Koweït

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 86.4%

Chrétiens : 8.8%

Hindous : 3.4%

Autres : 1.4%

Superficie : 17818 m2

Population : 4007000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application

Situé dans le golfe Persique, le Koweït est gouverné par la dynastie musulmane sunnite Al Sabah. La majorité des citoyens est de confession musulmane sunnite. Il existe cependant une importante minorité de chiite représentant environ 30 %.1 En théorie, ils jouissent de droits politiques complets, mais ils ont été de plus en plus harcelés à la suite du déclenchement de la guerre en Irak en 2003 et de l’insurrection au Bahreïn en 2011.2 Des sources locales indiquent la présence de chrétiens, à la fois des protestants et des catholiques. Des bahaïs disposent aussi de la nationalité koweïtienne. Le Koweït est donc parmi les rares pays du Golfe à avoir des citoyens non-musulmans. Cependant, la naturalisation n’est pas possible pour des non-musulmans.3

Dans ce pays, le nombre de résidents n’ayant pas la citoyenneté koweïtienne est beaucoup plus élevé que celui de citoyens. Parmi les étrangers, les musulmans sunnites (en nombre inconnu) et chiites (environ 150 000) constituent le groupe le plus important. Viennent ensuite environ 600 000 résidents hindous et quelque 450 000 chrétiens.4 Les chiffres concernant la démographie religieuse sont très variables. Selon les dernières statistiques publiées par l’Autorité publique pour l’Information civile, plus de 822 000 chrétiens vivent au Koweït. Cependant, dans leur grande majorité, ils n’ont pas la citoyenneté. Il n’y a que huit familles chrétiennes déclarées comme ayant officiellement la citoyenneté – soit un peu plus de 200 personnes.5 Avec Bahreïn, le Koweït est le seul pays membre du Conseil de coopération du Golfe à avoir des citoyens chrétiens.6

Sept confessions chrétiennes sont officiellement reconnues, à savoir l’Église catholique de rite latin et l’Église gréco-catholique, l’Église grecque orthodoxe, l’Église copte orthodoxe, l’Église arménienne apostolique, l’Église évangélique nationale et l’Église anglicane. D’autres Églises bénéficient d’une reconnaissance de fait.

L’Église catholique est la plus grande confession chrétienne au Koweït. Il y aurait environ 350 000 catholiques appartenant à différents rites.7

En octobre 1968, le Koweït a été le premier membre du Conseil de coopération du Golfe à établir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Toutefois, ce n’est qu’en l’an 2000 qu’une Nonciature apostolique a ouvert ses portes au Koweït.8

La Constitution de 1962, rétablie en 1992 après l’occupation irakienne, dispose en son article 2 : « La religion de l’État est l’islam et la loi islamique sera la source principale de la législation ».9 L’article 12 indique : « L’État conservera son patrimoine islamique et arabe et contribuera à la promotion de la civilisation humaine ». L’article 29 garantit l’égalité : « Tous les individus sont égaux en dignité et ont, légalement, les mêmes droits et les mêmes obligations. Il ne sera pas fait de distinction entre eux en raison de la race, de l’origine, de la langue ou de la religion ». L’article 35 assure la liberté de croyance : « L’État protège la liberté de pratiquer sa religion selon des coutumes établies, à condition qu’elles ne s’opposent pas à l’ordre public et aux bonnes mœurs ».

Conformément à l’article 18 de la loi 51 de 1984 sur le statut personnel,10 qui se fonde sur la charia ou loi islamique, le mariage entre un non-musulman à une musulmane est jugé invalide. Conformément à l’article 294 de cette loi, les apostats ne peuvent pas hériter de leurs parents ou de leur conjoint musulmans.

Le Koweït dispose également de lois pour punir les personnes accusées de blasphème. La loi 19 de 2012 sur l’unité nationale,8 qui modifie l’article 111 du code pénal, impose des sanctions plus strictes. Elle sanctionne également la publication ou la diffusion de contenus qui pourraient être considérés comme offensants pour une confession ou un groupe religieux. Les peines vont d’une amende de 36 000 à 720 000 dollars US et jusqu’à sept ans de prison. Les non-citoyens déclarés coupables sont expulsés. En vertu de la législation nationale sur le blasphème, toute personne peut pénalement déposer plainte contre l’auteur de contenus jugés diffamatoires pour motif religieux.

