Hongrie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 87.5%

Agnostiques : 7.6%

Athées : 4%

Autres : 0.9%

Superficie : 93030 m2

Population : 9821000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Le préambule de la Constitution hongroise reconnaît la place éminente du christianisme dans l’histoire du pays : « Nous sommes fiers que notre roi, Saint Etienne, ait construit l’État hongrois sur une base solide, et fait de notre pays une partie de l’Europe chrétienne il y a 1000 ans ».1) Les dispositions relatives à la liberté de religion ou de croyance dans la Loi fondamentale de 2011 ont été modifiées en 2016. L’article 7 consacre le principe de la liberté religieuse, en s’inspirant de l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.2 L’article 7 établit la séparation de l’Église et de l’État, tout en soulignant l’intérêt de leur coopération pour atteindre des « objectifs communs ».3

En 1990, après l’effondrement du rideau de fer et du communisme, la Hongrie a adopté une législation garantissant la liberté de conscience et de religion et interdisant la discrimination. En 2011, une nouvelle législation, appelée « loi sur les Églises4», privait de leur statut juridique toutes les communautés et institutions religieuses enregistrées légalement, sauf 14, et mettait en place un nouveau système juridique. Pour se réenregistrer, les groupes religieux devaient présenter un document signé par un minimum de 1000 personnes et respecter plusieurs obligations strictes. Elles devaient notamment fonctionner au niveau international depuis au moins 100 ans, ou être organisées en tant qu’association en Hongrie depuis au moins 20 ans.5L’étape suivante, pour réaccéder au statut d’Église, était un vote à la majorité des deux tiers au Parlement hongrois. Cependant, dans l’intervalle, les Églises radiées ont eu une autre occasion de présenter une nouvelle demande de reconnaissance de leur statut, peut-être à la suite de pressions internationales. Cette deuxième série de demandes a fait l’objet d’un vote au Parlement en février 2012, débouchant sur l’enregistrement de 13 autres Églises en plus des 14 premières.6

En février 2012, le Parlement avait rejeté les demandes de réenregistrement de 67 Églises précédemment enregistrées, sans fournir d’explication, bien qu’elles remplissent toutes les conditions légales. Il s’agissait notamment d’Églises évangéliques et pentecôtistes, et de groupes bouddhistes et hindous. Ils étaient ainsi privés du droit de toucher 1 % de l’impôt sur le revenu, que les contribuables ont le droit de donner à une Église.7

La seule façon pour les autres communautés et institutions religieuses radiées d’être légalement enregistrées était de demander le statut d’association civile ou d’association à but non lucratif. Cependant, elles devenaient alors des associations de second rang, perdant leurs droit aux exonérations fiscales, avantages financiers et beaucoup d’autres droits, dont celui de gérer des écoles et des organisations caritatives, des abris pour sans-domicile ou de posséder des terres agricoles.8

En février 2013, la Cour constitutionnelle a jugé que la radiation des Églises autrefois reconnues était inconstitutionnelle, et que l’Assemblée nationale était obligée d’adopter une législation autorisant les contribuables à donner 1 % de leur l’impôt sur le revenu à l’organisation religieuse de leur choix. La date limite pour l’adoption de cette législation était le 31 décembre 2017.9 Au 1er mai 2018, aucune législation de ce genre n’avait été promulguée.

Le 8 avril 2014, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a statué dans l’affaire Magyar Keresztény Mennonita Egyház et autres contre la Hongrie, que la loi hongroise dite « loi sur les Églises » violait les articles 9 et 11 de la Convention européenne sur Droits de l’homme.

Dans son arrêt, la Cour a statué que : « dans l’exercice de son pouvoir de réglementation en la matière [dans le domaine de la liberté religieuse] et dans sa relation avec les divers religions, cultes et croyances, l’État se doit d’être neutre et impartial […]. « En présence de faits démontrant un manquement des autorités à leur obligation de neutralité dans l’exercice de leurs pouvoirs en la matière, il y a lieu de conclure que l’État a porté atteinte à la liberté des fidèles de manifester leur religion au sens de l’article 9 de la Convention. »10

Sur cette base, la Cour a statué contre le gouvernement hongrois et en faveur des confessions religieuses requérantes. Elle a conclu que : « l’État a l’obligation positive de mettre en place un système de reconnaissance facilitant l’acquisition de la personnalité juridique par les communautés religieuses ».11Toutefois, à la date de rédaction du présent rapport, la « loi sur les Églises » n’avait toujours pas été amendée conformément à la décision de la CEDH.12

Incidents

Bien qu’elle ait fait les gros titres pour différentes déclarations publiques effectuées dans la période qui a précédé les élections générales d’avril 2018, la Hongrie n’a connu aucun incident impliquant des violations de la liberté religieuse au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018). C’est ce qui résulte de l’examen des dossiers nationaux et internationaux et de la consultation de groupes de défense des droits de l’homme, dont l’Union hongroise des libertés civiles, la Fondation pour l’action et la protection, et le Comité Helsinki.

En juillet 2017, la communauté juive a critiqué la campagne d’affichage de Viktor Orbán ciblant le natif de Hongrie, George Soros, survivant de l’Holocauste, en raison de l’utilisation de représentations associées à de la propagande nazie anti-sémite.13

En réponse au film sur l’Holocauste Le fils de Saul, Előd Novák, un député et vice-président du Jobbik, parti d’extrême droite, a dénoncé la soi-disant « industrie de l’Holocauste » dans un message postée sur Facebook le 11 janvier 2017. Il a ensuite été contraint de démissionner de son siège au Parlement le 31 août 2017, mais est resté adhérent du Jobbik.14 Le Jobbik a longtemps été associé à la propagande anti-juive et anti-musulmane.

