Jordanie

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 94.5%

Agnostiques : 2.5%

Chrétiens : 2.2%

Autres : 0.8%

Superficie : 89318 m2

Population : 7748000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Selon l’article 2 de la Constitution de 1952, « l’islam est religion d’État »1. L’article 6 dispose que « les Jordaniens sont égaux devant la loi. Il ne doit y avoir aucune discrimination entre eux, fondée sur la race, la langue ou la religion, en ce qui concerne leurs droits et leurs devoirs ». L’article 14 oblige l’État à « protéger le libre exercice de toutes les formes de culte ou de rites religieux, conformément aux coutumes observées dans le royaume, sauf si elles sont contraires à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ». L’article 28e dispose que « nul ne peut monter sur le trône s’il n’est musulman, et de parents musulmans ».

L’article 99 établit des tribunaux civils, religieux et spéciaux. L’article 104 fait la distinction entre les tribunaux islamiques et les tribunaux des autres communautés religieuses. Toutes les questions relatives au statut personnel des musulmans sont régies par la charia. Les chrétiens sont soumis à leurs juridictions ecclésiastiques respectives. Il n’existe pas de mariage civil. Une musulmane ne peut pas épouser un chrétien. Si une chrétienne se convertit à l’islam, son mari chrétien doit se convertir à son tour s’ils veulent rester mariés. A défaut, le divorce est automatique.

Le droit civil n’interdit pas explicitement aux musulmans de se convertir à une autre religion, et aucune peine n’est prévue si cela se produit. Néanmoins, en accordant la primauté à la charia, qui interdit aux musulmans de se convertir à une autre religion, les autorités interdisent de fait de quitter l’islam et de faire du prosélytisme pour une autre religion. Selon la loi islamique, le fait de se convertir à une religion autre que l’islam a des conséquences pour les musulmans. Par exemple, si une personne est reconnue coupable d’apostasie, les tribunaux islamiques qui décident sur les questions de statut personnel ont le pouvoir d’annuler son mariage et de lui refuser le droit d’hériter de son conjoint et de ses parents musulmans.

La Jordanie criminalise explicitement le blasphème. L’article 273 du code pénal de 1960 dispose que toute personne qui insulte le prophète Mahomet est passible d’une peine d’un à trois ans de prison.2

Les chrétiens sont représentés par des quotas au Parlement et ont accès à des postes élevés au sein de l’administration et aux grades supérieurs dans l’armée. La proportion de chrétiens dans le pays a diminué depuis un demi-siècle, les différentes estimations indiquant qu’aujourd’hui ils représentent un peu plus de 2 % de la population (20 % en 1930).3

Parmi les confessions chrétiennes officiellement reconnues, figurent l’Église grecque orthodoxe, l’Église catholique romaine, l’Église gréco-catholique (melkite), l’Église orthodoxes arménienne, l’Église catholique maronite, l’Église assyrienne, l’Église copte, l’Église anglicane, l’Église luthérienne, l’Église des adventistes du Septième Jour et l’Église presbytérienne. Certaines Églises chrétiennes (telles que l’Église Évangélique Libre, l’Église nazaréenne, les Assemblées de Dieu, l’Alliance chrétienne et missionnaire, et l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (Mormons) ne sont pas officiellement reconnues, mais sont enregistrées comme « sociétés ». Les pentecôtistes-unis et les Témoins de Jéhovah sont parmi les confessions chrétiennes non reconnues qui ne sont pas enregistrées comme « sociétés ». Les chrétiens chaldéens et syriaques parmi les réfugiés irakiens sont qualifiés d’« invités » par le gouvernement. L’Église baptiste, enregistrée en tant que « confession », ne jouit pas de tous les privilèges des autres confessions enregistrées.4

Incidents

Le 25 septembre 2016, un éminent écrivain jordanien, Nahed Hattar, a été assassiné à Amman. D’une famille chrétienne, mais connu pour ses points de vue athées, Nahed Hattar était accusé d’incitation à des querelles sectaires et d’insultes à l’islam pour avoir partagé des caricatures « offensantes ».

Le lendemain, des centaines de Jordaniens, dont de nombreux chrétiens parmi lesquels des chefs d’Église, des musulmans libéraux et des chefs de communautés, ont manifesté près du cabinet du Premier ministre dans la capitale, Amman. Ils ont demandé au gouvernement d’assurer le respect des droits et la sécurité des minorités.5

Nahed Hattar avait été arrêté un mois plus tôt après avoir affiché sur les réseaux sociaux une caricature intitulée « le Dieu de Daech (État islamique) », avec un milicien assis à côté de deux femmes et demandant à Dieu de lui apporter un verre. Il a ensuite retiré la caricature, mais a insisté sur le fait qu’il n’avait pas l’intention d’insulter l’islam ou de remettre en question la divinité de Dieu d’une quelconque manière. Il voulait juste montrer comment l’État islamique « envisage Dieu et le ciel ».6

Suite à l’exécution d’un pilote de chasse de l’armée de l’air jordanienne par des miliciens de l’État islamique en 2015, sans que cela ne fasse l’objet d’une condamnation unanime de la part des responsables politique et religieux, et à un moment où des centaines de Jordaniens étaient déjà en Irak et en Syrie engagés auprès de groupes islamistes, le roi a appelé à réformer le contenu des manuels.7

Ces réformes ont été mises en œuvre en septembre 2016, et un certain nombre de manuels scolaires ont été modifiés. Ces changements ont suscité beaucoup de critiques de la part des enseignants et des parents, ce qui a conduit à la création d’une nouvelle commission d’évaluation. Le syndicat des enseignants a demandé à ses membres de ne pas tenir compte des changements et d’utiliser les anciens manuels.

