Géorgie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 85.2%

Musulmans : 10.6%

Aagnostiques : 3.5%

Autres : 0.7%

Superficie : 67900 m2

Population : 3979999 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’article 9 de la Constitution de Géorgie souligne la « liberté absolue de croyance et de religion1 » et l’égalité de tous, indépendamment de leurs croyances.2 La Constitution interdit les persécutions religieuses, la contrainte visant à forcer quiconque à exprimer ses opinions religieuses, et les associations publiques et politiques fomentant la haine religieuse. La loi prévoit la liberté de croyance religieuse, de confession et de conscience, y compris le droit de choisir sa religion et d’en changer. Les questions religieuses sont gérées par l’Agence publique pour les questions religieuses (APQR).

L’article 9 de la Constitution reconnaît également le rôle important de l’Église orthodoxe autocéphale apostolique de Géorgie (Église orthodoxe géorgienne) dans l’histoire du pays. Il dispose que l’Église orthodoxe géorgienne est indépendante de l’État et que les relations entre celle-ci et l’État sont régies par un accord constitutionnel, également appelé concordat.3 Celui-ci accorde à l’Église orthodoxe géorgienne des droits qui ne sont pas reconnus à d’autres groupes confessionnels. Il s’agit notamment de l’immunité juridique du Patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne, de son rôle consultatif auprès du gouvernement, surtout dans le domaine de l’éducation4, et de l’exemption de service militaire pour les membres du clergé.

L’article 13 de la « Loi de Géorgie sur l’enseignement général » de 2005, dispose que les écoles publiques ne peuvent être utilisées à des fins d’endoctrinement religieux, de prosélytisme ou d’assimilation forcée.5 L’article 5 du concordat confère à l’Église orthodoxe géorgienne le droit d’enseigner son credo dans les établissements d’enseignement et autorise l’État à financer ses écoles confessionnelles.6

D’après le rapport international sur la liberté religieuse des États-Unis de 2016, certaines ONG et organisations religieuses se sont plaintes que le gouvernement « ne répondait pas de façon adéquate aux actes d’intolérance religieuse et de discrimination en faveur de l’Église orthodoxe géorgienne dans les écoles publiques ».7)) Le Centre pour la Tolérance a signalé que les Églises orthodoxes non géorgiennes continuaient de faire face à la résistance du gouvernement lorsqu’elles tentaient d’obtenir des permis de construire des églises.8 Des ONG ont fait état des incidents de discrimination religieuse dans les écoles, dont des cas « impliquant la promotion de la théologie orthodoxe géorgienne » dans des cours d’instruction religieuse, des prières orthodoxes géorgiennes dans les salles de classe, et l’érection de symboles religieux tels que des icônes, en dépit de la loi interdisant le prosélytisme.9

En décembre 2017, le Patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne a lancé un appel en faveur de l’éducation religieuse à tous les niveaux scolaires, une proposition actuellement examinée par certains membres du gouvernement. Certains ont dénoncé une tentative déguisée d’endoctrinement religieux dans l’esprit de l’orthodoxie géorgienne.10

Les Témoins de Jéhovah ont continué de faire face à la discrimination des gouvernements officieux des deux républiques sécessionnistes. En Ossétie du Sud, ils ne sont pas reconnus comme un groupe religieux officiel. Et pendant ce temps, les autorités d’Abkhazie ont continué à les interdire. En octobre, le gouvernement d’Ossétie du Sud aurait déclaré que près de 1000 Témoins de Jéhovah se trouveraient sur son territoire et qu’il envisagerait d’interdire la distribution de leur littérature à cause de son contenu « extrémiste ».11

Selon le rapport sur la liberté religieuse du département d’État américain, dans le district de Gali, en Abkhazie, les autorités officieuses « n’auraient pas permis au clergé de l’Église orthodoxe géorgienne de se rendre [dans la région] pour accomplir des services religieux, et les personnes d’ethnie géorgienne n’auraient pas été en mesure d’assister aux offices dans leur langue ».12 Selon un rapport de l’APQR, la population d’ethnie géorgienne au sein du district se serait rendue dans un territoire contrôlé par la Géorgie pour célébrer les grandes fêtes religieuses. Le clergé de l’Église orthodoxe géorgienne n’a pas été autorisé à effectuer des offices religieux en Abkhazie.