Au cours de la campagne pour les élections parlementaires, le premier ministre Viktor Orbán a affirmé en février 2018 que l’Allemagne et l’Europe occidentale étaient dépassées par les musulmans et que le christianisme était le dernier espoir de l’Europe.15

Dans un entretien publié dans le magazine allemand Bild le 7 janvier 2018, Viktor Orbán a qualifié les demandeurs d’asile et les réfugiés d’« envahisseurs musulmans », tout en défendant la décision de son gouvernement d’interdire leur entrée en Hongrie et de refuser les quotas européens.16

En 2017, László Toroczkai, maire d’Asotthalom et membre de Jobbik, a déclaré à la BBC : « nous sommes une nation chrétienne blanche et européenne ; nous voulons rester comme ça ». Il a poursuivi en précisant que les musulmans et les gays n’étaient pas les bienvenus.17 Cette année-là, une bannière de 8 mètres a été suspendue à l’entrée du tunnel de Buda, sur laquelle on pouvait lire : « l’islamisation tue ».18

Perspectives pour la liberté religieuse

La « loi sur les Églises » adoptée en 2011 restera une source de discrimination tant qu’elle ne sera pas amendée dans le sens de la décision rendue par la CEDH dans l’affaire Magyar Keresztény Mennonita Egyház et autres contre la Hongrie. La victoire parlementaire à la majorité des deux tiers du parti sortant aux élections du 8 avril 2018 est susceptible de prolonger le statu quo.

Malgré les affirmations des médias selon lesquelles le pays est un foyer de sentiments anti-sémites et anti-musulmans, aucun acte physique de haine religieuse n’a été signalé. Cela démontre qu’il existe un niveau élevé de tolérance et de confiance dans la société, et que les gens sont en grande partie imperméables à la propagande effectuée. 


  1. Brill’s Yearbook of International Religious Demography 2017.
  2. Parliament of Hungary, ‘Constitution of Hungary 2011 (rev. 2016)’, Constitute Project, 2016, https://constituteproject.org/constitution/Hungary_2016?lang=en, art. VII.
  3. Berkley Center, https://berkleycenter.georgetown.edu/quotes/universal-declaration-of-human-rights-article-18–3
  4. Parliament of Hungary, Op cit., Article 7 (4).
  5. E. Schlager, U.S. Commission on Security and Cooperation in Europe, 8 juin 2017, https://www.csce.gov/international-impact/minority-faiths-under-hungarian-religion-law 
  6. Parliament of Hungary, Act CCVI of 2011 on the right to freedom of conscience and religion and the legal status of churches, denominations and religious communities, Venice Commission of the Council of Europe, 27 février 2012, http://www.venice.coe.int/webforms/documents/default.aspx?pdffile=CDL-REF(2012)009-e, sec. 14 (1) and (2).
  7. Baer, David H, George Fox University, Occassional Papers on Religion in Eastern Europe, Volume 32, Issue 4, Article 7. Novembre 2011. https://www.academia.edu/13175265/Report_on_Hungarys_Deregistered_Churches ; Baer, David. George Fox University, Occassional Papers on Religion in Eastern Europe, Volume 32, Issue 2, Article 2. May 2012. https://www.academia.edu/13175339/Two_Open_Letters_from_Hungary
  8. John Fox University, Occasional Papers on Religion in Eastern Europe, Volume 32/ Issue 4, November 2012. ‘Report on Hungary’s Deregistered Churches’, by H. David Baer, Texan Lutheran University. https://tlu.academia.edu/DavidBaer
  9. Ibid.
  10. Forum for Religious Freedom Europe, ‘Hungary: Two years after ruling by ECtHR Church Law Remains Unaltered’, OSCE Human Dimension Implementation Meeting, HDIM.NGO/0284/16/EN, 27 septembre 2016. https://www.osce.org/odihr/268711?download=true
  11. European Court of Human Rights, ‘Case of Magyar Keresztény Mennonita Egyház and Others v. Hungary (applications nos. 70945/11, 23611/12, 26998/12, 41150/12, 41155/12, 41463/12, 41553/12, 54977/12 and 56581/12)’, 8 avril 2014, https://hudoc.echr.coe.int/app/conversion/pdf/?library=ECHR&id=001-142196&filename=001-142196.pdf, para. 76. En français : https://www.doctrine.fr/d/CEDH/HFJUD/CHAMBER/2014/CEDH001-142514
  12. Para. 90, Ibid.
  13. Forum for Religious Freedom Europe, ‘Hungary: Two years after ruling by ECtHR Church Law remains unaltered’, Organization for Security and Cooperation in Europe [online PDF], 27 septembre 2016, https://www.osce.org/odihr/268711?download=true
  14. M. Dunai, Reuters [online news article], 6 juillet 2017, https://www.reuters.com/article/us-hungary-soros-orban-jews/hungarian-jews-ask-pm-orban-to-end-bad-dream-of-anti-semitism-idUSKBN19R24L
  15. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, 2016 International Religious Freedom Report – Hungary, U.S. Department of State, 2017, https://www.state.gov/documents/organization/269066.pdf pg. 10.
  16. D. Hussain, Daily Mail Online [online news article], 18 février 2018, http://www.dailymail.co.uk/news/article-5406559/Christianity-Europes-hope-says-Hungary-PM.html
  17. H. Agerholm, The Independent [online news article], 9 janvier 2018, https://www.independent.co.uk/news/world/europe/refugees-muslim-invaders-hungary-viktor-orban-racism-islamophobia-eu-a8149251.html
  18. M. Bulman, The Independent [online news article], 7 février 2017, https://www.independent.co.uk/news/world/europe/muslims-gay-people-not-welcome-hungary-mayor-asotthalom-laszlo-toroczkai-lgbt-rights-islamophobia-a7566916.html