Des manifestations et des autodafés devant le Ministère de l’Éducation ont été relayés par les médias jordaniens, puis par les médias internationaux. Certains parents ont accusé le gouvernement de vouloir encourager les Jordaniens à cesser de suivre le Prophète et ses enseignements. D’autres ont fait valoir que le nouveau programme était dicté par les Israéliens pour affaiblir la foi des musulmans. Pour s’y opposer, certains enseignants ont alors donné des cours supplémentaires de religion.8

Dans un article paru dans un journal des Émirats Arabes Unis, le porte-parole de l’Association des enseignants a déclaré : « Des puissances cachées veulent normaliser le programme et le mondialiser afin que la prochaine génération s’agenouille [succombe] devant d’autres cultures et devant l’ennemi ».9

Une des images offensantes montre un homme en train de nettoyer une maison, avec un crucifix accroché au mur derrière lui. Atef al-Numat, membre du syndicat des enseignants, a qualifié ces changements de « catastrophe pour nos enfants et nos valeurs ». Pour lui, en Jordanie ce ne sont pas les hommes qui font le ménage dans leurs maisons, et le crucifix est un « message clair » que « la conversion est possible ».7

Dans un entretien accordé au National Catholic Register, le père Nabil Haddad, un prêtre gréco-catholique melkite, a déclaré que les gens devaient se rendre compte que la religion doit être utilisée pour construire la paix et la compréhension dans la région. Bien qu’il soit question de Terre sainte, « les mentalités et les esprits ne sont pas des esprits de paix et de changement ».10

Évoquant le nouveau Centre pape François pour le dialogue interreligieux à Amman, il a dit qu’il était censé donner de la voix au christianisme : « Nous voulons utiliser ce centre comme une plate-forme qui apporte la Bonne Nouvelle et l’espérance à un moment où il y a tant de sang, tant de meurtres et de crimes qui sont justifiés par certains projets religieux ».8

En décembre 2017, les dirigeants religieux et laïcs chrétiens ont déclaré que les chrétiens de Jordanie et de Palestine considéraient le roi Abdallah II, gardien des lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem, comme leur protecteur.

Le roi Abdallah II a rencontré les chefs religieux chrétiens de Jordanie et de Jérusalem à Noël et le jour de l’an, sur le site du baptême de Jésus (Béthanie au-delà du Jourdain).11

Lors d’une visite en Jordanie en mai 2017, l’archevêque de Canterbury, Mgr Justin Welby, a déclaré : « Les chrétiens sont le passé, le présent et doivent être l’avenir »12 du Proche-Orient. Il a visité des camps de réfugiés et a rencontré des réfugiés chrétiens d’Irak et de Syrie.

S’exprimant au sujet des réfugiés syriens, Mohammad Momani, ministre d’État jordanien pour les affaires médiatiques, a déclaré en août 2016 que leur nombre total en Jordanie était proche de 1,3 million, soit près de 20 % de la population du pays.13

Perspectives pour la liberté religieuse

La Jordanie, tout comme de nombreux autres pays musulmans du Proche-Orient, n’accorde pas la pleine liberté religieuse à ses citoyens. Les convertis de l’islam au christianisme font face à une résistance sociale considérable et à des conséquences juridiques, notamment en matière de statut personnel. Il est également interdit aux Églises de prêcher l’Évangile aux musulmans ou de rechercher activement leur conversion. Le roi et les autres membres de la famille royale sont favorables à la tolérance religieuse et l’ont exprimé en paroles et en actes. Le monarque a accueilli des milliers de chrétiens d’Irak et de Syrie dans son pays. Les relations entre les Églises traditionnelles, officiellement enregistrées, et le gouvernement sont excellentes. Toutefois, les Églises non enregistrées font face à des problèmes. Le nombre élevé de musulmans jordaniens favorables aux idées islamiques radicales ou qui ont rejoint des groupes djihadistes dans la Syrie voisine constitue un sujet de préoccupation.

 


  1. http://mjp.univ-perp.fr/constit/jo1952.htm
  2. “Laws Criminalizing Apostasy – Jordan”, Library of Congress, 30 juin 2015,  http://www.loc.gov/law/help/apostasy/#jordan
  3. The National, 14 février 2015, http://www.thenational.ae/world/middle-east/jordan-the-safe-haven-for-christians-fleeing-isil
  4. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, “Jordan”, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/2016/
  5. Open Doors, 21 juillet 2017, https://www.opendoorsusa.org/take-action/pray/tensions-rise-among-christians-in-jordan/
  6. The Guardian, 25 septembre 2016, https://www.theguardian.com/world/2016/sep/25/jordanian-writer-shot-dead-trial-insulting-islam-nahed-hattar
  7. The New York Times, 14 octobre 2016, https://www.nytimes.com/2016/10/15/world/middleeast/jordan-tones-down-textbooks-islamic-content-and-tempers-rise.html
  8. Ibid
  9. The National, 26 octobre 2016, https://www.thenational.ae/world/protesters-burn-books-as-jordan-reduces-religion-s-role-in-schools-1.156568
  10. National Catholic Register, 11 novembre 2016,  http://www.ncregister.com/daily-news/how-christians-in-jordan-and-america-have-a-role-in-middle-east-peace
  11. Jordan Times,  19 décembre 2017, http://www.jordantimes.com/news/local/jordan%E2%80%99s-christians-throw-weight-behind-king%E2%80%99s-pro-jerusalem-push
  12. Christian Today, 3 mai 2017, https://www.christiantoday.com/article/archbishop-of-canterbury-in-jordan-christians-are-the-past-present-and-must-be-the-future/108308.htm
  13. Al Ghad, 24 août 2016, https://www.alghad.com/articles/1091502