Les groupes religieux peuvent demander à être enregistrés, mais le processus a la réputation d’être long et non transparent. Les groupes religieux enregistrés sont autorisés à louer des locaux pour pratiquer leur culte. Seuls les citoyens peuvent acheter des terres. Les groupes inscrits peuvent faire venir des membres du clergé et du personnel religieux de l’étranger. Dans les écoles chrétiennes, l’instruction catéchétique est interdite, mais le catéchisme peut avoir lieu dans des lieux privés ou dans des bâtiments appartenant à l’Église. Dans les écoles privées, l’instruction islamique est obligatoire pour les élèves musulmans. Ceci s’applique même si un seul élève musulman est présent. Les élèves chrétiens n’ont pas à y assister.11

La loi n’autorise pas les non-musulmans à faire du prosélytisme auprès des musulmans.8

Il est interdit de manger, boire ou fumer pendant le ramadan. Cela vaut aussi pour les non-musulmans. Cela est passible d’une amende et/ou d’un moins de prison.

[greybox]Incidents[/greybox]

En avril 2016, Sheikha al-Jassem, une universitaire bien connue et militante des droits de l’homme, a été accusée de blasphème.12 Après avoir déclaré à la télévision que la politique et la religion devaient être séparées : « Vous ne pouvez pas comparer les deux [la Constitution et le Coran]. Aucun des deux n’est supérieur à l’autre. Chacun à une place qui lui est propre », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté que la Constitution se rapportait à l’État koweïtien, alors que le Coran est un livre pour les musulmans.13 Bien que les accusations aient ensuite été rejetées,14 Sheikha al-Jassem a fait l’objet d’intimidations. Elle a déclaré à la BBC : « Ils me terrifiaient – partout, non seulement du Koweït, mais aussi de l’Arabie Saoudite ». Certains ont réclamé son expulsion de l’Université du Koweït. Le procureur général a finalement décidé « que la liberté d’expression ne peut pas être limitée et que toute discussion sur des questions religieuses n’est pas blasphématoire. Par conséquent, les deux plaintes doivent être rejetées ».8

En août 2017, un nouvel incident a encore une fois suscité des tensions entre sunnites et chiites, mais à partir d’un pays voisin, l’Arabie Saoudite. Après le décès du célèbre acteur koweïtien Abdulhussein Abdulredha, Ali Al Rabieei, un dignitaire religieux saoudien, a écrit sur les réseaux sociaux : « Les musulmans ne sont pas autorisés à prier pour Abdulredha, parce que c’était un Iranien négateur [du sunnisme], décédé sur un mauvais sentier. Dieu interdit aux musulmans de souhaiter la miséricorde et la repentance pour les mécréants».15 Ces déclarations ont suscité de l’indignation au Koweït, et les intellectuels koweïtiens ont publié une déclaration appelant à une action juridique à l’encontre de l’auteur de ces « propos injurieux à l’égard de la sainteté du défunt ».8 Ali Al Rabieei a été convoqué pour un interrogatoire au Ministère de la Culture et de l’Information, et a été prié de supprimer son commentaire et de s’excuser. Ali Al Rabieei a fini par s’excuser, mais a rétorqué qu’il n’accepterait d’être puni que s’il était prouvé que son commentaire contredisait les écritures religieuses et les édits des érudits musulmans saoudiens.8

Les tensions entre sunnites et chiites sont récurrentes. Bien qu’il n’y ait eu aucune attaque terroriste majeure, la situation régionale a une incidence sur la minorité chiite du Koweït. En 2016, un groupe de plus de 20 chiites, tous Koweïtiens sauf l’un d’eux, ont été reconnus coupables d’appartenance à une cellule liée au Hezbollah d’Iran et du Liban.16 La peine de mort pour le « chef de la cellule » a ensuite été commuée en réclusion à perpétuité.17 Plus récemment, en juillet 2017, quatorze chiites koweïtiens, reconnus coupables d’appartenance à une cellule liée à l’Iran et au Hezbollah, ont fui vers l’Iran après l’annulation par la Cour suprême de leur acquittement par la Cour d’appel.

