Laos

Chiffres clés

Légende :

Bouddhistes : 52.8%

Animistes : 41.9%

Chrétiens : 3.2%

Autres : 2.1%

Superficie : 236800 m2

Population : 6918000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La liberté de religion et de croyance est inscrite dans le droit du Laos. La Constitution de 1991, révisée en 2003, décrit en détail les droits du peuple, et la liberté de religion y est répertoriée en premier.1 En pratique, toutefois, la vision de la liberté religieuse au Laos est à bien des égards similaire à celle de son voisin, le Vietnam, sans doute en raison de la proximité idéologique entre les deux partis communistes au pouvoir à Vientiane et Hanoï. Le système peut être décrit comme un système de « demande / accord », dans lequel les organisations religieuses demandent l’autorisation des autorités publiques de réaliser telle ou telle chose, et où les autorités publiques donnent ou non leur accord.

Le système repose sur le décret 92 « pratiques religieuses », ratifié en 2002, qui régit toutes les questions religieuses dans le pays. Ce décret a été remplacé le 16 août 2016 par le décret-loi 315. Signé par le Premier ministre Thongloun Sisoulith, le nouveau décret porte sur « la gouvernance et la protection des activités religieuses » en République démocratique populaire lao.2 On a peu d’informations sur la mise en œuvre concrète de cette nouvelle règle, bien que la philosophie générale de la politique religieuse du régime au pouvoir ne soit pas susceptible de changer. Même si la liberté religieuse est inscrite dans la Constitution, les décrets mentionnés ci-dessus traitent des procédures qui permettent à l’État de contrôler la religion et de s’immiscer dans la sphère religieuse. Le gouvernement reconnaît quatre groupes religieux : les bouddhistes, les chrétiens, les musulmans et les bahaïs. Parmi les groupes chrétiens, les autorités n’ont accordé une reconnaissance administrative qu’à l’Église catholique, l’Église évangélique laotienne et l’Église adventiste du Septième Jour.

Au Laos, l’appartenance religieuse tend à épouser les frontières ethniques. Environ 55 % de la population du Laos est d’ethnie lao, en majorité bouddhiste. Les Laos dominent la vie politique nationale, et les dirigeants politiques laotiens appartiennent de fait, au moins sur le plan culturel, au bouddhisme theravada. La conséquence directe de cette forte influence bouddhiste est que, malgré 40 ans d’un régime officiellement communiste, la Constitution ainsi que les décrets 92 et 315 contiennent un certain nombre d’exceptions en faveur du bouddhisme. En pratique, cela signifie que les moines bouddhistes et les pagodes ne sont pas soumis aux mêmes restrictions que les membres d’autres religions et autres lieux de culte. Au niveau national, cette proximité entre le bouddhisme et l’État signifie que Sangkharat, le patriarche suprême du bouddhisme au Laos, entretient des relations étroites avec les dirigeants politiques du pays. De même, dans les provinces, il n’est pas rare que des représentants du gouvernement invitent des moines bouddhistes pour bénir de nouveaux bâtiments.

Par conséquent, la grande majorité des restrictions à la liberté religieuse affectent principalement les minorités religieuses, notamment les chrétiens protestants qui représentent moins de 1 % de la population du pays.3 Elles affectent également les 48 minorités ethniques du pays, qui représentent environ 45 % de la population. Le manque de liberté d’information et le contrôle gouvernemental strict des médias rendent difficile l’obtention d’informations précises sur les violations de la liberté religieuse au Laos. La persécution des chrétiens protestants se produit principalement dans les zones rurales. La conversion au christianisme peut provoquer des réactions hostiles des animistes locaux qui considèrent le christianisme comme un « élément d’extranéité » susceptible de perturber les esprits protecteurs du village. Pour préserver « l’harmonie » et éviter les nuisances publiques, les autorités gouvernementales ont tendance à être sévères avec les chrétiens, forçant périodiquement des personnes récemment converties à déclarer leur allégeance aux ancêtres et aux esprits animistes.4 L’attitude des autorités varie considérablement d’une province à l’autre, les politiques les plus répressives étant mises en place dans les régions les plus éloignées et isolées.

Incidents

Le 8 septembre 2015, un pasteur protestant, Singkeaw Wongkonpheng, du district de Chompet, dans la province de Luang Prabang, dans le nord du Laos, a été poignardé à mort par plusieurs hommes entrés par effraction dans sa maison. Selon un rapport de Human Rights Watch for Lao Religious Freedom (HRWLRF), des villageois soupçonnent que les assaillants voulaient enlever le pasteur et sa femme en raison de leurs activités prosélytes car un des agresseurs, blessé puis hospitalisé, « pourrait être un agent de police ». Le pasteur a été tué au cours de la tentative d’enlèvement5.

