Lituanie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 89.2%

Agnostiques : 9.9%

Autres : 0.9%

Superficie : 65286 m2

Population : 2850000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’article 26 de la Constitution((Lithuania’s Constitution of 1992 with Amendments through 2006, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Lithuania_2006.pdf?lang=en. En français, digithèque de matériaux juridiques et politiques, http://mjp.univ-perp.fr/constit/lt1992.htm)) dispose qu’il n’y a pas de religion d’État, et prévoit le droit de choisir librement sa religion ou croyance, de professer sa religion et d’accomplir des rites religieux, individuellement ou collectivement, en privé ou en public, et de pratiquer et d’enseigner ses croyances. Il dispose que personne ne peut être contraint – ni contraindre autrui – de choisir ou de professer une religion ou une croyance. La Constitution se réserve le droit de restreindre la liberté de professer et de diffuser des croyances religieuses afin de protéger la santé, la sécurité, l’ordre public ou les droits et libertés fondamentaux d’autrui. L’article 25 limite la liberté d’expression en cas d’incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination religieuses. L’article 27 dispose que les croyances religieuses ne peuvent servir de prétexte pour ne pas respecter les lois.

L’article 4 de la loi de 1995 sur les communautés et organisations religieuses((The Law on Religious Communities and Organisations, Republic of Lithuania http://www.litlex.lt/litlex/eng/frames/laws/Documents/332.HTM)) définit les groupes religieux comme (1) des communautés religieuses, (2) des associations religieuses composées d’au moins deux communautés religieuses sous une direction commune, et (3) des centres religieux qui sont les organes directeurs des associations religieuses.

L’article 5 de cette loi reconnaît comme « traditionnels » les groupes religieux qui peuvent prouver leur présence dans le pays depuis au moins 300 ans, et énumère neuf groupes religieux « traditionnels » : l’Église catholique romaine, l’Église gréco-catholique, l’Église évangélique luthérienne, l’Église évangélique réformée, l’Église orthodoxe russe, l’Église des vieux croyants, la communauté juive, les musulmans sunnites et la communauté karaïte. Les groupes religieux traditionnels n’ont pas besoin de se faire enregistrer auprès du gouvernement. Ils peuvent célébrer des mariages qui sont reconnus par l’État, créer des écoles selon un partenariat privé/public, proposer une instruction religieuse dans les écoles publiques, et bénéficier de fonds publics sur une base annuelle.((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘Lithuania’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper)) Le gouvernement contribue à la sécurité sociale et aux soins de santé des membres du clergé ou d’ordres monastiques et des travailleurs religieux qui appartiennent à des groupes confessionnels traditionnels. Ces derniers sont également exonérés de payer les charges sociales et l’assurance maladie des membres de leur clergé, ou d’ordres monastiques et de la plupart des autres travailleurs religieux.((Ibid.))

Conformément à l’article 6 de la loi sur les communautés et organisations religieuses, d’autres associations religieuses (non traditionnelles) peuvent demander au Ministère de la Justice une reconnaissance publique si elles ont été officiellement enregistrées dans le pays pendant au moins 25 ans.((The Law on Religious Communities and Organisations, op. cit.)) Le parlement lituanien (Seimas) vote alors quant à l’opportunité d’accorder ce statut, sur recommandation du Ministère de la Justice. L’Union baptiste évangélique de Lituanie, l’Église adventiste du Septième Jour et l’Union chrétienne de la foi pentecôtiste évangélique sont les seuls groupes religieux non traditionnels reconnus par l’État.((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, op. cit.))

Les groupes religieux doivent se faire enregistrer s’ils veulent ouvrir un compte en banque, posséder des biens et agir légalement en tant que communauté. Tous les groupes religieux enregistrés peuvent légalement posséder des biens à utiliser à des fins diverses, par exemple en tant que lieux de prière ou foyers, ainsi que demander des permis de construire.((Ibid.))

Les communautés religieuses traditionnelles reçoivent des fonds publics pour l’entretien de leurs lieux de prière notamment. Il s’agit d’une somme fixe de 3075 euros et d’une part variable basée sur la taille de chaque communauté.((Ibid.))

En 2018, les fonds accordés ont presque doublé par rapport à l’année précédente. Cela indique un plus grand soutien du gouvernement pour les groupes religieux.((Twice more funding for religious communities, Zw.lt, 18 février 2018, http://zw.lt/wilno-wilenszczyzna/dwukrotnie-wyzsze-dofinansowanie-wspolnot-religijnych/))

Incidents

Au cours de la période faisant l’objet de ce Rapport (2016-2018), les commentaires anti-sémites et anti-musulmans sur Internet ont été monnaie courante. Les attaques contre les juifs au motif qu’ils auraient dominé l’économie, contrôleraient les États-Unis, ou parce qu’ils croiraient être un peuple élu sont récurrentes. D’autre part, les musulmans sont assimilés au terrorisme. Des groupes de volontaires civils formés pour combattre la marée montante du discours de haine et de désinformation sur Internet dénoncent la prolifération des trolls sur Internet.((Anne Sofie Hoffmann Schrøder, Welt-Sichten, 11 décembre 2017, https://www.welt-sichten.org/artikel/33243/litauen-fake-news-aus-dem-osten))