En Abkhazie, l’APQR a déploré : « les églises de l’Église orthodoxe géorgienne étaient dans un état déplorable et les autorités locales avaient effacé des fresques dans presque chacune d’elles ».13 Cependant, ces derniers temps, il y a eu des signes prometteurs de rapprochement entre les Églises orthodoxes de Géorgie et de Russie sur la question de l’Abkhazie. Les responsables religieux des deux bords ont fait le vœu de résoudre ensemble cette situation difficile.14

Incidents

Certains Témoins de Jéhovah se sont plaints d’ingérence dans leurs activités religieuses. Dans certains cas, les fidèles ont été agressés physiquement. En juillet 2016, « deux femmes Témoins de Jéhovah discutaient d’un verset de la Bible [en place publique], quand un passant a commencé à les attaquer à coups de pied et verbalement, et à déchirer leurs vêtements. Lors d’un autre incident, des assaillants inconnus ont jeté des pierres sur les membres du groupe ».11

En octobre 2016, les médias ont décrit un rassemblement de protestation qui a eu lieu pendant la visite du Pape dans le pays. Le groupe, qui comprenait certains membres du clergé de l’Église orthodoxe géorgienne, a qualifié le pape François d’« hérétique », de « plus grand ennemi de l’orthodoxie, pire que l’islam » et de « loup ayant l’apparence d’un agneau ». Lorsque le Patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne a salué le Pape à son arrivée, il a critiqué les prêtres opposés à la visite du Pontife.12

L’Église orthodoxe géorgienne est divisée quant à l’attitude à avoir à l’égard des communautés protestantes, petites mais en pleine expansion. Une faction radicale veut des mesures plus sévères contre toutes les confessions et groupes religieux non-orthodoxes, en particulier les catholiques, les évangéliques, les baptistes, l’armée du Salut et les juifs. Début 2017, le Patriarche orthodoxe géorgien semblait être la cible d’un complot pour l’assassiner avec du poison. Le principal suspect, un archiprêtre de l’Église orthodoxe géorgienne, était proche de la faction ultra-orthodoxe de l’Église orthodoxe géorgienne, en rivalité avec le Patriarche.15 Il a finalement été jugé et condamné par un tribunal géorgien pour avoir tenté de tuer le secrétaire du Patriarche.16

Perspectives pour la liberté religieuse

Les perspectives pour la liberté religieuse en Géorgie dépendent dans une certaine mesure des relations entre l’Église orthodoxe géorgienne et les autres confessions religieuses. Certains responsables de l’Église orthodoxe géorgienne se sont engagés à soutenir l’œcuménisme et la coopération avec les minorités religieuses, tandis que les plus radicaux des orthodoxes géorgiens semblent défendre l’idée de l’uniformité religieuse. Un autre problème concerne les conséquences sur la liberté religieuse des conflits continus en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018), la situation de la liberté religieuse est demeurée inchangée.

 


  1. Georgia’s Constitution of 1995 with Amendments through 2013, constituteporject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Georgia_2013.pdf?lang=en
  2. Op. cit. Article 14
  3. Op. cit. Article neuf
  4. Constitutional Agreement between State of Georgia and Georgian Apostolic Autocephaly Orthodox Church, Freedom of Religion and Belief, https://forbcaucausus.files.wordpress.com/2014/08/concordat.pdf
  5. Law of Georgia on General Education, Legislative Herald of Georgia, https://matsne.gov.ge/en/document/download/29248/56/en/pdf
  6. Freedom of Religion and Belief, op. cit.
  7. ((US State Department, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘International Religious Freedom Report for 2016’ – Georgia country report – ‘Executive Summary’ https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  8. Tolerance Centre (Public Defender of Georgia), 14 avril 2016, http://www.ombudsman.ge/en/news/working-meeting-of-council-of-religions.page
  9. US State Department, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘International Religious Freedom Report for 2016’ – Georgia country report – ‘Executive Summary’ https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  10. Otto Kobakhidze, ‘Preaching or Teaching?’, Civil.ge, 23 février 2018, http://www.civil.ge/eng/article.php?id=30893
  11. US State Department, Op. cit.
  12. Ibid
  13. Ibid
  14. Bradley Jardine, Eurasianet, 9 novembre 2017, https://eurasianet.org/s/georgian-and-russian-orthodox-church-vow-to-jointly-resolve-abkhazian-schism
  15. Hein Gstrein and Fritz Imhof, jesus.ch, 27 février 2017, http://www.jesus.ch/magazin/international/305604-der_heilsarmee_in_georgien_droht_das_verbot.html
  16. Radio Free Europe/Radio Liberty, 5 septembre 2017, https://www.rferl.org/a/georgia-priest-convicted-planning-kill-patriarch-secretary/28717886.html