Toujours en septembre 2015, HRWLRF a signalé que dans la province de Savannakhet, un chrétien malade du diabète est mort en prison de l’absence de traitement approprié. Marié et père de six enfants, M. Tiang, de Huey, un village du district d’Atsaphangthong, avait été arrêté et condamné en février 2015, ainsi que quatre autres chrétiens, pour « exercice illégal de la médecine ». M. Tiang avait été condamné à neuf mois de prison et une lourde amende pour avoir prié au chevet d’une femme mourante.6

Selon l’ONG Portes Ouvertes, le 21 mai 2017, un étudiant d’une école biblique et membre de l’ethnie hmong a été arrêté par la police qui l’a accusé de répandre l’Évangile, alors qu’il se rendait à une réunion chrétienne dans un village voisin.7 Selon la même ONG, le 2 décembre 2016, fête nationale au Laos, la police est arrivée dans un village de la province de Luang Prabang et a arrêté des chrétiens locaux. Les sept familles de chrétiens vivant dans le village ont été contraintes de remettre leurs papiers officiels (titres de propriété, certificats d’enregistrement familial, cartes d’identité) à la police, qui les a ensuite expulsées.8

Perspectives pour la liberté religieuse

Même si l’ampleur du décret 315 reste encore à évaluer, il semble que la politique du gouvernement en matière de religion évolue à court terme. Le régime ne changera pas radicalement ses pratiques tant que ses voisins vietnamiens et chinois ne modifieront pas leurs propres politiques religieuses. Toutefois, il y a eu un signe positif le 11 décembre 2016 quand l’Église catholique locale, à Vientiane, a organisé la cérémonie de béatification de 17 de ses martyrs.9 La cérémonie était une question très délicate, puisque les martyrs (11 prêtres – un laotien et dix français – plus six laïcs) avaient été tués entre 1957 et 1975, notamment par les communistes, actuellement au pouvoir. L’Église locale les a prudemment dépeints comme des « ancêtres dans la foi », évitant l’utilisation du terme « martyr ».10 Toutefois, jusqu’au dernier moment, les chefs de l’Église ont cru que les autorités allaient interdire la cérémonie. Au lieu de cela, les représentants du gouvernement ont assisté à la cérémonie, dont un haut responsable du Front Lao pour la Construction nationale. Dans son discours, à la fin de la messe de béatification, le haut fonctionnaire a souligné que les religions, quelles qu’elles soient, travaillaient à la construction de la nation. Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, évêque de Paksé, qui a été créé cardinal le 21 mai 2017, a qualifié d’historique le fait « que l’Église ait été en mesure de béatifier certains de ses martyrs dans la capitale d’un pays toujours gouverné par un régime communiste ».11

 


 

  1. Lao People’s Democratic Republic’s Constitution of 1991 with Amendments through 2003, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Laos_2003.pdf?lang=en
  2. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom – Laos, https://www.state.gov/documents/organization/268986.pdf
  3. La plupart des protestants, dont les membres de l’Église évangélique du Laos, sont membres de minorités ethniques (en particulier des ethnies hmong, mon-khmer, khmu et yao). Les catholiques ont tendance à se partager entre l’ethnie lao et ces minorités.
  4. Ces dernières années, un certain nombre d’incidents ont été signalés : des chefs de village ont appelé les villageois à des rassemblements officiels pendant lesquels les chrétiens, en particulier les nouveaux convertis, étaient tenus de participer aux rituels communautaires traditionnels de « l’eau sacrée ». Cette ancienne pratique chamanique, qui consiste à boire un liquide préparé par le chaman du village et à prêter serment d’allégeance aux esprits (phi), est pour les chrétiens une forme d’apostasie.
  5. Églises d’Asie, 24 septembre 2015, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/laos/2015-09-24-meurtre-d2019un-pasteur-protestant-dans-la-province-de-luang-prabang
  6. Ibid
  7. Portes Ouvertes, https://www.portesouvertes.fr/persecution-des-chretiens/profils-pays/laos/,
  8. .
  9. Églises d’Asie, 3 février 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/laos/2017-02-03-beatification-des-17-martyrs-du-laos-ab-un-acte-benefique-tant-pour-l2019Église-que-l2019État-laotien-bb
  10. Églises d’Asie, 27 juin 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/laos/2017-06-21-cardinal-louis-marie-ling-ab-j2019aimerais-trouver-des-moyens-de-cooperer-bb
  11. ‘Béatification des 17 martyrs du Laos : …’, op. cit.