Certaines ONG ont signalé une augmentation constante du sentiment anti-musulman en raison de l’afflux continu de réfugiés.((Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, op. cit.)) La plupart des centaines de réfugiés admis en vertu du programme européen de répartition des réfugiés ont quitté le pays pour se rendre en Allemagne, qui offre de plus grands avantages.((Oxana Antonenko, ‘Refugees frustrated and trapped in chilly Baltic states’, BBC, 4 juillet 2017, http://www.bbc.com/news/world-europe-40479224))

En janvier 2018, la Cour européenne des droits de l’homme a déclaré que l’utilisation de symboles religieux dans la publicité était légale. Elle a infligé une amende au gouvernement lituanien pour avoir puni une société qui avait utilisé des images du Christ et de Marie dans ses publicités en 2012.((Court in Strasbourg: religious symbols can be used in commercial advertising, deon.pl, 30 janvier 2018, https://www.deon.pl/religia/kosciol-i-swiat/z-zycia-kosciola/art,33176,trybunal-w-strasburgu-mozna-uzywac-symboli-religijnych-w-reklamach-handlowych.html))

En octobre 2017, la publicité d’une nouvelle filiale de la chaîne allemande de supermarché discount Lidl a suscité un débat public.(( Commentators on removed crosses: Lidl offended three-quarters of Lithuanians, Zw.lt, 17 octobre 2017, http://zw.lt/litwa/komentatorzy-o-usunietych-krzyzach-lidl-obrazil-trzy-czwarte-mieszkancow-litwy/)) La publicité montrait une vue de la ville lituanienne de Kaunas sur laquelle tous les symboles chrétiens, tels que les croix au sommet des nombreuses églises, avaient été effacés. Les réactions ont surtout été négatives. La société a déclaré que cela était involontaire, mais plusieurs commentateurs ont fait observer que Lidl avait effacé les symboles religieux d’images dans d’autres pays, notamment en Grèce, en Italie, en Belgique et en Allemagne. La société a défendu cette pratique au nom de la neutralité religieuse.

En février 2018, le médiateur pour la morale et les procédures académiques, Vigilijus Sadauskas, a été invité à démissionner après avoir proposé de récompenser une thèse de recherche sur les crimes commis par les juifs au XXe siècle.((The Baltic Times, 9 février 2018, https://www.baltictimes.com/lithuania_s_parlt_speaker_urges_academic_ethics_guard_to_resign_amid_anti-semitism_claims/)) Il a défendu cette proposition en disant qu’il voulait voir comment le public réagirait à la notion de responsabilité collective d’un groupe pour les actions de quelques individus. Vigilijus Sadauskas prétend que la Lituanie dans son ensemble est considérée comme coupable pour les crimes commis par certains individus de nationalité lituanienne, tandis que la nation juive est exemptée d’une telle accusation. Jusqu’à présent, il a refusé de reculer. Cette affaire s’est présentée à un moment où le débat public portait sur la notion de culpabilité collective des nations pour les atrocités commises pendant la guerre. La Lituanie a proscrit de telles revendications en 2010, mais la discussion a été relancée après que la Pologne voisine eut adopté une loi similaire.((The Times of Israel, 9 février 2018, https://www.timesofisrael.com/lithuanian-official-offers-cash-reward-for-thesis-pinning-war-crimes-on-jews/))

Perspectives pour la liberté religieuse

Par rapport aux années précédentes, les tensions sociales en matière de religion ont quelque peu augmenté. Cela peut être attribué à des incidents spécifiques, mais aussi à l’augmentation de l’intérêt des médias pour de tels sujets.

Le gouvernement s’active pour promouvoir la tolérance religieuse et accorder un plus grand soutien financier aux communautés religieuses, tandis que les autorités judiciaires restent très sensibles aux plaintes en matière d’abus et de discrimination. Le 25 mars 2018, une séance au Parlement a eu lieu sur la question des chrétiens persécutés. Parmi les sujets abordés, il y avait la nomination d’un ambassadeur pour la liberté religieuse internationale, et la coopération directe avec les Églises dans les pays où la persécution a lieu.((Aid to the Church in Need, 26 mars 2018,  https://acninternational.org/featured/lithuania-and-syria-united-in-memory-of-persecuted-christians-in-the-middle-east/))

Au niveau sociétal, il y a eu plusieurs tollés à propos de publicités perçues comme blasphématoires, et de déclarations considérées comme anti-sémites et hostiles aux réfugiés majoritairement musulmans. Globalement, la situation est stable.