfugiés.8 Le gouvernement demeure l’un des plus désireux de mettre en œuvre le plan de l’Union européenne de répartition des réfugiés. Les attitudes au sein de la population pourraient se résumer essentiellement à de l’indifférence. Pourtant, le rapport note que cela pourrait changer à l’avenir en raison de l’insatisfaction écrasante des réfugiés à l’égard du plan de répartition lui-même. Beaucoup de réfugiés préfèreraient risquer de se rendre en Allemagne, comme ils l’avaient initialement prévu, plutôt que de s’intégrer à une société qu’ils n’ont pas choisie. Leur critique porte sur le manque d’installations religieuses appropriées, telles que des mosquées, et de nourriture halal. Le rapport estime qu’à l’avenir, l’attitude de la population estonienne locale pourrait changer de façon négative en raison d’une ingratitude apparente des réfugiés qui reçoivent les mêmes avantages que la population locale.

Certains médias locaux, comme le journal Eesti Paevaleht, ont rapporté plus d’hostilité anti-musulmane que les années précédentes, mais il est difficile de déterminer si elle est uniquement fondée sur l’identité religieuse, car la religion et l’ethnicité se recoupent souvent.5

Pendant ce temps, les « Soldats d’Odin », une organisation d’extrême droite d’origine finlandaise, a gagné une certaine popularité en Estonie. Les membres de cette organisation ont entrepris de patrouiller dans les rues pour surveiller les mouvements de réfugiés. Les musulmans sont explicitement exclus en tant que recrues. Hannes Hanso, Ministre de la Défense estonien, s’est prononcé contre ces milices d’autodéfense aux objectifs douteux.9

Le Parti Populaire Conservateur d’Estonie, qui détient actuellement sept sièges au Parlement, préconise certaines mesures contre les musulmans, les juifs et les chrétiens orthodoxes, dont l’interdiction de construire de nouvelles mosquées et des églises orthodoxes orientales. Un de ses membres, Georg Kirsberg, a déclaré qu’il voulait décriminaliser le négationnisme et « un enseignement correct de l’histoire du troisième Reich ». Le chef du parti a dit qu’une telle opinion ne reflétait pas la politique du parti.10

Malgré cela, les incidents antisémites restent très rares en Estonie. Les membres de la communauté juive ont déclaré qu’ils se sentaient en sécurité et étaient traités avec bienveillance.11

Perspectives pour la liberté religieuse

Comme les années précédentes, la situation en Estonie reste très stable, avec peu ou pas d’incidents violents à caractère religieux. Pour la plupart des groupes religieux, il n’y a pas de changement notable. Cependant, au fur et à mesure que la crise des réfugiés s’intensifie, il est possible que les attitudes de la société envers les musulmans s’aggravent. Jusqu’à présent, la plupart des Estoniens ont été largement indifférents à l’égard des réfugiés. Certaines congrégations luthériennes (Harju Risti et Talinn Bethel) ont aidé les familles de réfugiés à trouver un logement.5

 


  1. Estonia’s Constitution of 1992 with Amendments through 2015, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Estonia_2015.pdf?lang=en
  2. Churches and Congregations Act (2002), Riigi Teataja (State Gazette), https://www.riigiteataja.ee/en/eli/530102013065/consolide
  3. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom – Estonia, U.S. Department of State, http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2016&dlid=268810
  4. Churches and Congregations Act (2002), op. cit.
  5. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, op. cit.
  6. Ibid.
  7. Estonia: the government will pay Churches compensation for war losses,wiadomosci.onet.pl, 24 janvier 2018,  https://wiadomosci.onet.pl/swiat/estonia-rzad-zaplaci-kosciolom-odszkodowania-za-straty-wojenne/bb35m68
  8. Aryn Baker, TIME.com, 25 mai 2017, http://time.com/4793913/finding-home-estonia-where-the-heart-is/
  9. Sam Klingsley, Russia Today, 16 février 2016, https://www.rt.com/news/332683-estonia-anti-migrant-patrols-odin/
  10. Jerusalem Post,  3 juin 2017, http://www.jpost.com/Diaspora/Estonian-politician-vows-to-legalize-Holocaust-denial-494661
  11. Tamara Zieve,  Jerusalem Post, 27 mai 2017,   http://www.jpost.com/Diaspora/Estonia-celebrates-10-years-of-first-Jewish-Community-Center-since-WWII-494058