En novembre 2017, les autorités koweïtiennes ont arrêté le pasteur Shibu Mathew. Il était accusé d’avoir pris position contre l’islam alors qu’il participait à un dialogue interreligieux impliquant des chrétiens et des musulmans.18 Il a ensuite été libéré et a quitté le pays.

Perspectives pour la liberté de religion

La liberté religieuse au Koweït reste limitée à la liberté de culte. Les tensions régionales entre les sunnites et les chiites ont un grand impact sur le Koweït et sur sa communauté chiite.

Même si l’égalité religieuse est confirmée par la Constitution, les non-musulmans sont en réalité pénalisés par la structure juridique et la culture du pays. La catéchèse chrétienne est bannie des écoles, un non-musulman ne peut épouser une musulmane, les non-musulmans peuvent être condamnés à une amende ou emprisonnés pour avoir omis de respecter le jeûne du ramadan et enfin, la menace d’accusation de blasphème est encore très forte.

 


  1. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Kuwait’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  2. ‘Kuwait’, Freedom in the World 2016, Freedom House, https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2015/kuwait
  3. R. Ibrahim, 18 mai 2015, [personal website] http://raymondibrahim.com/2015/05/18/the-islamic-prerequisite-of-kuwaiti-citizenship/
  4. The Catholic Church in Kuwait, The Apostolic Vicariate of Northern Arabia, http://www.avona.org/kuwait/christians_in_kuwait.htm#.VlG1hZ0weM8
  5. B. Garcia, Kuwait Times, 26 février 2018, http://news.kuwaittimes.net/website/getting-know-christians-kuwait/
  6. I. Naar, Al-Arabiya, 25 décembre 2017, https://english.alarabiya.net/en/features/2016/12/27/An-inside-look-at-a-Gulf-Christian-community.html
  7. Jonathan Luxmoore, Catholic News Service, 13 mars 2012, http://www.catholicnews.com/services/englishnews/2012/bishop-in-kuwait-criticizes-legislation-restricting-christian-churches.cfm
  8. Ibid
  9. Kuwait’s Constitution of 1962, Reinstated in 1992, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Kuwait_1992.pdf?lang=en  En français : Constitution du Koweït de 1992, Digithèque de matériaux juridiques et politiques : http://mjp.univ-perp.fr/constit/kw1962.htm
  10. Global Legal Research Directorate and Hanibal Goitom, ‘Kuwait,’ Laws Criminalizing Apostasy, Library of Congress, http://www.loc.gov/law/help/apostasy/#kuwait
  11. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, op. cit.
  12. S. Usher, ‘Kuwait academic charged with blasphemy over TV interview’, BBC, 14 avril 2016, http://www.bbc.com/news/world-middle-east-36046706
  13. The New Arab, 15 avril 2016, https://www.alaraby.co.uk/english/news/2016/4/15/kuwaiti-academic-charged-with-blasphemy-for-quran-comments
  14. J. Weinberg, Daily Nous, 1er juin 2016, http://dailynous.com/2016/06/01/blasphemy-charges-against-philosopher-dismissed/
  15. New Arab, 13 août 2017, https://www.alaraby.co.uk/english/blog/2017/8/13/riyadh-moves-to-silence-cleric-for-insulting-deceased-actor
  16. Middle East Eye, 13 janvier 2016, http://www.middleeasteye.net/news/kuwaits-shia-mps-boycott-parliament-session-1636491037
  17. Middle East Eye, 18 juin 2017, http://www.middleeasteye.net/news/kuwait-commutes-death-sentence-pro-iran-cell-leader-502808185
  18. K. Gibbs, British-Pakistani Christian Association, 18 novembre 2017, https://www.britishpakistanichristians.org/blog/indian-pastor-arrested-in-kuwait-faces-judgement-sunday