Gabon

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 84.7%

Musulmans : 10.2%

Animistes : 3.2%

Agnostiques : 1.3%

Autres : 0.6%

Superficie : 267667 m2

Population : 1763000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Le Gabon est régi par la Constitution de 1991, modifiée en août 2003 et en janvier 2018. L’article 1, alinéa 2, garantit à tous « la liberté de conscience, de pensée, d’opinion, d’expression, de communication, la libre pratique de la religion […], sous réserve du respect de l’ordre public ».1 En raison de cette réserve, le Ministère de l’Intérieur a interdit une Église nommée « Plénitude Exode » en avril 2012, après avoir reçu de nombreux rapports sur les nuisances publiques causées par les prières bruyantes au cours d’offices nocturnes.2

La Constitution établit le caractère laïc de l’État. L’article 1, alinéa 13, garantit à tous « le droit de former des associations et des communautés religieuses […] dans les conditions fixées par la loi », et précise que « les communautés religieuses règlent et administrent leurs affaires d’une manière indépendante, sous réserve de respecter les principes de la souveraineté nationale [et] l’ordre public ». Enfin, tout acte de discrimination, sur quelque fondement que ce soit, y compris religieux, est interdit.

L’enregistrement officiel des groupes religieux n’est pas obligatoire, bien que le gouvernement conseille aux groupes religieux de le faire afin de jouir d’une réelle protection. Le Ministère de l’Intérieur tient un registre de tous les groupes religieux enregistrés. Ceux-ci ne sont pas tenus de demander des permis de construire. Ils peuvent demander un certificat d’exemption fiscale après avoir été reconnus officiellement en tant qu’organisations à but non lucratif. Si un groupe religieux ne se conforme pas à ces exigences, il peut toujours exercer ses activités, mais il sera tenu de payer des droits de douane pour toute importation et ne sera pas exempté d’impôts.

Bien que le Gabon soit membre de l’Organisation de la coopération islamique (parce que l’islam est la religion de ses dirigeants), il est constitutionnellement un État laïc. C’est la première nation africaine à avoir signé un accord avec le Saint-Siège, en 1977, qui est toujours en vigueur.3 Cet accord confère une reconnaissance juridique à l’Église catholique et à toutes ses institutions et reconnaît la légalité des mariages contractés en vertu du droit canonique.

Les principaux groupes religieux – catholiques, protestants et musulmans – ont le droit de posséder et de gérer des écoles primaires et secondaires. Ces établissements doivent être enregistrés auprès du Ministère de l’Éducation.

Les fêtes religieuses suivantes sont reconnues comme jours fériés nationaux : la Toussaint, l’Ascension, l’Assomption, Noël, Pâques, lundi de Pâques, la Pentecôte, l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Kebir.

[greybox]Incidents[/greybox]

À la suite des élections présidentielles du 27 août 2016, des violences ont éclaté entre les partisans du parti au pouvoir, qui ont revendiqué la victoire pour le président Ali Bongo, et l’opposition, qui a contesté les résultats. Dans une lettre datée du 6 septembre 2016, signée par le président de la Conférence épiscopale, Mgr Mathieu Madega, évêque de Mouila, les prélats du Gabon ont dénoncé « le manque de vérité dans le jeu démocratique et le non-respect des droits de l’homme ».4 De nombreux membres du clergé et d’éminents laïcs ont estimé que ce message s’était abstenu de critiquer directement les graves irrégularités enregistrées pendant les élections, et la sévère répression des membres de l’opposition. De l’avis de nombreux catholiques, l’absence de mention de la fraude électorale dans cette déclaration a évité une confrontation avec les autorités.5

Après les élections, l’abbé Dimitri Ayatebe Ename, prêtre diocésain de Libreville et directeur des études au Petit séminaire Saint Jean, a donné une homélie le 16 octobre 2016, dénonçant le « pouvoir dictatorial, cynique, obscur, pervers et meurtrier »6 du pays. Quatre jours plus tard, le 20 octobre, Lambert-Noël Matha, Ministre de l’Intérieur, a envoyé une lettre de plainte au recteur du séminaire, le père Laurent Manvoula, et une copie de la lettre à l’archevêque de Libreville, Mgr Basile Mve Engore. Le ministre a accusé le père Ayatebe d’avoir offensé les institutions de la République. Il a déclaré que le prêtre avait évoqué les résultats électoraux « de manière sectaire ».7

Perspectives pour la liberté religieuse

Il ressort du dialogue interconfessionnel entre les chefs musulmans, protestants et catholiques qu’il n’y a pas de pression significative contre la liberté religieuse. Les chefs des trois religions se sont rencontrés régulièrement, ont assisté aux principales fêtes les uns des autres et ont travaillé ensemble pour promouvoir la tolérance religieuse et défendre la liberté de religion. Le dialogue et les activités interconfessionnels comprenaient des discussions sur les questions religieuses. Avant les élections présidentielles d’août, les chefs des trois grandes confessions ont lancé un appel commun à la paix nationale et au dialogue interconfessionnel.8

De même que de nombreux autres pays d’Afrique centrale, le Gabon a connu des tensions politiques et sociales croissantes au cours de la dernière décennie. Jusqu’à présent, cependant, aucune tendance n’a été décelée suggérant que ces circonstances pourraient avoir des effets négatifs sur la liberté de religion, que le pays a toujours maintenue. Il semble probable que le respect de la liberté religieuse se maintienne.

 


 

  1. Constitution gabonaise de 1991 : http://www.wipo.int/edocs/lexdocs/laws/fr/ga/ga002fr.pdf
  2. Gabon Review, 21 février 2013, http://www.bdpmodwoam.org/articles/2013/02/21/pollution-sonore-a-libreville-le-silence-des-autorites/
  3. Mgr Lajolo, Zenit, 15 novembre 2005, https://fr.zenit.org/articles/historique-des-concordats-et-accords-conclus-par-le-saint-siege/
  4. Mathieu Madega Lebouakehan, Église catholique au Gabon, 6 septembre 2016, http://www.eglisecatholique-gabon.org/election-presidentielle-gabon-message-des-eveques-du-gabon.html
  5. Entretien du 12 janvier 2018 avec un prêtre catholique travaillant à Libreville.
  6. Loic Ntoutoume, Gabon Review, 30 octobre 2016, http://gabonreview.com/blog/labbe-dimitri-ayatebe-collimateur-de-lambert-noel-matha/
  7. Ntoutoume, ibid.
  8. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘Gabon’, Report on International Religious Freedom for 2016, U.S. Department of State, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper