Gambie

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 88.8%

Animistes : 5.3%

Chrétiens : 4.5%

Autres : 1.4%

Superficie : 11295 m2

Population : 2055000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Selon l’article 1 de la Constitution, la Gambie est une République souveraine et laïque.1

L’article 25 garantit la liberté de religion. Les autorités ont en général respecté cette disposition. Les communautés religieuses ne sont pas tenues de se faire enregistrer. Pour les musulmans, la charia s’applique aux mariages, aux divorces et aux questions d’héritage. Une instruction religieuse islamique et chrétienne dans les écoles publiques et privées est prévue par la loi. Cette disposition est généralement respectée par les autorités.

La situation de la liberté religieuse s’est sensiblement améliorée au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018). Par exemple, en janvier 2017, le nouveau président, Adama Barrow, a annulé la décision de son prédécesseur, le dictateur de longue date Yahya Jammeh, de faire de la Gambie une République islamique.2 La Constitution disposait que le pays était un État laïc, mais en décembre 2015, Yahya Jammeh avait changé le nom de la Gambie en « République islamique », ce qui en faisait la deuxième République islamique d’Afrique après la Mauritanie.3

A l’origine, Yahya Jammeh n’a publié aucune déclaration officielle détaillant les effets spécifiques de la création d’un État islamique. En tout cas, il a perdu le soutien populaire et, après l’élection présidentielle de décembre 2016, le pays a connu une transition pacifique du pouvoir. Il s’agit du premier transfert démocratique et pacifique du pouvoir gouvernemental depuis que la Gambie a acquis son indépendance en 1965.

À la suite des élections, Yahya Jammeh – au moins au début, et à la surprise de tous les observateurs – a admis sa défaite électorale. Cependant, le 9 décembre 2016, il a publiquement rejeté le résultat des élections. Il a insisté pour rester au pouvoir et a appelé à de nouvelles élections. En conséquence, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest4), avec l’aide du Conseil de sécurité des Nations Unies, a mis en place une médiation et exercé des pressions sur Yahya Jammeh – d’abord en vain – pour qu’il démissionne de ses fonctions. La menace d’une intervention militaire a convaincu Yahya Jammeh de céder.5

Pendant son mandat, Yahya Jammeh avait largement réprimé les forces politiques d’opposition, les juges indépendants et les médias critiques envers le gouvernement. Le régime s’est fréquemment arrangé pour que ceux qu’il n’approuvait pas « disparaissent » et a commis de nombreuses violations des droits de l’homme.

Après son investiture, Adama Barrow a déclaré que le pays se ferait à nouveau connaître en tant que « République », en supprimant le mot « islamique » mis en place par Yahya Jammeh. Il s’est également engagé à promouvoir la bonne gouvernance, l’État de droit et les institutions démocratiques, la liberté de la presse et à créer une Commission sur la vérité et la réconciliation. Il a également annoncé un retour dans la communauté du Commonwealth que le pays avait quittée en 2013. Adama Barrow a également annulé la décision de Yahya Jammeh de ne plus reconnaître la Cour pénale internationale (CPI). Le parti d’Adama Barrow, le Parti Démocratique Unifié (UDP), a remporté une nette victoire lors des élections parlementaires qui se sont tenues en avril 2017 – et considérées comme pacifiques, libres et justes.

incidents

Les relations interconfessionnelles dans ce pays majoritairement musulman sont traditionnellement bonnes. Le soufisme, par exemple – connu pour son attitude tolérante envers les personnes d’autres confessions – a une position forte en Gambie. Il se compose de fraternités – les Tijaniyya, les Qadiriya et les Muradiya, par exemple – qui sont connues pour leur forme particulière de mysticisme et leurs points de vue non-violents.

L’annonce, cependant, que la Gambie allait se transformer en République islamique avait suscité une grande inquiétude au sein de la société civile. Les craintes se sont considérablement atténuées après l’arrivée au pouvoir d’Adama Barrow et lorsqu’il a déclaré qu’il annulait les programmes d’islamisation de son prédécesseur. On estime que le nouveau gouvernement a pour préoccupation d’ouvrir la Gambie à la communauté internationale et de défendre le pays contre les tendances extrémistes.6

Les organisations islamiques et l’Église catholique entretiennent de bonnes relations. En plus des grandes fêtes musulmanes, les fêtes chrétiennes de Noël, de Vendredi Saint et de Pâques sont célébrées. Les membres du groupe interconfessionnel pour le dialogue et la paix, qui comprend des musulmans, des chrétiens et des bahaïs, se réunissent régulièrement pour discuter de questions importantes pour toutes les communautés religieuses de Gambie, en particulier la coexistence interconfessionnelle.7

Les mariages entre chrétiens et musulmans ne sont pas rares en Gambie. Parfois, il y a des tensions dans les quartiers musulmans si un de leurs habitants a l’intention de se convertir au christianisme. Cela se produit habituellement dans le contexte d’un mariage.8

Il n’y a pas eu de graves violations de la liberté religieuse au cours de la période faisant l’objet du présent rapport.

Perspectives pour la liberté religieuse

La stabilité sociale souffre du fait de l’augmentation de l’émigration. Selon les Nations Unies, la Gambie est l’un des pays les plus pauvres au monde.9 L’exode des jeunes vers l’Europe est particulièrement problématique. Le nouveau gouvernement tente de contrecarrer l’émigration par des mesures juridiques et économiques. Ceux qui quittent le pays laissent généralement un grand vide derrière eux, non seulement dans leur propre famille, mais souvent aussi dans la communauté élargie et dans leur groupe confessionnel. L’argent transféré de l’étranger est très important pour beaucoup de familles, mais il ne peut pas l’emporter sur l’absence à long terme des jeunes membres de la famille.

 


  1. Constitution of the Republic of the Gambia, World Intellectual Property Organisation (WIPO), http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?file_id=221242
  2. Vasudevan Sridharan, International Business times UK, 30 janvier 2017, http://www.ibtimes.co.uk/adama-barrow-removes-islamic-gambias-official-name-1603686 ; ‘Munzinger Länder: Gambia’, Munzinger Archiv 2018, https://www.munzinger.de/search/start.jsp
  3. Die Tagespost, 9 janvier 2016
  4. Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO
  5. ‘Profile: Former Gambian President Yahya Jammeh’, BBC, 22 janvier 2017, http://www.bbc.com/news/world-africa-24383225
  6. Stephan Detjen, Deutschlandfunk, 15 décembre 2017, http://www.deutschlandfunk.de/gambia-ein-land-im-politischen-aufbruch.1773.de.html?dram:article_id=406118
  7. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Gambia’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  8. Ibid.
  9. Human Development Reports, United Nations Development Programme, http://hdr.undp.org/en/content/multidimensional-poverty-index